Repères hérméneutiques


La logique - Conclusion


La logique

a logique est une méthode dont le but est à la fois d’ordonner ses pensées de manière à découvrir la vérité quand on l’ignore et la démontrer aux autres quand on la connaît déjà.

La logique est un discours dont la signification répond à des lois. Les lois de la pensée sont d’abord les lois du langage qui se manifestent par le lexique et la syntaxe. C’est ainsi que l’expérience est mise en forme et que le monde prend sens. Cependant, la logique reste relative à la langue dont elle épouse les caractères.

A – LA LOGIQUE FORMELLE D’ARISTOTE

Pour les philosophes présocratiques, le Logos était le Verbe divin dont l’homme traduisait l’inspiration. Pour les sophistes, le logos est un moyen dont use l’orateur dans le but de manipuler les hommes. Pour Platon, le Logos favorise la réminiscence et permet à l’homme de retrouver les Idées premières et la Lumière qui les éclaire. Aristote reproche à Platon d’avoir professé un réalisme des Idées, c’est-à-dire qu’elles sont des paradigmes et que les autres choses participent d’elles. Les universaux ne sont pas des substances, ce sont des prédicats. L’universel ne peut pas être une substance parce qu’il n’est pas un sujet qui existe par lui-même. Il est un attribut, toujours dans autre chose.

« La substance d’un individu est celle qui lui est propre et qui n’appartient pas à un autre ; l’universel, au contraire, est quelque chose de commun, puisqu’on nomme universel ce qui appartient naturellement à une multiplicité. De quoi sera-t-il donc la substance ? Il devra l’être de tous les individus auxquels on l’attribue ou il ne le sera d’aucun. Mais qu’il le soit de tous, ce n’est pas possible, et s’il est la substance d’un seul individu, cet individu sera tous les autres aussi, puisque les êtres dont la substance est une, autrement dit, dont la quiddité est une, sont aussi un seul et même être. De plus, substance ce dit de ce qui n’est pas prédicat d’un sujet ; or l’universel est toujours prédicat de quelque sujet. » (Métaph. Z 13, 1038b 10)

Aristote est cependant amené à distinguer deux sortes de substances : 1) la substance première, c’est l’individu qui est sujet et jamais attribut ; 2) la substance seconde, ce sont les espèces auxquelles appartiennent les individus, par exemple l’espèce homme, ou les genres auxquels appartiennent ces espèces, par exemple le genre animal.

Universaux : Les cinq concepts qui définissent les diverses manières dont un prédicat est lié au sujet par un rapport (le genre, l’espèce, la différence ou différence spécifique, le propre et l’accident). Par extension, les concepts et termes universels applicables à tous les individus d’un genre ou d’une espèce.

Le concept

La logique d’Aristote s’attache donc à classer des concepts.

Concept : Représentation mentale générale et abstraite d’un objet.

Le concept est l’idée présente à la pensée. Le terme en est l’expression. Le concept porte sur la quiddité, le genre ou l’espèce.

Quiddité : L’essence d’une chose exprimée dans sa définition. L’essence constitue la nature d’un être. Dans la théorie platonicienne, l’essence précède l’existence.

Genre : Idée générale d’un groupe d’êtres ou d’objets présentant des caractères communs.

Espèce : Division du genre.

Le concept peut être pris en compréhension ou en extension.

La compréhension du concept rassemble l’ensemble des propriétés et qualités propres aux concepts. Exemple : L’homme : mammifère, rationnel, mortel…

L’extension du concept s’étend à tous les individus qui partagent les mêmes propriétés et les mêmes qualités. Exemple : L’homme : l’ensemble des individus qui correspondent à la définition.

Les catégories

Distinction entre la logique démonstrative et la dialectique.

La dialectique part du probable, de l’opinion. Elle constitue l’art de la discussion. Aristote l’étudie dans les Topiques.

La logique démonstrative possède la valeur scientifique car elle cherche à définir la vérité nécessaire. Aristote l’étudie dans les Analytiques.

La définition est un discours. J’ai d’abord la perception sensible de Socrate ; j’ai ensuite l’intuition conceptuelle de son humanité. Le concept est l’essence d’une chose dans la pensée. Il se forme par l’accumulation des expériences sensibles. La définition de l’humanité est donnée par une science discursive, une investigation méthodique qui distingue l’animalité de la rationalité.

« Il n’y a rien d’autre dans la définition que le genre dit premier et les différences. » (Aristote, Métaph. Z 12, 1037b 26)

La proposition

Différents types d’opposition donnent une idée claire de l’incompatibilité.

Opposition de termes relatifs l’un à l’autre et par conséquent liés simultanément l’un à l’autre : Le double est deux fois la moitié.

Opposition de la contrariété qui est celle de termes qui font partie du même genre mais qui diffèrent le plus entre eux : Chaud/froid ; Blanc/noir. Les contraires s’excluent seulement dans la simultanéité.

Opposition de la possession et de la privation : La vue et la cécité. Le devenir va toujours de la première à la seconde.

Opposition de la contradiction qui sépare deux propositions dont l’une nie ce que l’autre affirme. Ces deux propositions sont contradictoires en ce sens que, si l’une est vraie, l’autre est fausse : Blanc/non blanc.

Forme et contenu du jugement

Pour Aristote, toute proposition se ramène à un jugement qui attribue une qualité sensible à un sujet. Celui-ci est relié à celle-là par le verbe « être » : S (sujet) est P (prédicat).

Jugement : Décision mentale par laquelle le contenu d’une assertion est posé à titre de vérité.

La connaissance scientifique correspond à un classement d’espèces. Il n’y a de science que du général, d’existence que du particulier.

La logique formelle étudie les différentes sortes de raisonnements ou jugements qu’elle considère du simple point de vue de la forme à l’exclusion du contenu.


Contenu du raisonnement :

Tous les hommes sont mortels
Or, Socrate est un homme
Donc, Socrate est mortel

Forme du raisonnement :

Tous les A sont des B
Or, X est un A
Donc, X est un B
M est P
S est M
S est P

Les énoncés de la logique peuvent être vrais quand on les considère du point de vue du contenu et valides quand on ne tient compte que de leur forme.

Toutes les chauves-souris sont des mammifères
Tous les mammifères ont des poumons
Donc, toutes les chauves-souris ont des poumons

Ce raisonnement est valide, car il est conforme à certaines règles admises, et vraies parce qu’il contient des propositions vraies.

Toutes les truites sont des mammifères
Tous les mammifères ont des ailes
Donc, touts les truites ont des ailes

La forme de ce raisonnement respecte les lois de la logique. Il est donc valide, bien qu’il contienne des propositions fausses.

Ainsi, la conclusion d’un raisonnement ne peut être vraie que si celui-ci est valide (point de vue de la forme) et si les prémisses sont vraies (point de vue du contenu). Seule la science peut assurer la vérité ou la fausseté des prémisses. La logique déductive établit quant à elle la validité ou l’invalidité de l’inférence.

Inférence : Opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies.

Les différentes sortes de raisonnement

La logique d’Aristote vérifie la qualité des choses au moyen de syllogismes, et établit des rapports d’inclusion ou d’exclusion.

On appelle induction (généralisation) le procédé qui mène du particulier au général. On appelle déduction (individualisation) le procédé qui mène du général au particulier.

Le raisonnement inductif consiste à dénombrer tous les individus définis par la possession d’une même propriété. On peut conclure que l’ensemble des individus possède cette propriété lorsque l’on a vérifié que tous les individus la possèdent effectivement :


Les végétaux, les animaux et les hommes respirent
Or, les végétaux, les animaux et les hommes sont tous des êtres vivants
Donc, tous les êtres vivants respirent
Tous les cygnes que nous avons vus sont blancs
Donc, tous les cygnes sont blancs.

Le fait qu’il existe des cygnes noirs en Australie montre les limites de ce type de raisonnement. Le raisonnement inductif n’est valide que s’il est prouvé que le dénombrement de la classe considérée est complet.

Le raisonnement déductif est le passage nécessaire d’un principe à ses conséquences, de sorte qu’il doit être accepté.

Théorie du jugement

Aristote distingue quatre classes de jugements :

Du point de vue de la quantité un jugement peut être universel ou particulier :

Tous les A sont B
Quelques A sont B

Du point de vue de la qualité, il peut être affirmatif ou négatif :

A est B
A n’est pas B

La combinaison des deux sortes de jugement donne quatre classes de jugements :

Universel affirmatif
Universel négatif
Particulier affirmatif
Particulier négatif



La relation qui lie A et E est dite relation de contrariété : le jugement affirme de tout le sujet ce que l’autre nie de tout le sujet.

Les relations qui lient A et O et I et E sont dites relations de contradiction : l’un des jugements nie ce que l’autre affirme.

Loi d’inférence immédiate entre jugement

La connaissance de ces relations permet de procéder à des inférences ou déductions immédiates au moyen de règles.

Loi des contraires : L’opposition des contraires oppose un sujet universel à la négation d’un sujet universel. Deux contraires ne peuvent être vrais en même temps, mais peuvent être faux en même temps.

Tout homme est mortel / Nul homme n’est mortel (V/F)
Tous les hommes sont sages / Nul homme n’est sage (F/F)

Loi des contradictoires : L’opposition des contradictoires oppose une affirmation universelle et une négation exprimant le même sujet non pris universellement. Deux jugements contradictoires ne peuvent être ni vrais, ni faux en même temps. Si l’un est vrai, l’autre est nécessairement faux.

Tout homme est mortel / Quelques hommes ne sont pas mortels (V/F)

Loi des subalternes : Si le jugement universel est vrai, le jugement particulier l’est aussi. C’est une application du principe que ce qui est vrai du genre ou du tout l’est aussi de ses espèces ou de ses parties. Mais si le jugement universel est faux, le jugement particulier peut être vrai ou faux.

Tout animal aquatique est vivipare (F)
Quelques animaux aquatiques sont vivipares (V) (les baleines par exemple)

Loi des subcontraires : Deux jugements subcontraires peuvent être vrais en même temps. Mais, si l’un est faux, l’autre est vrai.

Quelques hommes sont grands (V)
Quelques hommes ne sont pas grands (V)



A, E, I, O, désignent la proposition posée
A1, E1, I1, O1, désignent la conclusion
F, signifie qu’elle est fausse
V, signifie qu’elle est vraie
N, signifie qu’elle n’est ni vraie, ni fausse

Théorie du syllogisme catégorique

Un raisonnement déductif, ou inférence, peut aussi recourir à la déduction médiate. Un jugement nommé conclusion est déduit de deux ou plusieurs autres jugements appelés prémisses. Un tel raisonnement se nomme syllogisme.

« Le syllogisme est un discours dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d’autre que ces dernières en résulte nécessairement par le fait de ces données. » (Aristote, Prem. Anal. I, 1, 24b 18)

Le syllogisme est d’abord un procédé dialectique en usage chez les sophistes et les platoniciens. Le procédé est destiné à confondre l’adversaire en lui montrant que s’il admet certains jugements, il ne peut admettre le contradictoire qui s’en déduit. Le syllogisme repose sur le fait que le rapport des prémisses à la conclusion échappe à l’adversaire. On peut alors, au moment opportun, montrer la nécessité de la proposition conséquente.

MAJEURE Tous les hommes sont mortels
MINEURE Or, Socrate est un homme
CONCLUSION Donc, Socrate est mortel

La majeure est celle des prémisses qui contient le prédicat de la conclusion.

La mineure est celle qui contient le sujet de la conclusion.

Le grand terme est le prédicat de la conclusion : mortel.

Le petit terme est le sujet de la conclusion : Socrate.

Le moyen terme est le troisième terme auxiliaire : homme. Le moyen terme figure dans chacune des prémisses, mais jamais dans la conclusion.

Condition de validité des syllogismes

Première règle : La conclusion ne peut contenir un terme dont la quantité est supérieure à la quantité qu’à ce terme dans la prémisse où il intervient. De Tout homme est mortel, on ne peut passer à Tout mortel est homme.

Deuxième règle : Le moyen terme qui énonce la propriété commune au grand terme et au petit terme doit apparaître au moins une fois universellement dans une des prémisses, mais il doit disparaître de la conclusion. En effet, s’il figurait sous une forme particulière dans l’une des prémisses, il se pourrait que les deux extensions de ce moyen terme ne soient pas les mêmes. Or, quand deux prémisses n’ont pas de terme commun, on ne peut rien conclure. Les prémisses doivent contenir un terme universel de plus que dans la conclusion.

Troisième règle : Deux prémisses affirmatives ne peuvent donner une conclusion négative. En effet, si les deux termes extrêmes sont partiellement reliés à un terme auxiliaire, on ne peut affirmer qu’ils ne sont pas reliés entre eux.

Quatrième règle : Une prémisse affirmative et une prémisse négative ne peuvent pas produire une conclusion affirmative.

Il faut prendre ici en considération la qualité et la quantité du jugement : le jugement négatif est inférieur au jugement affirmatif et le jugement particulier est inférieur au jugement universel. Du point de vue de la qualité comme du point de vue de la quantité, la conclusion est toujours inférieure à celle que possèdent les deux prémisses.

La présence d’une prémisse négative exclue que le moyen terme puisse lier les deux prémisses (point de vue de la qualité). La présence d’une prémisse particulière empêche la conclusion d’être universelle. Une conclusion universelle ne peut venir ni d’une, ni de deux prémisses particulières.

Cinquième règle : De deux prémisses négatives, on ne peut tirer aucune conclusion. En effet, si le grand terme et le petit terme sont exclus du moyen terme, on ne peut conclure.

Déduction des modes valides

Ces règles ne sont pas suffisantes pour déduire les modes valides car elles ne font pas intervenir la place du moyen terme. Celle-ci détermine la figure du syllogisme.


Première figure :

MP (M sujet)
SM (M prédicat)
SP

Dans cette première figure, la mineure doit être affirmative. Si elle était négative, la conclusion devrait être négative et la majeure affirmative ; le grand terme serait universel dans la conclusion et particulier dans la majeure, ce qui contredirait la première règle.

La moyenne doit être universelle. Sinon, la mineure serait négative, puisque le moyen terme, en position de prédicat, serait pris universellement ; or, le moyen terme doit être particulier dans la mineure qui ne peut être négative.

La conclusion aura la qualité de la majeure ; elle sera affirmative si les deux prémisses sont affirmatives et négatives si l’une des prémisses est négative ; puisque la mineure ne peut être négative, c’est la majeure qui le sera. La conclusion aura la qualité de la mineure.

Mode concluant de la première figure :





Deuxième figure :

PM (M prédicat)
SM (M prédicat)
SP

Dans cette deuxième figure, une des prémisses doit être négative. Le moyen terme est prédicat dans la majeure et prédicat dans la mineure. Il doit être pris au moins une fois universellement.

La conclusion sera négative. La majeure doit être universelle. Le grand terme doit être pris universellement. La conclusion aura la qualité de la mineure.

Modes concluants de la deuxième figure :





Troisième figure :

MP (M sujet)
MS (M sujet)
SP

Dans cette troisième figure, la mineure doit être affirmative (même justification que pour la première figure). La conclusion doit être particulière. La mineure étant affirmative, son prédicat est pris particulièrement ; il sera particulier dans la conclusion.

La majeure pouvant être A, E, I, O, en combinant ces possibles avec les mineures affirmatives et en appliquant les règles générales, on voit que la conclusion peut être I ou O.

Modes concluants de la troisième figure :





Quatrième figure :

PM (M prédicat)
MS (M sujet)
SP

Si la conclusion est négative dans cette quatrième figure, la majeure doit être universelle. Le grand terme P étant prédicat de la conclusion, il est pris universellement et, par suite, il est universel dans la majeure, étant sujet dans la majeure, celle-ci doit être universelle.

Si la mineure est affirmative, la conclusion est particulière. Le petit terme S étant prédicat dans la mineure, il est pris particulièrement et, par suite, il est particulier dans la conclusion ; celle-ci doit donc être particulière.

Si la conclusion est affirmative, la mineure doit être universelle. La majeure étant affirmative, le moyen terme, en position de prédicat, ne peut être pris que particulièrement et sera pris universellement dans la mineure.

Si la conclusion est universelle, elle doit être négative puisque le petit terme de la mineure est pris universellement.

En combinant les majeures A, E, I, avec les mineures autorisées par les règles générales et particulières, on obtient les cinq modes concluants.

Modes concluants de la quatrième figure :





B – LA LOGIQUE DES STOICIENS

La logique stoïcienne est avant tout une dialectique, c’est-à-dire un art de la discussion. Elle apprend moins à démontrer une thèse qu’à persuader un interlocuteur à la défendre contre un adversaire.

La science

L’empirisme stoïcien est tout autre que l’empirisme aristotélicien.

Empirisme : Théorie d’après laquelle toutes les connaissances sont des acquisitions de l’expérience.

Le monde constitue une totalité de vie qui se caractérise par des tensions qui séparent et des sympathies qui réunissent. L’homme participe à cette vie universelle qui est Dieu. L’empirisme stoïcien ne découvre pas le vrai dans la structure ordonnée du monde, mais dans la participation de l’homme à l’être du monde. Ou bien il est en harmonie et donc dans le vrai ; ou bien il est en désaccord et donc dans l’erreur.

« Personne ne sait rien, sinon le sage. Zénon le démontrait par des gestes. Il montrait sa main ouverte, les doigts étendus : « Voici la représentation », disait-il ; puis il contractait légèrement les doigts : « Voici l’assentiment. » Puis il fermait la main en serrant le poing, en disant : « Voici la compréhension » ; puis avec la main gauche, qu’il approchait, il serrait fortement le poing droit en disant : « Voici la science, que personne ne possède sinon le sage. » (Cicéron, Prem. Académiques, XLVII)

L’assentiment constitue une adhésion au vrai, c’est-à-dire une relation harmonieuse de l’individu à l’objet représenté. Il précède la compréhension qui conduit à la science.

Objet : Toute chose (y compris les êtres animés) qui affecte les sens, opposée au sujet qui pense.

Le stoïcisme se définit comme un naturalisme de l’harmonie.

Naturalisme : Doctrine selon laquelle rien n’existe en dehors de la nature, qui exclut le surnaturel.

Par la science, l’homme adhère à la structure du monde. Il est en sympathie avec la nature qu’il embrasse de toutes ses sensations. De ce fait, il vit en harmonie avec Zeus lui-même. Par la raison, l’homme acquiesce à la vie du monde et aux événements tels qu’ils surviennent. « La raison n’est autre chose qu’une part de l’esprit divin plongé dans le corps des hommes. » (Sénèque, Lettre à Lucilius LXVI, 12)

Les travaux sur les raisonnements se rapportent à ce qu’il est convenable de faire.

La logique pose le vrai, nie le faux et appelle à la suspension du jugement là où il n’y a pas d’évidence. Mais il ne suffit pas. Il faut être capable d’apprécier et de discerner le vrai, le faux et l’incertain. Il faut accepter honnêtement ce qui résulte de ce qu’on a accordé. Il faut savoir de quelle manière telle chose est la conséquence de telles autres, dans quel cas une proposition est la conséquence d’une proposition unique, dans quel cas elle est la conséquence de plusieurs.

« Si l’on veut procéder intelligemment en logique, l’on fera soi-même chaque démonstration et l’on suivra les démonstrations des autres sans se laisser égarer par les raisonnements sophistiques, comme s’ils étaient des démonstrations. » (Epictète, Entretiens I, VII)

La dialectique

« La dialectique est une vertu qui comprend en elle plusieurs autres ; ne pas précipiter son jugement, ou science de donner ou non son assentiment quand il faut ; ne pas le donner inconsidérément, c’est-à-dire avoir une raison assez ferme pour ne pas céder au vraisemblable ; de ne le donner qu’irréfutable, c’est-à-dire avoir une telle force dans le raisonnement qu’il ne puisse vous conduire au jugement contraire ; ne pas porter de jugements frivoles, c’est-à-dire rapporter toujours les représentations à la droit raison. » (Diogène Laërce, Vies et opinions des philosophes VII, 46-47)

La proposition

La proposition conditionnelle : S’il fait jour, il fait clair.

La proposition consécutive : Puisqu’il fait jour, il fait clair.

La proposition coordonnée : Il fait jour et il fait clair.

La proposition disjonctive : Ou bien il fait jour, ou bien il fait nuit.

La proposition causale : Parce qu’il fait jour, il fait clair.

La proposition comparative : Il fait plus jour que nuit. Il fait moins nuit que jour.

Le raisonnement

Il s’agit d’une implication d’événements et non de relation de concepts :

S’il fait jour, il fait clair (majeure)
Or, il fait jour (mineure)
Donc, il fait clair (conclusion)

« En autant de manières que l’on peut changer de place les termes, en maintenant un sens équivalent, en autant de manières on peut, dans les raisonnements, changer la place des propositions constitutives des épichérèmes et des enthymèmes. » (Epictète, Entretien I, VIII)

L’épichérème est un raisonnement rhétorique qui ne revêt pas la forme d’un syllogisme.

L’enthymème est un syllogisme incomplet. Exemple : Si tu m’as emprunté de l’argent et ne me l’as pas rendu, tu me le dois ; d’une part, il est faux que tu m’aies emprunté et non rendu ; d’autre part, tu ne me dois pas d’argent.

On ne peut conclure de la négation de l’antécédent à la négation du conséquent (mais seulement de l’affirmation de l’antécédent à l’affirmation du conséquent ou encore de la négation du conséquent à la négation de l’antécédent). Pour que le raisonnement soit concluant et devienne un syllogisme véritable, il faut opérer un déplacement des termes tout en maintenant un sens équivalent :

S’il est faux que tu m’aies emprunté et non rendu, tu ne me dois rien
Or, c’est faux
(affirmation de l’antécédent)
Donc, tu ne me dois rien
(affirmation du conséquent)

Raisonnement instable :

Il s’agit de raisonnements qui, bien que gardant la même forme, deviennent faux à certains moments du temps. Exemple : Si Dion vit, il vivra. Or, il vit. Donc, il vivra. Ce raisonnement est faux si Dion meurt au moment où je fais le raisonnement ; en effet, le rapport exprimé par la majeure est vrai pour tous les moments du temps, sauf celui où Dion meurt.

Il faut analyser les caractères des prémisses, leur instabilité, le changement qui fait que, en se transformant au cours des questions et des réponses, au cours du raisonnement lui-même, elles provoquent un trouble dans la suite des idées.


Raisonnement hypothétique :

Raisonnement dont la majeure exprime une simple possibilité. De tels raisonnements sont concluants, sans être pour autant des syllogismes : le syllogisme stoïcien est en effet composé de propositions catégoriques qui expriment une relation entre les faits.

Un raisonnement non concluant est celui dans lequel le contraire de la conclusion ne s’oppose pas aux prémisses : S’il fait jour, il fait clair ; or, il fait jour ; donc Dion se promène.

Un raisonnement concluant est celui qui conduit à une conclusion qui ne peut se rattacher à autre chose : Il est faux qu’il fasse jour et nuit ; or, il fait jour ; donc, il ne fait pas nuit.

Un raisonnement concluant est également celui qui se passe de démonstration : S’il fait jour, il fait clair ; or, il fait jour ; donc il fait clair. La conclusion s’oppose à la majeure puisque la mineure lui est contraire.

Il n’est pas vrai que Platon soit vivant et mort ; or, Platon est mort ; donc, Platon n’est pas vivant. La conclusion est le contraire du terme restant de prémisses négatives.

Ou il fait jour, ou il fait nuit ; or, il fait jour ; donc, il ne fait pas nuit. De l’un des termes de la proposition disjonctive, on conclut le contraire du terme restant.

Ou il fait jour, ou il fait nuit ; or, il fait jour ; donc, il ne fait pas nuit. Du contraire de l’un des termes de la disjonction, on conclut sur le terme restant.

Les stoïciens ont élaboré une logique de la conséquence par opposition à la logique aristotélicienne de l’inhérence.

Inhérent : Se dit de toute détermination qui est affirmée d’un sujet, ou qui en constitue une manière d’être intrinsèque.

L’homme qui veut vivre selon la raison, c’est-à-dire selon la nature, doit s’attacher à connaître les rapports de nécessité entre un antécédent et un conséquent. Tous les individus sont en effet en interaction mutuelle et soumis au destin. La logique stoïcienne implique un nominalisme qui s’oppose à la généralisation de la logique d’Aristote.

Nominalisme : Doctrine selon laquelle les idées générales ne sont que des noms, des mots.

Généralisation : Opération par laquelle, reconnaissant des caractères communs entre plusieurs objets singuliers, on réunit ceux-ci sous un concept dont les caractères forment la compréhension.

CONCLUSION

Après avoir lu cette leçon intitulée « Herméneutique du discours », chacun peut penser qu’il n’est pas si compliqué de dire les choses ou d’écouter l’autre les dire, que le langage est naturel à l’homme et que nous pouvons exister sans l’examiner aussi finement. Mais, parce que nous nous situons sur un chemin de vérité, nous devons prendre conscience que le discours imparfait est mensonger. Les cathares de Moyen Age donnaient une grande importance à la parole droite, si bien qu’ils jugeaient que mentir revenait à pécher contre l’esprit. Nous avons vu que la parole est créatrice, que la société humaine ne s’organise jamais sans le préalable de la persuasion. Notre choix peut-il être de participer au devenir du monde par une parole erronée ? en propageant des lieux communs, des opinions préconçues, toutes sortes de préjugés et de contrevérités ? Non. Nous devons veiller à ne dire que le vrai, tant par considération de celui à qui nous parlons que par volonté de débarrasser notre âme de tous les discours faux qui l’encombrent. Nous devons discerner la fausseté du verbe dans les textes et les propos qui nous sont destinés. Parler vrai dans la société humaine, conformément aux sciences et la logique, n’est pas une chose naturelle. Il y faut beaucoup d’étude, d’efforts et d'application.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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