Repères hérméneutiques


Les figures


Les figures

orsque l’orateur utilise les figures de façon spontanée dans un discours improvisé, parce qu’elles lui viennent naturellement à l’esprit, on est amené à penser que la figure de rhétorique a véritablement un rôle de composant du langage. On est dès lors amené à considérer tout autant sa valeur argumentative que sa fonction décorative.

C’est parce qu’elle joue un rôle persuasif que la figure est rhétorique. Elle est un agrément stylistique qui aide à faire passer l’argument.

Les figures de mots

Comme charme de sonorité, elles sont intraduisibles. Les figures de mots facilitent l’attention et le souvenir. Elles suggèrent que la ressemblance de son démontre l’exactitude de l’idée, comme si la coïncidence des sonorités valait preuve de la logique des idées.

L’allitération est la répétition des consonnes.

La paronomase est la figure qui consiste à rapprocher des paronymes (mots presque homonymes) dans une phrase. Exemple : Qui s’excuse s’accuse.

L’antanaclase joue sur deux sens différents d’un même mot. Sa portée argumentaire permet des pseudo-tautologies. Exemple : Les affaires sont les affaires.

La dérivation associe un mot à un autre de même racine. Exemple : Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

Le calembour consiste en un jeu de mots fondé sur une similitude de son recouvrant une différence de sens.

Le métaplasme est une altération de mot par adjonction, suppression ou inversion de phonèmes ou de syllabes.

L’étymologisme ne peut s’adresser qu’à un public ouvert. Il consiste à prendre un mot dans son sens original.

Les figures de sens

Figures par lesquelles un mot ou une expression est détourné de son sens propre. On les appelle tropes, du grec « tropos » qui signifie « tour, manière ».

La catachrèse consiste à détourner un mot de son sens propre. Exemple : Aller à cheval sur son bâton. Une bretelle d’autoroute.

La métonymie exprime un concept au moyen d’un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire (la cause pour l’effet, le contenant pour le contenu). Exemple : Boire un verre (le contenu). Ameuter la ville (les habitants). Matignon (le chef du gouvernement).

La synecdoque consiste à prendre le plus pour le moins, la matière pour l’objet, l’espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel ou inversement. Exemple : Les mortels (pour les hommes). Un fer (pour une épée). Une voile (pour un navire). L’adversaire (pour les adversaires).

L’antonomase consiste à remplacer un nom par l’énoncé d’une qualité propre à l’objet ou à l’être qu’il désigne.

La métaphore consiste en un transfert de sens (terme concret dans un contexte abstrait) par substitution analogique. Exemple : La racine du mal. Une source de chagrin. La métaphore in praesentia est proche de la comparaison ; mais elle présente une forme condensée, brillante et subjective. Elle met en rapport direct le phore (le comparant) et le thème (le comparé). Exemple : Ce chauffeur est une tortue. Il y a métaphore car « chauffeur » et « tortue » sont deux éléments hétérogènes. Ce chauffeur conduit comme une tortue serait une comparaison. La métaphore in abstencia voit disparaître le thème et le contexte seul permet de décoder l’image. Exemple : Le blanc manteau (en l’absence du terme neige).

La métalepse remplace une chose par une autre qui s’y rattache de quelque manière. Exemple : Il a bu (pour « il est ivre »). Il ne souffre plus (pour « il est mort »).

L’hypallage consiste à attribuer à certains mots d’une phrase ce qui convient à d’autres mots (de la même phrase). Exemple : La liberté des prix (pour celle des commerçants).

L’énallage est un déplacement grammatical. Exemple : Votez utile ! (pour « utilement »).

L’oxymore consiste à joindre deux termes incompatibles en faisant comme s’ils ne l’étaient pas. Exemple : Une Europe fédérale d’Etats-nations.

L’allégorie est une suite d’éléments descriptifs ou narratifs dont chacun correspond aux divers détails de l’idée qu’ils prétendent exprimer. C’est une métaphore figurative non condensée.

La parabole est un récit allégorique sous lequel se cache un enseignement.

La périphrase consiste à exprimer une notion qu’un seul mot pourrait désigner, par un groupe de plusieurs mots. Exemple : Le prince de ce monde (pour « le diable »).

Les figures de pensée

Elles concernent le discours en tant que tel et prétendent dire le vrai.

L’antiphrase est la manière d’employer un mot, une locution dans un sens contraire au sens véritable, par ironie ou euphémisme. Exemple : C’est du propre !

L’ironie dénonce le faux sérieux au nom d’un sérieux supérieur qui procède de la morale, de la raison ou du bon sens. L’ironie sarcastique consiste à interroger en feignant l’ignorance. L’esprit, c’est l’ironie qui vient à propos, la répartie du tac au tac. Il se définit comme une vivacité piquante, une ingéniosité dans la façon de concevoir et d’exposer quelque chose. L’humour, contrairement à l’ironie est l’abandon, par l’orateur, de son propre sérieux. Il se définit comme la forme d’esprit qui consiste à présenter la réalité de manière à en dégager les aspects plaisants et insolites.

L’hyperbole met en relief une idée au moyen d’une expression qui la dépasse. Elle est la figure de l’emphase qui consiste en l’emploi abusif ou déplacé du style élevé, du ton déclamatoire. Lorsqu’elle amplifie dans le sens positif, l’hyperbole est dite auxèse ; dans le sens négatif, elle est dite tapinose.

La litote consiste à atténuer l’expression de sa pensée pour faire entendre le plus, en disant le moins. Exemple : Ce n’est pas mauvais (pour « c’est très bien »).

La contre litote consiste en une amplification apparente qui vise à atténuer une idée en disant beaucoup trop, de façon à faire comprendre à l’auditeur la fausseté de l’idée ou sa moindre importance.

L’euphémisme consiste en une expression atténuée d’une notion dont l’expression directe aurait quelque chose de déplaisant.

L’apostrophe consiste pour l’orateur à interpeller tout à coup une personne (présente ou absente) ou même une chose qu’il personnifie.

La prosopopée consiste à faire parler et agir une personne que l’orateur évoque, un absent, un mort, un animal, une chose personnifiée.

La prétérition consiste à attirer l’attention sur une chose en déclarant n’en pas parler. Exemple : Je ne dirai rien de son dévouement… Gorgias, pour ne pas en parler…

L’aposiopèse est l’interruption brusque du discours, traduisant une émotion, une hésitation, une menace.

L’épanorthose consiste pour l’orateur à revenir sur ce qu’il a dit pour le nuancer ou le rétracter.

La contrefision est une exclamation ironique en forme de conseil que l’on invite implicitement à ne pas respecter.

L’épitrope est une sorte de permission, une invitation ironique à persévérer dans un défaut ou une mauvaise attitude, dont on cherche à accentuer le caractère insupportable. Exemple : Surtout, ne vous gênez pas !

Le lien intime entre le style entre le style et l’argumentation apparaît mieux encore dans les figures d’arguments suivantes :

La prolepse consiste à prévenir une objection, en la réfutant par avance.

La synchorèse apparaît comme une concession faite à un interlocuteur dans le but de le placer face à une contradiction.

La question rhétorique est une manière de s’attirer l’adhésion du public sur des évidences. L’auditoire est amené à la certitude de la bonne réponse par l’emploi d’un vocabulaire mélioratif ou péjoratif de la part de l’orateur.

La subjection consiste à présenter une idée sous la forme question-réponse, de sorte à créer une pseudo-connivence entre l’orateur et l’auditoire. Nous sommes ici, plus encore que la question rhétorique, dans le domaine de la manipulation.

Le chleuasme est une sorte d’auto-apologie par antiphrase. Il consiste, pour l’orateur, à se déprécier afin de s’attirer la confiance et la sympathie de l’auditoire.

L’apodioxie est un refus d’argumenter, soit au nom de la supériorité de l’orateur, soit au nom de l’infériorité de l’auditoire.

L’hypotypose est une description animée et frappante. Elle rend une narration vivante et réaliste. Un objet peut être montré à l’auditoire.

Les figures de construction

L’asyndète est une absence de liaison (par une conjonction…) entre deux termes ou groupes de termes en rapport étroit. Exemple : Bon gré, mal gré. Elle est expressive tout en donnant à découvrir le lien logique non exprimé. Exemple : Elle est partie en claquant la porte. Elle reviendra !

L’ellipse est une omission syntaxique ou stylistique d’un ou plusieurs mots que l’esprit supplée de façon plus ou moins spontanée. Exemple : Chacun son tour ! (pour « chacun doit agir à son tour »).

L’épanalepse est la répétition expressive, souvent exclamative, d’un mot ou d’un membre de phrase.

L’épanode consiste à reprendre certains mots d’une phrase, pour les expliquer un à un.

La battologie est la répétition oiseuse et fastidieuse d’une idée. Exemple : Le remplissage des commentaires sportifs. Le mot vient de Batton, ce roi de Cyrène qui bégayait.

L’antithèse est l’opposition de deux pensées, de deux expressions que l’on rapproche dans le discours pour en faire mieux ressortir le contraste. La seconde se trouve mise en valeur. Exemple : Monté sur le faîte, il aspire à descendre.

Le chiasme se forme par un croisement de termes (là où le parallélisme serait normal). Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger. Celui qui s’abaisse sera élevé, celui qui s’élève sera abaissé. Les derniers seront premiers, et les premiers, derniers.

L’hyperbate consiste à intervertir l’ordre naturel des mots ou à disjoindre deux termes habituellement réunis.

L’anacoluthe est une rupture ou une discontinuité dans la construction d’une phrase. Exemple : Tantôt il est content, ou alors il pleure.

L’énumération des figures est ici nécessairement incomplète. Héritage de la rhétorique ancienne, la liste des figures n’est jamais arrêtée. Le nom donné à chacune n’est pas toujours fixé et leur classement varie parfois. Il n’y a pas de discours possible sans figure. Elles sont le recours nécessaire pour l’expression de sentiments ou d’idées abstraites. Il faut savoir les utiliser pour l’agrément du discours et la force de persuasion qu’elles ajoutent. Il faut connaître leur dangereux pouvoir de confusion et de manipulation pour mieux comprendre et déchiffre les discours qui nous sont donnés à entendre.
La manipulation est du domaine de la persuasion.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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