Repères hérméneutiques


Le système rhétorique


Le système rhétorique

ous considérons ici la rhétorique comme un métalangage qui se donne le discours pour langage-objet.

La rhétorique est l’art de persuader par le discours. Elle consiste en une technique dont le but est de convaincre l’auditeur, aussi bien de ce qui est vrai que de ce qui est faux. Les moyens qu’elle se donne font appel à la raison ou touchent à l’affect. Persuader consiste à créer une sorte de climat affectif propre à entraîner l’adhésion. Un tel climat donne leur poids aux arguments en créant la réception psychique des auditeurs.

La rhétorique est démiurgique dans le sens où elle construit le monde et le tient en son pouvoir. Elle détermine l’ensemble de notre civilisation occidentale du Ve siècle av. J.-C. à nos jours. Tout ce que les hommes entreprennent et réalisent en société est lié à la parole, à son pouvoir de persuasion qui a prise sur la croyance, l’ordre et l’obéissance. C’est en ce sens que l’on a pu dire que Dieu a créé le monde par la parole. Jésus a cherché à créer un nouvel ordre par la parole et le Christ ressuscité est devenu pour les chrétiens la parole absolue : « le Logos ».

Dans un nécessaire renversement dialectique, la rhétorique devient l’art de comprendre et d’interpréter le discours de l’autre. La méthode herméneutique procède de la rhétorique. Elle interprète l’intention des textes et guide l’exégèse du discours religieux, économique ou politique.


Herméneutique : Qui a pour objet l’interprétation des textes (philosophiques, religieux).

Apprendre à parler, c’est aussi apprendre à penser, parce que la rhétorique étaye le jugement et invente les solutions, parce qu’elle ouvre à une culture générale indispensable à notre vision du monde. Elle dispose les idées, structure la pensée et donne le modèle d’ordre. Apprendre à parler, c’est aussi apprendre à exister dans la société ou dans la vie tout court grâce au plaisir de bien dire et de se faire entendre. Sans les mots pour les dire, nos idées sont stériles.

Enseigné à son origine par les sophistes à leurs clients, l’art de la rhétorique a par la suite trouvé sa place dans les programmes d’enseignement au point d’en constituer l’exercice essentiel. La rhétorique a été considérée jusqu’au XIXe siècle comme un enseignement élitiste permettant aux classes dirigeantes de s’assurer le privilège de la parole. Le langage, comme science réservée des pouvoirs, a toujours tenu à l’écart ceux qui ne savent pas parler. Notre leçon cherche à éveiller les cathares d’aujourd’hui à l’enjeu de la prise de parole et à l’exercice critique face aux textes et aux discours.

Les quatre parties du discours
La création du discours amène l’orateur à passer par quatre étapes qui constituent autant de parties de la rhétorique. L’invention (heurésis) : L’orateur doit trouver quoi dire et rechercher tous les moyens de persuasion relatifs au thème de son discours.

La disposition (taxis) : L’orateur doit mettre en ordre ce qu’il a trouvé, choisir la place des arguments et planifier son discours.

L’élocution (lexis) : L’orateur ajoute l’ornement des mots et des figures. C’est la rédaction écrite du discours, le style.

L’action (hypocrisis) : L’orateur joue son discours comme un acteur, avec les effets de voix qui conviennent, la mimique et la gestuelle.

La mémoire (mnémé) : L’orateur a recours à la mémoire.

Cet ordre de préparation du discours n’est pas absolu. L’orateur est laissé à sa créativité. Il ne peut cependant éviter de s’acquitter de ces cinq tâches, faute de dire un discours creux, désordonné, mal écrit, inaudible et ponctué de trous de mémoire. La rhétorique constitue un classement des idées et des arguments. Il y a toujours un enjeu dans la disposition. Dans l’annonce du plan, le classement devient lui-même objet du discours.

L’invention

L’invention consiste à étudier les moyens de convaincre et d’émouvoir. Pour convaincre, il faut rechercher une argumentation logique ou pseudo-logique. Pour émouvoir, il faut faire appel à des « preuves » subjectives et morales. L’argumentation sera donc pensée selon les dispositions psychiques de celui qui doit recevoir le discours.

Parce qu’il y a trois sortes d’auditoires et la nécessité de s’adapter au public auquel on s’adresse, les anciens déclinaient trois genres oratoires :

Le judiciaire caractérise les discours tenus devant un tribunal pour accuser (réquisitoire) ou pour défendre (plaidoirie). Ce genre de discours est souvent tenu ailleurs que devant un tribunal.

Le délibératif caractérise le discours politique. Il conseille ou déconseille dans toutes les questions concernant la chose publique.

L’épidictique caractérise l’éloge ou le blâme public. Il prend généralement la forme d’un discours pédagogique.

Nous ajoutons un quatrième genre :

La conversation en tant qu’échange de propos à l’allure naturelle et spontanée ou entretien entre personnes responsables. La conversation peut être habilement construite et prendre la forme d’un discours dialogique (en forme de dialogue).

Convaincre

L’orateur dispose de deux sortes de « preuves ». Les unes sont extra-rhétoriques (extrinsèques), les autres sont intra-rhétoriques (intrinsèques). Les premières sont données, ce sont les faits, les témoignages, les aveux, les contrats. Les secondes sont celles qui dépendent entièrement du pouvoir de l’orateur. Elles sont de deux types :

L’induction rhétorique procède d’un particulier à un autre particulier par le biais implicite du général. D’un objet on infère la classe, puis de cette classe on défère un nouvel objet.

Exemple : « Des joueurs de flûte qui s’étaient retirés de Rome y furent rappelés par un décret du Sénat ; à plus forte raison doit-on rappeler de grands citoyens qui avaient bien mérité de la République et que le malheur des temps avait forcé à l’exil. » (Quintilien) La classe des gens utiles chassés et rappelés constitue le lien implicite du général.

Exemple a contrario : « Ces tableaux, ces statues que Marcellus rendait à des ennemis, Verrès les enlevait à des alliés. » (Cicéron) La classe des propriétaires qui ne doivent pas être dépossédés constitue le lien implicite général.

La déduction rhétorique ou enthymème consiste en un syllogisme rhétorique fondé sur le vraisemblable et non sur le vrai, contrairement au syllogisme logique, selon la définition d’Aristote. L’orateur se place au niveau d’un auditoire vulgaire. Pour Quintilien, l’enthymème devient une forme abrégée du syllogisme dans laquelle on sous-entend l’une des deux prémisses ou la conclusion. Exemple : « Je pense, donc je suis ». L’enthymème est une sorte d’accident de langage et c’est en ce sens que le syllogisme devient imparfait. Le raisonnement incomplet procure le plaisir ou la connivence entre l’orateur et l’auditeur qui s’entendent à demi-mot.

Les prémisses de l’enthymème sont un lieu connu, un lieu certain au sens vulgaire et non au sens scientifique. Nous tenons pour certain ce qui tombe sous les sens (sensation), ce qui tombe sous le sens (accord général) et le signe (chose perçue qui permet de conclure à l’existence ou à la vérité d’une chose à laquelle elle est liée). Il s’agit d’indices « sûrs ». Mais il faut bien comprendre que ce qui est tenu pour sûr varie suivant le degré d’intelligence et de culture du public. Ce qui tombe sous le sens est le vraisemblable ; c’est-à-dire une idée générale qui repose sur le jugement empirique des hommes.

Cette idée du général correspond à l’opinion du plus grand nombre. Elle admet le contraire et s’oppose en cela à l’universel qui ne l’admet pas. Le signe est un signe ambigu. Il ne devient probant que par la relation concomitante à d’autres signes. Isolément, le signe est polysémique.

La topique

L’enthymème donne la forme logique ou pseudo-logique de l’argument persuasif. La question du fond en appelle à la topique. Le cadre étant donné, où donc prendre les arguments ? Pour se souvenir des choses, il suffit de reconnaître le lieu où elles se trouvent, dit Aristote. Le lieu est donc l’élément d’une association d’idées, d’une mnémonique. Les lieux ne sont pas les arguments eux-mêmes, mais les tiroirs dans lesquels l’orateur les a soigneusement rangés. La topique apparaît ainsi comme une mnémotechnique, une grille de formes vides, une réserve de formes remplies.

En tant que mnémotechnique, la topique constitue une aide à la mémoire par un procédé d’association mentale qui facilite l’acquisition et la restitution des arguments afin de donner la matière du discours.

En tant que grille, la topique fournit à l’orateur un alignement de cases susceptibles de constituer la structure d’une argumentation et de faire surgir les idées. Par exemple : a) Où, quand, comment, pourquoi ? b) Les faits et les causes ; c) Le genre, les différences, la définition.

En tant que réserve, les lieux sont en principe des formes vides ; mais ils se sont remplis de stéréotypes (opinions toutes faites, clichés), prêts à être placés au moment opportun. Les lieux deviennent des arguments disponibles.

L’expression lieu commun est devenue une expression à double sens : d’abord comprise comme formes vides communes à tous les arguments, ensuite comme propositions apprises par cœur. Les sophistes avaient compris la nécessité d’avoir en mémoire des choses de l’actualité, des choses dont on parle et sur lesquelles il faut avoir un discours tout fait. C’est toujours le b.a.-ba de l’interview politique.

Emouvoir

On est dans le domaine de la rhétorique psychologique. Pour Platon, il y a différents types d’âmes et, par conséquent, différents types de discours pour leur convenir. L’intérêt d’Aristote porte sur une psychologie du vraisemblable. Il ne s’attache pas aux pensées de l’auditoire, sinon pour connaître ce que l’auditoire croit que l’orateur pense. La psychologie d’Aristote est une description du vraisemblable passionnel. Il ne classe pas les passions selon ce quelles sont, mais selon ce que l’on croit qu’elles sont.

Les « preuves » psychologiques se répartissent en deux grands groupes : l’ethos représente les caractères, les tons, les airs : le pathos représente les passions, les sentiments, les affects.

L’ethos constitue les attributs de l’orateur, l’impression donnée à l’auditoire (la question de la sincérité n’est pas posée). Il appartient à l’orateur de signifier ce que l’auditeur attend qu’il soit. Il doit être dans le ton. L’ethos connote l’information énoncée par l’orateur.

Pour Aristote, l’autorité personnelle de l’orateur est établie selon sa capacité à prendre trois airs : 1) il doit afficher le bon sens et faire preuve de sagesse objective ; c’est la qualité de celui qui délibère bien et pèse convenablement le pour et le contre ; 2) il doit afficher une franchise sans crainte des conséquences, sortir des lieux communs de la « langue de bois », faire preuve de « parler vrai » et de parfaite loyauté (encore une fois, la question de la sincérité n’est pas posée) ; 3) il ne doit ni choquer, ni provoquer, mais rechercher la sympathie et la complicité avec l’auditoire. Ainsi, tandis qu’il déroule son discours avec toute sa logique ou sa pseudo-logique, l’orateur doit veiller à exprimer, par son propre caractère et son « look » : confiance, estime, sympathie.

En toute chose, la sincérité est de loin la meilleure façon d’être et de convaincre. Cependant, mieux vaut exprimer les sentiments adéquats aux moments appropriés sans être sincère, que de les ressentir sincèrement sans savoir les exprimer. Nous vivons dans un monde où l’émotion est tellement valorisée que le premier venu sait prendre « la mine de circonstance ».

Le pathos constitue les émotions et les affects de l’auditoire. Aristote prend les passions dans leur banalité. Elles ne sont que ce que tout le monde en pense.
Cette psychologie rhétorique superficielle n’est pas la psychologie analytique qui tente de décrypter l’inconscient caché derrière les émotions ou les paroles. Par exemple : Pour la psychologie analytique, la colère n’est que l’effet d’une cause inconsciente et première qu’elle s’emploiera à découvrir. La psychologie rhétorique en reste à la colère comme expression emphatique de l’opinion. Aucune intention herméneutique. Les passions sont, pour Aristote, le langage clair de l’émotion que l’orateur doit connaître et avec lequel il doit savoir jouer. Toutefois, et en dépit d’Aristote, l’orateur ne peut pas faire l’impasse de la pratique analytique par laquelle il mettra à jour le type psychologique, le caractère et les complexes de l’auditeur.

La compréhension de la psychologie des foules est également essentielle à l’orateur. Quels que soient les individus qui composent une foule et aussi différents soient-il, le seul fait qu’ils soient transformés en foule les dote d’une sorte d’âme collective. Ainsi, ils sentent, ils pensent, ils agissent d’une façon tout à fait différente de ce que le ferait chacun d’eux pris isolément. Un jury d’assise ou un parlement procède déjà de la psychologie des foules. Certaines idées, certains sentiments ne surgissent ou ne se transforment en actes que chez les individus en foule. Une poignée d’hommes peut constituer une foule psychologique, alors que des centaines d’individus réunis accidentellement pourront ne pas la constituer. Une nation entière devient parfois foule sous l’action de la télévision, des media, sans qu’il y ait réunion visible des personnes.

Le journal télévisé est monté comme une fiction de caractère dramatique (le comique ôterait toute crédibilité). Il s’agit de capter l’attention par une séquence d’événements judicieusement enchaînés. Le présentateur guide l’émotion et donne le ton qui convient à chaque plan. L’importance des faits est sacrifiée à la force de la représentation, en sorte que la réalité présentée est une pure création, un patchwork télévisuel. Le téléspectateur se sent comme happé par des images qu’il reçoit comme autant de « preuves » de ce qu’il prend (au premier degré) pour « la réalité ».

La disposition

La disposition traite des contraintes d’ordre du discours. Elle est elle-même un lieu, c’est-à-dire un plan type qui servira de cadre au discours, une méthode pour l’orateur qui s’interroge. C’est pour Aristote un arrangement en quatre parties : . On ajoute la digression, partie mobile qui ne se rattache au thème du discours que par un lien très lâche et dont l’objet n’est souvent que de mettre l’orateur en valeur.

Nous retrouvons dans la disposition les soucis d’émouvoir, d’informer et de convaincre. L’appel au sentiment se place habituellement aux moments de l’exorde et de l’épilogue. L’appel aux faits et à la raison se place dans la narration et la confirmation : celle-là relate les faits, tandis que celle-ci établit les preuves et trace le chemin persuasif.




L’orateur fera preuve de prudence et de mesure dans l’exorde. Tout au contraire, il s’engagera à fond dans l’épilogue en faisant appel à toutes les ressources d’un jeu pathétique et théâtral.

L’exorde

C’est le premier moment de la prise de parole. L’exorde comprend traditionnellement deux temps : 1) l’entreprise de séduction à l’égard des auditeurs qu’il convient de se concilier et faire entrer dans un jeu de complicité. L’ethos prend ici toute son importance ; 2) l’exposé clair et bref de la question qu’on se propose de traiter ou la thèse que l’on va tenter de prouver. C’est l’annonce du plan.
Dès avant le premier mot, il est essentiel de veiller à l’attention de l’auditoire. Cet appel à l’attention est parfois délicat.

La narration

C’est l’exposé des faits de façon apparemment objective, mais toujours orientée dans le sens d’une préparation à l’argumentation. La véritable signification est cachée et les preuves non encore perceptibles. La narration doit être claire, brève et vraisemblable. L’exposition des faits est dite naturelle si elle est chronologique, artificielle si elle utilise le flash back.

La narration peut comporter plusieurs moments descriptifs de lieux, de temps ou de personnes qui sont comme des regards insérés dans l’exposition des faits.

La confirmation

A l’exposé des faits succède l’énoncé de l’ensemble des « preuves » suivi d’une réfutation qui détruit les arguments adverses.

A la confirmation appartient tout procédé rhétorique d’amplification qui fait ressortir l’importance de ce que l’on dit, pour élargir le débat, pour remonter de la cause à la question générale (qui est en jeu de façon sous-jacente), pour poser le problème de façon plus large. Temps fort de l’argumentation logique ou pseudo-logique, la confirmation a recourt au pathos en suscitant des sentiments tels que la pitié ou l’indignation.

L’orateur doit s’acquitter de la narration et de la confirmation ; mais il reste maître du meilleur ordre pour atteindre ses objectifs. La confirmation peut ne pas être clairement séparée de la narration. Le discours se présente alors comme une narration dont chaque partie ou chaque paragraphe porte sa propre confirmation. Quintilien dit qu’il est aussi stupide d’imposer une stratégie type à un général d’armée qu’un plan à un orateur.

La confirmation comporte deux moments : 1) une exposition courte du problème posé ou du point à débattre ; 2) l’exposé des raisons probantes, pour lequel Cicéron préconise de commencer par les moments forts, de suivre par les faibles et de finir par les arguments les plus forts.

La force d’un argument est une notion relative. Elle dépend de ceux qui ont précédé. Il se peut également que les divers arguments ne soient en fait que la manière différente de présenter le seul véritable argument propre à emporter la décision.

L’altercation est un autre moment qui peut venir s’ajouter à la confirmation. C’est l’interruption du cours du discours par un monologue ou une prise de dialogue très vif avec le représentant de la cause adverse. L’altercation est souvent utilisée dans les face-à-face portant sur un sujet politique entre deux personnalités représentant des opinions différentes. L’orateur cherche alors à montrer sa force de caractère. Si le moment n’est pas bien choisi, il peut être accusé de perdre son sang-froid.

La digression

C’est un moment de détente, plus particulièrement dans le discours judiciaire. Elle trouve sa place habituelle entre la confirmation et l’épilogue, mais elle peut se placer à n’importe quel moment du discours. Son but est de distraire l’auditoire, mais aussi de l’indigner ou de l’apitoyer par une description vivante.

L’épilogue

Il comprend généralement deux moments : 1) la récapitulation qui reprend l’argumentation en la résumant et en veillant bien à ne pas avancer un nouvel argument qui ne serait pas à sa place ; 2) la passion qui est une amplification des sentiments tels que la pitié ou l’indignation. Moment rhétorique par excellence, l’épilogue est le moment privilégié où affectivité et argumentation se mêlent.

L’élocution

Les arguments étant trouvés et mis à leur juste place dans la construction du discours, il reste à les mettre en mots. Au sens large, l’élocution est la rédaction du discours.

La correction de la langue est majeure. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter les efforts des orateurs démagogiques pour utiliser l’imparfait du subjonctif et la concordance des temps. L’orateur qui cherche à convaincre peut décrédibiliser son discours par des incorrections lexicales ou grammaticales. Il convient de choisir les mots dans le vocabulaire usuel en évitant à la fois les archaïsmes et les néologismes, plus encore les jargons ou les sigles inconnus. Les figures doivent être claires, le style souple. L’efficacité du style se lit dans son adaptation au sujet.

On peut distinguer trois genres de styles : l’agréable, le simple, le noble.




L’efficacité du style se lit également dans son adaptation à l’auditoire. Etre clair consiste à se mettre à la portée de celui-ci. La clarté est toujours relative. Mais le style, c’est aussi l’orateur dont on attend qu’il se montre vivant, sympathique, chaleureux. Il doit savoir jouer de l’humour et de l’anecdote, choisir les mots concrets, mette son discours en image.

Ornements et couleurs : le synonyme permet de substituer un signifiant à un autre en produisant quelquefois un second sens. Il y a un point minimum de la communication à partir duquel on peut chercher la complexité et l’ornement. La rhétorique se situe dans cet écart. Elle est la vie du langage, ses couleurs, ses lumières, ses fleurs. La rhétorique rend la parole passionnée et désirable. Les couleurs sont parfois un vêtement sur une parole que l’on ne veut pas nue. Si l’on veut expliquer les figures rhétoriques par leurs fonctions, on dira qu’elles proviennent de la nécessité de parler par euphémisme, de tourner les tabous ; qu’elles constituent une technique d’illusion ou encore, un jeu de langage. Si l’on veut les expliquer par l’origine, on dira qu’elles se trouvent naturellement dans le langage du peuple.

L’action

C’est la prononciation du discours. L’action est essentielle puisque sans elle il n’y a plus de discours. Le terme grec hypocrisis qui signifie l’action a d’abord désigné l’interprétation du devin avant de signifier celle de l’acteur et l’ensemble du jeu théâtral.

A la différence de l’acteur qui devient un artiste lorsqu’il parvient à feindre parfaitement, l’orateur devient un menteur et un vrai hypocrite. Cependant, l’orateur sincère doit aussi jouer selon les mêmes règles que celles de l’acteur. Démosthène travaillait devant un miroir. Il faut faire très attention lorsque l’on travaille devant un miroir, dit le maître de théâtre Stanislovski, car, par ce moyen, l’acteur apprend à s’observer de l’extérieur plutôt que de l’intérieur. C’est en faisant appel à sa propre expérience que l’acteur est capable de retrouver et de reproduire les sentiments. Il en est de même de l’orateur dont le jeu mécanique des mimiques, des artifices de voix et de gestes ne saurait offrir en public qu’un masque vide de sentiments.

Comme l’acteur, l’orateur doit vivre son rôle et ne jamais se permettre de représenter extérieurement quoi que ce soit qu’il n’ait jamais éprouvé intérieurement. Il y a des discours qu’il vaut mieux ne jamais prononcer : ceux pour lesquels on n’a pas d’intérêt et ceux que l’on ne mérite pas de prononcer.

On lit dans Quintilien toute l’emphase que les anciens mettaient dans l’action, le travail de la voix, du souffle, les mimiques du visage et la gestuelle du corps dans son entier. L’expression de chaque passion avait son code : ne pas frapper du pied au moment opportun pouvait être pris comme un manque de sincérité. Le contenu de l’action est de nos jours plus simple et plus souple. Il n’en reste pas moins que la pose de la voix, la maîtrise du souffle, la variété du ton et du débit constituent des règles qui ont traversé les siècles.

Un discours est, par définition, une production verbale cohérente, écrite ou orale. Mais il faut bien comprendre que le discours oral a son style particulier. Il doit être lent, ses phrases doivent être courtes, ses expressions concrètes et familières. Il faut souvent parler non comme un livre mais comme un homme.

La mémoire

La mémoire met en valeur l’orateur dont le discours semble comme improvisé. L’improvisation est en effet un art qui se travaille. Les meilleurs discours sont les mieux étudiés. Par exemple, pour une demi-heure de télévision, un historien narrateur avoue qu’il passe quinze journées entières sur le sujet afin de le posséder totalement, au-delà même de ce qu’il choisit de dire.

La mémoire est aidée par des localisations mentales caractérisées. On parle de facultés associatives et visuelles. Les lieux et les visages ne sont jamais oubliés. Dès lors, par association, les idées ou les sentiments qu’ils ont éveillés demeurent en mémoire. Le sophiste Hippias dominait la mnémotechnique. Quintilien conseille de choisir des lieux spacieux tel qu’une route, une ville ou encore une vaste maison divisée en un grand nombre de pièces. Ces lieux sont parfaitement connus. Un souvenir qui prête son appui à un autre doit en effet être certain. Les idées peuvent également être mentalement confiées à des personnes connues dans un ordre certain. Chaque idée du discours écrit est marquée d’un signe, car même en cas d’oubli d’une idée, un seul mot suffit à la remettre en mémoire (une ancre marquera un passage sur la navigation, un javelot, celui du combat). Il reste alors à placer chaque idée dans un lieu prédéterminé, selon le cheminement que l’on se propose de suivre. Quintilien propose encore d’étudier le discours sur les tablettes mêmes où on l’a écrit, en sorte que lorsqu’on parle, c’est comme si on lisait. Il conseille d’apprendre à voix haute, afin que la mémoire soit aidée par la double activité de la parole et de l’audition.

Un discours est d’autant plus facile à tenir qu’il est bien construit, cohérent, que l’arrangement des parties est logique. Mais la technique de la mémoire repose essentiellement dans la pratique et le travail. Il faut avoir une très large culture générale, avoir beaucoup appris et beaucoup réfléchi. La préparation physique est également essentielle.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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