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Lettre n°29, lunaison du 9 mai 2009



La lettre de Roquefixade
Yves Maris, le 9 avril 2009



La petite brésilienne

Chers amis,

Le drame vécu par une petite fille du Brésil a fait le tour du monde ; non pas à cause de l’extrême violence subie par l’enfant, qui n’a malheureusement rien d’exceptionnel, mais par l’aspect juridique de l’événement soulevé par Mgr José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife. Nous savons que si l’Eglise s’est rapidement défaite de la Torah, sous l’influence de l’apôtre Paul, elle n’en a pas moins décrété un droit canonique tout aussi rigoureux auquel la société déchristianisée a du mal à adhérer.

Agée de neuf ans à peine, chétive et misérable, la petite fille vit avec sa mère, sa sœur handicapée, de cinq ans son aînée, et son beau-père. Lorsqu’elle présente les symptômes d’une grossesse, sa mère la conduit chez un médecin qui confirme que l’enfant est enceinte de quinze semaines. Elle attend des jumeaux. Le père biologique saisit la justice brésilienne. Le beau-père, âgé de vingt-trois ans, avoue qu’il abuse des deux sœurs par la menace et le don occasionnel d’un real. Il encourt une peine de quinze ans de prison.

La solution de l’avortement est ouverte puisque la loi nationale autorise l’interruption volontaire de grossesse en cas de viol ou de danger pour la mère. Mgr José Cardoso Sobrinho se rend personnellement au tribunal pour faire pression afin que, malgré tout, l’avortement ne soit pas autorisé par la justice brésilienne. De faible constitution, la petite fille est anémique et ses organes génitaux sont à peine formés. A l’hôpital public de Recife, le docteur Sergio Cabral recommande l’interruption de grossesse, immédiatement pratiquée. Aussitôt, l’archevêque prononce l’excommunication de la mère de l’enfant et de l’équipe médicale qui a procédé à l’intervention.

Tandis que le président Luiz Inacio Lula da Silva déplore, « en tant que chrétien », la décision de l’Eglise et soutient le corps médical, le cardinal Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques au Vatican, confirme la légalité canonique de l’excommunication : les deux fœtus innocents avaient « le droit de vivre ». Face au tollé soulevé par l’affaire, la conférence nationale des évêques du Brésil se désolidarise de l’archevêque de Recife. Son secrétaire général, Mgr Dimas Lara Barbosa, se montre casuiste et déclare que la mère ne peut être excommuniée puisqu’elle a agi « sous la pression des médecins » ; la question ne se pose pas pour l’enfant qui est mineure. Il précise que seuls les médecins qui pratiquent systématiquement les interruptions de grossesses sont excommuniés. Quant au violeur, le droit canon ne prévoit pas une telle sanction pour son crime.

La hiérarchie catholique témoigne de son embarras et les fidèles sont divisés, d’autant que cette affaire survient peu de temps après la levée des excommunications qui frappaient les évêques schismatiques intégristes. On se souvient que Mgr José Cardoso Sobrinho a été nommé par Jean Paul II pour liquider l’héritage de Mgr Helder Camara qui fut jusqu’à sa mort, en 1999, la figure de proue de la « théologie de la libération ». A cela s’ajoutent les déclarations de Benoît XVI sur les méfaits du préservatif dans la lutte contre le sida, suivant la ligne de l’encyclique Humanae vitae de Paul VI publiée en 1968. Le Vatican resserre les rangs sur les fondements du droit. Il s’agit de ne pas laisser le christianisme se diluer dans la société laïque, quitte à voir s’éloigner les tenants d’une doctrine progressiste liée à l’évolution des mœurs. Le risque de déchristianisation est évident.

Revenons à Jésus et au cercle rapproché des premiers disciples. Nous savons que le maître leur demande de quitter famille, femme et enfants et qu’il exige d’eux une vie pauvre et ascétique. Ils reçoivent leur part de pain en échange du bien qu’ils prodiguent. Une affaire telle que celle de la petite fille brésilienne ne les concerne pas immédiatement. Le cercle se veut parfait dans l’adéquation de la pensée et des actes en vue d’inaugurer le règne de Dieu. Il en va différemment de la foule des croyants qui se presse pour entendre Jésus, pour quérir ses bienfaits, s’émerveille de la puissance de ses paroles, mais qui est incapable de se conformer à son enseignement. Jésus n’exige rien de la « génération mécréante et pervertie » qu’il cherche à convaincre.

Le souffle de l’histoire emmène le rêve nazaréen vers l’Occident païen où il se corrompt. Marqué par la philosophie paulinienne, le christianisme naît de l’adaptation de l’idéal du règne à la société gréco-romaine, puis à la société barbare. L’apôtre avait négocié avec Jacques, Pierre et Jean la possibilité d’une communauté de croyants qui ne vivrait pas selon les exigences fondamentales mais s’accommoderait de la loi minimale que Dieu avait donnée jadis à Noé, au lendemain du déluge. Telle était la condition pour christianiser l’Empire. L’Eglise s’est construite sur cette forme de christianisme indulgent contraire à l’enseignement de Jésus. Elle a élargi le cercle des disciples aux croyants et imposé le droit canon à tous les baptisés.

En cherchant à faire prévaloir sa propre morale, la société laïque défait aujourd’hui le cercle des fidèles et menace l’existence de l’Eglise fondée sur la communauté des croyants. C’est la raison pour laquelle le pape tente de resserrer les rangs en rappelant les limites du droit canon qui justifie la chrétienté. La pensée cathare ne reconnaît que le premier cercle des disciples parfaits aux limites toutefois imprécises, car la perfection est un cheminement et jamais un état. Elle ne répond pas à un droit positif, mais au discernement de la conscience de chacun. L’affaire de la petite fille brésilienne ne concerne pas davantage les cathares, dans leur doctrine, sinon qu’elle révèle, s’il en était besoin, les affres de la condition humaine. Les médecins, qui appartiennent ici à la foule des croyants, accomplissent leurs vies du mieux qu’ils le peuvent, en cherchant à limiter les souffrances et le mal en excès. Face à une réalité dramatique, ils ont pris leur décision en conscience. Dans la pensée cathare l’excommunication n’a pas de sens, en l’absence de droit qui emporte le jugement et clôture la communauté des justiciables, et il n’y a point de sacrements à refuser.


Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site www.chemins-cathares.eu depuis la dernière pleine lune. Une « écharde dans la chair » m’a obligé à annuler la rencontre équinoxiale de mars et la conférence que je devais donner en Belgique le 4 avril (reportée au 26 septembre). Vous voudrez bien m’excuser.



Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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