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Lettre n°26, lunaison du 11 janvier 2009





La lettre de Roquefixade
11 janvier 2009


Chers amis,

Peu d’entre-nous auront manqué de suivre L’Apocalypse, dernière de trois séries documentaires télévisées récemment diffusée sur Arte. Moment rare, émerveillement intellectuel, œuvre majeure de G. Mordillat et de J. Prieur qui nous ramène aux origines du christianisme, au cœur d’événements clés purifiés de leurs enveloppes théologiques, constitutifs des normes religieuse, morale et politique de notre société. Quelque quarante chercheurs, catholiques, protestants, juifs et athées, issus des plus prestigieuses universités européennes et nord-américaines réfléchissent tour à tour à voix haute. Le montage place chacun en situation de reprendre, de préciser, de nuancer ou de compliquer le propos précédant, ce qui favorise une tension dramatique en sorte que l’intrigue progresse et que l’énigme s’esquisse.

Présent dans un studio en chambre noire silencieuse, touché par un éclairage qui crée un contraste de lumière et de ténèbre, chaque intervenant répond aux questions des réalisateurs dont l’effacement au montage produit une relation, une sorte de dialogue subtil, entre l’intervenant et le téléspectateur lui-même. Le chercheur, qui peut feuilleter un livre de référence, voit ses convictions intimes mises en scène. La succession des interventions prend sens et crée un discours démonstratif, malgré quelques positions opposées. L’esprit critique du téléspectateur est maintenu en éveil par la confrontation des hypothèses, l’affirmation des doutes, l’absence de conclusion définitive et la réflexion intellectuelle à laquelle il est invité à participer. Les différentes langues parlées rappellent le caractère universel de toute recherche. Un tel échange de propos savants ne revêtirait pas une si grande qualité si les intervenants participaient à un débat classique. Ici, chacun a le temps de fouiller sa pensée et tous témoignent d’une fascination, non religieuse, sur la naissance improbable du christianisme, sa séparation d’avec le judaïsme et son élévation en religion d’Etat par l’Empire romain.

Le triptyque offre un cycle complet composé de trois titres : Corpus Christi (télédiffusé en 1997), évoque le personnage historique de Jésus, « le roi des Juifs », et le glissement vers le Christ, « le fils de Dieu ressuscité ». L’Origine du christianisme (2004), traite de la formation de la première communauté « chrétienne », de l’ambiguïté paulinienne, de la victoire des croyants issus du paganisme et de la séparation du mouvement d’avec le judaïsme. L’Apocalypse (2008) part du dernier livre du canon évangélique (90-100) pour montrer comment une secte juive rejetée devient une Eglise dominante, institutionnalisée par ce même Empire romain qui l’a combattue. Bien sûr, notre connaissance des moments historiques clés reste partielle et provoque des controverses. Eusèbe de Césarée fonde au IVe siècle une histoire ecclésiastique providentialiste qui ne résiste pas à l’argumentation de la critique historique. Hors de tout critère scientifique, elle se décrédibilise par son caractère hagiographique et apologétique. Sans aucun fait brut de caractère historique évident, il ne reste qu’à analyser les textes et à essayer de saisir « l’écho de l’histoire » qu’ils renvoient jusqu’à nous.

La fameuse proposition d’Alfred Loisy revient plusieurs fois : « Jésus annonçait le royaume, et c’est l’Eglise qui est venue. » Contrairement à ce que l’Eglise a toujours voulu faire croire, l’histoire est loin de montrer une continuité parfaite entre Jésus crucifié par les Romains qui prétendait inaugurer « le règne de Dieu », et la Rome chrétienne appuyée sur une tradition apostolique légendaire. G. Mordillat et J. Prieur proposent de mesurer, d’analyser et d’approfondir cet écart : « Comment on passe de Jésus, juif galiléen n’ayant qu’Israël pour horizon, à une religion d’empire, totalement dissociée du judaïsme au point d’en devenir même l’ennemie. » La date de référence pour la fondation du christianisme est généralement l’an 380, lorsque le mouvement devient religion d’Etat, sous l’empereur Théodose. Ce pourrait être le concile de Nicée, sur convocation de Constantin, en l’an 325. Le christianisme est donc étranger à Jésus. Quant à sa relation avec le judaïsme J. Prieur parle de « captation d’héritage » et G. Mordillat ajoute : « Le judaïsme demeure cette douleur, cet ulcère à l’intérieur du christianisme. » L’Apocalypse fait une part inhabituelle à Marcion qui propose (144) de séparer radicalement christianisme et judaïsme, puisque le dieu de chacune des deux religions est non seulement différent mais aussi contradictoire. La thèse proposée par les chercheurs montre que si l’Eglise (dualiste) de Marcion s’était imposée, les conflits sans fin entre juifs et chrétiens n’auraient aucune raison d’être, le judaïsme devenant pour le christianisme une religion étrangère parmi d’autres.

Nous voyons que quiconque lit les Evangiles d’un point de vue critique et s’appuie sur des bases scientifiques découvre une extraordinaire maîtrise de l’art du récit dans les événement miraculeux, les histoires de résurrections et d’apparitions. Ce qui n’ôte rien à l’inspiration non-violente et paradoxale qui constitue notre référence. L’ensemble des textes canoniques, apocryphes et gnostiques forme une œuvre littéraire grandiose qui nous invite à une lecture non théologique, historique, sociologique et profondément humaine. La quête du vrai nous engage à prendre les textes (tous les textes) pour ce qu’ils sont, sans présupposé religieux. Un tel état d’esprit crée un nouvel émerveillement et nous élève à la vérité de l’avènement de Jésus (qui ne peut jamais être qu’approchée). La pensée chrétienne est aux fondements du monde dans lequel nous vivons. En la découvrant, nous connaissons l’histoire dans laquelle s’inscrit notre propre vie, nous discernons l’esprit des faux-semblants.


Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site www.chemins-cathares.eu depuis la dernière pleine lune. Particulièrement, sous la rubrique Notes de lecture : Les Actes de Jean.

Au cours de l’année 2008, le site a reçu 43.863 visites (+ 27,3 %). Le nombre de pages vues s’est élevé à 109.570 (+ 12,3 %). Les visiteurs proviennent de 149 pays, principalement, après la France : Canada, Etats-Unis, Belgique, Allemagne, Espagne, Suisse, Brésil, Royaume-Uni, Italie. Le site est visité de toutes les régions françaises, notamment : Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte-d’Azur-Corse, Languedoc-Roussillon.

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Je vous souhaite une bonne et heureuse année, dans le déploiement de la pensée cathare. Je souhaite qu’elle soit également marquée pour vous par la première Rencontre de la diversité cathare, à Pentecôte.



Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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