Lettre de Roquefixade


Lettre n°25, lunaison du 12 décembre 2008





La lettre de Roquefixade
12 décembre 2008


Chers amis,

Nous nous concevons corps, âme et esprit, selon l’enseignement de Paul. L’apôtre précise : « Il n’y a pas d’abord l’esprit, mais l’âme, et ensuite l’esprit. » L’âme est liée au corps qu’elle anime, au corps de tout vivant comme au corps humain. Pour les stoïciens, l’esprit est la part supérieure de l’âme qui se développe par la pratique de la sagesse. Elle donne l’intelligence de soi et du monde. Les conceptions paulinienne et stoïcienne sont liées, si ce n’est que chez l’apôtre l’esprit ne procède pas de l’âme épurée mais qu’il est, au contraire, le préalable à la sagesse. Il jaillit de l’entendement du drame de la croix. C’est en ce sens que l’on peut concevoir l’esprit comme venant de l’extérieur de nous-mêmes et son caractère universel. La conscience spirituelle naît de l’impression tragique de la condition humaine. Par son éthique non-violente qui le mène à la mort, le Nazaréen donne à voir l’ordre du monde, de ses lois et de ses dieux. Peut-on être chrétien sans connaître la grâce, sans méditer sur la croix jusqu’au trouble de l’âme et à la conversion des valeurs ? C’est la question à laquelle les cathares répondent négativement, à la suite de Paul.

Les Evangiles multiplient les récits de guérisons que Jésus opérait. Il chassait les esprits démoniaques qui possédaient les âmes et les corps et il rendait le bien-être aux vivants. Le rédacteur du Premier Livre d’Enoch voyait dans les démons les âmes errantes des géants qui peuplaient la terre avant le déluge. Avides de nourritures terrestres, elles cherchaient à retrouver un corps en pénétrant celui des hommes par les viandes consommées. Elles avaient naturellement Belzébuth pour chef, le démon des mouches. Une fois les esprits démoniaques expulsés, l’homme ou la femme guéri devait à l’évidence venir à la frugalité et au végétarisme pour une guérison définitive. Jésus guérisseur était d’abord sauveur des âmes et des corps. Les juifs pensaient aussi les maladies comme conséquence des péchés et châtiment de Dieu. Le diagnostic révélait la faute. C’est en ce sens que Jésus pouvait dire au paralytique qui recouvrait tout à coup le bon usage de sa personne : « Courage, fils ! tes péchés te sont remis. » La guérison constituait en elle-même la preuve du pardon. Si nous ne pouvons plus considérer la souffrance et la maladie comme une conséquence du péché, il n’en reste pas moins que de notre ascèse ou de notre boulimie dépend largement notre état de santé et que le corps est marqué par la façon dont il est traité. Les juifs qui ignoraient tout de la génétique croyaient que les fautes lourdes devaient être expiées par la descendance « jusqu’à la septième génération », et nous savons aujourd’hui que l’erreur des parents peut aussi retomber sur leur progéniture.

Le règne de Dieu apparaissait comme une sublimation de la vie de chacun et de la relation sociale. Nul n’y entrait sans posséder une âme saine dans un corps sain. Pour preuve de l’inauguration du règne, Jésus avance aux envoyés de Jean : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se relèvent. » L’idée du règne est liée à la santé du corps qui ne va pas sans une vie saine et paisible, sans une nourriture végétarienne et naturelle, sans une âme exempte d’amertume qui ne connaisse point le stress qui s’attache aux affaires du monde ou aux contraintes sociales. Paul dépasse cette conception première du règne : « La chair ni le sang ne peuvent hériter du règne de Dieu, ni le destructible hériter de l’indestructible. » Le règne est désormais du domaine de l’esprit pur. « Qui me délivrera du corps de cette mort ? », s’écrit-il dans un élan de désespoir face à l’étrangeté de la personne et aux lois de l’incarnation. Son esprit se tend vers une glorification du corps dans un au-delà inconnaissable. Qui est avancé en âge et en sagesse se heurte comme Paul à la problématique du corps, d’autant plus que les pathologies s'additionnent et que les guérisons deviennent bien incertaines.

Dans son interrogation désespérée, l’apôtre juge le corps comme une sorte de vêtement de chair, quelque chose du dehors qui lui pèse et dont il voudrait être déjà débarrassé ; ce qui n’efface pas le caractère de « sanctuaire de Dieu » puisque la personne abrite l’esprit et, d’une certaine façon, l’emprisonne (Paul parle effectivement de délivrance). Nous ressentons nous-mêmes cette dualité lorsque le corps et l’âme souffrent et vieillissent alors que l’esprit conscient et contemplatif fleurit, qu’il nous donne le discernement, sans les mots pour le dire, d’un tout autre univers que celui de notre incarnation. Le corps et l’âme sont individualisés. Ils constituent la personne, se correspondent et vont ensemble. Mais l’esprit ne peut pas être personnalisé sans perdre sa qualité. Il s’agit bien de « l’esprit de Dieu » et non d’un esprit particulier ou de « mon » esprit. Cet esprit qui éclaire mon âme et glorifie mon corps je ne peux l’avoir qu’en partage, de même que je suis attentif avec l’auditoire à la même musique. Telle est la communion de l’esprit.


Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site www.chemins-cathares.eu depuis la dernière pleine lune. Je vous souhaite une bonne fin d’année, un peu de bonheur et de fantaisie en ces temps obscurs.



Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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