Lettre de Roquefixade


Lettre n°23, lunaison du 14 octobre 2008





La lettre de Roquefixade
14 octobre 2008


Chers amis,

Comment Benoît XVI peut-il justifier son discours sur la raison en annonçant que « la raison première de [son] voyage est la célébration du 150e anniversaire des apparitions de la Vierge Marie, à Lourdes » ?

Quand le pape affirme qu’« une culture purement positive, qui renverrait dans le domaine subjectif, comme non scientifique, la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison », il joue d’un paradoxe rhétorique qu’il construit en prenant le terme raison sous deux acceptions : la raison, en tant qu’elle permet à l’homme de bien juger (la connaissance rationnelle) et la raison au sens courant de raisonnable (conforme au bon sens et à la mesure). Le paralogisme est le suivant : toute culture rationnelle juge la question de Dieu subjective ; or, la question de Dieu est raisonnable ; donc, une culture rationnelle n’est pas raisonnable. Le glissement de sens crée la formule qui, en toute logique, n’est point valide, puisqu’il n’est pas démontré que la connaissance rationnelle est liée au bon sens.

L’erreur pourrait être sans conséquence s’il ne s’agissait de la parole du pape, revendiquée comme « Parole de Dieu ». Le discours au Collège des Bernardins eut pour thème « la Parole », comme fondatrice de la théologie occidentale et de la culture européenne. Cette Parole, nous dit Benoît XVI, vient de Dieu. Elle se donne à lire dans le canon de l’Eglise qui, rappelons-le, constitue un choix de documents. Puisqu’il s’agissait d’apprendre « à percevoir au milieu des paroles, la Parole », l’Eglise a fait un premier tri, après maintes corrections et diverses interpolations, pour constituer un Nouveau Testament selon ses intentions théologiques et institutionnelles. « La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle-même ce chemin, est une Parole qui donne naissance à une communauté », dit justement le successeur de Pierre. La prédication ressortit effectivement de l’art de persuader par le discours et devient créatrice du groupe qui la reçoit.

La difficulté vient que le canon des Ecritures intègre l’Ancien Testament dont la lecture révèle un dieu contraire à celui du Nouveau testament. Autant le premier est emporté et haïssable, autant le second est doux et aimable. Le pape reçoit ces Ecrits contradictoires comme « l’unique Parole de Dieu ». Face à la violence des textes, le juif helléniste Philon d’Alexandrie professait la méthode allégorique qui permettait d’interpréter les horreurs bibliques dans un sens convenable. En enseignant que tout verset portant tort à l’image de Dieu était un faux, la tradition clémentine jetait le doute sur l’ensemble de l’Ancien Testament. Le judéo-chrétien et helléniste Benoît XVI choisit de dire que « Dieu nous parle seulement dans l’humanité des hommes, et à travers leurs paroles et leur histoire » ; en sorte que « l’aspect divin de la Parole et des paroles n’est pas immédiatement perceptible ». Si le côté historique de l’Ancien Testament, qui fonde Israël et convient aux fondamentalistes et aux inquisiteurs zélés, doit être gommé, il ne reste aux chrétiens que des mythes et quelques mots de sagesse à tamiser.

Benoît XVI trouve sa propre réponse à la question dont le christianisme naissant disputa âprement : faut-il sauver l’Ancien Testament ? Ce n’est pas innocemment que, convoquant Irénée dans son discours à l’Elysée, il présenta le premier évêque de Lyon comme l’auteur de « l’Adversus haereses ». La référence pèse chez l’ancien préfet de la congrégation pour la foi. Irénée se distinguait en effet par sa lutte contre cette communauté chrétienne, née de la parole de Marcion et de son interprétation de celle de Paul, qui refusait de lier Ancien et Nouveau Testament dans une seule doctrine, avec l’espoir d’édifier un christianisme non-violent. L’évêque de Rome dit aujourd’hui que la littéralité du texte ne dévoile pas la Parole. Il donne sa clé théologique : « Pour atteindre la Parole, il faut un dépassement et un processus de compréhension qui se laisse guider par le mouvement intérieur de l’ensemble des textes. » Il ne saurait donc y avoir qu’une lecture chrétienne et orthodoxe des Ecritures, une lecture du présupposé qui discerne la Parole et l’action personnelle de Dieu dans les discours et l’histoire des hommes.

Laissons les circonvolutions du langage théologique pour revenir à la raison du voyage de Benoît XVI à Lourdes. Nous sommes loin des Ecritures, puisque l’Immaculée conception est un dogme de l’Eglise du XIXe siècle, décrété peu avant que la formule ne vienne sur les lèvres de Bernadette. Une lecture fine des Evangiles nous montre que Marie pensait que Jésus avait perdu l’esprit. Elle avait peur que sa folie ne le conduise à la perdition. Les autres fils pensaient de même de leur frère. En quoi l’enthousiasme des pèlerins de Lourdes peut-il illustrer la raison raisonnable que le pape a placée au centre de son discours ? En cela même que le fond païen de l’âme humaine ne peut être ignoré. L’Eglise n’est pas plus libérée du paganisme qu’elle n’est affranchie du judaïsme. Le discours du pape ne cherche pas à dire le vrai. Il est accommodant et sophistique. Jésus serait étonné du culte voué à Marie, mais les gréco-romains qui vénéraient Cybèle au visage noir ou Isis portant l’enfant, ceux qui espéraient la guérison au temple d’Asclépios retrouveraient ici le même élan d’humanité.


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Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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