Lettre de Roquefixade


Lettre n°22, lunaison du 15 septembre 2008





La lettre de Roquefixade
15 septembre 2008


Chers amis,

La société organisée ou la nation a un centre et une limite. On peut voir une multitude d’anneaux concentriques échelonnés du point central de l’autorité à la circonférence marginale. La force d’attraction agit sur les premiers, les resserre et les attire vers le centre. La force centrifuge agit sur les derniers et les distend. Elle contrarie l’attraction jusqu’au délitement. Peu à peu le cœur social se rétrécit et la périphérie s’étend. Autour se crée un éparpillement d’hommes et de femmes soumis à la force d’attraction sociale mais écartés par la force contraire. Ils ne peuvent ni entrer ni revenir dans le dernier cercle qui clôt la société. Il y a grande difficulté à s’opposer à la force centrifuge pour franchir les marges et remonter la suite des anneaux. L’argent, la situation familiale, la reconnaissance intellectuelle ou artistique, la beauté du corps font que l’on appartient à un cercle plutôt qu’à un autre.

Il est loisible à chacun de visiter les divers anneaux qui dessinent le monde social sans perdre de vue le lieu assigné par le destin. On va et l’on vient, selon que l’on s’accroche à une volonté de fer, tendue vers le centre, ou que l’on se laisse aller à la dérive, par épuisement. Il se peut aussi que l’on refuse de pointer la cible, que l’on exclut de jouer au jeu de société. Tel est l’état d’esprit des cathares qui observent la roue de la fortune et les jetons qui s’empilent ou se ratissent, sans s’asseoir à la table des joueurs. Ils voient les passions, les émotions, les craintes et les tremblements, les gagnants admirés et les perdants dédaignés. Les cathares sont nécessairement présents en ce monde, mais ils vivent en un lieu différent.

Accompagner les bénévoles des associations caritatives lors des distributions de vivres aide à comprendre où se situent les limites. La main tendue permet aux déshérités de s’accrocher à la société de consommation. Nul ne voit l’alternative. L’Europe envoie quelques lots de surproduction agricole, les supermarchés se débarrassent des produits frais prêts à jeter et les étagères de surplus sont disposées pour l’aumône. Aucun choix diététique, des boites pour manger ! Les pauvres de notre société, ceux à qui l’Etat accorde heureusement un minimum vital, sont souvent replets ; comme si manger à l’excès devenait la condition de la survie, comme si l’enflure du corps préservait de la famine. L’existence des misérables est loin d’être enviable. Les mères de famille ouvrent leurs sacs à la pitié des dames patronnesses qui les emplissent de produits aux couleurs et slogans dérisoires. Puis, elles vont confuses, nourrir quelques autres.

Que ces pauvres restent attirés par la société de consommation ne se remarque pas seulement au regard qu’ils portent sur l’étiquette, mais à la cigarette allumée, au téléphone greffé à l’oreille, à la voiture habituelle. La solution à l’inconfort et à la misère morale est pourtant toute proche pour qui prendrait le temps de vider son âme du paradigme social. Qui connaît le Sermon sur la montagne et les Béatitudes ? Et les moines de Birmanie qui mendient leur bol de riz ? La richesse se loge au cœur d’une pauvreté choisie, tandis que la misère enveloppe la pauvreté subie. L’ascèse et la quête de simplicité donnent un sens à la vie, un regard vers l’infini. On peut manger bien moins et des produits plus sains, ne donner au corps que ce qu’il a mérité. Le secret est de rompre avec l’esprit grégaire, de ne plus vouloir comme les autres, de s’éloigner des normes. Faut-il quelque initiation pour s’élever hors du monde, pour se laisser porter par l’imaginaire jusqu’à la paix dans l’âme ? Qui suis-je pour tenir pareil discours ? Un homme qui vit de peu et découvrit un jour que la vie intelligemment simple est une grâce.

Il n’est pas vrai que nous devions satisfaire d’abord des besoins tels que manger et dormir. Dans les limites de notre société, où l’on ne meurt ni de faim ni de froid, les nécessités dépendent largement de l’état d’esprit de chacun. La vilenie s’attache au pouvoir d’achat. Le premier acte de libération consiste à construire sa vraie personnalité en rejetant les usages du monde. La propension malheureuse à consommer est le premier penchant que nous avons à vaincre. Notre questionnement exclut le jeune homme riche de l’Evangile. Il se complait et ne donne pas l’exemple d’une nature authentique. Le cathare représente le modèle opposé. Il est la conscience qui a vaincu la créature avide, conformiste, craintive et possessive. Il s’est affranchi du mimétisme social, ce processus d’imitation machinale qui efface la personnalité au profit de la ressemblance commune ou de celle de la classe. Le cathare vit dans la société, certes, mais il est mentalement en un monde tout autre, en cette utopie qu’il reconnaît comme « le règne de Dieu ».


Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site www.chemins-cathares.eu depuis la dernière pleine lune. La rubrique Rassemblement de la diversité cathare est maintenant traduite en plusieurs langues. Quelques orateurs se sont annoncés, quelques hébergements ont été retenus. Le moment est venu de faire suivre l’information. Voir l’Agenda, pour la prochaine rencontre équinoxiale.



Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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