Lettre de Roquefixade


Lettre n°19, lunaison du 18 juin 2008


Chers amis,

Les collines boisées qui épaulent le règne minéral du Saint-Barthélemy font le dos rond du printemps. La saison est très pluvieuse, comme une mousson froide qui ne finit jamais. Les arbres gorgés d’eau assouplissent leurs formes et prennent de l’importance. Un roc de calcaire saillant révèle le squelette des âges et quelques rares pâturages témoignent encore de la présence humaine sur les hauteurs. La nature qui m’entoure arbore la terrible puissance de la volonté de vivre, cette violence inouïe que les règnes partagent. La constance végétale, les bruissements et les chants d’oiseaux de toujours donnent au temps qui va l’amplitude de l’espace.

Dans ma bibliothèque où les pensées étagées forment un autre arbre de vie, je voudrais être un humain de la deuxième génération, libéré du monde. Adam y vécut comme premier spécimen du genre. Mêlé au règne animal, l’homme passait sa vie à se nourrir, à se protéger, à se reproduire et à dormir, puis il mourait. Il chassait, il cultivait, il construisait, il défendait un maigre bien, il allait et venait, il se divertissait, il faisait le beau et copulait, puis il se reposait. Le fils d’Adam est toujours là, dans la vie moderne. Ses actes sont devenus seulement plus complexes. Il communique plus aisément, il se déplace de même et se distrait davantage. Ici et là, ses besoins ont largement dépassé la nécessité vitale. Il a muté en agent pathogène d’une lèpre évolutive de la face de la terre. Il partage avec son père la passion, l’émotion, les bons sentiments et toutes sortes de violences. La volonté de vivre le possède si bien qu’il n’a d’autres préoccupations que les exigences de son incarnation.

Le Christ inaugura le nouveau genre humain. Il voulut que l’homme passât du règne animal au règne de Dieu, de l’ignorance à la connaissance, de la voracité à la frugalité, de l’opulence à la pauvreté, de l’aversion à l’affection, de la faute à la guérison. Il appelait à un saut ontologique. Le fils d’Adam ou fils de l’Homme ne serait plus qu’esprit ! Dans cette perspective, les nécessités propres à l’incarnation se réduisaient à leurs plus simples expressions. La quête de la simplicité donnait le temps de l’étude, de l’oraison, de l’amour des autres et de l’annonce. Nul n’entrait dans le règne sans avoir pris la mesure de son humanité. Le dépassement des lois assurait la justice et la paix par l’abandon des possessions et la fraternité inaugurée. Le Christ fut le premier humain de la deuxième génération. Le corps éthique et l’esprit épanoui. Il transmuta la volonté de vivre ici et maintenant, dans un monde de rapine, de violence et de folie, en une volonté de vivre dans le règne de Dieu ou de la joie de l’esprit.

N’est-il pas grandiose le projet de vie qui ouvre sur le règne de Dieu ? Enrichissement de l’esprit, amoindrissement du corps, décroissance de l’économie. Pourrais-je trouver meilleure raison de vivre et d’espérer pour l’éternité ? Comment serais-je chrétien en vivant dans le règne animal tout comme ceux qui ne le sont pas ? Où est la différence ? Je dois m’approprier le temps, délaisser les contingences, tirer un trait sur l’inutile, me relier aux cathares d’hier et d’aujourd’hui et cultiver mon âme. Le terme cathare révèle sa portée, il désigne le pauvre à cause de l’esprit qui refuse la vie telle que la société l’impose ou la magnifie. Il voyage hors du temps vers les chrétiens de toujours qui vivent dans le règne. Jadis, on se convertissait à une croyance aussi vaine qu’une opinion, dernier degré de la pensée. Mon espérance est de l’ordre de la connaissance et de la conviction. Il n’est point de christianisme sans un retournement des valeurs du monde, ni sans une praxis qui en atteste. Pour ce jour qui naît, quelle sera ma décision ? J’avance à petits pas.


Vous êtes invités à parcourir les nouveaux développements du site www.chemins-cathares.eu depuis la dernière pleine lune. Vous noterez, sous le titre Agenda, la controverse de Castres, le 20 juin, le rendez-vous solsticial du 21 juin, à la bastida dels catars, la promenade initiatique dans la grotte de Lombrives, le 25 juin.


Avec mes pensées et mon amitié,
Yves Maris.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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