Lettre de Roquefixade


Lettre n°14, lunaison du 22 janvier 2008


Chers amis,

Dans une chapelle de montagne, j’ai participé à une rencontre de prière chrétienne œcuménique qui réunissait une centaine de personnes autour de deux pasteurs protestants et de deux prêtres catholiques, dont l’évêque de Pamiers. Bien sûr, je ne saurais cultiver l’illusion qui se proclame ici à voix haute, celle d’un dieu créateur que l’on croit bon, que l’on appelle « papa », que l’on entoure de sentiments et que l’on personnalise terriblement. J’écoute les enfantillages, j’observe l’émotivité, je considère les errements des cœurs. Je me joins à l’assemblée sans partager ni les prières absurdes, ni les chants aberrants, ni l’optimisme benêt. Les chrétiens ordinaires pardonnent heureusement les « hérétiques » et mon intention est de cultiver les relations humaines, d’entretenir les amitiés malgré les barrières de la pensée. C’est pour cela que j’étais là, probablement le seul cathare rescapé dans l’assemblée. Néanmoins, ma satisfaction fut comblée lorsque j’entendis l’évêque de Pamiers dire du prophète Elie, l’une des figures majeures de la vieille Bible, qu’il était un homme d’une grande cruauté. J’ai compris que je ne prêchais pas en vain. Le dialogue me semble plus aisé avec les catholiques qu’avec les protestants que l’on appelle « évangéliques ». Certes, notre pensée est inversée, mais nous avons avec les premiers une histoire dialectique en commun, alors que nous n’avons rien avec les seconds, si ce n’est, évidemment, l’humanité.

Parmi les nouveaux développements réalisés depuis la dernière pleine lune, vous pouvez prendre connaissance de la Consolation de Claude, de Toulouse, du témoignage de Lucía, de Valencia, du message de Colette, du Québec, de la lettre de Guy, de Carcassonne… (Rencontres cathares)





LECTURES CRITIQUES
La rubrique s’est enrichie de la lecture de cinq nouveaux chapitres du Roman pseudo-clémentin.
Extraits :

La doctrine des deux assemblées, de droite et de gauche.

Pierre enseigne la doctrine des deux chefs : celui de droite, Pierre, et celui de gauche, Simon. Dès le principe, Dieu leur a imposé cette loi : « Chacun d’entre eux n’aurait de pouvoir que s’il avait d’abord pour commensal celui à qui il voudrait faire du bien ou du mal. » Ceux qui se sont joint à la communauté sacrificielle se sont rangés du côté gauche et se sont asservis au « prince du mal ». En mettant fin à leur conduite et en se rangeant du côté droit, ils trouvent le « bon prince de droite » qui les ramène à Dieu avec pour effet la guérison de l’âme et du corps : « Car lui seul, qui détruit par la gauche, est capable de faire vivre par la droite, tout comme d’abattre, puis de relever celui qui est gisant. » Faire ce qui plaît à Dieu consiste d’abord à « s’abstenir de la table des démons, ne pas goûter de chair morte, ne pas toucher au sang ». L’obéissance dont les juifs ont témoignée est érigée en modèle : « Montrez-la aussi, vous tous, et adoptez, en autant de corps que vous êtes, une seule pensée. » (Ibid. 4, 3.) En dépit du nombre de leurs sectes, les juifs se sont montrés unis dans la vénération du Dieu créateur.

Cet enseignement peut être utilement rapproché du jugement de Paul à l’égard des premières agapes. L’apôtre accepte la diversité des « sectes », relativement à l’avancement dans la foi et la perfection de conduite, « pour que les meilleurs se manifestent ». Mais l’ensemble ne forme ou ne doit former « qu’un corps ». La diversité des sectes (les « corps ») se retrouve dans la prédication de Pierre qui demande toutefois de ne faire valoir qu’« une seule pensée ».

Paul demande de ne pas confondre les agapes, de qualité très inégale d’une secte à l’autre, et « le dîner du Seigneur ». Il rapporte l’inspiration par lui-même reçue de ce que doit être ce « dîner ». Il faut bien remarquer que Paul dit : « Moi, j’ai reçu du Seigneur et vous ai transmis que le seigneur Jésus, la nuit où il fut livré, prit du pain… » S’il a « reçu du Seigneur », cela signifie qu’il n’a pas repris le rituel de la bénédiction du pain et de la coupe d’une coutume portée par les Douze. D’ailleurs, la tradition de Pierre ignore tout d’un rituel « en mémoire » de Jésus. Pierre bénit la nourriture avant le repas réservé aux baptisés et rend grâce quand il est « rassasié », « selon la pratique habituelle des Hébreux ». L’intention de Paul est christologique : il annonce « la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne ». Les paroles rituelles sont figées. L’apôtre règle la conduite des commensaux. Il appartient à chacun de juger en son for intérieur s’il est digne ou non de participer au « dîner » et d’être attentif que le repas se déroule dans l’esprit. Faute de discernement, « il y a parmi [eux] beaucoup de faibles et de malades et un bon nombre sont morts ». Nous retrouvons ici les faits qui provoquent la médisance de Clément au sujet des maladies consécutives au festin du bœuf sacrifié organisé par Simon.

Revenons aux préceptes concernant les agapes pétriniennes. Il s’agit de « s’abstenir de la table des démons » et de veiller à consommer une nourriture végétarienne : « Ne pas goûter de chair mortes, ne pas toucher au sang. » Il est rapporté un peu plus loin que Pierre prend « uniquement du pain et des olives, rarement des légumes ». Paul juge le régime végétarien comme un acte de faiblesse par rapport à la liberté qu’il proclame : « L’un, avec foi, mange de tout ; l’autre, faible, mange des légumes. » Quand Pierre utilise le terme « la table des démons » à propos des repas païens où sont servis les chairs issues des sacrifices, Paul renvoie aux repas juifs : « Ce qu’ils immolent, ils l’immolent [aussi] aux démons et non à Dieu. » Si l’on devait éviter de s’asseoir à la table des païens, l’on devrait également s’abstenir de partager le repas des juifs. Par conséquent, dit Paul : « Mangez de tout ce qui se vend à l’étal, sans en faire cas. »


La doctrine des deux voies.

La doctrine de la gauche et de la droite de Dieu évite la question de la dualité. Le créateur donne la mort par sa gauche et la vie par sa droite. Sa puissance maîtrise les deux voies, d’autant qu’il peut choisir et rendre la vie à celui qui est mort. En présence de deux mouvements religieux qui prennent le Prophète de vérité (le Christ) pour référence, Pierre argumente dans le sens de l’unité de Dieu. Rien ne pouvant échapper à la volonté du maître du monde, l’opposition des deux assemblées (des deux Eglises) sur les questions fondamentales de doctrine procède nécessairement de la volonté de Dieu. A Simon, il accorde le pouvoir de faire le mal, à Pierre, celui de faire le bien. Les hommes doivent être éprouvés en sorte que la connaissance du mal porte les repentis vers le bien. La pétition de principe est claire : il faut sauver l’unité de Dieu créateur.

Une telle économie de la foi justifie la proximité d’une religion opposée issue de la gauche de Dieu, tandis que la religion véritable procède de la droite. Lorsque l’assemblée de la fin des temps se réunira et que le fils de l’homme prendra place sur son trône de gloire, il est dit : « On rassemblera devant lui toutes les nations et il les séparera les uns des autres comme le berger sépare les brebis d’avec les chèvres, et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux de sa droite : Ici les bénis de mon père, héritez de ce règne qui est prêt pour vous depuis la fondation du monde… Alors il dira à ceux de gauche : Allez loin de moi, maudits… » Rappelons-nous la terrible colère du grand prêtre au Temple à Jérusalem lorsque Jésus lui dit : « Vous verrez désormais le fils de l’homme assis à la droite de la Puissance. » Cette parole blasphématoire est le point central de l’accusation, car, par opposition, Jésus place la hiérarchie légitime du Temple « à la gauche » de Dieu, c’est-à-dire du côté du mal, avec les damnés. Il se dissocie radicalement de la religion établie. Par un seul mot, il avoue qu’il la renverse et la maudit !


L’origine démoniaque de la nourriture carnée.

Le végétarisme est un élément essentiel de la doctrine de Pierre, en opposition avec le modèle paulinien de la liberté de table. Sur ce point fondamental, nous accordons crédit à Pierre contre Paul qui justifie sa conduite par la nécessité d’entrer dans la société païenne pour y annoncer le Christ : « J’ai été sans loi avec ceux qui sont sans loi. » De tradition pharisienne, Paul consommait les viandes propres à la consommation légale. Devenu chrétien, il enseigne l’abrogation de la Torah et laisse à chacun sa liberté de conscience pour juger s’il doit ou ne doit pas suivre un régime végétarien. Il ajoute cependant : « Si une nourriture scandalise mon frère, je ne mangerai plus de viande jusqu’à la fin du monde. »

Jésus condamne les rites sanglants. Ce ne sont pas les changeurs qu’il chasse du Temple, mais les vendeurs d’animaux à sacrifier : « Il renverse les sièges des vendeurs de colombes… » « Il fait un fouet avec des cordes et les jettes tous hors du sanctuaire, avec les brebis et les bœufs… Il dit aux vendeurs de colombes : Enlevez cela d’ici ! » Jésus s’inscrit dans la perspective essénienne d’un Temple purifié. Le document de la mer Morte intitulé « Florilège » porte ce commentaire d’un verset du cantique de Moïse : « Au sanctuaire que tes mains ont fondé, ô Seigneur, Yahvé régnera éternellement et perpétuellement. » Dans cette Maison n’entrera ni l’impie ni l’impur, ni l’étranger mais « ceux qui portent le nom de saints ». Les esséniens végétariens (« les saints » ou « les consacrés ») prendront possession du Temple. Ils y imposeront leur loi dans une tout autre perspective que celle des sacrifices sanglants. Le document poursuit : « Et il a ordonné de construire pour lui un sanctuaire d’hommes, pour qu’on fît monter, telle la fumée des sacrifices, en son honneur, devant lui, les œuvres de la Loi. »

Tandis que Paul différencie les agapes chrétiennes et le « dîner du Seigneur » au rituel consacré, Pierre ne fait pas de différence. Il bénit la nourriture avant le repas et rend grâce quand le repas est achevé. Si bien qu’il refuse de s’asseoir à la table de ceux qui n’ont pas reçu le baptême de purification et qui mangent la chair animale. Paul met Pierre face à ce qui lui apparaît comme une contradiction : ne mange-t-il pas à la table des juifs qui consomment de la viande issue de sacrifices rituels ? Ne se trouve-t-il pas alors assis à « la table des démons » ? Ne peut-on également dire des juifs que « ce qu’ils immolent, ils l’immolent aux démons et non à Dieu » ? Il est inconséquent de refuser de manger avec les païens ou les chrétiens pauliniens qui, de même que les juifs, sacrifient en vain. Mais la contradiction de Pierre est levée pour qui accepte la doctrine selon laquelle Moïse et Jésus ne sont que l’épiphanie du même Prophète de vérité et que « Dieu reçoit celui qui croit en l’un comme en l’autre ».


Contre Zoroastre.

L’attaque de Pierre à l’encontre de Zoroastre (Zarathoustra) n’est pas surprenante dans un texte où le disciple s’oppose à Simon le mage. Rappelons quelques caractères de la doctrine mazdéenne, pour fixer la pensée : « Quand Jésus fut né à Bethléem de Judée aux jours du roi Hérode, voilà que des mages arrivèrent du Levant à Jérusalem…» Zoroastre entreprit de réformer l’ancienne religion aryenne (660-583 av. J.-C.). Les dieux furent tenus pour des démons et le polythéisme fit place au monothéisme. Les sacrifices sanglants furent abolis et l’adoration d’Ahura Mazdâ inaugurée. Le ciel est le royaume du Seigneur sage, bon, juste, saint et lumineux et de ses Puissances obéissantes, chacune à son rang. La perfection des rituels et la conformité à la norme sociale, selon la caste, n’ouvrent plus les portes du ciel, mais la conduite personnelle parfaite, la rectitude des pensées, des paroles et des actions. La perfection est une lutte de vie. L’Esprit Mauvais tend des pièges à l’âme, jusqu’au dernier souffle du corps qui l’enferme. Ce bas monde est un champ de bataille où s’affrontent les fils de lumière et les fils des ténèbres. Et chacun a le choix du camp qu’il veut rejoindre. Contraire de l’Esprit Saint, l’Esprit Mauvais est également subordonné au Seigneur Sage. Le dualisme relatif que cette religion développe sera à maints égards celui des esséniens : « La conquête des fils de lumière sera entreprise en premier lieu contre le lot des fils de ténèbres. » Cette filiation se retrouve dans le prologue de l’Evangile de Jean : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas trouvée. »

Les Mages, qui semblent avoir formé une tribu aryenne en Médie, adoptèrent la doctrine réformée. Ils se vouèrent si bien à la propagation de la foi mazdéenne que les Grecs tinrent Zoroastre pour le chef des Mages et que par le terme de « magie » ils se représentaient cette religion dans son ensemble. Puis, vinrent les attaques contre le mazdéisme, auxquelles nous voyons que la tradition pétrinienne n’est pas étrangère, et la magie devint synonyme de la sorcellerie, et le magicien, du sorcier.


Unité de Dieu et pluralité du divin.

Le mythe du paradis terrestre et des bénédictions perdues, pour cause d’ingratitude envers Dieu, fonde un raisonnement qui soutient toujours la foi des fidèles des Eglises classiques. En mêlant Dieu à l’Histoire et en lui en attribuant la maîtrise, Pierre l’amène à fréquenter les hommes. Le dogme de l’image de Dieu établit le voisinage. Il privilégie la condition humaine au cœur de la création. La crainte de Dieu prend sens : Dieu est là, il observe... Si l’homme devait craindre un dieu transcendant, une telle crainte ne produirait pas de soumission, puisque celle-ci ne vise qu’à implorer la bénédiction. A l’inverse, l’insoumission offre l’homme en proie aux démons et aux maladies.

Si l’image pétrinienne de Dieu réside dans la forme humaine douée de sens et de sentiments, la ressemblance est dans l’âme ou, plus précisément, dans l’intellect que contient l’âme humaine. Chez Pierre, l’homme privé de raison, incapable de se soumettre et de se conduire selon la loi de Dieu, perd la ressemblance et régresse au rang de l’animal. Paul ne théorise pas sur l’image et la ressemblance, mais l’on retrouve chez lui l’idée de l’homme animal et de l’homme spirituel. Pour l’apôtre, Adam est l’opposé du Christ, le modèle de l’homme animal, brut, violent et passionné. Il ne demande pas au chrétien d’être parfait comme peut l’être le créateur. Ce serait valoriser l’incarnation (l’image). Le Christ ressuscité devient le modèle de l’homme spirituel capable du discernement de conscience. Le Christ vivant en l’homme (l’état de grâce) donne à celui-ci la filiation divine qui le relie par la loi (la Parole) intérieure (qui n’est plus celle de la nature ou du créateur). Chez Pierre, il y a d’abord la loi extérieure (la loi positive) et, par la crainte et la soumission, la ressemblance au Dieu créateur est rétablie. Chez Paul, il y a désormais la loi intérieure et, par la grâce, la ressemblance au Christ est réelle.






Le chemin de Damas
Voir les quatre nouveaux sous-chapitres de « La loi universelle de la conscience ».
Extraits :

12 - Les œuvres de l'esprit

Pour Paul également, Dieu juge selon « la vérité » (Rm. II, 8). Il nous enseigne que celle-ci se découvre à la fois par la connaissance de Dieu, puissant et invisible dans la création asservie (Rm. I, 20) (Test. Neph. III), et par l'intelligence de l'impératif divin, qui se révèle en la conscience éclairée de l’homme (Rm. II, 15) (Règle IV, 2). Néanmoins, le concept paulinien de vérité ne peut se confondre avec la doctrine essénienne. A la vérité s'oppose le mensonge. Il revêt la forme de l'impiété lorsque l'homme ne reconnaît pas la réalité toute céleste de Dieu, qu'il ignore la loi de l'esprit et croit trouver la loi de Dieu dans le droit. Faire le bien revient à marcher « selon l'esprit » (Rm. VIII, 4) qui est justice de Dieu. Faire le mal consiste à désobéir à la vérité intérieure, c'est-à-dire, à marcher « selon l'homme » (psychique ou charnel) qui ne connaît point l'esprit (1 Co. III, 3). Paul sort de la dualité essénienne, qui consiste à voir deux esprits opposés en l'homme. Il entre dans une dualité nouvelle où l'esprit de Dieu, emplissant la pensée de l'homme, rencontre la loi du péché, la loi fondamentale de l'incarnation (Rm. VII, 23). Toute vie terrestre anime le mal !

Les deux ensembles, Torah et « loi de l'esprit » (Rm. VIII, 2), ne sont pas superposables mais recouvrent certainement une intersection. L'Hébreu peut être juste selon sa loi, mais ne point l'être selon la loi de l'esprit. Il peut encore être injuste selon sa loi mais juste selon la loi de l'esprit : « Car les hommes bons, ceux qui n'ont qu'une face (les simples), sont justes devant Dieu, quand bien même seraient-ils tenus pour des pécheurs devant les hommes à double face (les Pharisiens). » (Test. Aser IV, 1). Quoi qu'il en soit des précautions oratoires que prend l'apôtre à l'égard des Hébreux fidèles à l'esprit saint de la Communauté qui demeurent à Rome (Rm. XVI, 2), il est indubitable que, pour lui, Dieu ne mesure point le bien et le mal à l'aune de la Torah, mais selon la loi de l'esprit (Rm. VI, 14). Connaissable par les Hellènes autant que par les Hébreux, la justice de Dieu devient universelle.


13 - Le Christ et la Torah sont contradictoires

Le sens profond que l'apôtre donne à la crucifixion se révèle : « Car par la loi (la Torah) je suis mort à la loi (la Torah) afin de vivre pour Dieu. Je suis crucifié avec le Christ » (Ga. II, 19). Le Christ a été condamné à être pendu au bois. En mourant par la Torah, il est mort à la Torah (Rm. XV, 8). L'homme de foi partage la conviction. Le sens de cette mort appelle à une invalidation universelle de la loi extérieure, des hommes ou des anges. Certes, le jugement initial portant sur l'accusation de blasphème ne procède que de la Torah. Le « il-est-passible-de-mort » (Mc. XIV, 64) est un jugement de couloir dans l'attente de la confirmation divine. Mais l'exécution (Pilate s'en serait-il lavé les mains n'y changerait rien) a été expédiée et légalement ordonnée par le préfet de Judée, selon la procédure romaine. Pour le converti paulinien, sinon pour le fidèle de Jésus Christ, la loi de l'Empire est au moins aussi injuste et haïssable que la loi d'Israël. Tant de coups de triques et de pierres ont borné sa voie, tant de portes de prisons se sont refermées sur l'apôtre à l'étape, qu'il serait difficile d'être aveugle au sens de son évangile. Pour Paul, l'injustice de la loi positive est universelle. Néanmoins, la Torah pose le problème majeur parce qu'elle laisse accroire qu'une loi positive peut être divine : « Méditons tous la loi du Dieu Très-Haut, qui de toutes les lois de la terre, est la plus juste. » (Or. Sib. III, 719).

L'homme spirituel partage le destin de Jésus Christ. En son incarnation, il se veut lui-même crucifié (Ga. II, 19), rebelle à la loi jusqu'où elle ne peut plus aller. L'apôtre proclame certes un évangile de la libération (Rm. VI, 6). Ce serait néanmoins retourner son sens que de conclure qu'il projette de bâtir un quelconque système mondain qui édicterait de nouvelles lois (positives) prétendument plus justes ou plus vraies. Les enjeux de pouvoir ne sont jamais pauliniens. Le Christ qui vit dans la pensée du Parfait le libère du péché, de la crainte et de la loi. Il occupe l'homme intérieur, le seul véritable (Rm. VIII, 10). En bon rhéteur, l'apôtre garde l'argument indiscutable pour la conclusion. S'il y a une justice en la Torah, il faut croire que le Christ n'était que « ce prophète ou ce songeur de songe » (Dt. XIII, 2) dont Yhwh demande la mort. Il faut dire qu’il fut justement exécuté pour son blasphème et sa folle impiété : « Car s’il y a une justice par la loi, le Christ est donc mort pour rien. » (Ga. II, 21).


14 - Le signe de l'esprit n'est point attaché au sexe.

L'Hébreu est en effet esclave de la Torah (Rm. VIII, 15) (Ga. II, 4 ; IV, 24). Mais « celui qui était esclave lors de son appel par le Seigneur est un affranchi du Seigneur » (I Co. VII, 22). Un sens identique se retrouve dans la Lettre aux Galates : « Le Christ nous a libérés pour la liberté. Debout, donc ! et qu'on ne vous retienne plus sous le joug de l'esclavage. » (Ga. V, 1). Il s'agit d'une liberté totale et non point d'un changement de maître. Paul demande à l'Hébreu de se laisser libérer sans crainte du joug oppressif. D'esclave qu'il est, il devient l' « affranchi du Seigneur ». Bien entendu, il ne peut demeurer, après l'appel, en l'état social où celui-ci le surprend (1 Co. VII, 13). Sinon, la conversion ne serait qu’un vain mot ! Son rapport au monde et à Dieu se trouve absolument bouleversé. Paul lui-même constitue le modèle. Il a jeté cul par-dessus tête la tradition de ses ancêtres (Php. III, 5-6). Il a quitté Jérusalem et court maintenant les voies de l'Empire « tel que le Seigneur lui a fait sa part » (1 Co. VII, 17). « De même celui qui était libre lors de son appel est un esclave du Christ. » (Ibid. 22). Ainsi, le Goy, naturellement libre de l'esclavage de la Torah, lui « qui n'[a] pas de loi » (Rm. II, 14), doit maintenant se soumettre à cette loi du Christ qu'est la loi de sa conscience éclairée.

L'apôtre demande vivement aux Hébreux convertis comme aux Hellènes, de ne pas répondre aux sollicitations de l’adversité qui réclame la pratique de la Torah et la circoncision pour tout Prosélyte. Aux uns, il demande de se ranger sous la loi du Christ, parce qu'ils sont « libres » (Ibid. 22). Aux autres, « esclave[s] » de la Torah lors de leur appel (1 Co. VII, 21), il clame de profiter de la liberté. « Achetés comptant » (Ibid. 23) par le Christ, ils ne courent pas le risque du retour des choses nanties. Ils ne sont pas acquis par un autre maître d'esclaves, mais pour être rendus à la liberté (Ga. V, 1). Qu'ils ne se laissent pas mener ou ramener dans les rets de la loi, quand le Christ leur offre la liberté !

Que chacun cesse d'en juger par le sexe ! Le pacte de Moïse est caduc, la fin des temps n'oblige plus à la séparation des Hébreux et des Hellènes (Ga. III, 28). Paul conclut de la façon dont il introduit (1 Co. VII, 18) sa mise au point : « Que chacun demeure devant Dieu tel qu'il était lors de son appel » (Ibid. 24). Entendre ici une allégeance à l'ordre établi et une reconnaissance (spirituelle !) de la qualité d'esclave, au lieu d'y voir simplement la question du signe de la circoncision, relève d'une incompréhension totale du message paulinien de libération et de son rejet absolu de toute légalité. L’esclavage, c’est encore la loi ! La péricope, 1 Co. VII, 17-24, n'est pas à sa place. Elle coupe l'enseignement paulinien sur le mariage qui s'interrompt au verset 16 et reprend au verset 25. Cette situation peut favoriser le contresens

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15 - Le rachat des hommes.

Comme dans les livres prophétiques, le terme « rédemption » signifie la restauration d’Israël et la victoire sur les nations. Lorsque Adonaï-Yhwh rachète Jacob à Cyrus, l'acte est clair. Le Règlement de la Guerre annonce l'ultime rachat. Il ne restera plus trace du lot de Bélial pour capturer Israël en ses filets.

Pour Paul, l'humanité se trouve libérée de l’asservissement de l'incarnation (Rm. VIII, 21). En prime pour les Hébreux, de « l'esclavage de la loi » (Rm. VII, 6) (Ga. IV, 5). S'il est un roi à qui payer la rançon des hommes, n'est ce pas à celui-là même qui est le principe de l'incarnation, du péché et de la mort ? « Le Prince de ce monde » ! (Martyre Is. I, 3). Dieu ne peut racheter les hommes qu'à l'adversaire qui les a pris. Cet adversaire ne les a pas gardés en esclavage dans une terre étrangère, mais dans un autre monde : celui de la création asservie (Rm. VIII, 20). Les hommes se trouvent exilés sur terre, esclaves de leur nature. La convoitise est leur raison de vivre, le principe de leurs actes. Elle les prive de la liberté de penser et d'agir (Rm. VII, 20). Pire, la loi du péché a suscité une autre loi, qui s'impose (particulièrement) aux Hébreux. Celle-ci, dont Paul nous dit qu'elle a produit en lui « toute convoitise » (Rm. VII, 8), n'est point la loi du péché, mais son institution (1 Co. XV, 56). La Torah plie le fidèle et le trompe. Elle se proclame source de vie (Lv. XVIII, 5), alors qu'elle n’est que « le service de la mort » (2 Co. III, 7), c'est-à-dire, la loi organique d'une vie sociale qui sauvegarde l'homme dans sa mortelle fatalité.

La suite du rachat doit être comprise comme un retour d'exil. Non plus au sens historique de la tradition hébraïque, mais comme un cheminement dans le dénuement terrestre vers le règne céleste et la vie éternelle. L'homme qui a reçu l'esprit connaît une nouvelle forme de justification, immédiate et gratuite. Il est transporté de l'injustice dans la vraie justice de Dieu. Jésus Christ n'est pas le négociateur qui fait face, sur le terrain de l'adversaire. Il n'est pas davantage le prix payé par Dieu (le corps crucifié est sans valeur). Il est l'apparition du divin dans le monde (« en une sorte de chair » : Rm. VIII, 3), pour reprendre à l'adversaire ceux qui ont foi en la révélation de la vérité. Le Christ est venu ouvrir la porte du ciel.




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Bien cordialement,
Yves Maris

cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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