Lettre de Roquefixade


Lettre n°11, le 26 octobre 2007

Chers amis,

Cette lettre, qui vous est adressée les nuits de pleine lune, peut vous paraître un peu formelle. Elle renvoie, en effet, à des textes fondamentaux, difficiles d’accès pour ceux d’entre-nous qui ne maîtrisent pas (encore) les arcanes des Ecritures bibliques et apocryphes. Mais elle constitue chaque fois une maille supplémentaire du réseau cathare que nous tissons.
D’une certaine façon, nous nous situons dans une phase de dénombrement. Je veux dire que nous nous rendons visibles à ceux qui partagent la même vision du monde, la même philosophie, ou qui sont simplement intéressés par notre questionnement, notre regard sur le christianisme, notre chemin de vie.
Je vous engage à parcourir le titre Rencontres de Roquefixade (sous la rubrique Rencontres cathares) et à lire les lettres qui m’ont été adressées au cours des derniers jours. Car, elles vous sont également destinées. Du cœur de ces écrits surgit une relation humaine chaleureuse qui vous appartient. Combien, qui se croyaient perdus dans des idées rares et extravagantes, face à la misère et à la violence sociale, nous disent leur bonheur de ne plus se savoir seuls au monde !
Pour ceux qui lisent l’espagnol, la Consolation de Lucía, de Valencia, révèle une inspiration spirituelle magnifique. Sa grâce éclaire l’ensemble de la communauté (virtuelle) que nous formons de proche en proche.


Parmi les développements intervenus depuis la dernière pleine lune, vous trouverez une nouvelle rubrique intitulée Lectures critiques. Dans la perspective d’un essai traitant l’ensemble du Roman pseudo-clémentin, il vous est proposé une lecture de l’Epître de Pierre à Jacques et une lecture de l’Epître de Clément à Jacques.



Présentation :

L’Epître de Pierre à Jacques accompagne l’envoi des prédications du disciple au frère de Jésus qui préside la communauté nazaréenne. Il lui est recommandé de n’en communiquer le contenu qu’à des personnes préalablement éprouvées. L’Engagement porte des prescriptions complémentaires de confidentialité adressées par Jacques aux presbytres de Jérusalem, à qui il transmet l’Epître. Ces deux documents apocryphes, dont les originaux peuvent dater de la fin du IIe siècle, nous ont été transmis avec les Homélies. Ils insistent sur le caractère ésotérique que comporte l’enseignement de Pierre. Nous sommes amenés à penser qu’ils accompagnaient primitivement les Prédications ou Kérygmes de Pierre que nous retrouvons mêlées aux Homélies. Celles-ci déroulent un roman qui ne présente plus, en tant que tel, un caractère ésotérique.

L’Epître de Clément à Jacques fait de Clément le successeur direct de Pierre dans la charge épiscopale de Rome, qu’il semble détenir de 93 à 101. L’Epître est postérieure à l’Epître de Pierre à Jacques (Ep Clément 20). Elle introduit les Homélies et les Reconnaissances, dans les versions qui nous ont été transmises. La question demeure controversée de savoir si les deux lettres accompagnaient effectivement une Prédication de Pierre (fin IIe s.) ou si elles furent produites (ou remaniées) par le rédacteur final des Homélies (fin IIIe s), celui-ci cherchant à affirmer la légitimité de Clément et son ancrage dans la tradition pétrinienne par opposition à la tradition paulinienne.


Egalement parmi les nouveaux développements, la rubrique Conférences & Débats offre un compte-rendu mot à mot de la IIIe Dispute de Roquefixade, sous le titre Thèmes développés.



Extraits :

L’évêque - Il y a un enseignement qui est exigeant : « Si tu ne crois pas ça, tu ne fais pas parti de la communauté ! » C’était les décrets, c’était les anathèmes : celui qui croit cela, qu’il soit anathème ! Celui qui ne croit pas cela, qu’il soit anathème ! Reconnaissons que, dans l’histoire de l’Eglise, il y a eu des affirmations très nettes.
Le pasteur - Je suis un chrétien dogmatique ! La Confession de foi de La Rochelle, dont Calvin a été l’inspirateur, reprend tout bonnement l’ensemble des dogmes de l’Eglise primitive : le Credo, le symbole des apôtres, de Nicée et de Constantinople.
Le cathare – En tant que cathare, je ne peux regarder que le dogme des autres, avec crainte ! Il n’y a pas de dogmatique dans la pensée cathare. C’est une vision du monde à partir de laquelle chacun dirige sa vie en conscience. La pensée cathare est originale par rapport à la pensée catholique et à la pensée protestante, qui participent de la pensée dogmatique unique née au concile de Nicée.
L’on comprend que l’Eglise devient à son tour persécutrice parce qu’elle est devenue un pouvoir d’Etat. On ne peut pas séparer la dogmatique du pouvoir. Aujourd’hui, où l’Eglise n’a plus de pouvoir d’Etat, l’on peut presque dire que la dogmatique se perd.
L’évêque - Les cathares du Moyen Age étaient tout à fait non-violents ; mais il reste que de ne pas adhérer au baptême, à l’eucharistie, au mariage et aux funérailles, de ne pas accepter le calendrier chrétien [catholique], cela provoquait une espèce de désordre dans une communauté chrétienne [catholique].
Le cathare – Je suis toujours surpris par les propos lénifiants de l’Eglise installée ou du Temple… Constantin avait une telle vision du christianisme, qu’il décida de se convertir s’il gagnait la bataille du pont de Vilnius contre Maxence, c’est-à-dire si l’Italie s’offrait à lui. Sa conversion au christianisme est une conversion les armes à la main, une conversion de conquête, qui ne fait pas référence à l’Evangile, qui fait référence à cet Ancien Testament, le boulet que nous traînons !
Si, pour les cathares d’aujourd’hui, il y a un modèle, c’est Gandhi, l’apôtre de la non-violence. La vision du monde des cathares n’est pas celle de Gandhi ; mais, dans un contexte de non-violence, il y a un accord parfait.
Dans la repentance, les cathares ont été oubliés. Je me suis posé la question : pourquoi ? La seule idée qui me vient, est que l’on ne peut pas se repentir du massacre des cathares sans dissoudre l’ordre dominicain !
L’évêque – Vous feriez beaucoup de dégâts en supprimant les dominicains. Jean Paul II a fait « la repentance ». Je l’ai entendu dire : « Nous avons fait sincèrement la repentance. » Il mentionné l’Inquisition. Je pense qu’il y mettait les cathares. Parce que s’il avait fallu y mettre tous les groupes qui ont été persécutés, à ce moment là, il aurait fallu faire un nouveau livre !
Le cathare – La liberté de conscience, ce n’est pas la liberté de dire ce que l’on veut et de dire tout et n’importe quoi. La liberté de conscience, c’est être libre dans ses pensées. Mais c’est un travail très difficile. Si nous sommes éveillés, par rapport à nous-mêmes, nous nous rendons compte que nous ne pensons pas véritablement. Notre discours intérieur comme notre discours extérieur est d’abord un discours d’intérêt, c’est-à-dire, un discours qui est lié aux appétits de notre incarnation. Ces passions qui nous animent et dont le moteur est constitué de nos intérêts, pour la pensée cathare, elles enferment l’âme dans le corps, si bien qu’au lieu d’être pure, l’âme est empreinte des appétits de l’incarnation.
L’homme est une âme, une psyché. Le corps est le vêtement en lequel l’âme est enfermée. Si l’âme doit subir les aléas, les appétits, les passions du corps, à ce moment-là, elle est étroitement liée à ce corps. La démarche de purification du parfait cathare, consiste à se vivre en tant qu’homme, c’est-à-dire, en tant qu’âme, une âme qui est libérée, séparée du corps. C’est en ce sens-là qu’il peut avoir un projet d’immortalité ; parce que l’âme purifiée, est une âme cristalline, limpide comme une eau claire, c’est-à-dire une âme qui ne porte plus aucun discours d’intérêt, aucun discours attaché au corps. C’est cela la perception du divin.


Sous le titre « Le chemin de Damas », voir le dernier sous-chapitres de « L’esprit des profondeurs » :

14 – L’esprit dévoile le mensonge de la Torah ;
Extrait : Selon l'interprétation paulinienne, qui outrage le texte de référence, Moïse dissimulait la nature de la lumière qui l'éclairait, de façon à laisser accroire à son principe éternel, autant qu'à son origine divine (2 Co. III, 13). Si Moïse a menti sur la présence de Dieu, sur la qualité de la lumière visible par tous, il a aussi menti sur les fondements de la loi ! A tel point, que le voile du mensonge induit toujours en erreur ceux qui observent la Torah et gardent leur fidélité à « l'ancienne Alliance » (Ibid. 14).

et les trois premiers sous-chapitres de « La loi universelle de la conscience » :

1 – La loi spirituelle transparaît dans la création asservie ;
Extrait : Nous sommes très loin de l'idée hébraïque d'une préexistence de la Torah (la sagesse de Yhwh), au moyen de laquelle Dieu créa le monde (2 Hén. XXXIII 1-3). L’on comprend que si la Torah n’est point de Dieu, la création dont elle constitue le modèle, ne peut davantage l’être. Pour les Hébreux, la Torah s'impose effectivement comme loi naturelle, avant même de devenir la loi positive du Sinaï-Horeb. La pensée hébraïque en général (essénienne en particulier) guette la libération finale par un fait de guerre messianique. Se dresseront face à face les « fils de lumière » et les « fils de ténèbres » (Guerre I, I, 1), jusqu'à l'extermination de ces derniers coupables d'interférer dans l'ordre naturel des peuples et des hommes.

2 – L’intelligence donne à connaître la loi de l’esprit ;
Extrait : Il est inutile d'insister sur le fait que la loi que pratiquent naturellement les Goyim ne peut être la Torah. Ils observent la loi de l'esprit, sans qu'ils le sachent vraiment. Cette juste conduite dans la relation aux autres est inscrite dans leurs pensées tel un impératif divin. Leur conscience témoigne d’une connaissance immédiate du bien et du mal (Rm. II, 15-16). Le dieu qu'ils découvrent ne ressemble pas au dieu de la Torah. L'invisibilité (Rm. I, 19-20) qui s’attache à la transcendance, n’est pas vraiment la qualité première du Seigneur Yhwh. Sa main est sur les contrats et les pactes. Toujours faits, défaits et reconduits, ils le lient au peuple élu, appelant sa bénédiction ou sa malédiction. Par lui, les arrangements de l'histoire se succèdent en autant de batailles pour tenter vainement de hisser Israël au faîte de la gloire prophétique. Yhwh est partout ! Paul sort de la religiosité hébraïque en trouvant dans les nations la preuve de l'universalité de Dieu et de son attachement à une loi de l'esprit qui n'est point la Torah.

3 – Justiciable devant la loi de l’esprit ;
Extrait : Le mélange des sens que revêt le terme « loi » (Rm. II, 13) dans la correspondance paulinienne, ne doit pas nous égarer. Parmi les Hellènes, comme parmi les Hébreux, ceux qui pratiquent la loi de l'esprit sont justes. Leur justice se vérifie dans l'adéquation de leurs actes avec la loi universelle inscrite en leur cœur. Ils ne connaissent d'autre juridiction que « le tribunal de Dieu » (Rm. XIV, 10). Les Hébreux qui pratiquent la Torah sont nécessairement appelés à être jugés en dernière instance en regard de la loi de l'esprit. L'appel invalide le jugement de première instance.


Bien cordialement,
Yves Maris

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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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