La chaîne cathare


Année 2008


Chaîne cathare de l'année 2008


Pour les correspondants qui le souhaitent,
l'adresse email et le nom sont communiqués de façon à lier des contacts.

Lettre de R. M.

(Décembre 2008)

Cher Monsieur,

J'ai découvert, avec beaucoup de joie, le site "chemins-cathares" et par la même occasion vos très intéressants exposés sur la philosophie cathare. Cette philosophie rejoint en beaucoup d'aspects, des "certitudes" intérieures que j'ai toujours eues quant à la rupture et l'opposition entre l'ancien et le nouveau testament; en effet il m'a toujours paru impossible et inacceptable que le "Dieu vengeur et jaloux" du peuple hébreu soit identique à ce Dieu d'amour et de pardon que nous a présenté Jésus, et l'un des évangiles renforce cette position quant il fait dire à Jésus : "Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs !" (Allusion aux différents prophètes, je pense...)

Bien que né dans une ancienne colonie française, j'ai grandi en terre occitane. les contraintes de la vie m'ont obligé à la quitter pour vivre dans une autre région mais j'ai toujours plaisir à retrouver les paysages du Languedoc.

Je vous dis merci pour ce beau et très intéressant site et vous adresse mes sincères et amicales salutations.


R. M.
Message de P. G.

(Octobre 2008)

Monsieur Yves Maris,

Concernant votre site, je suis assez stupéfait de son contenu. En effet, l'ensemble de ce que vous décrivez comme étant dans l'esprit de la philosophie cathare, correspond assez rigoureusement à celle que j'ai développée au cours de mon existence.
Cette évolution intuitive par l'esprit et la conscience semble coroborer le postulat selon lequel dieu ne se découvre qu'à l'intérieur de l'homme...
C'est avec plaisir que je continuerai à lire vos écrits.


Trés cordialement,
P. G.
Lettre de D.
et réponse de Yves Maris

(Octobre 2008)


Bonjour,

...Pour moi l'écologie véritable ne peut être séparée d'une conscience spirituelle, qu'elle que soit la voie prise par cette conscience.
Nous vivons dans des temps si instables, malgré l'apparente solidité matérielle de notre société, qu'il me parait toujours utile de contribuer, même à ma petite échelle, à la circulation d'informations de cette nature [la menace qui pèse sur les abeilles]. Cela contribue à une forme de vigilance.
J'avais découvert votre site avec beaucoup d'intérêt, m'intéressant aussi bien au catharisme en soi, qu'au fait que la région elle-même est baignée d'énergies d'une grande qualité. Ceci explique peut-être aussi que le Catharisme a tellement rayonné dans ces lieux si magiques (au sens noble du terme...)
Votre newsletter est très porteuse et j'apprécie toujours ce type d'initiative qui contribue à irriguer le net avec des informations et des réflexions d'une réelle qualité.
Bien que ne me considérant pas "cathare", ce qui serait bien présomptueux, j'ai un profond respect pour le cheminement spirituel qu'ont incarné les Parfaits, et je reste persuadée que le message du catharisme est parfaitement actuel dans ce monde de bruit et de fureur qui génère tant de souffrances pour la majeure partie de l'humanité.
Je ne fais partie d'aucun mouvement particulier, même si j'en respecte plusieurs pour la valeur de leurs enseignements, car j'ai eu la chance de connaître des hommes et des femmes libres en esprit qui m'ont transmis aussi bien le goût de cette liberté intérieure que le respect pour toutes les voies spirituelles authentiques. M'intéressant à de nombreux domaines, j'ai un peu de mal à vous parler de moi car je crois que cela serait rapidement fatigant. Mais je crois que vous avez une certaine idée de mes centres d'intérêt à commencer par l'écologie spirituelle.
J'aime profondément les Pyrénées ainsi que l'Aude, ce sont des lieux moins pollués, où l'on peut encore trouver des endroits empreints de plénitude. Je connais le château de Roquefixade, suite à une mémorable ascension avec mon mari, où nous nous étions retrouvés seuls dans les ruines, pris dans un orage tout à fait spectaculaire. Ce sont des souvenirs que l'on ne peut oublier et j'en ai beaucoup d’autres, liés à cette merveilleuse région.
Vous remerciant pour votre attention et en vous souhaitant le Bien et sa lumière,

Cordialement,
D.



Chère amie,

Je reçois votre lettre comme un lien entre la prise de conscience écologiste et la vision du monde cathare. Même si la France n’est pas à la tête de ce déploiement de la pensée, nous sentons un mouvement vers la vie simple, la nourriture biologique, la préservation de la nature, la non-violence, la vérité économique et politique, la décroissance. D’une certaine façon, les cathares d’aujourd’hui s’inscrivent dans cette mouvance éclairée. Ils la soutiennent sans réserve et les valeurs qui engendrent une telle conduite de vie se retrouvent parfaitement dans la pensée cathare contemporaine.
Il me semble toutefois que la pensée écologiste, au sens politique, constitue une idéologie uniquement tendue par la confrontation, face aux valeurs qui lui sont contraires. Elle ne cherche pas à transcender le monde, ni à se situer au-delà des conflits d’intérêts. Et l'antagonisme envahit l’âme humaine. Ceci n’enlève évidemment rien au rôle majeur que le mouvement joue dans les domaines économique et politique. Ce rôle est on ne peut plus clair et nous devons le soutenir activement. Mais la philosophie cathare ajoute la différence, le supplément d’âme qui tend l’homme vers l’esprit et lui propose d’investir la transcendance.
L’homme ne peut pas chercher seulement à se réduire à sa nature parfaite, serait-il le plus beau et le plus intelligent du règne animal. Il doit la dépasser et ne le peut que par l’esprit. Le retour à l’homme naturel est certes l’étape nécessaire pour s’élever hors de la condition humaine ; mais faire de ce retour l’unique but de l’existence revient à réduire l’homme à ce qu’il fut. Je sais que les mouvements écologistes sont très divers et que l’on trouve en leur sein les consciences les plus ouvertes. Toutefois, il ne suffit pas que la conscience s’ouvre, il faut aussi qu’elle s’élève.
Permettez-moi de paraphraser l’Evangile pour dire que j’aurais beau manger bio et manifester contre telle ou telle cause de contamination, si je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Accomplir sa vie, ce n’est pas vivre simplement comme il le faut, en se donnant le bien-être pour horizon. Étrangement, le cathare tend sa vie vers le moins-être. Il connaît les joies de la simplicité et du détachement. Il s’arrache de la volonté de vivre, à l’essence violente, et se détache du monde. Il apprendre à ne plus être et à flirter avec l’esprit.
Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de connaître votre belle âme et d’engager cette conversation entre deux pensées si voisines. Vous aurez compris que l’écologie est pour moi du domaine de la bonne praxis, tandis que je cherche à voir le monde avec tout le recul dont je suis capable.

Très cordialement,
Yves.

Echange avec R. S.

(Midi-Pyrénées - Octobre 2008)


Salut Yves,
J’ai lu avec intérêt ta réponse à J.-M. Tu as parfaitement raison, peu de personnes sont capables d’imaginer que le christianisme puisse porter un autre message et un autre mode de vie que celui qu’on lui connaît. Comme je te l’avais dit, je suis en train de lire Schopenhauer. C’est tout bonnement fantastique. Je crois que c’est le plus grand. J’aime aussi Caraco et Cioran. En lisant son petit opuscule « Du néant de la vie », j’ai été estomaqué de lire son point de vue sur le christianisme, que je ne résiste pas au plaisir de citer au bas de mon email. Il avait tout compris ! Et pourtant, il ignorait complètement Marcion et les cathares. Il n’en parle jamais. C’est donc qu’il l’a compris tout seul ! Sinon, je suis heureux de t’annoncer que je commence mes cours début octobre pour passer le DAEU (équivalent du bac L). Le concours sera mi-mai. Si j’y parviens, je pourrai m’inscrire à l’université.
En espérant te revoir prochainement,
Bien à toi.
R.

« Ma philosophie est à l’éthique de toutes les philosophies européennes ce qu’est le Nouveau Testament à l’Ancien, conformément à la conception ecclésiastique de ce rapport. L’Ancien Testament, place l’homme sous la domination de la loi, qui néanmoins ne mène pas à l’affranchissement. Le Nouveau Testament au contraire, déclare la loi insuffisante, et même brise avec elle. (Voir par exemple Épître aux Romains chap. VII et Épître aux Galates, chap. II et III.) Il prêche le royaume de la grâce, qu’il faut obtenir par la foi, l’amour du prochain et le complet renoncement de soi-même : c’est la voie par laquelle on s’affranchit du mal et du monde. Car en dépit de toute torsion rationaliste protestante, l’esprit ascétique est proprement l’âme du Nouveau Testament. Or cet esprit est précisément la négation de la volonté de vivre ; et ce passage de l’Ancien Testament au Nouveau, de la domination de la loi à la domination de la foi, de la justification par les œuvres à la rédemption par médiateur, de l’empire du péché et de la mort à la vie éternelle en Jésus-Christ, signifie, au sens propre, le passage des vertus purement morales à la négation de la volonté de vivre. Toutes les éthiques philosophiques qui m’on précédé ont retenu l’esprit de l’Ancien Testament avec sa loi morale absolue (c'est-à-dire dépourvue de fondement comme de but), et avec tous ses commandements et prohibitions morales, auxquelles on ajoute tacitement le chef suprême Jéhovah, quelques différentes que puissent être la forme et les manifestations de ceux-là. Mon éthique, au contraire, a un fondement et un but ; elle démontre avant tout théoriquement le fondement de la justice et de l’amour du prochain, et montre ensuite aussi les buts auxquels ceux-ci, quand ils sont parvenus à leur perfection doivent finir par conduire. En même temps elle reconnaît sincèrement la perversité de ce monde et indique la négation de la volonté comme le moyen de s’en affranchir. Ma philosophie est donc réellement dans l’esprit du Nouveau testament, tandis que toutes les autres sont dans l’esprit de l’Ancien, et aboutissent théoriquement aussi au pur judaïsme, c’est-à-dire au déisme despotique nu. Dans ce sens on pourrait qualifier ma doctrine de véritable philosophie chrétienne. » (Arthur Schopenhauer, « Du néant de la vie »)


R,
Merci de ton message. Je me réjouis de ton initiative universitaire. Je pense que ta maturité intellectuelle te rendra le cursus facile. Schopenhauer est depuis longtemps, pour moi, une bonne fréquentation. Tu comprends en quel sens je dis que "la volonté de vivre" est d'une violence inouïe et que je la confonds avec "l'esprit du diable"
Avec mon amitié,
Yves.


Salut Yves,
Bien entendu, j'ai tout de suite compris le lien entre Schopenhauer et toi. En fait je me demandais si le texte en question dont je t'ai fait part, n'était pas à l'origine de ta réflexion. La lecture de Schopenhauer m'a fait le plus grand bien, et m'a permis de clarifier dans ma tête ce qui était intuitif. Je suis en train de terminer « Le Monde comme volonté et comme représentation » et m'apprête à attaquer « Parerga et parlipomena ». Ce sont quand même des gros morceaux à digérer. Bonne rencontre à Carcassonne et au plaisir de se revoir.
Bien à toi.
R.

Message de A. B.

(Danemark - Septembre 2008)

Yves,

Merci... Je vous remercie de votre temps, de votre présence à l'Hôtel Costes. Ce fut une réunion très importante pour le groupe, sur le sentier Cathare. Vous avez totalement réussi à atteindre chacune dans le groupe... et le groupe dans son ensemble. Beaucoup dans le groupe vont reconsidérer la religion... Personnellement je suis très inspirée... et je crois « voir » et « comprendre » un petit peu plus... sur ma voie spirituelle.

J’aurai grand plaisir à vous rencontrer à nouveau…


Une belle journée à vous.
Bien à vous,
A.
Message de E. L.

(Provence - Septembre 2008)

Bonsoir Yves,

J'ai une connexion Internet, alors j'en profite...

Je suis allé un peu sur les sites italiens et j'ai trouvé des pistes intéressantes. Dès que j'aurai Internet chez moi, je me mettrai en relation avec les cathares italiens… Je ne mange plus de viande depuis que j'ai quitté Roquefixade. Je m'en porte plutôt bien et je suis ravi. Je me sens plus cohérent vis à vis des animaux que je choie, depuis que je ne mange plus leurs semblables. En fait, plus j'y songe, plus je trouve lamentable le « carnivorisme ». Je crois que j'étais mûr depuis longtemps !

Bonne continuation et bon courage pour la suite…


Bien à toi,
E.
Echanges entre Louis Sala-Molins
philosophe et écrivain, ancien professeur d’université
(dernier ouvrage : Le livre rouge de Yahvé – Ed. La Dispute 2004)


et Yves Maris
dont il a dirigé la thèse de doctorat (En quête de Paul, 1999).

(Septembre 2008)

Bonjour l'ami :

Bien des années après le bout de chemin ensemble "en quête de Paul", je trouve, au hasard d'Internet, dont je suis un piètre utilisateur, la rédaction de vos "vie et miracles" et la liste, impressionnante, de vos publications. Vous me feriez grand plaisir en me dédicaçant un exemplaire de celui que vous préféreriez mettre sous mes yeux... J'ose vous le demander. Et, de toutes façons, laissez-moi vous dire mon admiration pour votre engagement, votre ténacité et votre persévérance.


Très cordialement,
Louis Sala-Molins

Cher Professeur,

Cher ami,

Nos brefs moments d'échanges sont bien sûr inoubliables et je vous suis toujours très reconnaissant de m'avoir accompagné un moment du chemin. Merci beaucoup d'avoir rétabli le contact. J'avais pensé vous adresser mon dernier ouvrage, mais les gens de lettres et les philosophes doivent demander, sans cela, on n'est jamais sûr de leur intérêt. Je vous adresse avec plaisir Le Manifeste…


Bien à vous,
Yves Maris

Cher ami,

J'ai attendu d'avoir lu Le Livre rouge de Yahvé pour reprendre contact. Je vous y ai retrouvé avec beaucoup de plaisir. Merci de votre envoi. C'est un midrash étonnant qui devrait être mis entre toutes les mains. J'en ferai quelques lectures choisies lors de la prochaine rencontre cathare de l'équinoxe d'automne et je le laisserai à mes enfants qui n'ont jamais trouvé un grand intérêt à la lecture biblique.
Nous sommes sur la même pente (ascendante, bien sûr). J'imagine qu'après avoir ruiné la pensée biblique et avoir poussé le blasphème au seuil de l'initiation, vous allez écrire quelque chose sur l'utopie ou le nouveau concept de Règne de Dieu, sans oublier que dans sa tentative, Jésus en est mort. (J'imagine un ismaélien prêchant la non-violence, la fraternisation et l'amour à Bagdad !) Je ne pense pas que vous puissiez en rester là.
Vous avez dû vous rendre compte de la difficulté à faire passer un tel retournement d'idées. Les hommes, fils et petits-fils d'esclaves, ont du mal à cesser de prier le maître, de le craindre, de l'aimer et d'implorer sa bénédiction (syndrome de Stockholm). Je comprends la dépression de Galilée !


Au plaisir de vous voir bientôt,
Yves

Merci, cher ami.

J'espérais bien que ma lecture de la Thora vous conviendrait. Le jour où nous nous rencontrerons je vous raconterai l'aventure peu banale de son manuscrit, le pourquoi du titre choisi à la dernière minute sous lequel il a été publié et, surtout, la propulsion de son auteur, par ces deux "géants de la pensée" nommés Taguieff et Finkielkraut, au rang des plus grands propagandistes de l'anti-judaïsme de l'Allemagne nazi. Rien que cela. A part cela et un article très favorable dans "L'huma", silence absolu dans les médias, du courrier plus que sympa dans ma boîte à lettres et pas mal d'insultes dans Internet.
Je dois vous avouer que ma haine de Yahvé, à mon âge adulte, s'enracine dans la perplexité très douloureuse du petit enfant que j'étais lorsque, à l'école des lassalliens de mon village, j'entendis pour la première fois l'histoire d'Agar et Ismaël. Je suis donc très touché que, dans votre courrier, vous "envisagiez" le cas d'"un ismaélien prêchant la non-violence, la fraternisation et l'amour à Bagdad". Comme vous l'avez constaté, ma lecture colle scrupuleusement au crapuleux du texte et, comme vous le devinez, j'ai pris souvent mon pied en jouant au scribe.
De mon côté, j'ai lu jusqu'au bout votre Manifeste, dont j'apprécie la rigueur et la clarté. La seule question que je me pose -mais elle relève de l'existentiel et non de la critique historique- : une fois débarrassés de dieu, qu'avons-nous besoin du diable pour donner une explication rationnelle au désastre de notre monde ? Non, je ne pense pas qu'il y aura une suite au "Livre rouge de Yahvé". Pas mécontent d'avoir ferraillé contre deux fleurons du mal dans nos latitudes -l'inquisition romaine et la codification française de l'esclavage noir-, honteusement satisfait d'avoir abondamment blasphémé ce monstre ventripotent le "dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob", ces trois modèles de bassesse et d'ignominie à en croire la "divine dictée", je ne peux que ranger mes crayons puisque la cible serait... culturellement nécessairement inférieure au "très haut".
Votre lecture sera donc le 21 septembre. Vous me donnez envie de venir vous entendre.
A mon tour de vous dire que je serai heureux de vous revoir bientôt.


Cordialement et avec plein de complicités,
Louis

Cher ami,

Merci de votre dernier message. Vous êtes bien sûr invité à Roquefixade, avec beaucoup de plaisir, quand bon vous semble. La rencontre équinoxiale (samedi 20) n'aurait pas un grand intérêt pour vous. Mais vous m'avez fait penser que vous pourriez être l'invité d'honneur de la Rencontre de la diversité cathare de fin mai 2009. Ce serait l'occasion d'avoir un public pour Le livre rouge de Yahvé, ce qui ne doit pas être aussi facile à trouver.
J'espère pouvoir vous rendre visite cette fin de mois, sinon ce sera vers la fin de l'année…


Bien à vous,
Yves

Merci, cher ami, de votre dernier courriel.

On va donc mettre au crayon un signe sur l'agenda pour fin mai 2009 et espérer que vous viendrez à V. bientôt…
Vous avez raison : les occasions pour faire connaître Le livre rouge de Yahvé ne sont pas nombreuses : c'est peut-être que la providence du grand carnassier y veille…


A vous, très cordialement,
Lluis
Message de C. L.

(Midi-Pyrénées - Septembre 2008)

Bonjour Yves,

Je viens de lire votre dernière mise à jour et je suis stupéfaite par la qualité de votre analyse et de la synthèse que vous venez de faire concernant l'œuvre de Jung.
Le Cathare d'aujourd'hui, au fil de l'évolution de son enseignement "mystique intrinsèque", ne pourrait employer un langage plus Parfait...

D'une certaine façon, vous rendez accessible un labeur existentiel auquel l'homme est confronté de plus en plus jeune par ces temps orageux. Et, malheureusement, Jung est souvent insondable alors que les résultats du travail de sa vie me semblent être d'une extrême importance pour l'évolution de l'Humanité. Oui, je pèse bien mes mots et je le souligne encore : pas d'une poignée d'Hommes initiés, mais de la Grande Humanité, celle qui porte les générations de demain. Plus de Dieu de tel ou tel peuple, plus de Religion dissociant et divisant, mais un langage tout aussi Universel que celui de la musique ou du sentiment amoureux, celui du Symbole...

Merci a vous pour ce très BEAU chapitre et pour cette "parole" accessible à ceux qui ne veulent pas croire en la Religion comme en un salut. Vous souhaitant d'aller plus loin dans ce domaine grâce, entre autres, à vos talents d'écrivain et à votre grande souplesse intellectuelle.


Amicalement, et à bientôt,
C.
Message de F. L.

(Septembre 2008)

Bonjour Yves,

Je tenais à vous remercier de votre message : " laissez venir la grâce" m'a fait un énorme bien... Peu à peu je réalise, au gré des lectures, que la pensée des bons chrétiens libère mon coeur. Je suis née dans la colère, j'ai vécu dans l'incompréhension, j'ai hurlé au monde qui m'entourait que ce monde n'était pas bon et l’on me répétait que c'était moi qui n’étais pas normale de ne pas voir sa bonté... Aujourd'hui, je ne me sens plus seule, et je n'ai plus besoin de hurler... Une joie nouvelle me porte, j'ai une flamme intérieure et la maintenir en vie est déjà-là un beau travail… Je ne pourrais pas embraser le monde mais lui ne pourra pas m'étouffer.

Ce monde est un vaste théâtre dans lequel les acteurs s'identifient à leurs costumes... Croire en la bonté de cette terre maintient dans l'illusion, cela justifie toutes les injustices et toutes les trahisons... Mais peu importe, quand les lumières s'éteindront, nous serons nombreux à avoir notre petite flamme...


Merci de faire partie de ceux qui nous aident à la maintenir.

A bientôt
F. L.
Lettre de R. P.
et réponse de Yves Maris

(Côte d’Azur - Septembre 2008)

Bonjour M. Maris

Je suis venu pour la première fois à Montségur récemment, cet été. Je m'étais juré d'y venir un jour après avoir lu, il y a déjà bien des années, quelques livres sur le siège de Montségur, dont ceux de de F. Niels et de S. Nelli. J'en ai ressenti toute la magie et la grandeur. Le matin, il pleuvait et l'on ne voyait rien ; j'ai fait l'ascension du pog dans une atmosphère brumeuse qui ajoutait encore à son mystère. L'après-midi, après avoir visité le petit musée, j'étais sur le point de repartir, quand, soudain, le ciel s'est éclairci et le soleil s'est mis à briller. Je dois dire que j'ai été stupéfait de la beauté majestueuse des lieux et j'ai décidé de rester deux jours de plus, car je m'y sentais bien. J'en ai profité pour me documenter sur le catharisme en achetant des livres sur place.

Je dois avouer que je connais très peu les Ecritures chrétiennes en général et encore moins les Evangiles gnostiques. J'en ai entendu parler. J'ai rejeté la religion catholique très tôt, car elle ne répondait pas à mes questions, et, pire, je ressentais une révolte contre cette Eglise pour les crimes qu'elle avait commis au cours de son histoire. De ce fait, je me suis détourné des Evangiles qui me rappelaient l'Eglise catholique. J'ai entamé une quête, et, comme j'ai toujours eu une croyance innée en la réincarnation, j'ai été amené à étudier des mouvements qui se réclamaient de la gnose. Mais j'ai regretté que tous ces mouvements fussent des écoles ésotériques, plus ou moins initiatiques et fermées ; ce n'est pas ce que je recherchais, car je n'ai pas l'esprit sectaire. Par la suite j'ai découvert l'hindouisme. Je me suis investi à étudier en solitaire cette tradition avec ses nombreux courants pendant plus de 25 ans, jusqu'à aujourd'hui. Ce sont les Ecritures et les enseignements des maîtres hindous qui m'ont apporté le plus de réconfort, tant intellectuel que spirituel, jusqu'à ce jour. La seule chose qui me manque c'est une pratique partagée.

La question que je me pose : est-ce que la philosophie du Védânta, telle qu'elle est exposée dans les Upanishad, la Gîta, etc. est compatible avec la pensée cathare ? J'y ai relevé des similitudes, au moins sur le fond que je vous livre : nous avons en commun la croyance en la réincarnation, le végétarisme, la non-violence (ahimsa), nous pensons aussi que ce monde matériel est faux et qu'il faut tout faire pour s'en libérer. Cependant, dans l'hindouisme, le dualisme apparent Esprit/Matière (purusha/prakritti) est reconnu mais il est transcendé par un état supérieur, suprême, inconcevable. Pour parvenir à cet état qui est un Bien absolu, inconnaissable par le mental, au delà du bien et du mal relatifs, il faut, en tant qu'âmes incarnées, prendre la voie qui mène au Dieu personnel, au Dieu bon, en développant la qualité lumineuse (sattva) qui est en nous et nous détache de la Matière. Le mal nous l'appelons l'illusion (maya) ou encore l'ignorance, qui fait que nous nous identifions faussement au monde matériel. Enfin le détachement, voire le renoncement, est préconisé pour ceux qui le peuvent, qui souhaitent se consacrer totalement à Dieu. Une autre similitude avec l'hindouisme : lorsque l'Esprit divin (ou christique ?) descend, pour « adombrer » une personnalité, il ne devient jamais homme dans un corps de chair, il prend l'apparence mais reste totalement divin ; c'est ce que nous appelons un avatar.

Voilà ce que j'ai trouvé comme ressemblances ; on ne peut pas pousser plus loin la comparaison, mais c'est déjà pas mal.

Je vois le Christ, plus comme l'Ame collective, universelle, réceptacle de l'Esprit divin, source de toutes les âmes individuelles, que l'on connaît sous d'autres noms ou que l'on adore sous d'autres formes symboliques dans d'autres religions, mais, pour moi, il n'est pas limité à une personne, bien que je respecte l'enseignement de Jésus en tant que prophète. Le Christ se reflète en chaque être, et je pense que certains prophètes ou messagers ont pu se connecter temporairement ou durablement avec cette âme divine. Je ne sais pas si tout cela est bien compatible avec la pensée cathare, mais c'est ma façon de voir que j'essaie de structurer.

J'ai découvert votre site à mon retour de Montségur. J'y passerai pour lire votre lettre, sans m'y inscrire (je n'y suis pas prêt) ; et ce n'est pas toujours facile à suivre pour un non initié à la gnose chrétienne. Si toutefois, je peux me permettre une suggestion, vous pourriez par exemple ouvrir une rubrique d'initiation ou de vulgarisation, une sorte de b.a.-ba pour expliquer les bases à ceux qui n'ont aucune notion comme moi, car je pense que beaucoup de gens qui sont en recherche, peuvent être intéressés par la pensée cathare aujourd'hui, mais hésitent devant la complexité du vocabulaire, des termes, des concepts, ou des références historiques ou scripturaires, etc.

Je poursuis ma quête en solitaire, et même si je ne suis pas chrétien, je ressens une certaine proximité dans l'esprit avec le catharisme, je reviendrai certainement à Montségur car j'aime ce lieu, parce qu'il représente pour moi le symbole de "Moksha", la libération hors de la matière.


Cordialement

R. P.

Cher ami,

J’ai lu votre longue lettre. Je vous remercie de l’intérêt que vous me portez. Je ne peux répondre à vos questions parce que je ne connais de la pensée hindouiste classique que ce que peut en connaître un esprit cultivé. Je ne me sens pas destiné à intégrer les grands systèmes brahmaniques en moi-même autrement que comme des moments de l’histoire des idées religieuses qui créent la culture générale tournée vers l’esprit.

Le christianisme est pour moi une langue maternelle. Je comprends pourtant qu’il me faut une longue vie consacrée à l’étude des textes dans l’ascèse et les veilles, beaucoup de méditations, d’oraisons silencieuses et de contemplations, l’audace de la désobéissance et le retrait du monde, pour finalement m’approcher du sens de la grâce, de l’esprit, de l’amour, pour voir avec les yeux de l’âme les lumineuses ténèbres de l’au-delà, pour vaincre la mort. Si je décidais d’apprendre l’hindouisme classique et d’étudier les Upanishad, ce ne serait jamais pour moi qu’une langue étrangère dont je ne pourrais connaître ni les subtilités, ni les diverses connotations, ni les racines profondes. Je ne doute pas un seul instant que la tradition brahmanique puisse conduire autant que la tradition chrétienne tout au bord de l’inconnaissable, mais je crois que l’on ne peut parler deux langues à la fois. Certains ont peut-être la chance d’être bireligieux de même que bilingues, mais, dans ce cas, il y a généralement une langue ou une religion dominante.

Vous attirez mon attention sur la difficulté des textes que je propose dans le développement du site Internet. Vous comprendrez que je ne peux « faire le catéchisme ». La recherche est pour chacun une prière en soi que je ne veux aucunement troubler, heureux suis-je de l’accompagner simplement. Mon dernier ouvrage, La résurgence cathare – Le Manifeste est d’une lecture aisée. Ma maison est ouverte à ceux qui souhaitent participer aux rencontres cathares ou simplement s’entretenir des questions qui leur tiennent à cœur. La rechercher (la quête de la gnose) ne saurait composer un simple souhait, mais un mouvement ample de la vie.


Merci de votre écoute.
Recevez, Cher ami, ma cordiale amitié.

Yves
Lettre de J.-M. P.
et réponse de Yves Maris

(Septembre 2008)

Yves Maris, bonsoir,

Je me permets de me présenter et de venir à vous de la part de notre ami commun, R. J'ai lu quelques-uns de vos articles sur le site. Je ne peux que me réjouir en constatant, d'une part, la pérennité de la pensée et de l'esprit cathare et, d'autre part, la possibilité qui m'est offerte de rejoindre un courant spirituel dans lequel je me sens bien et libre : pas de dogme, servir la Vie et l'Amour, sans salamalec ni messe ni culte ni compromission ni autre supérieur que l'Amour dans ma conscience.

J'ai eu la chance de découvrir jeune : René Guénon, la gnose chrétienne, l'anthroposophie de Rudolf Steiner, Gurdjieff... Ces dernières années, l'objection de conscience, l'Arche de Lanza del Vasto, le Bouddhisme et sa pratique quotidienne.

Aujourd'hui, à 46 ans, ce cheminement bouddhiste s'est étoffé avec le service au reiki, énergie de l'univers, énergie d'Amour de Christ en chacun de nous. Je ne peux plus pratiquer mon métier (menuisier/charpentier) ; aussi je découvre qu'il est temps que je me donne à fond dans mon projet de vie : servir l'Amour et aider/accompagner mon prochain. Finie la recherche de connaissances pour me trouver et pratiquer une religion qui me convienne. Chrétien libre et « solitaire », sans Eglise mais de la PRATIQUE à fond. Pas de précipitation. Mais de la Vigilance et du Discernement, sans attendre. Le temps est compté. Voila pourquoi je suis heureux de retrouver des êtres comme vous dans un courant porté par l'Amour universel.

J'ai eu la chance (encore) de rencontrer un grand maître indien les 16 et 17 août. De plus, j'ai pu bénéficier d’une initiation. Malgré tout, je ne ressens pas le besoin de le suivre dans ses exercices quotidiens (j'en ai déjà avec le reiki, la méditation et la prière) et son enseignement (rien de plus que ce que je sais déjà). Yves – puis-je me permettre cette complicité respectueuse ? – qu'en pensez-vous ? Christ n'est-il pas le Meilleur des Maîtres, au fond de notre coeur ? Ai-je besoin d'un maître humain ? Si nous nous faisons CAPACITE, ne se précipite-t-il pas comme un TORRENT en nous ? J'ai des moment d'indécision, de doute (heureusement) et si je me « plante » tant pis, je corrige. Ce n'est pas facile de se « laisser-faire », de lâcher prise, d'écouter son cœur, d'aimer Christ – Contemplation – (cf. votre pertinent texte sur les différentes déclinaisons de la façon d'aimer). Mais avec la PRATIQUE, justement, je me rends compte si je vais vers le BONHEUR ou pas. Avec tous les sens en éveil, à l'écoute de mon corps, de mes sensations, de mes intuitions et du SILENCE.

Je suis foncièrement heureux de faire votre connaissance. J'aime la Philosophie, et ce m'est un enrichissement inestimable que de pouvoir échanger avec un auteur tel que vous, aux antipodes de nos burlesques narcissiques […] qui se gargarisent en disant ce qu'ils savent sans pour autant savoir ce qu'ils disent.

Veuillez, cher Yves, recevoir mes audacieuses mais néanmoins respectueuses amitiés. Souhaitant ainsi adjoindre mon humble participation à un courant de pensée et d'action qui, je l'espère, permettra à la lumière divine de traverser la couche opaque (Oh ! Pâque) de notre récurrente, endémique, récalcitrante, systémique, voire rédhibitoire... IGNORANCE.


J'espère ne vous avoir point importuné, malgré tout.
A très bientôt,

J.-M.

Cher ami,

Je vous remercie de votre lettre qui témoigne d’une longue quête spirituelle dont on suit très bien le fil conducteur jusqu’à la pensée cathare. Je vous avoue avoir moi-même porté, dans ma jeunesse, un grand intérêt aux grands noms que vous citez. Vous avez toutefois semblé conclure une première fois par l’adhésion au bouddhisme. Je crois, pour ma part, que notre religion naturelle est le christianisme. Il serait plus exact de dire notre religion culturelle. Je rencontre quelques fois des adeptes du bouddhisme et je sais qu’ils ont une vision du monde, à certains égards, très proche de notre propre vision. Manès a merveilleusement relié christianisme et bouddhisme. Néanmoins, je suis surpris de connaître des occidentaux qui adhèrent à cette philosophie extrême-orientale sans s’être jamais donné la peine d’étudier la pensée chrétienne dans sa diversité. Ils la rejettent a priori, sans avoir jamais vu qu’il y a plusieurs façons de la vivre ou de l’interpréter qui correspondraient à leur attente. Il me semble néfaste de renier Jésus ou de passer à côté sans regarder lorsque l’on est méditerranéen ou européen. Je pense que nous avons au contraire le devoir de retrouver les fondements de cette pensée qui nous conduit tout autant que le bouddhisme au bord de l’inconnaissable et nous inspire une grande sagesse.

Il me reste à souhaiter vous rencontrer, peut-être à l’occasion de la prochaine date équinoxiale ?


Avec mon amitié,
Yves
Message de Glen

(Août 2008)

Bonjour Yves,

Alan Mattingly, who has written a walking guide to Cathar Country, suggested that I contact you about my new book on the life of Esclarmonde de Foix and the loss of old Occitania. It is titled The Fire and the Light: A Novel of the Cathars and the Lost Teachings of Christ and is being released this week in bookstores and on Amazon.com. I am of course familiar with your wonderful work in promoting the memory of the Cathars. I hope you will include my book in your collection of Cathar volumes. I have written more about it on my website at www.glencraney.com and gave a radio interview about there Cathars, which can be listened to here.

Years ago I visited Roquefixade while researching my book. I remember that it was the fire signal station for those besieged at Montsegur. I hope some day to return and see the sites I wrote about.


Best wishes,
Glen
Lettre de B. I.

(Août 2008)

J’ai été à terre, terrassé, puis, terre-à-terre. J’ai cherché…

J’ai « tilté » à la lecture de votre livre. J’ai souligné : « Dieu parle à l’intérieur de l’homme. Il révèle la loi spirituelle en chacun (48). La conscience de Dieu est en nous… en tout être de cette espèce humaine (65). Percevoir les traces de son esprit dans les âmes humaines qui n’aspirent qu’à retourner à lui… (67) Nous répondons à l’Esprit qui parle dans le for intérieur (68). Nous témoignons de la loi intérieure. Nous entendons la loi de l’Esprit qui parle en nous (70). Chacun désormais écoute en son cœur la loi de sa propre conscience (88) et les pages 120, 121… joli… »

Nous sommes voisins, mais vous êtes plus justement orienté vers l’Esprit, en esprit. Alors que, tout en les utilisant, je suis encore empêtré dans les œuvres du Prince de ce monde. Je me suis appuyé sur les citations des serviteurs du Prince en les leur retournant. J’ai vu en votre livre un panneau. Je l’ai lu : il débouchait sur l’amour. Apaisé, je suis resté seul avec cette seule loi comme bâton de marche, voyant l’amplification des œuvres du Prince qui accaparent presque tout, en nous écrasant.

Non, je ne suis pas de ce monde. Je suis d’ailleurs. J’ai pensé parfois partir. Mais je dois rester (responsable : époux, J…, bac, C…, brevet)… effort à poursuivre pour la nécessaire transformation… participer… (à moins qu’on ne mette du temps à continuer la descente, avant « la révolte des consciences (108) », car les forces du Mal semblent l’emporter).

Conversation avec un franciscain de Brive : sur quoi serons-nous « jugés » ? On ne nous demandera pas si l’on a été catho, ortho, musulman, marié, divorcé… mais : « J’avais faim... » (Mt. 25, 31.) Les « pieusards » l’auront dans l’os ! « On ne savait pas… » ; et vous connaissez le seul critère : l’amour. Pas les étiquettes et les dogmes et les rites… L’ami de F…, avant le départ de sa semaine de pèlerinage à San Damiano, m’avait dit, en rigolant : « Elle va voir le diable ! » J’ai pris cela comme une rigolade. Après lecture de votre livre, je réalise que c’était vrai.

Je tiens à vous remercier, pour le livre et la Lettre de Roquefixade, et à vous faire savoir à qui vous avez envoyé votre livre. Je l’ai parcouru, assoiffé, et je vais le reprendre plus lentement.

Je vous envoie mon petit cheminement : « Vitale révolte du moi étouffé » (Edition des écrivains). Vos remarques m’aideraient.

MERCI.


Bien cordialement,
B. I.
Lettre de F. L.
et réponse de Yves Maris

(Août 2008)

Bonjour,

Je reçois avec grand intérêt la Lettre de Roquefixade sur mon email. Je me permets de vous contacter car j’y trouve beaucoup d'informations sur la « spiritualité cathare » ; et j'ai lu quelques ouvrages d'Anne Brenon que j’ai entendue en conférence il y a peu.

Les bons chrétiens me touchent beaucoup, car le message répond à mon interrogation sur la cruauté de notre monde. Mais ce que je trouve, ici et là, ne sont que des réponses très intellectuelles à ma quête spirituelle et, face à ce monde qui n'est que le royaume de la souffrance, je me demande comment ne pas tomber dans le désespoir, comment assumer chaque jour notre place sans sombrer dans la tristesse. Voilà ! Ma demande est peut-être très personnelle, et je m'excuse si cela peut vous choquer :

Comment vous, en tant que cathare, vivez-vous chaque jour dans ce monde, comment priez-vous ? Comment espérez-vous et qu'est-ce qui vous donne la joie ? Quel est votre moteur ? votre rapport aux autres ? vos propres travers ?

Je me permets ces demandes car je traverse une période de doute… Je suis bénévole auprès d'enfants handicapés à mes temps libres et, parfois, de voir cette souffrance chez ces touts petits – elle me confirme l'horreur de ce monde –, je ne sais plus trouver en moi une force intérieure pour continuer, et je ne sais en quoi espérer...

Voilà, aujourd'hui, j'ai besoin de l'aide de ceux qui font un chemin à travers les méandres de cette existence, un bon chrétien qui me montre son propre chemin.

J'espère ne pas vous avoir dérangé par mes interrogations.


Bonne route,
F.

Chère amie,

Je vous remercie de votre confiance et de votre fidélité.

Je comprends votre désespoir du monde. Mais il ne tient qu’à vous de ne point désespérer de vous-même. Vous accordez aide et compassion à ceux dont la souffrance est excessive, vous leur donnez un supplément d’humanité. Votre amour les apaise. Votre œuvre vous grandit. Vous ne changerez pas le monde. Vous êtes en quête de sagesse ? Cherchez à élire les êtres et à préférer les choses qui vous entourent selon votre cheminement de vie. Simplifiez tout : votre quotidien, vos relations, vos engagements, videz vos placards de l’inutile et vos pensées des encombrants. Votre temps se dilatera à l’infini. Vous gagnerez le recul nécessaire pour « sortir du monde » et observer la société qui vous entoure. Vous n’êtes ni juge suprême ni démiurge, laissez les autres se juger eux-mêmes. Faites silence, retirez-vous, il n’y a pas meilleure prière. Tendez-vous vers l’Esprit qui vous touche lorsque vous êtes lavée du monde. Purifiez votre conscience jusqu’à discerner l’au-delà. Revêtez l’habit de votre personnalité nouvelle. Le passé est clos, l’avenir est à vous.

Vos questions sont directes. Chacune mériterait une réponse développée qu’il m’est difficile de vous donner ici. Permettez-moi de vous recommander la lecture du Manifeste qui me semble devoir répondre à votre attente. Le christianisme est révolte et blasphème !

Il serait fou de prendre la perfection pour un but accessible. Mais le chemin qui y conduit est notre seule voie. Avancer vers la vérité, c’est être attentif à ne pas juger en vain, à ne pas dire ce que l’on ne sait pas ou que l’on croit savoir ; c’est apprendre à donner à chaque mot sa valeur ou à se taire. Avancer vers la non-violence, c’est rester éveillé pour entendre chaque parole et penser chaque acte, juger de leur degré de violence ; c’est réduire chaque jour les actes involontaires ou inconscients qui ajoutent à la souffrance du monde, et sentir peu à peu l’envahissement de la paix de l’Esprit. Laissez venir la grâce. Ne cherchez ni morale ni norme ou règlement. Les cathares ne sont pas des moralistes, mais bien des anarchistes. Vous demeurerez sur le chemin parfait. Avancer vers la simplicité, c’est avoir chaque jour quelque chose à déposer, un objet, une pensée, un contrat, une fausse obligation, une vaine amitié ; c’est repartir le jour suivant plus léger que la veille.

Approfondissez votre vie conformément à votre destinée et visez l’excellence. Que la sagesse soit votre fidèle compagne dans le rituel des jours. L’espérance est en vous.


Avec mes pensées et mon amitié,
Yves
Lettre de Bernard Vernières
(l’un des débateurs – le parti catholique – de la Controverse de Castres)

et réponse de Yves Maris

(Juillet 2008)

Bien cher Yves,

Comment est-ce que ça va depuis notre dernier échange de courriels ? Je plaisantais, naturellement, à propos des « gros mots » que j'aurais quelques scrupules à voir passer dans la transcription.

Mais je ne puis m'empêcher de penser à quelque chose de plus sérieux qui me trotte dans la tête depuis que vous me l'avez écrit, et je le reproduis ici : « Nous ne cultivons pas l'esprit tout à fait sur la même terre, mais l'essentiel est qu'il croisse et nous savons ensemble que l'amour est la vie de l'esprit. » Autant je suis mille fois d'accord avec vous sur le fond et la formulation, autant je me pose la question : quelle est la Source de l'amour ? Est-elle en nous ? Certes non, car : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Alors, n'est-ce pas Dieu, puisque « Dieu est Amour » ? Bien sûr que oui ! Mais alors comment recevoir cet Amour de Lui sans être branché sur Lui, et comment être branché sur Lui sans l'avoir au préalable reconnu comme tel et avoir fait alliance avec Lui ? Et cette alliance étant d'ailleurs à renouveler chaque jour, et à chaque instant, à chaque seconde même, à chaque inspiration/expiration comme ces Russes qui pratiquent « la prière de Jésus » ?

C'est l'Evangile de ce dimanche-ci qui me pousse à vous poser ces questions. Il est dit en effet : « En ce temps-là Jésus prit la parole et dit : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits (Mt 11, 25). Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir (26). Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler (27). Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai (28). Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes (329). Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger (30). » « Mettez-vous à mon école » : il s'agit de se laisser enseigner plutôt que de se lancer dans une recherche peut-être grisante mais qui pourrait être stérile ou mener dans des voies trompeuses propres à nous perdre.

Et qu'est-ce que le Fils a à nous enseigner si ce n'est cette connaissance du Père dont il a l'intimité, intimité dans laquelle il désire nous introduire, Lui, le Verbe par qui tout a été fait : dès lors le supplier de nous le révéler – humblement : dans l'attitude du petit enfant – du « tout-petit » qui attend tout dans la confiance.

Me comprenez-vous, me comprendrez-vous, Yves ?


Amitiés,
Bernard




Cher Bernard,
dans la fraternité chrétienne universelle,

Votre questionnement mériterait un développement plus long que celui que je vous propose. Mais, bien que nos convictions ou nos croyances soient différentes, nous procédons du même fonds culturel chrétien et nous devrions nous comprendre aisément.

La première question est celle de l’amour. Je ne parle bien entendu que du pur amour, c’est-à-dire de l’amour gratuit qui n’attend rien ni de Dieu ni de personne. Un amour intéressé appartient à un autre registre. Se draperait-il dans la morale la plus conforme à l’ordre social établi, il est une illusion. Ma conviction est que l’homme n’est ni l’image ni la ressemblance de Dieu. Aimer le bon Principe d’un sentiment semblable à l’amour relatif aux humains est un archaïsme. Je dois donc vous éclairer sur ce que j’entends par pur amour.

Je ne suis que l’avatar d’une volonté de vivre qui porte la violence du monde. Néanmoins, je perçois en moi-même une conscience ou un esprit qui semble me relier à une immensité que je ne puis connaître, enfermé que je suis dans l’espace-temps et la réalité de mon incarnation. Je ne peux prétendre à une relation vraie avec le champ spirituel transcendant à mon existence que si je me libère de toutes sensations et de tous sentiments, bref, si je m’extasie. C’est alors que je nais à l’amour. Tout mot annulant ma relation à l’esprit, je dois donc arrêter là mon discours. Mon intelligence me conduit au bord du Principe, mais ne me permet pas de le concevoir.

L’amour du bon Principe est reproductible envers le genre humain. Tout homme ayant accès au domaine de la conscience, chacun peut se retrouver dans le même amour. Ceux qui laissent voir la joie d’un esprit épuré reçoivent notre admiration. Ceux qui semblent les plus incarnés, les plus enclins aux passions violentes, méritent un supplément d’aide et de compassion. Vous aurez compris que l’amour du bon Principe est premier. Je peux aimer d’amour pur les hommes et la création gémissante si je m’élève en cette pureté. L’inverse n’est pas vrai, me semble-t-il.

En ce qui concerne votre deuxième question, il est vrai que Jésus sacrifie à la métaphore et appelle l’inconnaissable « Père » pour tenter d’affranchir la mentalité juive de la crainte et des commandements. Le sacré impose une idéologie qu’il rejette. Il rompt avec l’idée royale de Dieu représentée par les souverains orientaux. Jésus ne propose pas vraiment une nouvelle croyance. Il dévoile ou invente le sentiment d’humanité en accordant à l’homme plus d’égard qu’à Dieu. Le cœur du message crée une rupture avec la conduite serve conforme à l’idéologie royale. Jésus n’oppose pas la contre-violence ou la vengeance à la violence, mais la non-violence. Il nous emmène à dépasser le domaine des lois et à rejeter toute forme de jugement. Il refuse le système marchand du gain ou du donnant-donnant au profit du don et nous demande de ne pas dépendre de biens accumulés. Jésus se sent l’envoyé de la Sagesse (Q XI, 49). De la rupture avec la crainte du despote et la médiation sacerdotale naît nécessairement une autre idée de Dieu.

Deux mille ans après, la métaphore du père et des enfants, par opposition à celle du maître et des esclaves, a perdu de sa pertinence. Notre société ne désigne plus le tyran comme la représentation de Dieu. Elle montre le savant à la recherche de l’esprit. Il me semble que la fidélité que nous devons à Jésus n’est pas de figer le concept de Dieu à un moment de l’histoire mais de le développer selon notre vision contemporaine de l’univers. Il n’empêche que Jésus n’a guère été entendu et que son regard sur « la génération » garde malheureusement son actualité. Son enseignement sur les relations humaines est sans doute à jamais le plus grand qui soit.


Avec toute mon amitié,
Yves
Message de Jean Staune,
Fondateur de l’Université Interdisciplinaire de Paris

et réponse de Yves Maris

(Juillet 2008)

Bonjour,

J'ai pas mal entendu parler de vous comme le "dernier cathare vivant" ou, peut-être, le premier "néo cathare".

Le week-end des 27 et 28 septembre, je vais organiser le voyage d'un petit groupe (10 à 12 personnes) de chefs d'entreprise et de professeurs d'université et de leurs épouses, sur les traces des cathares. Je serais très intéressé que vous veniez nous exposer votre conception du catharisme (à ma connaissance, il reste très peu de textes d'origine des cathares. On les connaît grâce aux textes de l'inquisition. C'est comme connaître la résistance française via les textes de la Gestapo ! Vous avez sans doute des infos aussi complètes que possible sur les véritables croyances cathares). Nous pouvons aussi venir chez vous, si vous le désirez, pour vous faciliter la tâche.

Je me définis moi-même comme catholique hérétique, gnostique et dualiste, croyant en la réincarnation. Mais je trouve le dualisme des cathares bien trop extrême et je serais heureux d'en discuter avec vous. Je suis l'auteur de Notre existence a-t-elle un sens ?

[Dédicace de l’ouvrage : « A Yves Maris, cet ouvrage qui montre comment la science peut entrer en résonance avec les intuitions de certaines traditions et surtout redonner une base rationnelle au dualisme (cf. § 14, 15 et 16). »]

Je vais commander vos ouvrages. Je vous envoie un courrier.


Cordialement,
Jean Staune

www.uip.edu
www.staune.fr
www.lesensdelexistence.fr



Cher ami,

J’ai pu consacrer enfin le temps nécessaire à la lecture attentive que votre ouvrage mérite. Il a une valeur encyclopédique. Je l’ai lu comme un livre de classe, avec le bonheur que procure l’élévation de l’esprit. Ce travail remarquable devrait aider les chercheurs de la connaissance, en quête de l’esprit, à examiner si leur savoir est à jour des lumières de la science. Mais votre œuvre n’est pas seulement en cet ouvrage. Vous avez fait de votre Université un haut lieu de la gnose contemporaine. Merci infiniment d’avoir établi la relation entre nous.

Je conçois que notre cerveau n’est pas simplement le système biologique qui nous relie au monde et met notre être en mouvement. Il est aussi capable de discerner le champ spirituel en lequel nous baignons. Nous sommes habitués à concevoir l’esprit comme quelque chose en nous-mêmes. C’est un peu comme si nous avions conscience de notre propre magnétisme (nous sommes aussi constitués d’atomes de fer) tout en ignorant le magnétisme terrestre qui nous enveloppe. Finalement, nous avons une relation plus forte au champ spirituel qu’au champ magnétique, puisque le premier est de l’ordre de la conscience.

Nous nous expliquerons sur la question du dualisme à l’occasion de notre rencontre. Laissez-moi vous dire toutefois que si la gnose scientifique vient comme une illumination, hors des contingences mondaines (l’intuition mathématique ressort effectivement à une mystique), le dualisme se vit malheureusement dans notre réalité, ici et maintenant. Tel qu’il m’apparaît, issu d’une volonté de vivre d’une extrême violence (toute vie se nourrit de souffrance et de mort), ce monde en son devenir n’a évidemment, pour moi, d’autre Principe que le Mal (vous avez compris que je ne puis donner au Mal un principe moral). Il n’empêche que je peux avoir l’intuition d’un autre monde (d’une autre qualité de l’esprit) qui ne soit pas porteuse d’une telle volonté de vivre ni, par conséquent, de l’évolution du vivant que nous connaissons. Je dois alors tenter de me relier à un autre Principe qui ne soit pas la cause de notre réalité. Il s’agit peut-être d’un flux précédent de l’esprit, sans rides ni frissons.

J’aurai beaucoup de plaisir à vous rencontrer prochainement avec vos amis.


Bien à vous,
Yves Maris
Réponse de Yves Maris à N. K.
à l’occasion d’un long échange de courriels


Juillet 2008

Chère amie,

Votre dernière lettre, toujours aussi chaleureuse, porte un jugement qui m’honore, mais qui mérite une mise au point :

Parler de perfection ou d’excellence humaine est un abus de langage, quelle que soit la règle de mesure. Dans le sens que nous donnons nous-mêmes à cet état, je ne vois que les jaïns qui vivent nus couverts de cendre pour mériter d’être dits « parfaits ». A mon sens, il n’y a de perfection que dans la non-violence impeccable ; et le chemin des cathares est, pour nous, celui qui y conduit. Tout en cheminant, chacun trouve ses repères et avance à son rythme vers un but qui ne peut être atteint que par la mort de soi, parce que toute vie est nécessairement souffrance pour une autre vie, celle-ci appartiendrait-elle au règne végétal. Encore que les jaïns ne déplacent pas même une pierre (les pierres sont au moins sensibles au froid et au chaud, et les bons bâtisseurs savent reconnaître une pierre morte d’une pierre vivante).

Le chrétien véritable est fondamentalement amoral, puisqu’il renverse l’ordre qui le confine en servage. Tel est le cas de Jésus, et celui de Paul. Je crois que l’initiation du judéo-chrétien qui rejoint la pensée cathare ou tout courant de pensée à caractère gnostique, passe par le blasphème et la désobéissance effrontée envers un dieu qui n’est plus le sien. Comme disciple (critique) de Paul, je prends au pied de la lettre sa formule : « tout est permis », qui se complète évidemment par : « mais tout n’édifie pas ». Le cathare est un anarchiste sans autre loi que celle de la conscience épurée jusqu’au discernement, non du bien et du mal, mais de la violence à laquelle s’oppose la non-violence. Comme les disciples de Jésus l’étaient, il est un cynique compassionnel, si vous autorisez l’affrontement des mots.

Le fondement du christianisme est dans l’esprit d’amour, par opposition à l’esprit des lois (des normes et des règlements). Je cherche à établir avec les autres et avec « Dieu » une relation d’amour sans lois ni bonnes mœurs ni cérémonial. Je m’écarte de l’agression du monde autant que je le peux, mais les maux de l’incarnation me poursuivent nécessairement. Je n’ai d’autre crainte que la violence que je pourrais commettre moi-même, involontairement. Je me sens heurté par l’indifférence qui règne. La quête se dévoile dans l’harmonie de l’âme, elle n’est pas forcément solitaire. Vous comprenez chère amie, que le concept de perfection, à mon sens, ne s’aurait s’incarner. Cela n’empêche pas certaines femmes et certains hommes d’apparaître heureusement comme nos références et nos modèles.

Cette réponse trop brève à une question aussi fondamentale mérite votre indulgence.


Avec ma plus cordiale amitié,
Yves.

Message de N.K.

La Costa Brava
Juin 2008

Cher ami,

C'est une des plus belles, cette dernière Lettre de Roquefixade. Peut-être parce qu'il y a en elle quelque chose qui me touche de très près... Je vous en remercie. Je dois partir ce matin, à l'instant, et n'ai ouvert mon courrier que pour voir si j'avais reçu un article dont j'avais besoin. L'article n'est pas arrivé, mais j'ai trouvé cette Lettre, et c'est beaucoup mieux, surtout beaucoup plus profond, pour commencer ma journée. Je vous remercie sincèrement. Vous avez une plume magique si je puis dire. Dire que j'avais passé si près de Roquefixade quand j'étais allée à Montségur, mais il y a longtemps déjà, les années passent bien vite, certaines trop vite.

Je vous souhaite une bonne journée, je crois que vous allez enfin revoir le soleil.
Très cordialement, et merci encore une fois.

N.

P.S. Ce merci est spontané, et malheureusement écrit en courant, mais je vous écrirai quelque chose de plus à mon retour si tout va bien. J'espère cependant que vous pourrez, au travers des quelques mots ci-dessus, ressentir l'impression très forte qu'a faite votre écrit en moi.


Lettre de A.

La Bretagne
Juin 2008

Bonjour Yves,

Après un appel téléphonique ce jour, au cours duquel j'ai enregistré un message vocal, j'ai continué la lecture des pages du site www.chemins-cathares.eu, que je suis ravie de lire.
En foi de ce qui est, et en respect d'un partage vrai, en vérité de cœur et d'esprit, je prends liberté et initiative de laisser ici quelques mots écrits. Je pose requête d'une rencontre, avec pour objet un apprentissage complémentaire à ce que je suis : apprenti-sage en cette vie...
En effet, un voyage pour moi se prépare, et la seule connaissance que j'en ai : des rencontres bien précises, avec pour objet : l'affinement de ma ressouvenance. Tout cela sous guidance par appel de cœur et de ressenti.
Ton histoire, Yves me touche, et tout mon être s'est mis à trembler en te lisant, d'une douce fierté, d'un souvenir vrai... En espérance que le tutoiement ne choque pas, de par cette société si conformiste parfois..., j'en fais usage, en conscience d'un élan de cœur et en respect de ma conviction intérieure. Quand de surcroît, je me sens en pays de connaissance, le tutoiement pour moi est manifestation d'un ressenti d'autant plus vrai qu'il n'est jamais, pour ma part, prononcé par facilité et sans respect. Bien au contraire, cette formulation émane de moi en résonance avec le sens sacré des retrouvailles.
J'appelle à une réponse, afin que mon chemin s'accomplisse comme il est juste qu'il soit.
Je te remercie de tout cœur, déjà pour ce qui est en ces instants, pour tout ce que tu partages dans ton site, et le service qui est le tien. Le point « Relecture de vos ouvrages » m'a fait tilter le cœur et j'ai eu ainsi le plaisir de constater ce lien comme un point commun : en effet, c'est un réel enchantement pour moi de servir l'écriture en général, et en particulier celle d'un livre ou de tout autre ouvrage, en apportant à son auteur l'aide dont il a besoin.
Sur ce, je te salue bien, et te remercie encore ici d'être celui qui, en cet instant parmi tant d'autres (instants et/ou rencontres), me permet ce chemin... vers moi-même et l'Eternel.

A.


Lettre de J. C. C.

Principauté d'Andorre
Mai 2008

Cher Yves,

L’un de tes concitoyens m’a offert ton livre [La résurgence cathare - Le Manifeste] dont j’ignorais l’existence, étant le plus souvent à l’étranger. Je l’ai lu avec beaucoup d’émotion. Je crois que tu es le premier chercheur en catharisme à avoir revêtu sa tunique pour le lecteur du XXIème siècle. Les universitaires laïques l’ont disséqué comme des bouchers sur un étal virtuel ! Quant à l’Eglise vaticane, elle ne peut te brûler in situ au nom des Droits de l’Homme !


Je crois que Déodat a trouvé en toi sa réincarnation.
Il doit être heureux à Arques.

Amitié,
J. C. C.


Lettre de S.F.

L’île de la Réunion
Mai 2008

Bonjour Yves !

Je reçois toujours la Lettre de Roquefixade avec plaisir et la lis assez régulièrement. Pas tout le site, je l'avoue, les articles, de-ci de-là…

Je me suis remis de mon côté à la lecture de « L'Epopée cathare », par M. Roquebert. Je refais une mise à niveau. Cela me permet aussi de ne pas lâcher prise. De me rattacher à certaines valeurs de ce christianisme « mineur », bien que je sois plutôt quelqu'un qui doute, qui se pose des questions et qui, pour avancer plus vite, préfère rejeter l'anthropomorphisme menaçant et omnipotent d'un dieu réservé par chaque Eglise et religion.

Ce petit bonjour est aussi lié à la lecture du texte que j'ai apprécié concernant cette rencontre sur le bord du monde avec ce curé. [Voir la Lettre n° 18 du 20/05/08.]

Le texte est vraiment touchant : il en ressort cette paix de l’instant qui fait que l'apparence du peu prend le dessus sur le caractère acerbe des mots qui cherchent à prouver leur vérité dans une situation improvisée, mais intouchable. Je ne le dis pas comme vous-même, mais ce sont des moments qui touchent, qui se suffisent à eux-mêmes pour mettre un point d'arrêt à notre hâte de dire pour nous savoir existants.

Je pense ne pas avoir trop déformé votre intention contextuelle. Merci de votre écoute.

Ici, pour les plus hauts sommets, les températures sont déjà négatives. L'hiver est là, alors que les Pyrénées, qui me manquent, sont en train de fleurir. La vue depuis La bastida dels catars doit être comme d'habitude magnifique en cette sortie du printemps.

Je vous souhaite d'agréables journées au soleil de votre choix de vie.


Sincères amitiés,
S.F.


Lettre de R. B.

Le Québec
Mai 2008

Bonjour Yves,

Je reçois à l'instant ton courriel et le lis à la fois avec plaisir et anxiété. Cette nuit mes travaux de lecture sur la convergence des Mérovingiens, des Wisigoths et des cathares se sont poursuivis jusqu`à 2 h 00. Après quoi, le sommeil s'est entrelacé dans les énigmes de Rennes le Château, les images du mont Alaric où j'ai dormi trois nuits, comme à Montségur... le tout entremêlé du symbole 13 qui apparaît dans ton Manifeste (dont une interprétation pourrait être la Cène + Jésus, bien que le contexte me semble moins à propos pour la retenir). [Il s’agit d’une bizarrerie à valeur de symbole qui apparaît à la première ligne de la p. 17 du livre imprimé.] Bref, de quoi me réveiller plus fourbu que la veille.

Mais la véritable introduction de cette première correspondance que je mûrissais au cours de mon voyage était légèrement différente de celle-ci. D'abord, je suis revenu enchanté de notre profonde rencontre et me suis demandé presque chaque jour comment actualiser la pensée cathare en 2008ss, particulièrement auprès des jeunes qui ne connaissent pas les Ecritures. Pourquoi ? A peine t’avoir quitté, j'ai traversé les Pyrénées pour la première fois du voyage et me suis retrouvé à Les, du côté espagnol. Pendant que je déambulais, le soir dans ce charmant petit village, je fus abordé par deux jeunes gens, début vingtaine, qui lancèrent aussitôt la discussion en espagnol sur Jésus, Dieu le père, le salut du monde, la création… L'un était d'origine russe, l'autre marocaine. L'impétuosité de leur jeune âge m'a immédiatement confronté à la peur sous-jacente à leur foi. Nous nous sommes quittés après trente minutes. Je compris toute la difficulté à transmettre un message d'une telle force sans trouver face à moi la prise de conscience et le respect du chemin sur lequel se trouve le pèlerin de la vérité. Il y aurait donc des attitudes inconscientes qui prédisposeraient à l'accueil du message… Et celui-ci est exigeant.

L'Amérique du nord m'apparaît plus matérialiste que l'Occitanie, cette terre qui a tout accueilli de Jésus et de sa succession historique, qui a tant souffert de la convoitise des puissants, qui a été ravagée par une Eglise romaine endiablée par l'antithèse du message d'amour. Ici, mon panorama est celui de la continuité romaine, quand Georges W. Bush dissimule sa crédulité d'ivrogne repenti dans un Israël dépossédé de la vision de la loi du cœur et de la conscience. Une continuité barbare, aveuglante, insouciante tout à la fois, qui m'assujettit…

En tout cas, depuis notre rencontre, je me demande chaque jour comment interagir avec ma réalité sociale environnante. Je me sens isolé, alors que ce voyage me semble avoir été la source d'une « ré-ingénierie » de mon sentier personnel. Mais les contradictions demeurent nombreuses et permanentes. Ainsi, quand j'observe, que je questionne, que j’écoute pour savoir ce dont les gens souffrent, je vois bien qu’il ne s’agit que de l'enveloppe corporelle, matérielle. Mais ce n'est certes pas cette souffrance, quand bien même serait-elle primitivement liée, qui conduit l’âme en progrès à s'attarder sur le message profond.

Il devient compréhensible que le reste de mon voyage, au cours duquel j'ai parcouru quatre vallées transfrontalières franco-espagnoles, ne m'ait pas apporté la même richesse que l’Occitanie wisigothique. Le Pays basque espagnol m'a semblé plus que marqué par la civilisation des métaux et des hydrocarbures, donc de la matière. Là, le PIB est le plus élevé d'Espagne, le double de la province la plus pauvre. La côte Atlantique, la région de Biarritz notamment, maintient cette mentalité touristique « anthropophage » où l’on honore le profil marketing à l'américaine. Même Saint-Jean-Pied-de-Port se modélise de plus en plus sur la performance plutôt que sur l'âme pèlerine. Que sont devenus l'Aquitaine, le Béarn ?

C'est définitivement dans les décors de l'Occitanie historique que j'ai entrevu l'image de cette pénétration des courants venus de l'Orient et se ramifiant avec fluidité à partir de la plaine narbonnaise, vers Carcassonne et Toulouse, s'étendant dans les premiers contreforts montagneux où des années plus tard devait se réfugier la dernière résistance wisigothique espagnole et cathare, pour devenir une véritable terre des mystères profonds où l'on vient déposer ses interrogations. Pour revenir au cœur de ta démarche, il y a, pour l'étranger que je suis, un appel puissant et profond à la prise de conscience. Du même coup, j'entrevois pour toi-même cette requête incessante de porter un message lourd au quotidien et à la fois dual par son renoncement au matérialisme diabolique, confronté au souci d'authenticité conforme au message diffusé.

Je termine ici ma réaction épistolaire en te réitérant que notre rencontre a généré un choc insoupçonné pour mon esprit, un contexte de prière. Sans doute bénéfique pour les actions subséquentes que nous partagerons. Je te reviens sous peu avec quelques commentaires sur la portée du Manifeste.


Bonne journée,
R.B.


Message de M. et J.-P. A.

Le Tarn
Mai 2008

Bonjour Yves,

A l'occasion de notre randonnée sur les sentiers cathares, organisée par le club… de Castres, nous avons eu la chance et le privilège de séjourner dans La bastida dels catars durant deux nuits. Nous tenions à vous remercier pour votre accueil, pour votre disponibilité, et pour la sérénité que nous avons trouvée dans ce lieu. Nous vous remercions pour votre intervention au Gîte d'étape de Roquefixade, le soir du 2 mai, qui a permis à certains de remettre en question leurs acquis et à d'autres de réveiller leur conscience. Personnellement, j'étais assez sceptique sur l'écoute que vous pourriez avoir, d'autant plus que nous n'étions pas là pour ça, que l'ambiance était à la rigolade. Malgré cela vous avez su nous captiver et retenir l'attention de chacun. Pour preuve que votre discours n'a laissé personne indifférent, c'est que, lors de la randonnée du lendemain, les discussions allaient bon train !

Nous serons présents à la bibliothèque de Castres le 20 Juin 2008, et plusieurs de nos amis randonneurs viendront vous écouter.


Merci encore.
Cordialement.
M. et J.-P. A.


Message de O.

(Mai 2008)

Bonjour Yves,

Cette phrase que j'ai retrouvée dans votre site résume ma venue à la bastida dels catars : « Mon opinion, est qu’il existe une certaine puissance d’une lumière infinie et ineffable, dont la grandeur doit être considérée comme insaisissable. » [Attribuée à Simon le mage in Rec. II, 49, 1.]

Voilà, cher Yves, ce qui m'anime au quotidien. J'essaye de m'expliquer cette lumière que je ressens au plus profond de moi, cette lumière qui apparaît quand le chakra du 6e sens est ouvert, quand nous ne sommes plus… du moins, quand notre mental/ego n'est plus présent.

Sur ce que je vis régulièrement, j'essaye de mettre des mots, des explications. La gnose m'a permis de comprendre beaucoup de choses que je pressentais au plus profond de moi.

J'ai pu faire un simple constat, grâce à cette lumière divine quotidienne, dont parle la gnose, il y a des manifestations physiques et psychologiques :

  • Physiquement : des centres énergétiques qui se réveillent et s'accompagnent de grosses chaleurs, etc.
  • Psychologiquement (et c’est là que la philosophie cathare me parle) : un abandon progressif de nombreuses choses. Je vais notamment changer de travail, car je n'arrive plus à être sous les feux des projecteurs. J'aspire à une vie sereine, sans faste et dans une grande intimité. Je ne veux plus me battre, d'ailleurs je ne peux plus me battre ; le seul fait d'y penser me renvoie à l'absurdité d'un combat extérieur à soi-même.

Ainsi, « l’endura » m'a-t-elle permis de comprendre certaines choses que je dois continuer à approfondir. La gnose, la philosophie cathare m'interpelle, dans l'idée d'un Dieu suprêmement bon vers qui nous avons un appel réel et donc une réponse qui nous renvoie vers lui ; mais pour comprendre cet « appel/ réponse » encore faut-il avoir suffisamment retiré de voile… !!

Ce n'est pas facile, mais voilà en quelques lignes ma vision du monde et mon quotidien.

Cher Yves, j'espère de tout cœur que vous ressentirez la teneur de ce mail – en fait, j'en suis persuadée.


A bientôt.
O.


Témoignage de Jean-Pierre

(Avril 2008)

Puis-je le dire et l'écrire ?

Oui en l'an 2008 je peux affirmer être Cathare. Aucun folklore, aucune nostalgie passéiste ne m'inspire mais un acte de vie dans l'Esprit de Dieu et un état de grâce qui illumine une banale existence terrestre.

Un seul mot résume et englobe notre quotidien : AMOUR. Pour certains ce terme semble réducteur voire simpliste, mais c'est la seule vérité essentielle et universelle que Jésus nous a léguée au travers des Evangiles. Essayez de trouver par vous-mêmes tous les mots qui ont ce dénominateur commun. Vous verrez alors la dimension qu'implique la mise en application du verbe aimer.

Posez-vous la question de l'impact positif ou négatif de chaque acte de votre vie quotidienne sur votre prochain, directement ou indirectement. Se poser la question induit déjà la volonté de ne point nuire à autrui et de faire le bien.

La lutte contre le mal est un âpre combat ; il y a quelques temps, de graves ennuis familiaux ont mis à mal ma sérénité et ma volonté de ne point m'adonner à une haine facile. Quand je me suis rendu compte de ce glissement, j'ai opté pour le combat afin de chasser de mon âme ces nuages noirs ; ce fut âpre, mais j'ai réussi à retrouver le chemin de l'Esprit et ma vie a retrouvé sa sérénité perdue.

L'émergence de l'Esprit de Dieu dans notre monde est à ce prix, une lutte quotidienne contre le mal sous toutes ses formes. Les tentations sont nombreuses et perverses, beaucoup d'hommes s'enlisent dans la facilité qu'offre le mal surtout dans ce monde sans âme dominé par un matérialisme savamment orchestré par les puissances de l'argent.

Qui sommes-nous pour parler ainsi ? Nous sommes de simples témoins des Evangiles, paroles de Jésus aux hommes. Des anarchistes du Pur Amour qu'aucun dogme et hiérarchie ne vient entraver. Nos prière, nos méditations sont informelles sans louanges ni demandes, de simples actes d'amour à Dieu ; nous ne cherchons aucun réconfort, nous partageons une force, tout simplement, et nous essayons de la faire partager dans notre vie au travers de nos actes et paroles dans le respect de l'autre, sans prosélytisme. Chacun doit se déterminer sur la route à suivre, en toute liberté. Nous sommes simplement des hommes qui n'acceptent pas que la vie terrestre soit un simple accident de parcours, nous avons besoin de savoir et d'approcher la vérité que nous ne détenons pas ; c'est notre quête sur terre, le salut de l'homme passe par ce chemin. Certains d'entre nous se penchent sur les Ecritures pour en faire une lecture critique et en tirer l'essence qui nous aidera à progresser sur le chemin. Comme Jésus, nous disons que notre royaume n'est pas de ce monde mais nous acceptons notre vie terrestre comme un passage pour que nous puissions remplir une humble mission au milieu de nos frères humains, sans rien en retour.

Il faut être conscient que notre monde terrestre n'est que violence où quelques hommes de bonne volonté viennent adoucir le mal sans parvenir à l'éradiquer. Beaucoup d'hommes deviennent esclaves de ce matérialisme échevelé qui nous ronge au travers d'une misère intolérable pour les plus nombreux et d'une richesse indécente pour quelques-uns. « Paraître sans être » semble constituer le ciment de notre société tournée vers une consommation sans frein, bien au-delà du juste nécessaire. Nous refusons ce triste constat et relevons le défi de rendre sa dignité à l'humain en l'amenant à prendre conscience de toutes les dimensions le constituant. Même si l’une des finalités inéluctables de la vie est la mort de la chair, c'est aussi avant tout la vivre pleinement au présent, pour se préparer à franchir le seuil de la vraie vie à l'issue de notre parcours terrestre.

Cathare je suis, homme je reste avec ma force et mes faiblesses mais toujours tourné vers l'Esprit de Dieu qui transcende notre existence.



Jean Pierre, de Raissac

peychou@gmail.com


Lettre de Louis

(Avril 2008)

Bonjour,

Les cathares ont été, sont peut-être encore, et seront de loin les plus chrétiens de tous les chrétiens. Pour m'en convaincre, je vis avec une amie Bulgare dans l’anonymat, bien sûr le plus proche possible des concepts cathares. Nous échangeons nos connaissances cathare et bogomile. Votre réflexion concernant l’historienne qui « regarde du dehors » est très pertinente ; en effet, elle occulte la majeure partie du fait cathare qui ne repose que très peu sur l'évènementiel et le matériel.

Le catharisme, si nous pouvons l’appeler ainsi, se vit du dedans, non du dehors. Le vivre « du dehors » reviendrait à vivre le christianisme comme un catholique ; cela n’aurait rien à voir avec les « parfaits », lesquels recherchaient la perfection intérieure et non je ne sais quelle apparence conceptuelle, théorique ou idéologique. Dans ce sens, l'imposition des mains par des « parfaits » garde sa valeur ; j'irai plus loin en disant que la vision intelligible du parfait suffit au même accomplissement et « initie » à la perfection celui qui le voit.


Cultiver le jardin du silence et laisser éclore la fleur de la présence…
C'est ainsi.

Louis

celapassera@hotmail.fr


Lettre du pasteur Roger Parmentier
et réponse de Yves Maris

(Avril 2008)

Cher ami, cher frère,

J’ai été très heureux de ce moment passé avec vous et suis dans l’admiration que vous ayez déjà parcouru un tel itinéraire. J’ai beaucoup de sympathie et ne souhaite que vous encourager. Voici quelques remarques par lesquelles j’aimerais vous aider, si c’est possible.

Ce qui me plaît le plus c’est votre volonté de mettre en pratique ce que vous comprenez de la manière de croire et de vivre des cathares, alors que tant d’autres se contentent d’une recherche intellectuelle.

Cependant il me semble que vous vous êtes fait des cathares la représentation qui vous convenait, réduite – me semble-t-il – à la non-violence et au végétalisme (ou au végétarianisme, quelle différence ?). Au point (si je peux plaisanter) que vous seriez prêt à leur donner des leçons de véritable catharisme, le vôtre : ne pas manger de poisson.

Ce qui m’enchante avec eux c’est qu’ils ont eu un « projet » beaucoup plus global : le non mensonge, la non richesse, le non pouvoir, la non hypocrisie religieuse, le non mépris, pas d’injure ni de mauvais sentiment, etc. Tout ceci (et autres) conforme à l’enseignement fabuleux et follement « mégalo » pour la bonne cause, de Jésus.

Comme tout le monde (et les protestants en particulier) il me semble qu’ils ont été piégés par la Bible, qui contient – comme chacun le sait – le meilleur et le pire : le projet prodigieux de Jésus, mais aussi le mépris des païens, la volonté d’apartheid et d’élimination, les mythologies hébraïques et chrétiennes établies comme étant vraiment la réelle Histoire et fondant sur elles d’abominables théocraties.

Dans le vaste magma biblique, ce « souk », cet « horrible mélange » les cathares ont eu, me semble-t-il, la merveilleuse inspiration, non pas de choisir en éliminant le reste, mais de privilégier le projet de Jésus, fondant une orthopraxie inouïe. Et tentant de se débrouiller avec les constructions théologiques du reste de la Bible, comme tout le monde, folle entreprise n’aboutissant qu’à des énormités (mais pas pires que celles des « chrétiens ») : tous ont été piégés par la Bible : les catholiques moins que les autres parce qu’ils ont très tôt délaissé l’autorité de l’Ecriture au profit des dogmes qu’ils ont construite et par l’autorité pontificale, maintenant la chrétienté sous un imperium devant davantage à l’empire romain d’occident et d’orient qu’à l’Evangile (malgré une certaine prédilection pour l’Evangile selon Jean qui leur semblait conforter le plus leur divinisation du Christ et leur antijudaïsme théologique fondamental) ; Luther et les luthériens ont surtout retrouvé Paul, l’Epître aux Romains, la « justification par la foi », construisant les théocraties germaniques et scandinaves à peine moins mauvaises que la catholique ; et surtout intoxiquant un peu plus le monde protestant en établissant que le véritable Evangile c’est celui de Paul et des pré-pauliniens ; Calvin et les calvinistes se sont surtout alignés sur la théologie de l’Ancien Testament et spécialement de la doctrine de « l’élection divine » qui leur a permis de s’autoproclamer « nouvel Israël », en continuation véritable de l’Israël ancien ; ce qui a fait d’eux spirituellement des juifs protestants (dont la piété est surtout façonnée par le chant des Psaumes, condensé de théologie hébraïque et juive) ; d’autres (dérivant du protestantisme) ont choisi de privilégier les textes des courants messianiques et apocalyptiques ; d’autres une reconstruction imaginaire d’un charismatisme critiqué par Paul, d’un pentecôtisme davantage postulé qu’historique. Et tant d’autres (mormons, témoins de Jéhovah…) se fabriquant des christianismes qui leur convenaient et semblaient donner (comme tout le monde) du succès à leur « firme » (où « qui paie, commande »).

Bref les cathares, tout compte fait, me semblent avoir effectué de beaucoup le meilleur choix et avoir eu le courage de le mettre en pratique, en s’efforçant, malgré « le mur » et les bûchers, de proclamer l’Evangile de Jésus exigeant, tel qu’on pouvait le connaître avant l’invention des merveilleuses méthodes d’analyse, en particulier la recherche historico-critique. L’intuition spirituelle générale des cathares concorde avec les acquis récents concernant la Source (Q) retrouvant l’affirmation centrale de la pensée de Jésus : la basileïa tou Theou immédiate (voir F. Amsler et J.M. Rabut).

Pardon pour cette trop longue lettre, trop courte… qui souligne à quel point nous sommes tous « en chemin », à l’écoute du « cherchez et vous trouverez, demandez et l’on vous donnera, frappez et l’on vous ouvrira ». Dans cette conviction et cet espoir, je vous adresse l’assurance de mes sentiments les plus fraternels.


Pasteur Roger Parmentier
Raynaude
09290 Le Mas d’Azil


Monsieur le Pasteur,
Cher ami,

Merci de votre longue « lettre pastorale » qui vient me rappeler notre sympathique rencontre et notre bref échange d’idées. Je connais un peu vos écrits et, ici et là, j’ai eu l’avantage d’écouter plusieurs de vos interventions publiques. Aussi, votre message ne suscite en moi aucun étonnement. Je me souviens vous avoir entendu dire : du haut de mon grand âge, j’avoue avoir prêché le mensonge pendant de très longues années avant de comprendre que le christianisme commun est autre chose que l’Evangile de Jésus. Je ne pense pas que ma mémoire face injure à vos pensées et à votre état d’âme. C’est là que nous nous rapprochons. Nous partageons une même lecture biblique critique, si ce n’est qu’elle m’incline, d’un point de vue spirituel à me désintéresser de l’Ancien Testament.

La lecture du Nouveau Testament est passionnante, mais elle révèle souvent un tel éloignement de l’avènement de Jésus qu’il est difficile d’affirmer l’authenticité de telle ou telle parole. La forêt des textes apocryphes aide à relativiser les diverses doctrines. Pourtant, le cœur du discours de Jésus me semble être contenu dans ce que les cathares ont pu nommer « le pur amour », c’est-à-dire l’amour gratuit. Il est vrai que l’apôtre Paul constitue ma référence philosophique. Il présente l’avantage d’une pensée portée jusqu’à nous par ses lettres, dont l’authenticité me semble pouvoir être assez facilement restituée.

L’intuition d’une société humaine qui abrogerait les lois pour ne fonder les relations que sur l’amour, si elle est utopique, est tout à fait merveilleuse. Certes, nous ne pouvons pas dire que Jésus a lui-même abandonné la Torah, même si les libertés qu’il prenait à son égard lui ont coûté la vie. En déployant la philosophie de l’amour, l’apôtre ne me semble pas infidèle au Nazaréen, si ce n’est qu’il ne peut assumer totalement l’esprit évangélique qu’en terres païennes. Pourtant, Paul ne va pas au bout des exigences du pur amour. Il accepte de manger les animaux sacrifiés tout en étant conscient que « la création gémit dans les douleurs ».

C’est peut-être en délaissant le végétarisme que Paul est le plus infidèle à Jésus. Nous ne devons pas oublier que le Nazaréen est porté par le courant juif spirituel qui prône l’arrêt des sacrifices. L’échauffourée dans le Temple visait à chasser les maquignons. Et le refus de saigner les animaux au saint abattoir n’emporte pas la conviction de devoir les tuer à domicile. La tradition des « pauvres de Jérusalem » témoigne de l’abstinence de nourriture carnée de la première communauté. Non, il n’est pas possible de s’engager sur la voie du pur amour en versant le sang du règne animal. Et si « le règne de Dieu » est une référence, il faut en tirer les conséquences.

Vous dites, dans votre lettre, que je « réduis » l’Evangile à la non-violence, qui est un autre nom pour dire le pur amour. Ce mot écrit, terriblement choquant, révèle sans doute notre différence. L’amour n’est pas une réduction ! L’Evangile le déploie jusqu’à l’impossible. La non-violence parfaite chasse tous les péchés du monde, elle porte en elle la simplicité, la liberté et la vérité. Nous n’ignorons pas qu’il y a une lecture critique des Evangiles. Nous devons savoir qu’il y a aussi une lecture critique de nos faits et gestes qui met en lumière toute forme de violence et découvre peu à peu la perfection de l’amour.

Je vous prie de croire, Monsieur le Pasteur, Cher ami, à l’expression de ma fraternité chrétienne.


Yves Maris
Lettre de Stefano
et réponse de Yves Maris

(Mars 2008)

Bonjour Yves,

Je suis tombé sur votre site par hasard et j’ai reconnu votre nom. J'ai vu vos ouvrages en librairie. Je me suis dit : tiens, le site de l'auteur du "MANIFESTE". Alors, j'ai un peu exploré… Le site est réellement intéressant et riche.

J'explore le catharisme, sa philosophie et sa spiritualité. Une question me vient encore. Je ne sais combien de temps vous prendrez à répondre mais voici ma question : l'homosexualité est-elle tolérée ? Est-ce péché ? Est-ce une normalité ? Est-ce quelque chose qui n'entre pas en ligne de compte dans le catharisme ?

Je me souviens qu'ils vivaient beaucoup en union libre, bien que dans cette période l'homosexualité n’était pas fréquente, je suppose, est-ce que nous pouvons être cathare et homosexuel ?

Dans le fond, je pense que oui, étant donné que ce qui change c'est juste le "choix" du partenaire sexuel.

Dans ma vie, je préfère les garçons, mais je respecte le principe de fidélité, de non-violence, de refus du mensonge, de la recherche de la vérité. La fidélité au sein de mon couple est primordiale en plusieurs point :

  • le respect de mon compagnon de vie et mon respect personnel,
  • la confiance que j'accorde à mon compagnon et celle que je m'accorde à moi-même,
  • l'importance de l'Amour et sa valorisation au sein de l'échange qu'il y a au sein de mon couple.

Car, pour moi, la fidélité participe à l'établissement du couple, en tant que lieu d'épanouissement, source intarissable d'expériences positives, spirituelles et évolutives.

Merci de votre réponse, Yves. Dans ma démarche sincère de recherche, dans la philosophie cathare, c'est une question très importante, pour moi qui voudrait pratiquer le catharisme de façon juste et claire.


Amicalement,
Stefano

stefanoduroux@gmail.com

Cher Stefano,

Selon la vieille Bible, l’homme s’assure une longue vie grâce à une conduite respectueuse des préceptes et des sentences entendus dans leurs justes interprétations. La maladie est le châtiment du dieu créateur, le signe du péché. Selon l’affection, l’on peut connaître la catégorie de la faute. Par exemple, la lèpre qui frappe Myriam est consécutive à sa médisance au sujet de Moïse et de sa seconde épouse. Un acte sexuel peut être la cause de la syphilis ou du sida. Ces effets malheureux ne sauraient représenter pour nous un châtiment de Dieu. Ils sont une expression de la souffrance inhérente à la vie. Mais il se trouve toujours des judéo-chrétiens pour affirmer qu’ils révèlent la malédiction d’un dieu de justice.

Dans cette tradition biblique, la vie éternelle est assurée par la succession des générations. Une famille nombreuse est une bénédiction du dieu créateur. Elle assure aux géniteurs une longue vie dans la continuité du peuple d’Israël déclaré fils de Dieu. Dans la tradition évangélique, telle que nous l’entendons, « mieux vaut ne pas se marier ». La vie éternelle prend un caractère individuel. Elle est du domaine de l’esprit pur. La filiation n’est plus charnelle. C’est en ce sens que Jésus peut être dit fils de Dieu. Lui qui est fils de l’homme (de la filiation d’Adam), il est le créateur de l’homme spirituel, quand le dieu d’Israël est le créateur de l’homme terrestre. Pour l’homme spirituel, le sens de la génération est tout autre que pour l’homme terrestre. La génération des patriarches est un élément clé de l’enseignement de la vieille bible. Par opposition, Jésus n’a d’autre descendance que celle de l’esprit d’amour.

Ces quelques lignes pour répondre à votre question n’ont d’autre prétention que d’ouvrir une problématique de vie. Hommes et femmes terrestres, en notre incarnation, nous nous heurtons à l’idéal de perfection. Vous me direz peut-être que ma réponse est incomplète ou imprécise. Vous devez comprendre que je ne saurais donner un enseignement ou proposer une doctrine. Je soulève un questionnement qui cherche l’accomplissement de la vie.

Le bon chrétien n’est pas un moraliste. Il est d’un autre monde et, en ce monde-ci, il est un révolté. Or, l’insurrection de la conscience est toujours contraire à la morale établie. Dans la nuit de l’existence et les sombres tempêtes, prenons pour phare le pur amour, également nommé non-violence. Dans la société de la loi, du jugement, du châtiment et du pardon, demeurons à l’écart, n’ajoutons pas à la douleur du monde, soyons chacun une source d’amour. Vous êtes sur le chemin, Stefano… Permettez-moi de vous recommander la lecture du paragraphe intitulé « L’amour commun », dans le Manifeste. Il répondra sans doute plus largement à votre question en posant la gradation dans l’amour.


Avec ma cordiale amitié,
Yves.
Message de Michel Cazenave (France Culture)
à Geneviève Dubois (éditions le Mercure dauphinois)

(Mars 2008)

« Madame,

J’ai le plaisir de vous informer que dans le cadre de mon émission « Les Vivants et les Dieux », et dans la rubrique « Les livres de la semaine », j’ai présenté et recommandé à nos auditeurs, après analyse de son contenu, l’ouvrage de Yves Maris, La résurgence cathare – le Manifeste (le Mercure dauphinois – Grenoble 2007).
Vous souhaitant bonne réception de ces informations et vous renouvelant nos remerciements pour votre aide… »


Michel Cazenave

www.radiofrance.fr


PJ : « Les livres de la semaine »
  • Pierre Chrysologue (saint), Le signe des signes – sermons sur la Passion et la Résurrection, introduction, traduction, notes et index Marie Steffann (J.-P. Migne, « Les Pères dans la foi », Paris 2007)
  • Israël Finkelstein, Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible – à la recherche de David et Salomon, traduction Patrice Ghirardi (Gallimard, « Folio histoire », Paris 2007)
  • Yves Lambert, La naissance des religions – de la préhistoire aux religions universalistes, préface Frédéric Lenoir (Armand Colin, Paris 2007)
  • Yves Maris, La résurgence cathare – le Manifeste (le Mercure dauphinois, Grenoble 2007)
  • Peter Kingsley, Dans les antres de la sagesse – études parménidiennes, traduction H. D. Saffrey (les Belles Lettres, « Vérité des mythes » Paris 2007)
Message de Jean, de Toulon

(Mars 2008)

Cher Yves,

Notre première rencontre fut un moment de bonheur pour moi, dans votre maison au(x) charme(s) si particulier(s) où le terme d'hôte est tout sauf galvaudé.

Votre réflexion est plus avancée que la mienne pourtant ancienne ou, plutôt, elle est plus assise, il m'a semblé que vous aviez plus de certitudes que moi qui tatonne et vit dans le doute depuis des années. Le côté assez sombre de votre vision du monde, je pourrais même dire désespérant, m'inquiète et je trouve toujours dans les profondes générosités sans calcul, les engagements au service des autres de bien des hommes des raisons de croire que tout n'est pas entre les mains du démon.

Nous ne sommes pas en harmonie totale de pensée mais rien n'interdit que cela survienne.

Merci encore, j'emporte votre ouvrage Le Manifeste à Prague où nous allons passer quatre jours offerts par nos enfants.


Amicalement,
Jean

je_moulin@yahoo.fr
Lettre du Pasteur du Mas d’Azil
et réponse d'Yves Maris

(Mars 2008)

Cher Monsieur Maris,

Merci de m'envoyer aussi régulièrement la lettre Cathare.
J'ai lu avec intérêt votre développement sur l'Epître aux Ephésiens et je salue votre grande compétence exégétique. Toutefois, je ne partage pas votre opinion concernant la non paternité paulinienne de ce texte. Une réponse plus argumentée de ma part s'imposerait mais le temps m'en manque.
Concernant le Salut, il ne me semble pas d'abord terrestre puisque, comme le dit l'Apocalypse, il y aura de nouveaux cieux et une nouvelle terre après les bouleversements de la fin du monde. Le Salut avec un grand S est d'abord la réalité d'une vie bienheureuse après la mort, auprès de Dieu. Ce Salut nous est obtenu « gratuitement » par Jésus-Christ qui a donné sa vie pour nous.
Je sais à quel point tout cela pourra vous sembler « horriblement » classique. Mais je ne vois pas d'autre espoir pour le monde que Jésus le Messie. Je précise que cela n'empêche pas de lutter de toutes nos forces pour la sauvegarde de notre planète. Hélas, les « dévots », comme vous dites, sont terriblement en retard dans ce domaine. Nos Eglises, tant Protestantes que Catholiques, ont été bien peu prophétesses dans ce domaine. Que de complicités avec la société de consommation et quel manque de réactivité !
Toutefois, les choses bougent : je vous signale que le Synode national des Eglises Réformées Evangéliques qui se tiendra au Mas d'Azil en avril 2008, consacrera la soirée du vendredi 11 sur le thème : « Ecologie et foi chrétienne » Je vous y invite si vous le pouvez.
Recevez mes bien sincères et respectueuses salutations.

Pasteur Bernard Bordes

erize@wanadoo.fr

Monsieur le Pasteur,

Je vous remercie de votre lettre que je reçois comme un bonheur de correspondance chrétienne.

Je vous accorde qu’un échange de courrier n’est pas le lieu pour une critique historique de l’Epître aux Ephésiens. Je peux cependant vous signaler que dans sa dernière livraison, le magazine Le Monde de la Bible est accompagné d’un supplément intitulé Paul de Tarse, le voyageur du christianisme. La correspondance paulinienne y est présentée. Pour Ephésiens, il est modestement indiqué : « Attribuée à l’école paulinienne, 80-100 ap. J.-C.) Il suffit de jeter un coup d’œil sur le comité de rédaction pour comprendre que l’on est dans un cadre normalisé, attentif à l’imprimatur. Le problème est que l’histoire ne garde aucune trace d’une « école paulinienne » primitive en dehors du développement de sa pensée par l’Eglise de Marcion. Paul était alors ignoré, sinon rejeté, par l’Eglise proto-catholique. Justin ne le cite jamais et les Homélies clémentines, dont le cœur remonte probablement à la fin du deuxième siècle, le désigne tout bonnement par l’expression « l’homme ennemi ». Nous partageons la même adhésion à Paul, mais nous ne l’entendons pas dire les mêmes choses. Il est pour moi le grand philosophe chrétien qui a voulu renverser le monde. Voyez comment Rome a mis un terme à la théologie de la libération paulinienne en Amérique du sud. S’il échappe à la doctrine romaine, Paul pose toujours problème.

Sur la question du salut, je ne peux pas vous suivre dans votre référence à l’Apocalypse qui est pour moi un ouvrage daté sans autre intérêt que le merveilleux délire d’une puissante imagination. Je suis aussi de ceux qui tendent leur âme vers un ailleurs inconnaissable. Je scrute le ciel intérieur et je cherche le passage. La réalité terrestre est la matière à laquelle nous devons donner forme jusqu’à l’accomplissement de l’œuvre de vie. Je me sens concerné, non en vue d’un jugement céleste, mais comme le voyageur chargé d’une part de conscience qui jette un regard étonné sur le monde.

J’aurai plaisir à répondre à votre invitation. Pouvez-vous m’indiquer plus précisément le lieu et l’horaire ?


Acceptez, Monsieur le Pasteur, le témoignage de mon amitié chrétienne.

Yves Maris
Lettre de Dominique Dhenry

(Février 2008)

Monsieur,

La lecture de votre Lettre du 21 février reste édifiante et le constat amer : des siècles, depuis les violences de l'histoire à l'encontre de l'esprit de quête, et rien n'a changé. Si, peut-être de tels propos, tenus devant une telle assemblée, auraient-ils écourté votre existence…

Peut-être peut-on voir quelques malices de la part de l'évêque, de vous « enjoindre » ainsi à la parole devant ceux que vous qualifiez de dévots ? Vous connaissant, sachant par avance votre allant pour en débattre (je ne dis pas en découdre !), « l'intensité » du silence à la suite de vos propos a mesuré l'imprégnation du discours de l'Église.

Les clercs recommandaient au « commun » de ne pas se laisser tenter par des joutes oratoires avec les purs chrétiens – de s'en tenir à l'écart. Ils redoutaient les effets de la profondeur de leurs arguments et de la sincérité de leur conviction. Quelque chose aurait-il changé à ce sujet ?

Le monde a évolué autour de nous, mais il semble bien qu'en matière de sagesse et de philosophie nous en soyons encore et toujours à exhumer la parole des anciens. Des anciens qui, sans doute, seraient étonnés et contrariés d'un désolant constat : l'homme n'a pas su se débarrasser de certains oripeaux de la pensée et pour cela il extirpe les faits, n'hésite pas à adapter et même à contrarier les termes de son histoire, afin d'assurer le dogme !

Quelqu'un aurait dit : « ... Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas !... » Mais quelle est cette spiritualité ?


J'ai beaucoup apprécié votre texte.
Merci.

Dominique Dhenry

Dhenry.d@free.fr
Message de Bruno, de Valbonne

(Février 2008)

Bonsoir,

Merci pour votre livre et pour le partage de votre réflexion et point de vue.
La réalité dialectique de notre monde doit nous ouvrir les yeux. Un changement de perspective et de valeur s'impose. UN pour tous, tous pour UN !
Au plaisir de vous rencontrer,


Cordialement,
Bruno Doumaiselle

epi_assepi@yahoo.fr
Lettre d'Evelyne, de Castres,
et réponse de Yves Maris

(Février 2008)

Bonsoir,

Je vais assister, samedi prochain, à une conférence sur le catharisme donnée par l'un de mes amis, Bernard Vernières, catholique convaincu et pratiquant zélé. J'aimerais pouvoir lui opposer quelques arguments . Voici le texte qui a été diffusé pour faire la pub de cette causerie. J'y ai souligné et mis en gras les phrases qui m'inquiètent et que je voudrais pouvoir relever .. pour peu que vous m'y aidiez : "Vous avez dit cathare ?" ... Peut-on même parler de christianisme... En quoi cette "contre-Eglise" apparut-elle comme une menace pour les pouvoirs politique et religieux de l'époque...


Merci d'avance ! Amicalement,
Evelyne

Ehoules@aol.com

Evelyne,

Merci de votre message qui m'apporte quelques nouvelles de vous.

Je ne sais quoi répondre à votre question, tant le sujet mérite débat, bien plus que monologue.

Regarder la pensée cathare du Moyen âge, portée par des populations incultes, c'est comme regarder la pensée catholique de la même époque, portée par des inquisiteurs, et laisser croire que le catharisme est un archaïsme et le catholicisme une terreur.

Ce que vous pourriez faire, c'est proposer au conférencier, de ma part, un débat public qui pourrait se tenir à Castres. Dites-lui qu'à Roquefixade le débat est ouvert : deux disputes publiques ont eu lieu en 2005 et 2007 entre le cathare et l'évêque de Pamiers, à la suite desquelles un livre d'entretien est en cours de rédaction. La dernière dispute a fait l'objet d'une déclaration positive du Service Incroyance et Foi (S.I.F.) dirigé par l'évêque de Blois.

Il faut faire savoir qu'il y a un catharisme vivant, philosophique, porté par des gens raisonnables. Faites connaître le site www.chemins-cathares.eu et l'ouvrage publié aux éditions Le Mercure dauphinois (2007) : "La résurgence cathare -Le manifeste". Merci pour tout et peut-être à bientôt.


Avec mon amitié,
Yves.
Question de Jean-Pierre, de Raissac
et réponse de Yves Maris

(Février 2008)

Question : J'ai un doute sur le fait que l'homme soit une totale création du Diable. Si cela s'avérait, comment comprendre que l'essentiel de l'homme, son âme et l'Esprit qui l'anime, ne soit pas de Dieu ? ou alors, Dieu donne à notre incarnation une part de sa déité et notre libre arbitre nous permet, ou non, d'évoluer vers l'Esprit. Ce degré de conscience de l'homme n'est il pas déjà la marque de Dieu qui fait de nous des porteurs de son Esprit ?


Réponse : Il ne faut jamais perdre de vue que les termes « Création », « Dieu » et « Diable » sont une façon de dire les choses, pour nous qui sommes dans l’ignorance et qui ne connaîtrons jamais l’au-delà de l’univers qui nous constitue.

L’âme est le principe de la sensibilité qui appartient à tout être vivant. Du fait de son évolution, elle est devenue chez l’homme le principe de la pensée et de l’intelligence. Celle-ci est la faculté de connaître et de comprendre. Aussi, pouvons-nous tourner notre discernement vers nous-mêmes ou vers la nature à laquelle nous avons part pour nous interroger. La conscience de l’univers commence par la conscience de soi. C’est cela l’esprit. Tout être pensant participe à l’esprit, quelle que soit la différence de degré avec l’homme, qu’il pense en image ou en parole, serait-ce de façon ténue. Comme les stoïciens, nous pouvons dire que l’esprit est la part supérieure de l’âme.

L’intelligence nous permet d’accéder aux purs intelligibles : le beau, le bien, l’amour, que nous ne pouvons connaître qu’en effaçant toute sensibilité, en éteignant nos cinq sens. C’est la voie qui mène à l’intelligence de Dieu, lequel peut être vu par qui parvient au seuil de l’inexistant.

Pour nous, qui vivons au cœur d’un monde auquel nous sommes sensibles, le règne du Diable, disons-nous, par opposition au règne insensible de Dieu, le but est de prendre conscience de l’univers en lequel nous vivons, de comprendre qu’il ne constitue pas un absolu et de nous préparer déjà à voir au-delà. Fruit de l’évolution, cultivé par chacun d’entre nous, l’esprit nous relie à un ailleurs en lequel les yeux de l’âme voient Dieu. Encore faut-il que la grâce nous touche.

Lettre de Daniel, de Canet en Roussillon

(Janvier 2008)

Cher Monsieur,

Depuis la visite de mon ami François, du Luxembourg, vous avez l’amabilité de m’envoyer mensuellement La Lettre de Roquefixade. Je vous en remercie fortement et j’attends impatiemment celle du mois de janvier.

François m’a décrit l’ambiance, le cadre, la simplicité et la richesse de votre vie quotidienne. Je suis immensément heureux que ce genre de personne existe. Anne Brenon dit au cours de ses conférences et écrit dans ses livres qu’il n’y a plus de cathares car le rite du consolamentum est perdu. Personnellement, je suis persuadé que pour être un bon chrétien (disciple du Christ), il ne faut pas ou il ne suffit pas d’être baptisé ; il faut vivre en Esprit et en Vérité l’Evangile. L’Esprit ne se trouve pas dans le temple ou sur la montagne mais dans le cœur de l’homme.

Je vous envoie une étude scientifique très poussée sur les orientations des ruines actuelles du château de Montségur. Mon travail de plus de quarante ans sur l’architecture ancienne en général et tout particulièrement l’architecture médiévale me persuade que ce que l’on appelle à tort le château est postérieur à la croisade (environ 1300).

Toutefois, certains passages sont susceptibles de vous intéresser…
Je pense que vous comprendrez aisément que cette publication n’a rien d’ésotérique, bien au contraire !


Bien amicalement
Daniel Campergue
campergue.daniel@wanadoo.fr
Message de Françoise Latour

(Janvier 2008)

Cher Monsieur,

Merci de m'avoir fait part de votre nouvelle adresse. J'en profite pour vous souhaiter une heureuse année puisque nous sommes encore en janvier. Je vous remercie de m'envoyer régulièrement la " Lettre de Roquefixade ".

Je suis moi-même trop absorbée par mes propres recherches et de toutes façons trop ignorante sur les questions que vous débattez pour en faire le moindre commentaire, sinon que je suis tout à fait admirative devant à la fois votre érudition et la profondeur de votre réflexion.

Votre site m'intéresse également beaucoup et, à ce propos, je me permets de faire une remarque personnelle en ce qui concerne vos rêves, puisque vous-même faites allusion à l'analyse psychologique de Jung. Il y a là une véritable voie vers le "Connais-toi, toi même" et certains de vos rêves sont très significatifs, Le lutin et l'ombre; le cheval et l'anima, etc... et méritent, me semble-t-il, d'être pris en compte.

Mon mari et moi-même conservons une excellent souvenir de notre visite chez vous et espérons vous revoir.


Bien amicalement
Françoise Latour
latourfrancoise@yahoo.fr
Lettre de Ruben, de Montauban

(Janvier 2008)

Yves,

Je suis en train de lire ton ouvrage sur Paul (En quête de Paul) ; c'est tout à fait remarquable ; c'est même, à mon sens, une oeuvre majeure sur Paul.

Alors, ce qui m'a plu, c'est tout d'abord de retrouver les idées que tu pointes en t'appuyant sur Paul. Ensuite de retrouver le Paul que j'avais entrevu ; tes arguments confirment mes intuitions.

Et, enfin, ça me révèle les parallèles de la pensée de Paul avec les textes esséniens, ce qui les identifie et les différencie. En effet, je n'avais pas eu le courage de lire les textes de Qûmram.

J'apprécie encore la finesse de ton argumentation. J'ai vu, dans tes phrases, le cisèlement de mots, choisis, des concepts également. Encore une fois c'est tout à fait remarquable. Merci.


Bien à toi,
Ruben.
Témoignage de Lucía, de Valencia

(Janvier 2008)

“ Yo no creo que sea imposible conocer a Dios, conocer el Principio del Bien. Mejor dicho, SÉ que no es imposible.
Creo que no es sólo la ausencia del Mal. Si nos limitamos a definirlo como un “negativo” del Mal, como una mera ausencia, en realidad en poco diferimos de la doctrina católica, que de algún modo también define al Mal como ausencia del Bien, como un “negativo” del Bien.
El Bien no es una mera ausencia.
Otra cosa es que sea difícil traducirlo en lenguaje conocido. Pero que no podamos describirlo con palabras no significa que no podamos saber nada de él. No estamos totalmente incomunicados. Se trata de una experiencia personal, pero es incluso posible que haya algún modo de expresarla y transmitirla a otros.
Se puede conocer al Espíritu. No del todo. Pero se pueden tener indicios. Hay que buscar. Levantar el velo.
Dicen los físicos que hay algo que llaman “agujeros de gusano”, que comunican distintos planos de la realidad. Bueno, hay que buscar esos agujeros y adentrarse por ellos. Hay que buscar las pistas, seguir las intuiciones.
No es fácil. Hay que prestar mucha atención, porque la señal es muy tenue, pero es posible.
Los místicos encontraron esa vía de comunicación. Conocieron, e intentaron transmitirnos ese conocimiento.
No es imposible la comunicación con el otro lado. A lo largo de los tiempos, el hombre ha ido estableciendo contactos. Y, si prestamos atención a esos canales abiertos, hay cosas que podemos conocer. Podemos también, quizás, establecer nuevos canales.

* * *

La verdadera poesía no remite a los sentidos (aunque se valga de metáforas, porque la palabra tiene sus limitaciones), sino a la experiencia interior.
Remite a lo mismo que remiten las grandes construcciones artísticas. El Arte, en sus distintas manifestaciones: Poesía, Arquitectura, Pintura, Música...
El Arte no es obra de la Materia sino del Espíritu. En el Arte se da la paradoja de que el espíritu hace uso de la materia para manifestarse.
La verdadera poesía no miente. La verdadera poesía es una vía de conocimiento, que el mundo actual está perdiendo.
La Poesía es una vía de conocimiento, como lo son también las otras formas de Arte. El verdadero Arte, no el negocio del arte. El Arte es la más alta expresión del ser humano. El catolicismo entendió muy bien eso. Cuando los campesinos de la Edad Media atravesaban la portada de una catedral, estaban entrando en un espacio inmaterial, en un espacio místico, en un espacio de Conocimiento. Estamos perdiendo esa vía de comunicación, que era potentísima. Desde mi punto de vista, las grandes iglesias románicas y góticas no son exclusivamente católicas. Son un espacio sagrado en términos absolutos, y deberían ser preservadas de la contaminación turística. Ahí la piedra no es piedra, el vidrio no es vidrio, la pintura no es pintura. Se produce una especie de transmutación de la materia. La piedra se convierte en el “medium” a través del cual el espíritu se comunica. Una catedral gótica sigue teniendo más potencia comunicadora que muchos aparatos modernos.
Se está perdiendo ese ámbito. Así, en vez de los templos levantados en siglos anteriores, hoy las nuevas parroquias se instalan en edificaciones funcionales. Pero los templos no son sólo espacios físicos.
Las antiguas catedrales, como las mezquitas o los templos judíos, egipcios o griegos, no son patrimonio exclusivo de una religión. Son ámbitos sagrados en donde los grandes constructores supieron abrir vías de comunicación con el espíritu. El secreto de aquellos constructores parece haberse perdido con el advenimiento del “Siglo de las Luces”, pero en sus obras pervive la posibilidad de establecer esa conexión. Las construyeron para eso, no para ser recorridas por grupos de turistas apresurados en pos de un guía.
Los verdaderos templos no son lugares de devoción, sino de trascendencia, de CONOCIMIENTO.
Hoy el pensamiento débil embota la percepción.
No se trata de buscar o provocar eso que llaman “estados alterados de conciencia”. Al contrario. Se trata de alcanzar una especial lucidez.
La poesía es una especie de destilación alquímica de la palabra. De la palabra y del silencio, porque el silencio también habla, y el silencio también forma parte de la poesía, como de la música (que no es sino otra forma de poesía). Pero el sentido poético parece estarse atrofiando.
No estoy hablando de hacer versos. Tampoco estoy hablando de pájaros y flores. Estoy hablando de la vibración del espíritu. De ese golpecito dado en el borde de la copa, que hace resonar el cristal. Y eso es lo que yo quiero encontrar: el modo de dar ese golpecito.
Esa misma potencia la tienen también algunas construcciones más escondidas. En ellas, de algún modo, el hombre encontró la forma de abrir un “agujero” que lo comunicara con el otro lado. Yo conozco varios espacios así en España. El monasterio de San Juan de la Peña, por ejemplo, en Huesca. Un lugar fantástico (invadido - ¡ay! ¿cómo no? – por los turistas). Miles de personas lo habrán visitado sin entender nada, sin oir nada, sin pararse siquiera a escuchar. Eso me gustaría: lograr que la gente se parase a escuchar.
Hay grietas por las que se cuela la otra realidad. Y hay lugares donde, por alguna razón que desconozco, es más fácil encontrar esas grietas a través de las cuales se puede, aunque sea pasajeramente, entrar en contacto con la otra realidad. Lo que algunos llaman lugares de poder. No sé por qué en esos lugares es más fácil entrar en comunicación con “el otro lado”. No tiene nada que ver con la belleza paisajística. Puede tratarse de un páramo desolado. Seguramente a esos lugares se retiraba Jesús.

* * *

El hombre forma parte de la naturaleza, claro. Pero, además, es otra cosa. El cuerpo del hombre forma parte de la naturaleza.
Pero nuestra conciencia, entendiendo por tal nuestro espíritu, no se encuentra sino presa en la obra del Mal. Yo no creo que el espíritu surja de la materia. No creo que el espíritu proceda de la evolución de la materia. Nuestra conciencia no es obra del Mal. El Bien no puede proceder del Mal. El Mal no puede haber creado el Bien.
De lo contrario, ¿cuál sería la diferencia entre esta afirmación y la de quien considera que todo lo creó el Principio del Bien, y que el Mal surgió en el seno de esa creación “buena”?
Yo no creo que la conciencia haya surgido de este mundo. No creo que nuestra conciencia se encuentre en la Naturaleza, en la obra del Mal, salvo que entendamos que se encuentra ahí presa. La Naturaleza no es sino una cárcel en la que el espíritu se encuentra encerrado. No es de la Naturaleza de donde proviene nuestro espíritu. El Mal no engendra el Bien.
Si consideráramos que el Bien fue generado por o en el Mal, habría que empezar a cuestionar si el Mal es realmente Mal. Si el Bien se genera por o en el Mal, en realidad desaparece el dualismo y nos encontraríamos en una especie de contrapartida del Bien como principio único tal como lo plantea el catolicismo.
Si creemos que nuestra parte espiritual surge por evolución de la material, en cierto modo aceptamos que en la materia hay un germen de bondad que se expande, con lo cual no existe una auténtica dualidad de principios contrapuestos.
A mi modo de ver, la evolución no puede hacer que de la Maldad surja la Bondad.
¿Depende el espíritu de la vida terrestre? No. Al contrario. La vida terrestre no es sino un lastre, una limitación. Un día la Tierra se acabará, y si ello sucede con la colaboración del hombre, ello no será sino consecuencia de llevar al límite las propias leyes implacables de la Naturaleza.
Hay que buscar más allá.
Creo que no nos podemos quedar en el mero respeto a la Naturaleza. Hay que ir más allá. Correr el riesgo de ir más allá, ya sin ni siquiera la ayuda de la Naturaleza. Las respuestas fundamentales nunca las vamos a encontrar en la Naturaleza, que en realidad no es sino un obstáculo, o, en el mejor de los casos, no más que el decorado de la búsqueda.
La Naturaleza no nos puede dar respuestas. O bien, obra del Mal como es, nos dará respuestas equivocadas. ¿A dónde conduce el camino de la Naturaleza? A mantenernos vinculados a la Tierra. Debemos levantar el vuelo. Intentarlo, al menos.

* * *

Tampoco creo que el Bien permanezca pasivo e indiferente ante el Mal. No es propio de la Bondad la pasividad ante el Mal.
Creo que ese Dios, que es Bueno pero no es Todopoderoso, sí mantiene una especie de lucha contra su opuesto. En esa lucha se producen avances y retrocesos, y en esa lucha el ser humano, con su toma de partido, con sus acciones en un sentido o en otro, puede participar y ayudar a que avance el Bien o el Mal.
Yo ni busco ni necesito explicaciones “científicas” para el Espíritu.
La ciencia tiene sus limitaciones. La ciencia es sólo la verdad de determinado momento histórico. Lo que ayer era verdad para la ciencia, hoy ha quedado descartado. Lo que hoy es verdad, veremos mañana lo que resulta.
Esas verdades ceñidas al mundo de la materia cognoscible no son las del Espíritu.
El espíritu no es la evolución de la materia. No sé explicar cómo llega a encontrarse preso en la carne, pero sé que venimos de otra parte, y que a ella aspiramos a regresar.
Creo que el espíritu pertenece a otro mundo, y que a él regresaremos.
Hemos olvidado nuestro origen, y todo nuestro esfuerzo en la Tierra debería consistir en tratar de recuperar esa memoria. De vez en cuando tenemos algún atisbo de ello. Si ponemos atención, esos atisbos pueden ir en aumento. Ése es el camino del Conocimiento: Recuperar la memoria del origen. “Mi reino no es de este mundo”.
Nuestro esfuerzo debería consistir en despertar esos recuerdos. Cuanto más recordemos, más desearemos regresar a nuestra “patria”, más nos esforzaremos por encontrar el camino de vuelta.
La vida volcada hacia los aspectos materiales de la existencia embota el recuerdo. ¿Qué sucede si, cuando llegamos al final de nuestra existencia terrestre, no hemos encontrado el camino que nos permita regresar a nuestro lugar de origen? No lo sé. Creo que no lo sabe nadie. Hay quien resuelve ese enigma recurriendo a la idea de la reencarnación; hay quien piensa que hay planos intermedios. No sé. No creo que formemos parte de una conciencia colectiva y despersonalizada que evoluciona como un todo indistinto. Creo que el camino de cada uno es personal.

* * *

Somos parte del Espíritu, y el espíritu conoce al espíritu. Pero hay que afinar la vista y el oído; estar alerta; entrenarse, para percibir los indicios. No sabemos cuándo se van a producir; no sabemos en qué van a consistir.
Ésa es precisamente la búsqueda del Grial: buscar sin saber qué ni dónde. A medida que el corazón se purifica, va siendo capaz de reconocer las señales. La mayoría de los caballeros se perdieron; algunos, como Lancelot, se aproximaron, pero no lo alcanzaron porque su corazón no era puro. Pero las señales existen. Y los dragones también.
Poesía fue toda la construcción elaborada en torno a la leyenda de la búsqueda del Grial. Hoy el asunto se ha convertido en tema para el consumo de masas, convenientemente aderezado con jueguecitos de palabras (Sang Raal) e invenciones presuntamente feministas. Pero en sí la búsqueda del Grial entendida como búsqueda del conocimiento constituye una de las elaboraciones poéticas más potentes para escenificar ese camino del hombre, esa lucha, ese viaje en pos de algo que no se sabe lo que es, pero que es lo que da origen y sentido al viaje.
¿Quién alcanza plenamente el Grial? Galahad. El hombre puro. Y en ese encuentro con el Grial Galahad muere. Es decir, atraviesa la puerta; pasa a otra realidad.
Es la misma búsqueda de los místicos. El mismo camino. El mismo trascender la realidad terrestre. El mismo anhelo de rasgar el velo.
Yo quiero hablar a la gente de esa Búsqueda. Quiero que recuperen esa poesía.
Naturalmente, no es que crea que la poesía, la pintura o la música sean el único modo de aproximarse a Dios. Hay otras vías. La meditación puede ser una de ellas. El camino – entendido no sólo como acción de desplazarse de un punto a otro, sino como viaje interior – también lo es. Determinados encuentros con otros seres humanos también constituyen acercamientos a ese conocimiento.

* * *

Yo tengo una amiga. Es una chica de 22 años. Tiene una edad mental de unos 11 años. Una mañana, hace cosa de un año, cuando yo caminaba hacia el trabajo, me paró y me preguntó a dónde iba. Yo no la conocía de nada, ni había reparado en ella. Intercambiamos unas frases y, claro, me fui dando cuenta de su deficiencia. Desde entonces todas las mañanas me la encuentro y me paro a hablar con ella. A veces le llevo caramelos. Me cuenta lo que ha hecho el día anterior, lo que va a hacer esa mañana.
Trabaja en uno de esos sitios donde dan ocupación a deficientes no profundos.
Es una niña. Será una niña toda la vida. Nunca podrá tomar sus propias decisiones, salvo en algunas cosas mínimas. Como ésa de pararme en medio de la calle para preguntarme a dónde iba. Tiene un cuerpo de mujer, desgarbado; camina con dificultad; tiene la mirada dulce y la sonrisa fácil; es muy cariñosa. Desconoce los convencionalismos sociales. Cualquiera podría hacerle daño.
Recuerdo que viví ese primer encuentro como una aparición. Como si se me hubiera aparecido un ángel. Aun hoy me sigue pareciendo extraño. Desde que me ve, al otro extremo de la explanada que he de atrvesar todas las mañanas, acelera penosamente el paso para acercarse. Me abraza; me besa; ¡me dice que soy lo mejor que le ha pasado! ¿Por qué me paró aquella mañana? No lo sé. Fue como conocer a un ángel. Un ángel que anda a trompicones y que nunca encontrará un hueco en la sociedad. Un ángel varado en unos 11 años eternos.
La echo de menos cuando no me la encuentro. Si no la veo, freno el paso, por si se ha retrasado. Quizás la gente se reiría de esta extraña amistad. Pero yo creo que esa mañana se me apareció un ángel, un enviado de Dios. Un espíritu puro.

* * *

Recorriendo los pueblos de España, caminando sola por senderos poco transitados, he sentido que no iba sola. He sentido que de algún modo se establecía una conversación con Dios. Conversación sin palabras. No una oración, sino una especie de inmersión en otra esfera.
Recuerdo una mañana que llegué a la plaza mayor de Trujillo, un pueblo de Extremadura. Sentí allí una extraña energía, una expansión del espíritu, una fuerza que me llenaba de bienestar. ¿Por qué? No lo sé. ¿Por qué allí? No lo sé. Sé que aquel lugar, un pueblo pequeño en plena estepa extremeña, una tierra que, como su nombre indica, es “extrema” y “dura”, es un lugar de fuerza. De allí, de aquel rincón perdido, han salido a lo largo de los siglos hombres capaces de las mayores gestas. Otro tanto me ocurrió una tarde recorriendo las interminables campos de olivos de la provincia de Jaén. Un mar de olivos cubriendo las colinas hasta donde alcanza la vista. Sentí allí una extraña comunicación con algo que no puedo describir, algo que me aportaba una sensación de paz y al mismo tiempo de vigor; como si se abriera una nueva puerta para indicar por dónde proseguir la búsqueda.

* * *

Esas aperturas pueden producirse también en la soledad de mi casa. No es algo que ocurra constantemente, claro; ni siquiera a menudo. Pero a veces ocurre, y siempre hay que estar a la espera de que vuelva a ocurrir. Un instante en el que el relámpago atraviesa la noche y deja ver algo de lo que hay a lo lejos. Sólo un instante. Lo suficiente, quizás, para ratificar que no te has perdido, que puedes seguir avanzando.

* * *

A veces pasa tiempo sin que “ocurra” nada. O tal vez las propias interferencias mundanas impiden apreciarlo. Es quizá lo que los místicos llamaban “noche oscura del alma”. Entonces hay que ser fuerte. Confiar en que Dios y yo seguimos estando en el mismo bando. Quizás ha habido señales que no hemos sabido entender. Quizás estábamos entretenidos por el tráfago del mundo, desasosegados por problemas terrenales. Hay que recuperar la calma, sacar la barca de la tormenta, confiar en que Dios, si puede, volverá a dar señales de vida.
Es lo que le pedimos en el Padre Nuestro: que nos ayude, que nos acompañe, que nos guíe.
No se lo pediríamos si creyéramos que Dios es sólo una ausencia incognoscible. Le pedimos que se haga su voluntad porque creemos que no le somos indiferentes. Le pedimos que no nos deje en la prueba porque creemos que, si puede, nos ayudará. Si puede. Quizás no siempre puede. A veces el Mal puede más que Él. Por eso, Él necesita nuestra ayuda como nosotros la suya.
Si a veces estamos solos, no es porque a Dios le sean indiferentes estos espíritus que de Él proceden y a Él anhelan regresar. Es sólo que no es omnipotente.
Encontremos el modo de colaborar con Él. Igual que le pedimos su ayuda, deberíamos ofrecerle la nuestra...
No, Dios no es “lo que no existe”, lo que no se conoce, lo que no está, lo que es indiferente a nuestra suerte. El catarismo daba una interesante interpretación al texto del Evangelio de San Juan, 1, 3 :


- Versión de la Vulgata de San Jerónimo:
« Todo fue hecho por El,
y sin El nada fue hecho de lo que estaba hecho.
En El estaba la vida. »

- Versión de la biblia languedociana:
« Todo fue hecho por El,
y sin El nada fue hecho.
Lo que en El fue hecho era la vida. »

- Versión cátara:
« Todo fue hecho por El, y sin El fue hecha la nada».
En occitano: «E senes El es fait nient. »


("La nada" entendida como principio negativo, como principio del Mal. Es decir : sin El, sin su participación, se hizo todo lo que de malo hay en el mundo; se hizo, en suma, el mundo material.)
La traducción languedociana permite la lectura cátara; la versión de San Jerónimo, al unir los dos versículos, no.
A mí me gusta mucho esta interpretación, y estaría dispuesta a suscribirla. ”

belibaste@terra.es
Message de Colette, Algonquine du Québec

(Janvier 2008)

Kwei kwei,

Cela veut dire bonjour en algonquin.

Je visite la France depuis plus de cinq ans. Je voyage pour faire partager la tradition autochtone de mes ancêtres du Québec. Dans les partages, il y a des cérémonies pratiquées qui font que j’entre en contact avec les enseignements de la terre de chez nous. Toujours, je remercie les ancêtres de chez vous de me recevoir et de me permettre d’utiliser le tambour et la voix que je porte.

J’ai des ancêtres de France et d’Ecosse, du côté de mon père. Il se révèle aussi à moi que l’esprit que je porte vient de différents courants de pensée, d’énergie. Dernièrement, je demandais à un bon ami à moi de m’indiquer une bonne lecture sur les cathares. Ozégan est un barde sensible avec qui je fais de la musique. De plus en plus, la colombe et le laurier refont surface dans ma vie, dans les rêves (que je considère comme la vie) et, maintenant, dans le vécu de tous les jours. Depuis cinq ans, avec la seule expérience des œuvres qui se manifestent à travers moi, et de façon purement intuitive, les cathares dans les grottes, brûlés et massacrés, l’improvisation de la musique des voyelles, d’une certaine façon passent à travers moi.

Je participe à des manifestations chaque année et je partage avec des gens que je crois en mesure de me guider, selon le rêve qui passe à travers moi, pour organiser un spectacle musical tout près du château de Montségur, pour célébrer la gloire des ancêtres cathares ou d’autres encore, je ne sais pas… Sachez qu’en prenant connaissance de votre Site Internet, il y a des informations qui me disent que j’étais déjà dans la conscience de ce grand mystère. C’est l’œuvre du « Grand mystère », comme nous disons aussi dans la tradition autochtone.

J’espère me faire comprendre de vous malgré la simplicité de mon discours.

Merci d’être qui vous êtes et que les étoiles vous bénissent.


Colette

rorocassous@hotmail.com
Lettre de Guy, de Carcassonne

(Janvier 2008)

Bonjour à Yves Maris

Voilà, en période de Noël 2007, et je ne sais ni pourquoi ni comment, les évidences chrétiennes cathares occupent toute ma pensée. Je n'ai lu qu'un livre complet sur le catharisme : « Les femmes Cathares » (A. Brenon). J'ai trouvé votre Site Internet. (Je connaissais cathares.org de Ph. Contal.) Je ne maîtrise plus grand chose.

Dans ma vie, j'ai eu, plus ou moins, une connaissance autodidacte de la Gnose ; mais je me suis un petit peu tourné vers l'occultisme, ce qui m'a fait constater qu'il y des mondes invisibles. Mais aussi, j'ai tenté d’appréhender les quatre évangiles. J'ai une Bible complète qu'il m'a été impossible de lire. J'ai mené une vie simple et besogneuse, sans vouloir plus que ce qu'il ne fallait pour que ma famille ne soit pas dans le besoin. Je n'ai jamais voulu devenir cadre ni commander qui que ce soit. Je garde en moi une colère face à l'injustice. Je suis possessif.

Voilà, en résumé succinct, ma vie jusqu'à maintenant.

Ce que je crois au fond de moi c'est que pour entrer dans l'Amour du Père, il faut que mon Esprit revienne vers lui, par le Christ, et que mon corps disparaisse. Le cheminement des Bons hommes et Bonnes femmes parle à ma conscience.


Merci beaucoup à vous qui cheminez déjà sur le chemin.
Coralament,

Guy

Paratge, prètz, libertat, leialtat, fiselta, larguesa, melhorament, Amor, jòi.

Guy_lucien@orange.fr
Question de Lucía Orriols Arocas, de Valencia,
et réponse de Yves Maris

(Janvier 2008)

Question : Si la Nature est la création du Diable, pourquoi devrions-nous nous attacher à la protéger ?


Réponse : L’univers entier nous apparaît comme le règne de l’ordre et du chaos. La nature qui se donne à voir dans notre monde terrestre est le domaine de la vie et de la mort, deux états de la matière. La vie est l’expression d’une « volonté de vivre », qui se déploie de la simple cellule aux corps complexes des animaux supérieurs. L’homme a la particularité de porter le plus haut niveau de conscience que l’évolution des êtres a atteint. Nous voyons tout vivant comme un sujet et non comme un objet, qu’on le classe dans le règne végétal ou dans le règne animal. La vie déploie son arborescence sans rupture et nous ne savons pas dire sur quelles ramifications la conscience apparaît.

Chaque sujet est largement déterminé par les composants chimiques et les éléments biologiques qui le constituent. Tout sujet est d’autant plus libre que son niveau de conscience est élevé. La biosphère s’organise en systèmes écologiques ou en réseaux trophiques qui mettent en présence des sujets proies et des sujets prédateurs. Chacun se nourrit de la mort de l’autre en dévorant la matière que la vie a organisée. Ces dents qui déchirent, ces mâchoires qui broient, ces bouches et ces gueules qui avalent participent au grand festin planétaire de la mort sans lequel la vie que nous connaissons disparaîtrait. Nous comprenons le lien de la vie et de la mort. Nous concevons que l’on puisse dire que la vie d’un sujet dans la nature est aussi une mort nécessaire.

La volonté de vivre se disperse en une infinité d’individus et de sociétés. Au cours de son déploiement, elle a doté chaque espèce vivante des pires armes pour tuer et manger et des meilleures défenses pour survivre le temps de procréer. Chacun entendra pourquoi nous nommons « esprit du Diable » cette volonté de vivre et que, pour avoir part au mythe, nous disons que le Diable est l’inventeur d’une telle création. Nous avons accès à un niveau de conscience qui nous permet de juger le créateur et son œuvre. Il nous autorise à chercher la voie qui conduit hors d’un tel système. Notre idée de la vie est tout autre que celle d’une vie que l’on peut nommer indifféremment mort.

Néanmoins, par notre incarnation, par notre organisme humain individualisé, nous appartenons, malgré nous, à la nature. Nous sommes possédés de la volonté de vivre qui fait que nous transmettons nous-même la vie et que nous n’avons pas le projet de nous suicider soudainement. Nous formons plutôt le dessein d’accomplir nos existences en observant le monde et en concourant à un haut degré de conscience. C’est ainsi que nous participons à l’évolution de l’esprit. Puissions-nous, chacun, y apporter notre contribution, ne serait-ce que d’un saut de puce.

Il est vrai que nous sommes attachés au Diable par notre nature et, plus particulièrement, par chacun de nos sens. Ils se sont ainsi développés que les hommes aiment le goût de l’agneau rôti, le coucher du soleil sur le lagon, les sonates de Bach, le parfum de la fleur de lotus, l'épiderme tiède de l’être aimé. L’affinement de la perception témoigne des progrès de l’art et de la culture. Le Diable revêt pour nous ses habits de lumière et nous convie à un concert de voluptés. Il n’est pas si méchant que cela, pourrait-on dire, puisque les foules inconscientes l’appellent Dieu. Nous nous élevons du Diable vers Dieu par degrés de conscience. Il n’y a pas de vraie rupture de l’un à l’autre, si ce n’est par la mort, à l’instant ou l’esprit retrouve sa potentialité.

Nous nous disons cathares, porteurs de la longue tradition du dualisme chrétien, pour témoigner que notre conscience nous appelle à la non-violence que nous nommons le pur-amour. Cette qualité d’esprit est en contradiction avec la volonté de vivre qui met la nature en mouvement. Si nous sommes encore attachés à la vie que nous souhaitons accomplir, nous rejetons la volonté de vivre excessive et brutale qui caractérise la société humaine. Nous cultivons la tempérance, nous refusons de donner à nos sens un bouquet de la violence. Nous protégeons tout éclat de vie parce qu’il porte en lui-même l’espérance de la conscience, de l’amour et de l’esprit.



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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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