Yves Maris


Autobiographie

« CHEMINS CATHARES » propose des articles et essais de Yves MARIS en vue d’approfondir la philosophie des cathares.

La voix de Yves MARIS s'est tue le 29 juillet 2009.
Nous souhaitons que sa parole continue à circuler.

Mais, conscient que la « Parole essentielle » est présente
en chacun de nous, notre père disait aussi :

« Les mots ont une limite, le discours s’épuise lorsque l’ineffable, l’indicible, le sublime vient toucher la conscience.
Il ne reste alors que le silence à partager. »


Ses enfants.

Autobiographie

Yves Maris

’ai vécu mon enfance avec mes deux sœurs et mon frère dans la grande maison de famille. Avant la révolution française, elle avait appartenu à un marquis de l’Aubespin qui avait épousé une Lévis-Mirepoix. Entourée d’un grand parc, au cœur du village de Villeneuve d’Olmes, elle est aujourd’hui le lieu de résidence de ma sœur aînée. Mes parents étaient et sont toujours des catholiques pratiquants. Le curé du village venait dîner une fois par semaine. C’était l’époque où, dans leurs longues
Yves Maris
soutanes noires, les prêtres apparaissaient aux enfants, mais aussi aux adultes, comme les représentants de Dieu sur terre. J’étais très assidu au catéchisme que le curé enseignait dans un couvent déjà abandonné. Je fus naturellement enfant de cœur jusqu’à mon entrée au pensionnat. Aujourd’hui, ce prêtre, sans doute centenaire, qui dit encore sa messe dans un village de haute Ariège, revêt pour moi l’image du sage pharisien. Il était assurément un homme de l’Ancien Testament autant que du Nouveau. Il fut mon premier maître et je garde pour lui un profond respect.

Foix, chef-lieu du département, était le lieu pour des études secondaires. Le lycée Gabriel Fauré fut ma prison d’adolescent. J’y fis de médiocres études couronnées par un baccalauréat économique et social avec cependant une mention assez bien. Le sport constitua un défouloir. Pendant trois courtes saisons, je pratiquai la course à bicyclette avec passion, jusqu’à obtenir une sixième malheureuse place en championnat de France universitaire. A cette époque-là je pratiquais assidûment le hatha-yoga avec un maître qui fut mon second éveilleur dans les choses de l’esprit. Il me fit connaître la liberté de penser en dehors de l’Eglise, ou de ne plus penser du tout.

La branche maternelle de ma famille possédait une petite entreprise textile que mon père et ma mère s’employèrent à faire fructifier en des temps favorables. C’est la raison pour laquelle je préparai le concours de l’Ecole supérieure de commerce de Toulouse. Mon environnement familial, peu porté à la réflexion intellectuelle, m’ouvrait toutefois les portes d’une réussite financière. Pendant les vacances, je voyageais en Grande-Bretagne et en Amérique du Nord pour améliorer mon anglais. Je reçus mon diplôme, quatrième de la promotion 1974. Le début de mes études nécessitait une grande assiduité au travail et ce ne fut véritablement que la dernière année que je profitai un peu de la vie toulousaine.

Je partis effectuer mon service national en Polynésie dès la fin de mes études. Je fus affecté au Centre régional d’état-major du Pacifique sud et basé sur le port de Papeete. J’ai sans doute vécu là-bas les années les plus insouciantes de ma vie. Je recevais de ma famille quelques subsides pour arrondir ma solde. Je me sentais libre pour la première fois. Je n’avais jamais cessé la pratique catholique et je nouai amitié avec les sœurs d’une mission canadienne. Elles étaient toutes belles et hâlées ; elles portaient élégamment leurs longues robes et leurs fins voiles blancs. Elles m’initièrent à la prière charismatique dans des réunions vespérales éclairées par de petites flammes vacillantes au souffle de l’alizé. A la Pentecôte 1975, après des mois de préparation, je fus admis au baptême de l’esprit qui me fut donné par le prêtre et le collège des sœurs de la mission. Je me souviens encore avec émotion de ce cercle de mains tendues sur ma tête et des gracieuses mélodies qui élevaient mon âme. Nous étions hors du monde, dans une nature vierge et magique. Angèle fut mon modèle. Elle me révéla, le jour de mon départ, quelle partageait le même esprit que le mien et qu’elle cachait dans sa cellule bien des livres hérétiques.

Le retour vers l’Europe fut un arrachement. Je commençai aussitôt mon travail dans l’entreprise familiale. L’horizon s’était considérablement rétréci d’un coup. C’est alors que je me mis à fréquenter la maison ouverte de Fanita de Pierrefeu, à Montségur. Elle l’avait baptisée « l’Hestia », en l’honneur de la déesse grecque du foyer. On y rencontrait toutes sortes de gens inattendus, philosophes ou adeptes de sectes bizarres. C’est en ce lieu que je fus initié à la pensée des cathares. Je me plongeai dans les lectures de Zoé Oldenbourg, de Déodat Roché et de René Nelli. La confiance entre Fanita et moi-même était si grande qu’elle envisagea de me céder une partie de sa maison, afin de vivre en bonne compagnie les longues journées d’hiver et de vieillesse. Le projet d’acte était prêt, quand j’eus l’idée de me marier et l’intention en resta là.

J’avais connu à Barcelone une jeune fille d’Alicante, à l’occasion de rencontres avec des amis communs égarés dans quelques recherches spirituelles exotiques. Le mariage eut lieu au monastère de la Santa Faz. Nous nous installâmes à Roquefixade à Noël 1976. Au bout de cinq années, ma femme Maria commença à ne plus supporter la vie solitaire dans ce petit village pyrénéen. La ville, la mer, la famille d’Espagne lui manquèrent. Nous nous séparâmes avec bienveillance au bout de cinq années, après la naissance de nos deux enfants, Marie-Olympe et Jean-Barthélemy. Elle n’est pas remariée et mène une vie de catholique très pratiquante. Nous avons toujours beaucoup de plaisir à nous rencontrer. De temps à autre, nous nous retrouvons avec les enfants. Après de bonnes études à la faculté des sciences sociales ma fille vit à Toulouse, et mon fils, doctorant en droit européen, à Paris.

J’ai été élu pour mon premier mandat de maire de Roquefixade à peine six mois après la séparation du couple que je formais avec Maria. Les habitants de la commune devinrent pour moi comme une grande famille ; si bien que j’ai toujours ressenti une vraie affection pour eux, même pour les plus grincheux. Mes lectures sur l’histoire des cathares et de l’Occitanie confortaient en moi une vision politique régionaliste et fédéraliste sur le plan européen. Je compris rapidement que la génération des vieux languedociens, ceux qui parlaient encore la langue au quotidien était en train de passer. Mais je savais que si l’histoire s’enfonçait peu à peu dans les profondeurs de l’oubli, l’esprit des cathares demeurait hors du temps. Cet esprit ne pouvait qu’être absolu, et je ne devais pas le reléguer dans les siècles passés. Aujourd’hui, je suis dans mon cinquième mandat de maire. Alors qu’il y a vingt-cinq ans je me pensais comme un vrai Occitan, prenant des cours du soir de languedocien, cherchant à relever le défi d’un pays perdu, je sais maintenant que je suis peu à peu devenu un croyant cathare et que ma filiation est assurément celle-là.

Après dix ans de travail dans l’entreprise familiale, j’ai voulu actualiser mes connaissances en matière de gestion et de stratégie d’entreprise. J’ai étudié pendant une année, en cours du week-end, dans le cadre du Centre de Perfectionnement aux Affaires. Ces nouvelles connaissances, qui me furent sur le moment très profitables, me décidèrent à préparer ma conversion de vie. Je me sentis en effet en décalage avec un monde affamé d’argent et une vision guerrière des affaires. C’est alors que je décidai d’entreprendre un cursus de philosophie à l’Université de Toulouse. Jusqu’à la fin de l’année de maîtrise, je poursuivis les cours de rhétorique que j’assurais dans le groupe Ecole supérieure de commerce depuis quelques années.

Mon intention était de cheminer vers un doctorat dont le thème relèverait de la pensée des cathares. Je présentai une maîtrise intitulée : « La création : diable ou dieu ? » Ce premier vrai contact avec les écritures bibliques et gnostiques me convainquit que le fondement du dualisme chrétien était à rechercher chez Paul, dont je comprenais la lecture qu’en avait fait Marcion. Je préparai donc une thèse sous la direction du professeur Lluis Sala-Molins intitulée « En quête de Paul ». Il me suggéra le titre, me disant qu’au bout de quatre années de travail l’évolution de ma pensée et des découvertes inattendues pouvaient me mener ailleurs, où je ne n’aurais imaginé. Il fallait choisir par précaution un titre large. Je soutins ma thèse au château du Mirail lors des vacances de Noël 1999. En dehors des membres du jury, Michel Roquebert fut mon seul auditeur. Je reçus la mention très honorable, mais la présidente du jury tarda à m’écrire ses félicitations, bouleversée par l’inversion des valeurs que ma thèse renfermait.

Ma thèse représentait pour moi la justification de mon changement de vie. J’avais mis dix ans à le préparer. Je liquidai plus ou moins bien mes participations financières et, les dettes équivalant aux gains, je me retirai dans ma maison de Roquefixade, sans le sou. J’écrivis mon premier livre en 2002, durant le premier été de mon retrait du monde des marchands : « Le Philosophe – 52 leçons de sagesse pour une vie heureuse ». Inspiré de la philosophie stoïcienne, il convenait à mon exigence de rupture et à mon état d’esprit. En outre, j’avais ignoré l’influence du stoïcisme dans la pensée paulinienne au cours de mes recherches, et je sentais que je devais combler l’impasse. Le livre suivant, « Cathare – Journal d’une initiée », me trouva dans un nouvel état d’esprit. Il préfigura le livre fondamental que j’écrivis au premier semestre 2007 : « La résurgence cathare – Le manifeste ».

Je n’ai fixé d’autre but à ma vie que de contribuer activement à réhabiliter et à faire refleurir la pensée des cathares du Moyen Age, qui se situaient eux-mêmes dans la longue tradition du dualisme chrétien inaugurée par Marcion de Sinope en l’an 144 de notre ère. Je sais que les nouveaux cathares se heurteront aux nouveaux inquisiteurs qui, comme les anciens, voudront leur dénier le droit d’exister. Mais je sais que l’esprit souffle où il veut, quand il veut et que le lieu et le temps sont favorables. La controverse publique qui m’opposa cordialement, en tant que croyant cathare, à l’évêque de Pamiers, le 16 juillet 2005 sur la place de Roquefixade, constitua la pierre de fondation pour une pensée cathare renouvelée et populaire. Elle fut suivie d’une seconde controverse, le 4 août 2007. Un livre d’entretien devrait boucler ce cycle.

Avant de constituer une aventure collective, le renouveau cathare est un cheminement personnel vers la simplicité et l’amour universel. Il y faut beaucoup de constance, de travail et d’éveil. La visite des anges est toujours un merveilleux soutien, mais elle se fait parfois attendre. Le chemin des parfaits a pour chacun de nous la longueur de la vie. Je publie régulièrement mes lectures critiques, ma correspondance, mes rêves, mes pensées et mes actes sur le site Internet www.chemins-cathares.eu, grâce au concours d’un ami cathare et artiste. J’ai ouvert ma maison de Roquefixade, « La bastida dels catars », à tous les pèlerins de la foi, afin que nous nous réconfortions les uns les autres dans notre quête de l’esprit que la violence du monde ignore. Nous rencontrer, partager un instant de vie ou faire un bout de chemin ensemble est toujours une grâce. Recevoir un message d’un cathare d’ici ou d’ailleurs est une consolation.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare