Notes de lectures


Acte VI


Actes VI

Drusiane
Scène 1

Jean est de retour à Ephèse où il reçoit de ses fidèles les plus grands élans de vénération. Voici qu’un homme, « envoyé de Satan » s’est épris de Drusiane, l’épouse d’Andronicus. Il s’agit de Callimaque dont la passion est vouée à l’échec tant Drusiane a prouvé sa vertu, au point de se laisser enfermer autrefois dans un tombeau par son propre mari éconduit. La pression du prétendant devient telle que Drusiane est prise de fièvre. Elle invoque le Seigneur : « Puisque je suis responsable du coup qui frappe une âme ignorante, délivre-moi de ces chaînes, fais-moi passer au plus tôt vers toi ! » (64) Triste de briser l’âme du prétendant, elle meurt en présence de Jean. Lorsque celui-ci apprend la cause de la maladie, « les machinations de l’Adversaire », il est aussi éploré qu’Andronicus à qui il a pourtant imposé de retenir ses pleurs, puisque « c’est vers une espérance meilleure que Drusiane s’en est allée, quittant cette vie injuste » (65.)




Scène 2

Tous les frères étant rassemblés, Jean fait l’éloge de la défunte. Il reprend un certain nombre de concours et de métiers qui nécessitent le franchissement d’obstacles et il établit la comparaison : « C’est seulement quand, parvenu au terme, on ne sera pas resté les mains vides, mais qu’on se sera montré à la hauteur de ses engagements qu’on devra se glorifier. » (67) Il explicite : « Il en va de même, je pense, de la foi que chacun de nous pratique : c’est seulement quand elle sera maintenue au même niveau jusqu’au terme de la vie qu’on décidera si elle était vraiment authentique. » (68) L’homme de foi doit anticiper sa fin et penser à la manière dont il la vivra : « Sera-t-elle, sobre et sans aucune entrave, ou troublée, occupée à flatter les choses d’ici-bas et enchaînée aux désirs ? » (69) Nulle âme ne peut être louée avant l’achèvement de ce qu’elle doit vivre. L’apôtre montre le caractère d’authenticité d’une âme bien faite.




Scène 3

Tandis que Jean poursuit l’éloge funèbre, « l’homme qui était amoureux de Drusiane fut enflammé par un désir horrible et par l’action de Satan aux multiples formes : il soudoya par une forte somme l’intendant d’Andronicus, qui aimait l’argent. Celui-ci, en ouvrant la tombe de Drusiane, allait lui permettre d’accomplir sur le cadavre la chose interdite » (70). Les deux comparses commencent à dépouiller la défunte de ses vêtements funéraires. Mais, alors que « la chemise à double frange » recouvre encore le corps, un serpent surgit. Il mord l’intendant qui meurt sur le coup. Il s’enroule aux pieds de Callimaque, le jette mort à terre et s’installe sur le corps sans vie.




Scène 4

« Le troisième jour » après la mort de Drusiane, Jean, Andronicus et « les frères » se rendent au tombeau pour rompre le pain. Remarquons que le rituel de communion johannique ne connaît pas l’usage de la coupe mais seulement le partage du pain. Les portes s’ouvrent sur l’ordre de Jean. Tous voient « un beau jeune homme qui [sourit] », sèchement nommé « le Beau », figure du Christ qui annonce la résurrection de Drusiane, avant qu’il ne monte au ciel sous les yeux des témoins. Dans l’autre partie du tombeau gisent le corps de Callimaque, sur lequel dort l’énorme serpent, et celui de Fortunatus, l’intendant d’Andronicus. Drusiane doit ressusciter parce qu’il y a injustice à ce qu’elle a « quitté la vie dans la tristesse en croyant être devenue une occasion de scandale » (74.) Fort de l’annonce du Christ présent, Andronicus demande à Jean de ressusciter son épouse après avoir rendu la vie à Callimaque, par lequel il attend de connaître ce qui est arrivé. Quant à l’intendant, « il est indigne du salut » (Ibid.).




Scène 5

Jean fixe des yeux le cadavre de Callimaque et ordonne au serpent : « Eloigne-toi de celui qui va devenir serviteur de Jésus-Christ ! » (75) Le mort ressuscite et l’apôtre s’empresse de lui poser la question : le cadavre de Drusiane a-t-il été violé ? Non, répond Callimaque, car l’intervention du serpent tua Fortunatus d’une morsure et le tint lui-même immobilisé. Le plus merveilleux fut la vision d’un « ange de Dieu » dont il fut gratifié : « Je vis un beau jeune homme qui recouvrait [Drusiane] de son manteau. Des éclats de lumière jaillissaient de ses yeux sur ses yeux à elle, et, à mon intention, il fit entendre une voix : Callimaque, meurs, afin que tu vives ! » (76) Callimaque regrette vivement son illusion passée (son envie de faire l’amour à un corps mort) et implore le secours de la vie qui vient de Jean. Il de désire rien d’autre que de s’approcher du Dieu de l’apôtre « comme un fils véritable et légitime » : « Je t’en prie, je veux devenir un de ces hommes qui espèrent en Christ afin que soit vraie la voix qui m’a dit ici même : Meurs afin de vivre ! » (Ibid.) L’ange a dit vrai « puisque cet homme incroyant, dissolu, impie que j’étais est mort et que je suis ressuscité. » (Ibid.) Tel apparaît « le salut de l’homme », par la résurrection d’entre les morts. Jean tire l’enseignement de la fable et rend grâces au Dieu Jésus : « Nous te rendons grâces pour ta grande bonté et ta patience, ô saint Jésus, car tu es le seul Dieu et il n’y en a pas d’autre. » (77)




Scène 6

Vient au tour de Drusiane de ressusciter. Jean invoque « le Seigneur » : « Toi qui est le seul Dieu, je l’invoque, toi le suprêmement grand, l’ineffable, l’éternel ; à toi sont soumises toutes les puissances des archontes ; devant toi se sont inclinées toutes les autorités ; devant toi, tout orgueil est humilié et demeure tranquille ; devant toi, toute superbe se prosterne et garde le silence ; devant toi, les démons tremblent lorsqu’ils t’entendent ; devant toi, la création entière se modère lorsqu’elle te connaît ; toi que la chair ne connaît pas et que le sang ignore, que ton nom soit glorifié par nous ! Ressuscite Drusiane ! » (79) Tandis que l’épouse d’Andronicus se relève, Jean s’étend « la face contre terre ». Drusiane ressuscitée veut, dans sa grande bonté, que Fortunatus le soit à son tour, ce à quoi s’oppose Callimaque, car « l’homme a succombé à une mauvaise mort » (81). Jean intervient pour faire valoir la patience et la miséricorde divine : Dieu appelle chacun à la repentance et au rejet du mal. Drusiane est désignée pour relever Fortunatus. Après avoir invoqué « Jésus-Christ », « elle prit la main du mort et dit : Fortunatus, lève-toi au nom de Jésus-Christ notre Seigneur. » (83)




Scène 7

L’intendant ressuscité ne s’amende pas : « Fortunatus se leva, mais, quand il vit Jean et Andronicus dans le tombeau, Drusiane ressuscitée d’entre les morts, Callimaque rallié à la foi et les autres frères rendant gloire à Dieu, il s’écria : Ah ! jusqu’où sont allés les pouvoirs de ces hommes redoutables ! Je voudrais ne pas avoir été ressuscité, je voudrais plutôt être mort, il sortit du tombeau et pris la fuite. » (Ibid.) Jean jette l’anathème contre celui qui ne connaît pas le bien et ne peut lui rendre gloire. Il lui ordonne de rester à l’écart de la communauté de ceux qui espèrent en le Seigneur et de ne pas participer aux rituels. L’imprécation se termine sur ces mots : « C’est de tout cela que Jésus-Christ, notre Dieu, te tiendra à l’écart, toi, Satan, l’impie par excellence et l’ennemi de Dieu, ainsi que ceux qui te ressemblent et se conduisent comme toi ! » (84) A la suite de quoi se déroule l’eucharistie : « Jean fit une prière, prit du pain, l’apporta dans le tombeau pour le rompre. » (85) Après avoir glorifié « le Seigneur Jésus-Christ » et rendu grâces, « il distribua à tous les frères l’eucharistie du Seigneur. » (86) Puis, l’on apprend la mort de Fortunatus qui appelle l’apostrophe de Jean : « Tu recueilles ton enfant, ô Diable ! »


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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