Notes de lectures


Introduction et Acte I

Actes de Jean

Yves Maris - Janvier 2009

Introduction

crits en grec autour des années 150-175, les Actes de Jean constituent une œuvre originale aujourd’hui reconstituée à partir de divers documents anciens. Il ne s’agit pas d’un texte homogène issu d’un seul courant de pensée. Les chapitres 94 à 102, qui reprennent des thèmes propres à l’Evangile de Jean, ont un caractère valentinien. Ils témoignent de l’attachement des gnostiques de Syrie à la tradition johannique. Les autres chapitres, tout en faisant valoir un christianisme très spiritualisé (aucune distinction entre le Père et le Fils), n’ont pas de caractère ésotérique mais ne renvoient jamais à la Bible hébraïque. Les thèmes de l’incarnation, de la passion et de la résurrection de Jésus sont évités. Les récits de résurrections diverses focalisent l’attention sur la pureté de l’âme et authentifient le changement spirituel chez les ressuscités. Connus de l’Eglise classique, les Actes de Jean constituaient un ouvrage de référence dans les premières communautés manichéennes et chez les disciples de Priscillien très présents des deux côtés des Pyrénées entre le IVe et le VIe siècle. Rien n’interdit de penser que des cathares érudits connaissaient le texte. Le lecteur du XXIe siècle reconnaîtra l’aspect théâtral du roman hellénistique. Néanmoins, la danse du Christ, dans l’interpolation gnostique, revêt un caractère initiatique et une grande beauté d’ordre mystique.

Actes I

Résurrection de Lycomède et de Cléopâtre

Les premiers versets du texte sont perdus. Jean réside à Milet parmi ses amis, « Démonicus, son parent Aristodème, un homme très riche du nom de Cléobius et la femme de Marcellus » (18), quand une vision l’engage à se rendre à Ephèse, pour y glorifier le Seigneur, ajoute une voix céleste.




Scène I

Le stratège d’Ephèse, Lycomède, vient à la rencontre du groupe emmené par Jean. « Il se jeta aux pieds de Jean et le supplia : « Jean est ton nom. Tu as été envoyé par le Dieu que tu annonces pour le bien de ma femme, qui est paralysée depuis sept jours déjà et gît, incurable. Eh bien, rends gloire à ton Dieu en la guérissant et en nous prenant en pitié ! » » (19) Lycomède désespéré était sur le point de mettre fin à ses propres jours quand « quelqu’un » l’enjoignit de rejeter ses mauvaises pensées et lui annonça la venue de Jean : « J’ai pris ma servante Cléopâtre en pitié et j’ai envoyé de Milet un homme du nom de Jean qui la relèvera et te la rendra guérie. » (Ibid.) De même que Cléopâtre, Lycomède est « un serviteur de Dieu ». Il crie à l’injustice et, par sa propre mort (« outrage à la providence ») veut affronter la Justice et « lui intenter procès pour jugement injuste » ; il veut la châtier en se présentant à elle « comme un fantôme de vie » (20). Jean met fin à cette lamentation déplacée. Il ordonne à Lycomède de prier, dans la position traditionnelle : « Tiens-toi donc debout avec nous, qui sommes venus à cause d’elle, et adresse une prière au Dieu qui t’est apparu en songe pour me révéler. » (21)




Scène 2

Lycomède continue de se lamenter, au point qu’il meurt terrassé de douleur. Jean est effrayé des conséquences vis-à-vis de la foule des citoyens : « L’homme gît inanimé, et quant à moi, je le sais bien, on ne me laissera pas sortir vivant de la maison. » (Ibid.) Le drame est au sommet. Jean supplie le Seigneur de ressusciter les deux corps. Tout Ephèse accourt. Jean exhorte le seigneur Christ, « médecin qui guérit gratuitement » (22). Il lui demande de le sauver du ridicule. La résurrection de Cléopâtre et de Lycomède emporterait l’adhésion de la foule à la foi en Jésus-Christ : « Nous ne te demanderons, ô roi, ni or, ni argent, ni fortune, ni possession, ni rien de terrestre et périssable, mais deux âmes par lesquelles tu convertiras ceux qui vont croire à ton chemin, à ton enseignement, à ta confiance, à ta promesse excellente. » (Ibid.) Jean prononce les mots qui justifient la résurrection de Cléopâtre : « Lève-toi, cesse d’être un mauvais prétexte pour la multitude décidée à ne pas croire, au motif de détresse pour les âmes capables d’espérer et d’être sauvées. » (23) Cléopâtre se lève et sa résurrection bouleverse la ville d’Ephèse. Justice est rendue !




Scène 3

La résurrection de Lycomède dépend maintenant de l’attitude confiante de l’épouse : « Cléopâtre, si ton âme reste impassible et imperturbable, tu retrouveras immédiatement ton époux Lycomède, ici à tes côtés. » (Ibid.) En voyant son époux mort, Cléopâtre donne une leçon de maîtrise de soi qui témoigne de sa confiance au Seigneur. Jean plaide sa cause : « Seigneur Jésus, tu vois cette retenue, tu vois la contrainte qu’elle s’impose, tu vois comment Cléopâtre, par son silence, crie en son âme. Elle retient en elle l’insupportable folie de sa douleur. » (24) La résurrection de l’époux est justifiée, de même que le fut celle de l’épouse : « Lève-toi et glorifie le nom de Dieu, car il rend les morts aux morts ! » (Ibid.) Le ressuscité revenu à la vie terrestre n’en est pas moins ici un mort parmi les morts.

Ces premiers versets, qui mettent en scène l’amour des deux époux, empruntent au genre du roman hellénistique. Ils visent à édifier les lecteurs ou les auditeurs en donnant la résurrection comme preuve de la puissance du Christ et cherchent à les convaincre d’adhérer à la foi. Ce n’est pas tellement qu’il faille croire au miracle, mais le merveilleux de la fable appelle l’adhésion du cœur. Ici, la résurrection rétablit la justice.

Le portrait

L’épisode illustre l’enseignement iconoclaste prêté à Jean. Le stratège d’Ephèse demande à un ami, peintre de talent, de faire le portrait de Jean à l’insu de celui-ci. Rempli de joie par l’œuvre réalisée, Lycomède place la peinture dans sa chambre à coucher, l’encadre, l’entoure de lumières et d’autels de vénération. Lorsque Jean, qui n’a jamais vu son visage, connaît la chose, il tance Lycomède : « Comment me persuaderas-tu que ce portrait me ressemble ? » (28) Lycomède apporte un miroir : « Par la vie du Seigneur Jésus-Christ, ce portrait me ressemble ; ou plutôt non, mon enfant, pas à moi, mais à mon image charnelle. » (Ibid.) Le peintre a imité l’apparence ! S’il voulait représenter Jean véritablement, il ne saurait y parvenir de la sorte. L’apôtre demande alors à Lycomède : « Voici les couleurs avec lesquelles je vais te dire de peindre : la foi en Dieu, la connaissance, la crainte religieuse, l’amitié, la communion, la douceur, la bonté, l’amour fraternel, la chasteté, la pureté, l’absence de trouble, de peur, de tristesse, la dignité, tout le chœur des couleurs qui compose le portrait de ton âme. » (29) Au contraire, le peintre a réalisé « le portrait mort d’un mort, au lieu du portrait d’un vivant dans une âme vivante ». (Ibid.)


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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