Le roman pseudo-clémentin


Les reconnaissances - chapitre_4


IV - Les reconnaissances


Chapitre 4

Enseignement de Pierre à Tripoli de Syrie

ous avons vu dans les Homélies que l’appel, c'est-à-dire l’écoute de la proclamation de Pierre, est un don que Dieu fait aux païens. Ils ne recevront cependant leur salaire que par l’élection attestée par leur entrée dans la foi (Hom VIII, 4). Le don fait aux Hébreux qui ont cru en Moïse est maintenant accordé aux nations qui croient en Jésus. Ce thème est développé dans les Homélies (VIII, 6-7) : « Le peuple des Hébreux instruit par la Torah, a ignoré Jésus, tandis que le peuple des gentils l’a connu et vénéré, raison pour laquelle il sera aussi sauvé, car non seulement il le connaît, mais encore il fait sa volonté. Mais celui qui, issu des nations, tient de Dieu le don d’aimer Jésus, doit prendre sur lui de croire aussi en Moïse. Et inversement, l’Hébreu qui tient de Dieu le don de croire en Moïse doit prendre sur lui de croire en Jésus, en sorte que chacun d’eux, ayant en soi quelque chose du don divin et quelque chose de son propre mouvement, soit rendu parfait par l’addition des deux. » (Ibid. 5, 6-8.) Pierre certifie l’exactitude de son enseignement par l’Evangile de Mathieu : « Tout scribe qui est disciple du règne des cieux est pareil au maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux1. » (Mt XIII, 52.)

La genèse de l’homme se retrouve en Homélies VIII avec quelques variantes. Adam, créé à l’image et à la ressemblance, est « le Fils unique » (Rec IV, 9, 1) de Dieu. Par le souffle et le parfum divin qu’il a reçus, les hommes de sa descendance deviennent « amis de Dieu et fils d’adoption » (Ibid. 9, 1). Même si les Reconnaissances insistent moins sur l’identité d’Adam et de Jésus en tant que vrai Prophète qui parcourt les siècles, leur unité est affirmée par la qualité partagée de Fils unique de Dieu.

La démonologie des paragraphes 13-22 qui appelle à une hygiène de vie se retrouve en Homélies IX, 7-9 : « En toute chose il faut observer la sobriété, pour éviter qu’on ne donne prise aux démons et que l’âme, possédée par eux, ne soit livrée avec eux au supplice des flammes éternelles2. » (Rec IV, 18, 5.) La question de la responsabilité du mal dans la création est posée par un auditeur atterré de l’ampleur démoniaque : « Qu’était-il besoin, en vérité, que Dieu fit des fléaux de cette espèce, qui auraient une si grande propension à subvertir les esprits des hommes ? » (Ibid. 23, 2.) Pierre répond au contradicteur qu’avant de poser une telle question, il faudrait connaître s’il existe une chose mauvaise dans sa substance et si rien n’est mauvais de la sorte, comme il le croit lui-même, le mal n’a d’autre cause que la liberté de choix, « le créateur des substances est accusé sans fondement » (Ibid. 23, 4). Sans attendre que la question suivante soit formulée : « Tu m’opposeras la difficulté suivante : même si on en est arrivé là par l’exercice du libre arbitre, celui qui les créait pouvait-il ignorer que ses créatures inclineraient au mal ? » (Ibid. 24, 1.) Conséquence : « Il eût donc fallu ne pas même créer ceux dont il voyait d’avance qu’ils s’écarteraient du chemin de la justice. » (Ibid. 24, 2.) Dieu aurait-il dû renoncer à son projet de création de peur de se voir attribuer la méchanceté des créatures futures ? demande Pierre dans son rôle d’avocat du créateur. Non ! Mais Dieu avait envisagé ce qui devait arriver. Bien qu’issue d’une même substance, les créatures useraient du libre arbitre qui leur était donné : « Il prévoyait donc qu’il y aurait des fautes chez ses créatures, et le principe de sa justice exigeait, pour leur amendement, qu’un châtiment suivît les fautes. » (Ibid. 25, 2.) Il créa donc les ministres du châtiment pour punir les premiers et placer les justes face à l’épreuve de l’adversité. Nous n’insistons pas sur les faiblesses de la théologie de la création développée par Pierre. Elles se révèlent d’elles-mêmes à tout esprit éclairé.

L’erreur des hommes est venue de l’adoration des idoles dont ils ne redoutaient pas d’avoir rien à subir, tandis qu’au commencement ils adoraient le Dieu juste. Sachant que celui-ci voyait toutes les actions et les mouvements de chacun, nul n’osait ni pécher ni faire du tort à son prochain. De l’idolâtrie naquirent la violence et les désirs dont Pierre dit qu’ils sont semblable au feu : « Plus on met de bois sur lui, plus il s’attise et prend de la force. » (Ibid. 31, 4.) La mission de Pierre consiste donc à restaurer la religion première et, par-là, à faire que les hommes retrouvent les biens immortels perdus. Le baptême est le rituel propice à chasser les démons qui ont établi leurs demeures en l’homme et à restituer l’innocence première. Tout baptisé, pourvu qu’il partage l’enseignement de la foi, la religion et la simplicité de vie, sera également capable de chasser les démons. Mais le vêtement du baptême est souillé par la participation « au repas des démons », c’est-à-dire par la consommation des viandes sacrifiées ou du sang ou de la chair d’un animal étouffé. Cette conduite à tenir par rapport à la nourriture carnée est « le premier degré des trois » que Pierre se propose d’exposer plus tard en détail3.

Contre Paul

Pierre met en garde contre « de faux prophètes, de faux apôtres et de faux docteurs qui parleraient certes au nom du Christ, mais feraient la volonté du démon » (Ibid. 34, 5). Il ajoute à l’intention de l’auditoire : « C’est pourquoi, prenez garde de ne croire aucun docteur qui n’ait apporté de Jérusalem le témoignage de Jacques, frère du Seigneur, ou de celui, quel qu’il soit, qui lui aura succédé. Car personne, à moins d’être monté en ce lieu et de s’y être fait approuver comme étant un docteur digne de confiance et capable de prêcher la parole du Christ, à moins, dis-je, d’avoir ramené de là son témoignage, personne ne doit être reçu en aucun cas. » (Ibid. 35, 1-2.) L’attaque vise particulièrement l’apôtre Paul qui n’entend pas suivre la doctrine établie à Jérusalem : « Aussitôt [après la révélation sur le chemin de Damas d’aller annoncer le Christ aux nations] et sans demander conseil à la chair ni au sang [à l’ordre dynastique représenté par Jacques, frère de Jésus] et sans même monter à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi… » (Ga I, 16-17.) L’inspiration directe du Christ appelle l’apôtre à négliger le sceau de Jacques. Il part aussitôt en mission évangélique. Nous avons la réplique de Paul à Pierre et à Jacques : « Recommençons-nous à nous recommander nous-mêmes ? ou avons-nous besoin, comme certains, de lettres de recommandations pour vous ou de vous ? Vous [Corinthiens] êtes cette lettre, écrite dans nos cœurs, connue et lue de tous les hommes, et il est manifeste que vous êtes une lettre du Christ écrite par nos soins, non avec de l’encre, mais avec l’esprit du Dieu vivant, et non sur des tablettes de pierre mais sur les tablettes de chair de vos cœurs4. » (2 Co III, 1-3.) Pour Pierre, il est au contraire clair que seuls « les douze apôtres » ont autorité pour prêcher la parole et « inviter au festin du roi des cieux ». La notion d’apostolat pour les douze disciples n’est pas évangélique. Les paroles qui présentent un caractère d’authenticité montrent que le Nazaréen n’a jamais envoyé les douze qu’en « terre sainte » : « Ces douze, Jésus les envoya en leur ordonnant ceci : Ne prenez pas le chemin des nations ; n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. Où vous passez, proclamez que le règne des cieux est proche. » (Mt X, 5-7.) Pierre ne se retrouvera en terre profane que par sa fuite à Antioche. Ce qui lui vaudra la réplique de Paul : « Si toi qui es juif tu vis en païen et non en juif, comment forces-tu les nations à judaïser ? » (Ga II, 14.) En foulant le sol des nations, Pierre devenait en effet (malgré lui) infidèle à la Torah, légalement assimilé à un païen.


1 Le verset cité revêt le caractère d’un arrangement. Il contrarie une parole prise chez Marc par Matthieu et Luc: « Personne ne raccommode un vieux manteau avec une pièce écru, sinon la pièce neuve enlève un bout du vieux tissu, et la déchirure est pire. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon le vin crève les outres et le vin est perdu et les outres aussi. A vin nouveau, outres neuves. » (Mc II, 21-22.)

2 Rapprocher de 1 Co XI, 30.

3 Voir Mt XIII, 8-23.

4 On voit l’attaque contre l’aspect légaliste de la recommandation. L’Evangile d’amour ne connaît ni règle ni loi.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare