Le roman pseudo-clémentin


Les reconnaissances - chapitre 1


IV - Les reconnaissances


Préface de Rufin

a préface est dédiée à l’évêque Gaudentius1 , « la gloire insigne de nos docteurs » (1) : « Accueille donc, mon très cher, notre Clément qui revient à toi, accueille-le désormais en tant que Romain. » (4) La traduction latine du texte original grec attribué à Clément de Rome est datée de la fin du IVème siècle. Elle avait été demandée par « la vierge Silvia2 » (2). Dans sa préface, Rufin confirme l’existence des deux ouvrages, les Homélies et les Reconnaissances : « De cette œuvre de Clément, les Reconnaissances, il existe en grec deux éditions et deux collections de livres, présentant un récit qui diffère sur quelques points, mais qui est identique dans la plupart des cas. En bref, la dernière partie de l’œuvre, où il est question de la métamorphose de Simon, se trouve dans une seule des collections, et est totalement absente de l’autre3. D’autre part, il y a aussi dans l’une et l’autre collection certaines considérations sur le Dieu non engendré et le Dieu engendré, ainsi que sur quelques autres sujets, passages qui, pour ne rien dire de plus ont dépassé notre entendement. Ces passages, en tant qu’ils étaient au-dessus de mes forces, j’ai donc préféré les réserver à d’autres, plutôt que de les rendre de manière déficiente4. » (8-11)

Rufin revient sur la lettre de « Clément à Jacques, frère du Seigneur, pour lui annoncer la mort de Pierre et la volonté exprimée par celui-ci que lui, Clément, lui succède dans sa chaire et dans son enseignement5. » (12) La question se pose au sujet d’une inconséquence en matière de succession apostolique : « Certains, en effet, demandent comment il se fait que Clément, écrivant à Jacques, lui dise que la chaire magistrale lui a été transmise par Pierre, alors que Lin et Anicet ont été évêques de Rome avant lui. » (13) Rufin intervient dans la dispute et donne l’explication suivante : « Lin et Anicet ont certes été évêques de Rome avant Clément, mais du vivant de Pierre, c’est-à-dire, qu’ils exerçaient la charge de l’épiscopat tandis que lui-même remplissait les devoirs de l’apostolat, comme on constate qu’il l’a fait également à Césarée, où, lui-même étant présent, il avait néanmoins ordonné Zachée comme évêque. Et de cette manière les deux assertions paraîtront vraies, à savoir qu’ils sont comptés comme évêques avant Clément et que celui-ci néanmoins a recueilli la chaire magistrale de Pierre après sa mort. » (14) Les écrits attribués à Clément visent à garantir sa légitimité apostolique a posteriori et, à travers lui, à asseoir ces successeurs.


1 Evêque de Brescia, mort en 406.

2 Belle-sœur de Flavius Rufinus, préfet du prétoire.

3 Le dernier chapitre des Reconnaissances qui reprend la transformation du père de Clément apparaît effectivement comme un ajout tardif.

4 Les paragraphes Rec III, 2-11 sur le Dieu inengendré et engendré manque effectivement dans plusieurs manuscrits des Reconnaissances.

5 Voir Ep Clément, 1-20.

Chapitre 1

La règle de vérité

ous considèrerons généralement les seules particularités des Reconnaissances en regard des Homélies auxquelles elles empruntent largement. Le récit romanesque, plus fluide dans la rédaction des Reconnaissances, ne retiendra pas notre intérêt. Nous remarquerons que certaines parties de l’enseignement de Pierre furent censurées, notamment la doctrine des fausses péricopes qui cherchait à gommer les difficultés de lecture biblique en rejetant les traits haïssables du créateur.

Les paragraphes 7, 1 – 11, 7 donnent un aperçu de la prédication de Barnabé à Rome : « Ecoutez-moi, citoyens romains. Le Fils de Dieu se trouve dans le pays de Judée ; il promet la vie éternelle à tous ceux qui veulent l’écouter, à condition toutefois qu’ils conforment leurs actions à la volonté de Dieu, son Père, qui l’a envoyé. En conséquence, détournez-vous du mal pour aller vers le bien, détournez-vous des choses temporelles pour aller aux choses éternelles. Reconnaissez qu’il y a un seul Dieu qui gouverne le ciel et la terre, sous les justes regards de qui vous habitez dans l’injustice du monde qui lui appartient : pourtant, si vous vous convertissez et agissez selon sa volonté, vous parviendrez à la vie future et, devenus éternels, vous jouirez de ses bienfaits et de ses récompenses ineffables. » (Rec I, 7, 1-5.) « D’origine hébraïque », Barnabé est présenté comme l’un des disciples venu des régions orientales, « prédicateur de la vérité » (Ibid. 13, 2) qui annonce le Prophète comme « élément essentiel de [la] foi » (Ibid. 74, 3).

Nous savons que Barnabé fut d’abord compagnon de Paul6 avant que leur mésentente au sujet de la doctrine ne les sépare. Il attesta de la conversion de Paul auprès des douze7 et se montra ouvert à l’intégration des païens dans le mouvement8 . Mais Barnabé prit bientôt le parti de Pierre, par opposition à la rupture paulinienne9. Il abandonna Paul et partit pour Chypre, son île natale, avec Marc. Il était considéré comme un personnage majeur dans le temps apostolique. Joseph de son vrai nom, il fut surnommé Barnabé, c’est-à-dire « fils de consolation » (Ac IV, 36).

A la différence des Homélies, Barnabé est identifié comme le messager de la bonne nouvelle à Rome, précurseur de Pierre. Clément intervient en sa faveur contre un « ramassis de Grecs », en opposant l’annonce prophétique à la philosophie : « Vous ne discernez pas que c’est votre condamnation à vous, qui vous croyez habiles et éloquents, qui est signifiée par le fait que la connaissance de la vérité est détenue par des gens barbares et sans culture. » (Rec I, 9, 5.) Il n’y a pas ici de séjour à Alexandrie et Clément retrouve Barnabé à Césarée de Straton. Il y est accueilli par Pierre : « Tu seras bienheureux. En effet, comme tu as jugé digne de tous les honneurs le messager de la vérité, ainsi la vérité elle-même t’accueillera, étranger et voyageur, et t’inscrira comme citoyen dans les registres de sa cité. Et alors, ce sera pour toi une grande joie, parce que, pour avoir accordé en cette vie une modeste faveur, tu seras inscrit comme héritier des richesses éternelles. » (Ibid. 13, 2-3.) L’itinéraire missionnaire de Pierre l’amènera de Césarée à Rome.

Simon est présenté ici de façon identique que dans les Homélies : « Simon, Samaritain de Gitthon. » (Hom I, 15, 2) ; « Un certain Simon, un Samaritain du bourg de Getthon. » (Rec I, 12, 2.) L’orthographe différente du nom du village se retrouve dans le texte grec. Selon les Actes des Apôtres, Simon est contemporain des douze10 ; ce que confirme Justin qui rapporte qu’il vécut sous l’empereur Claude11 (41-54 ap. J.-C.)

La doctrine du vrai Prophète (Ibid. 15-16) reprend l’enseignement des Homélies (Hom I, 19). Ce personnage, plusieurs fois incarnés dans le cours de l’Histoire, est le révélateur de la « vérité », par opposition à la connaissance philosophique. Pierre demande à Clément : « Sois plein de confiance à l’égard de cette croyance élaborée dans les cieux, grâce à laquelle tout artifice du mal est vaincu. Contre la prophétie, en effet, aucun argument ni aucun art ne pourront résister, pas plus que les subtilités des sophismes et des syllogismes. » (Rec I, 18, 4-5.) Les Homélies nous ont appris que le Prophète se présente aux moments clés du déroulement des siècles.

Les Reconnaissances disent de lui qu’il court « depuis le commencement des temps dans le monde présent, [il] se hâte vers le repos » (Rec II, 22, 4). Adam fut la première épiphanie du Prophète, le Christ en est l’ultime manifestation12. Une fois le vrai Prophète authentifié, tout croyant doit se fier à lui : « Lorsque tu auras reconnu qu’il est vraiment le prophète, tu devras désormais le croire en tout et ne pas remettre en discussion chaque point de son enseignement, mais considérer comme définitives et sacrées les paroles qu’ils prononce et qui, bien que paraissant ne relever que de la foi, recueillent néanmoins l’adhésion sur la base d’une démonstration préalable. » (Rec I, 16, 6.) Cette doctrine ne tient que si la communauté de Jérusalem a recueilli l’évangélique de Jésus en toute son authenticité. Or, nous savons que Jacques et les frères de Jésus ne partageaient pas vraiment le sens de sa mission. Jacques n’était pas disciple et nous sommes fondés à penser qu’il fut élevé à la tête de la communauté de Jérusalem dans l’ordre dynastique. Cette doctrine est « la règle de vérité » (Ibid. 16, 8) pour laquelle Irénée de Lyon élaborera la théorie de la chaîne apostolique, c’est-à-dire de la tradition ininterrompue. Cette dernière théorie fait fi des interprétations théologiques diverses qui fleurissent immédiatement après la mort de Jésus. Le passage du témoin n’est jamais neutre et l’image d’une arborescence des communautés rend mieux le caractère universel du christianisme.

Les fondements de la foi

Nous venons de voir la tradition du vrai Prophète comme premier fondement de la foi. Il en est un deuxième qui touche aux textes contradictoires que renferment les Ecritures. C’est la théorie des « fausses péricopes » que nous avons vue dans les Homélies (II, 38-52 ; III, 3-10). Il s’agit de textes défavorables qui présentent les patriarches et Dieu lui-même sous un mauvais jour. La doctrine veut qu’ils aient été interpolés ou falsifiés par le malin, si bien que tout texte biblique qui parle mal de Dieu est faux. Le rédacteur des Reconnaissances a écarté cet enseignement qui était susceptible de jeter le trouble quant à la véracité de l’ensemble du canon orthodoxe et justifier le rejet des Ecritures par l’Eglise de Marcion.

L’auteur des Reconnaissances évoque « les vérités suprêmes [qui] veulent être honorées par le silence » (Rec I, 23, 1). Il s’agit, d’une part, des doctrines du vrai Prophète et des fausses péricopes, d’autre part, de celles sur l’existence du Mauvais (Ibid. XIX, 2-23) et des deux rois (Hom XX, 2-9). Le troisième fondement, dont on peut dire qu’il est au cœur de la pétition de principe que constitue finalement la foi de Pierre, concerne la vision du « créateur » en tant que Dieu. La question posée : « De quelle manière et par qui le monde a été créé ? » trouve pour réponse : dans le but d’entrer « dans l’amitié du créateur », sachant que ce lien d’amitié se noue « en menant une vie vertueuse et en obéissant à sa volonté, cette volonté qui est la loi de tous les êtres vivants » (Rec I, 26, 3-4). Les lois de la nature apparaissent au croyant pétrinien comme la vraie volonté de Dieu. Le préalable à une telle croyance est donc de juger positivement les lois de la physique et de la biologie, sur lesquelles les hérétiques portent au contraire un jugement négatif.

L’histoire du monde

Nous avons ici un long exposé qui porte des idées primitives. Probablement présent dans les « Prédications de Pierre », il a été omis par le rédacteur des Homélies (Rec I, 27-71). Il s’agit d’une glose sur l’histoire du monde qui reprend les premiers chapitres du livre de la Genèse à la façon des écoles rabbiniques et poursuit jusqu’à la septième année de la communauté de Jérusalem. Le cosmos est présenté comme une vaste demeure constituée de deux parties séparées par le firmament, élément solide formé d’une eau cristallisée : « Il divisa l’édifice du monde en deux régions, bien qu’il ne formât qu’une seule demeure. » (Ibid. 27, 4.) Le soleil et la lune, outre leur rôle de luminaires constituent les marqueurs du temps : « Ils servent à indiquer le passé, le présent et l’avenir. Les astres, en effet, ont été créés pour marquer les jours et les saisons ; si tous les hommes les voient, seuls les savants et les esprits sagaces les interprètent. » (Ibid. 28, 2.) Ce n’est pas l’astrologie qui est positivement considérée, mais la rigueur calendaire.

Le péché d’Adam est écarté. Il serait contradictoire avec la doctrine du vrai Prophète dont nous avons vu qu’Adam représentait la première épiphanie. Le mal fait son apparition à la huitième génération, avec la chute des anges13. Le déluge vint comme châtiment des hommes qui avaient goûté du sang. Nous apprenons que c’est le vrai Prophète qui apparut à Abraham « désireux de connaître la cause des choses » (Ibid. 33, 1) ; « Puis, après lui avoir tout enseigné de manière aussi exacte que complète, il se retira dans son séjour invisible. » (Ibid. 33, 2.) De même, « le vrai Prophète apparut à Moïse » (Ibid. 34, 4) (Selon les Homélies, Moïse est lui-même une incarnation du Prophète de vérité). La pratique des sacrifices sanglants est présentée comme une concession accordée par Moïse à un peuple perverti : « Moïse, en administrateur fidèle et prudent, constatant qu’à cause d’une longue association avec le Egyptiens le vice de sacrifier aux idoles s’était profondément implanté dans le peuple et qu’il était impossible d’en extirper les racines de ce mal, lui permit de sacrifier, mais ne l’autorisa à le faire qu’à Dieu seul ; de la sorte, il retranchait, pour ainsi dire, la moitié de la perversion, si profondément enracinée, laissant à un autre le soin d’en éliminer plus tard la seconde moitié, à savoir à celui dont lui-même a dit : « Le Seigneur votre Dieu suscitera pour vous un prophète comme moi14 ; écoutez-le en tout ce qu’il vous dira. Quiconque en effet n’écoutera pas ce prophète, son âme sera bannie de son peuple ! » » (Ibid. 36, 1-2.) Non seulement le sacrifice devait être offert à Dieu seul, mais encore, en un lieu unique. Israël n’a pas compris son destin : « En offrant des sacrifices il est exilé et livré aux ennemis, mais en pratiquant la miséricorde et la justice, sans recourir aux sacrifices, il est délivré de captivité et rendu à sa patrie. » (Ibid. 37, 4.) Le Prophète viendra enseigner que « Dieu désire la miséricorde et non le sacrifice15 » (Ibid. 37, 2), et le lieu sera détruit. Il s’agit du Temple de Jérusalem, construit « à la mesure de l’ambition des rois » (Ibid. 38, 5). L’abolition des sacrifices implique de fait le régime végétarien, car il ne s’agit évidemment pas de tuer l’animal en dehors de l’autel.

Le Prophète annoncé par Moïse est venu compléter les « institutions » des Hébreux en commençant par les engager à renoncer aux sacrifices. « De peur qu’ils ne vinssent à penser qu’en cessant d’offrir des victimes ils se verraient supprimer la rémission des péchés, il institua pour eux le baptême d’eau, dans lequel, par l’invocation de son nom, ils seraient délivrés de tous leurs péchés ; et à l’avenir, en menant une vie de perfection, ils demeureraient dans l’immortalité, lavés non par le sang des bêtes, mais par la purification venant de la sagesse divine. » (Ibid. 39, 2.) Ce n’est pas la mort de Jésus qui est rédemptrice, mais l’immersion administrée au nom du prophète conformément à ce que rapportent les Actes des apôtres : « Faites-vous chacun immerger au nom de Jésus Christ pour la rémission de vos péchés. » (Ac II, 38.)

L’avènement du prophète est rapidement tracé : il s’est révélé en « produisant des signes et des prodiges comme des preuves qui devaient le rendre manifeste. » (Rec I, 40, 1). Non seulement le peuple ne crut pas, mais il ajouta le blasphème à l’incroyance « disant qu’il était glouton, esclave de son ventre, et qu’il était possédé du démon16 » (Ibid. 40, 2). Pour obtenir l’adhésion, Jésus choisit les douze « qu’il nomma apôtres17 » (Ibid. 40, 4) et les soixante-douze18 . « Et il fut cloué sur la croix par les impies ; pourtant ce forfait, par l’effet de sa puissance, s’est changé en bien. » (Ibid. 41, 2.) Afin d’accomplir la promesse faite à Abraham : « Regarde vers les cieux et compte les étoiles si tu peux les compter… Ainsi sera ta race. » (Gn XV, 5), l’on envoya partout dans le monde prêcher « le règne salvateur de Dieu » (Rec I, 42, 1). La mission pétrinienne vers les païens se trouve justifiée, en contradiction avec ce que Paul nous apprend dans la Lettre aux Galates où l’on voit que Pierre n’est envoyé que vers les juifs19 . Après la crucifixion et la crainte provoquée par l’enténèbrement, les hommes mauvais revinrent à leur penchant : « Certains d’entre eux, qui surveillaient le lieu de sa sépulture avec un détachement complet de gardes, n’ayant pu l’empêcher de ressusciter, affirmèrent qu’il était magicien ; d’autres prétendirent qu’il avait été enlevé. » (Ibid. 42, 4.)

Le succès rencontré par l’annonce du Prophète commence à inquiéter les prêtres qui tentent de savoir : « Etait-il le Prophète annoncé par Moïse, celui qui est le Christ éternel20 ? Car c’est sur ce point seul, semble-t-il, qu’il y a divergence entre nous qui croyons en Jésus et les juifs incroyants. » (Ibid. 43, 1-2.) Si la foi en Jésus est la seule différence entre les pauvres de Jérusalem et les autres juifs, il est évident que les uns et les autres partagent la même fidélité à la Torah. Nous apprenons que « l’Eglise du Seigneur constituée à Jérusalem, considérablement multipliée, s’accroissait sous la conduite de Jacques, qui avait été ordonné évêque par le Seigneur et l’administrait par de très sages dispositions. » (Ibid. 43, 3). La source utilisée par le rédacteur indique que Jacques a été établi chef de la communauté de Jérusalem par Jésus lui-même. Nous trouvons une indiction en ce sens dans un fragment de l’Evangile des Hébreux : « Quand le Seigneur eut donné le linceul au serviteur du prêtre21 , il alla vers Jacques et lui apparut22 . « Apportez, dit le Seigneur, une table et du pain23 . » Il prit le pain, le bénit, le rompit et le donna à Jacques le Juste24 en disant : « Mon frère, mange ton pain puisque le Fils de l’homme est ressuscité de ceux qui dorment. » (Ev Hé VI, Jérôme, Les hommes illustres II) Les Evangiles canoniques montrent au contraire que Jacques n’approuvait pas la façon dont Jésus menait sa mission25.

Que signifie le Christ

Sept années après le drame de la croix, le jour de la Pâques, les douze se réunissent en présence de Jacques qui leur demande de rendre compte de leurs prédications. C’est alors que Caïphe appelle à une controverse pour connaître si Jésus est le Christ éternel ou s’il ne l’est point. Auparavant, Clément demande à Pierre « ce que signifie le Christ et pourquoi il est ainsi appelé » (Rec I, 44, 6). Pierre explique que quand il créa le monde, Dieu « mit un chef à la tête de chaque espèce de créatures… aux hommes un homme qui est le Christ Jésus » (Ibid. 45, 1-2). « De même que certains noms sont communs aux rois, comme Arsace chez les Perses, César chez les Romains, Pharaon chez les Egyptiens, de même chez les Juifs le nom commun qu’on donne aux rois est « Christ ». » (Ibid. 45, 4.) Fils de Dieu et commencement de toute chose, le Christ fut fait homme et oint de l’huile du bois de l’arbre de vie. « C’est donc à cause de cette onction qu’il est appelé Christ. » (Ibid. 45, 5.) En outre, il oindra lui-même tous les hommes pieux qui arriveront en son royaume pour leur conférer « le don de l’immortalité » (Ibid. 45, 5) lié à l’arbre de vie. Pierre récapitule l’historique de l’onction : « Dans la vie présente Aaron, le grand prêtre, reçut le premier l’onction d’un chrême, mélange préparé à l’image de l’huile spirituelle. » (Ibid. 46, 2.) L’onction du chrême conféra la royauté et la prophétie aussi bien que la grande prêtrise. Si le signe de grâce temporelle composé par les hommes a une telle efficacité, a fortiori l’onguent tiré par Dieu de l’arbre de vie. Bien que le rédacteur de la Genèse ait gardé le silence, le premier homme a bien reçu l’onction d’immortalité, sinon il ne serait pas le Prophète. Mais Pierre refuse d’approfondir la question de Clément qui vient, dit-il avant son temps. Qu’il sache seulement que depuis que le Christ est apparu, le chrême a perdu ses effets. Il n’y a plus ni roi, ni prophète, ni grand prêtre légitime.

Les deux avènements du Christ

« Son avènement fut donc prédit par Moïse, qui transmis la loi de Dieu aux hommes ; mais par un autre aussi avant lui. » (Rec I, 49, 1) Tout laisse supposer que cet « autre » est Hénoch26. Le message27 est ainsi interprétée : « Moïse annonça qu’il naîtrait humble dans un premier avènement, mais glorieux dans le second. » Le premier s’est réalisé jusqu’à la mort sur la croix. Le second, celui du jugement, de la condamnation des impies et du royaume pour les justes, reste à venir. « La foi dans ce second avènement est donc fondée sur le premier. » (Ibid. 49, 5.) Selon Pierre, les prophéties furent d’autant plus pertinentes qu’elles n’ont pas envisagé le cours normal de l’histoire : « Quand il est venu, ceux qui étaient censés l’attendre, conformément aux traditions des ancêtres ne l’ont pas du tout reconnu ; en revanche, ceux qui n’avaient jamais entendu parler de lui croient qu’il est venu et espèrent qu’il viendra. » (Ibid. 50, 3.) La prophétie qui voulait que le Prophète fût l’espérance des gentils était exacte. « Les juifs se sont donc trompés au sujet du premier avènement du Seigneur et c’est là seulement le point de rupture entre eux et nous ; car ils savent eux aussi que le Christ viendra et ils l’attendent, mais ils ignorent qu’il est déjà venu dans l’humilité, en la personne de celui qui est appelé Jésus ; et sa venue est grandement confirmée par le fait que tous ne croient pas en lui. » (Ibid. 50, 5-6.) L’interprétation prophétique, inspirée du Livre d’Isaïe, autorise le renversement du cours de l’histoire. Les maux des hommes ne pouvaient être lavés qu’en transformant la nature du genre humain notamment par l’effacement du libre arbitre. Lors de sa seconde venue, le Prophète livrera les pécheurs et les impies à leur châtiment, il invitera les justes en son royaume, « la cité de la Jérusalem céleste, dont l’éclat resplendira plus brillamment que le soleil dans la demeure des saints. » (Ibid. 51, 2.)

Clément pose la question du sort des justes morts avant la venue du Prophète pour l’inauguration du royaume : « S’il est vrai que ceux que sa venue aura trouvés justes jouiront du royaume du Christ, s’ensuit-il que ceux qui sont morts avant sa venue en seront entièrement privés ? » (Ibid. 52, 1.) Pierre consent à révéler ce mystère. Le Christ a toujours été présent au côté des justes de toutes les générations, depuis le commencement. Il est apparu fréquemment à ceux qui attendaient sa venue. Le temps de la résurrection et de l’inauguration du royaume n’étant pas encore venu, la récompense de la justice visait une longue vie. Les parfaits ont été transportés au paradis dans leurs propres corps où ils demeurent en vue du royaume. C’est le cas d’Hénoch28 et d’Elie29 . Les corps de ceux qui n’ont pas atteint la perfection et qui ont conservé « quelques traces de mal » (Ibid. 52, 5) sont soumis à la désagrégation, tandis que « leurs âme sont gardées dans les régions heureuses et bénies pour recueillir, lors de la résurrection des morts, quand ils auront trouvé leurs corps purifiés par leur dissolution même, un éternel héritage en proportion de leurs bonnes actions. » (Ibid. 52, 5). Ils verront Dieu le Père. Une même question est posée à Paul par la communauté de Thessalonique qui se préoccupe également de ceux qui seront morts avant le retour du Christ. Voici sa réponse : « Si nous croyons que Jésus est mort et ressuscité, c’est ainsi que Dieu mènera avec lui ceux qui sont endormis par Jésus. Car voici ce que nous disons, par la parole du Seigneur : que nous, les vivants, qui restons pour la venue du Seigneur30 , nous ne serons pas plus avancés que ceux qui se sont endormis ; parce que le Seigneur lui-même, au signal, à la voix de l’archange, au coup de trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts dans le Christ ressusciteront d’abord ; ensuite, nous les vivants qui sommes restés, nous serons enlevés ensemble avec eux sur les nuées, au-devant du Seigneur, dans les airs ; et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur. » (1 Th IV, 14-17.)31

Les sectes juives

Le débat avec les juifs est violent, explique Pierre, parce qu’ils redoutent de s’être trompés. Leur crainte est accrue par les ténèbres qui tombèrent sur Jérusalem et par le fait que le corps de Jésus n’a jamais été retrouvé. L’abolition des sacrifices exacerbe le conflit : « L’apparition imminente du Christ était sur le point d’entraîner l’abolition des sacrifices et l’octroi de la grâce du baptême. » (Rec I, 54, 1.) Mais les disputes multiplient les schismes de telle sorte que si le premier péché pouvait être effacé, le second ne puisse être corrigé. Nous avons ici une explication du retard de la parousie. Cinq nouvelles sectes sont apparues : « La première dissidence, qui prit naissance à peu près au temps de Jean, fut le fait de ceux qu’on appelait sadducéens. Se croyant plus justes que les autres, ils se mirent à s’écarter de la masse du peuple, à nier la résurrection des morts et à soutenir leur point de vue en alléguant un manque de foi : il était indigne, disaient-ils, que Dieu fût adoré, pour ainsi dire, en échange d’une promesse de récompense. Le premier instigateur de cette opinion fut Dosithée, le second Simon. » (Ibid. 54, 2-4.) Les sadducéens ne sont pas ici la vieille aristocratie de Jérusalem qui participe au gouvernement du Temple et siège au sanhédrin, mais une nouvelle secte née avec Jean le Baptiste. Cette brève présentation, qui cadre avec ce que nous dit Epiphane32, nous amène à penser que les chrétiens appelaient sadducéens ceux à qui Flavius Josèphe donne le nom d’esséniens. Nous ne devons donc pas être étonnés de voir les sadducéens « venir à l’immersion » (Mt III, 7) tout en niant la résurrection (Mt XXII, 23 ss.), ni de lire une mise en garde contre leur enseignement (Mt XVI, 12).

« Une autre dissidence est celle des Samaritains ; eux aussi nient la résurrection des morts et affirment que ce n’est pas à Jérusalem, mais sur le mont Garizim que Dieu doit être adoré. Tout en attendant à juste titre un seul vrai Prophète sur la foi des prédictions de Moïse, ils ont été empêchés par la perversion de Dosithée, de croire que Jésus était celui qu’ils attendaient. » (Rec I, 54, 4-5.) Nous savons que Dosithée se présentait aux Samaritains comme le Messie. « Les scribes aussi et les pharisiens se laissent entraîner dans un autre schisme ; mais eux, baptisés par Jean et détenant la parole de vérité reçue de la tradition de Moïse comme la clé du royaume des cieux, l’ont cachée aux oreilles du peuple. Et même parmi les disciples de Jean, certains, qui se considéraient comme importants, s’écartèrent du peuple et proclamèrent Christ leur propre Maître. » (Ibid. 54, 6-8.) Les disciples de Jean le Baptiste forment une cinquième secte dont les Actes des apôtres donnent Apollos comme personnage important33. Nous avons la trace du conflit d’autorité entre Jean et Jésus.

Ceci étant posé, le rédacteur revient à la dispute avec le grand prêtre dans laquelle les diverses sectes sont également engagées. La controverse se déroule au Temple. Caïphe est le premier intervenant. Il exalte le rite des sacrifices accordé au genre humain « pour la rémission des péchés » (Ibid. 55, 3) et s’en prend au baptême qui, recherchant les mêmes effets, s’oppose aux sacrifices. Premier à prendre la parole pour les douze, Matthieu apporte la contradiction par une affirmation sans démonstration : celui qui n’aura pas reçu le baptême sera privé du royaume des cieux et encourra le châtiment, quelles que soient ses qualités humaines. Les sadducéens protestent vivement en niant la résurrection des morts. La réplique vient d’André, le frère de Pierre : la foi en la résurrection étant un enseignement du Prophète, elle constitue une vérité. S’il doit y avoir discussion à ce sujet, ce ne peut être que sur l’authenticité du Prophète qui fonde la croyance. C’est un Samaritain qui intervient pour affirmer que « Jésus n’était pas ce Prophète dont Moïse avait prédit la venue » (Ibid. 57, 1). Jacques et Jean, les fils de Zébédée, opposent les prodiges et les miracles de Jésus. Alors, un scribe s’écrie : « Les miracles et les prodiges que votre Jésus a faits, il les a faits en tant que magicien et non en tant que prophète. » (Ibid. 58, 1.) Philippe réplique que ce qui peut être dit de Jésus peut l’être également de Moïse. Sur quoi, un pharisien accuse Philippe de faire de Jésus l’égal de Moïse. Barthélemy surenchérit : « Nous ne disons pas que Jésus est l’égal de Moïse, mais qu’il lui est supérieur ; car, si Moïse était assurément prophète – ce qu’était également Jésus –, il n’était pas le Christ, comme l’était Jésus34. » (Ibid. 59, 2-3.) Dans l’intervention qui suit, Jacques, fils d’Alphée, rétablit le sens de la preuve prophétique : « Il ne faut pas croire en Jésus pour la raison que les prophètes ont fait des prédictions à son sujet, mais plutôt il faut croire en Jésus pour la raison que les prophètes sont vraiment des prophètes parce que le Christ témoigne pour eux. » Le supérieur atteste pour l’inférieur et non l’inverse : « La présence et l’avènement du Christ montrent qu’ils ont été vraiment prophètes. » (Ibid. 59, 4-5.) C’est au tour de Lebbée35 de blâmer le peuple ingrat qui a répondu par la haine et la mort aux bienfaits de Jésus. Un disciple de Jean le Baptiste intervient pour dire « que Jean, et non pas Jésus, était le Christ » (Ibid. 60, 1). Il s’appuie sur un verset de l’Evangile de Matthieu pour dire que Jean était supérieur aux hommes et aux prophètes36. Lebbée acquiesce à la proposition selon laquelle Jean est supérieur à tout homme et à tout prophète ; mais il n’est pas supérieur au « Fils de l’homme37 ». C’est au tour de Barnabé « appelé aussi Matthias38 » (Ibid. 60, 5) à intervenir : mieux vaut aimer Jésus que le haïr, puisque l’amour est plus grand que la haine et que Dieu a fixé une récompense pour l’un et un châtiment pour l’autre. Caïphe critique l’enseignement de Jésus qui a dit : « Bienheureux les pauvres39 ! » (Ibid. 61, 2) alors qu’il a promis de les rassasier de biens terrestres. Thomas rectifie : ce sont les prophètes et non Jésus qui ont promis breuvages et nourritures. Caïphe s’en prend directement à Pierre qui ne devrait pas prêcher Jésus Christ, lui, « pêcheur ignorant et grossier [qui ose] assumer la fonction de maître » (Ibid. 62, 2). A quoi Pierre répond que s’il prêche par erreur que Jésus était le Christ, il vénère au pire un docteur de la Torah, tandis que lui, Caïphe, dans l’erreur de méconnaître le Christ, court un terrible danger. S’il est ignorant et illettré, comme le dit le grand prêtre, sa prédication, qui confond et surpasse le discours des sages, devrait poser question et manifester « que ce n’est pas là l’œuvre de la subtilité humaine, mais de la volonté et de la faveur divine. » (Ibid. 62, 7).

Suit une brève interpolation par rapport à la source des prédications de Pierre.

Entrée en scène de Gamaliel

Pierre provoque le tumulte en prédisant la destruction du Temple : « Parce que vous ne voulez pas reconnaître que le temps d’offrir des victimes est désormais écoulé, le Temple, pour cela, sera détruit et l’abomination de la désolation s’établira dans le Lieu saint. » (Rec I, 64, 2.) Dieu est en effet irrité de voir les sacrifices perdurer alors que leur temps est passé. L’infidélité juive sera jugée, dit Pierre, à l’aune de la foi des gentils qui recevront l’Evangile. Gamaliel intervient pour restaurer le calme. Il est présenté comme « un chef de peuple – qui secrètement était notre frère dans la foi, mais qui, sur notre conseil, demeurait parmi eux40. » (Ibid. 65, 2). La plaidoirie de Gamaliel en faveur des apôtres retrouve celle que lui attribuent les Actes des apôtres41.

La dispute reprend le lendemain au Temple en présence de la foule. Jacques, le frère de Jésus, y prend part. Gamaliel se range parmi les juifs pour mieux contrôler les réactions contraires. Il introduit le débat en se montrant ouvert à toute connaissance : « Prêt à prendre de vous toute autre révélation que Dieu aura pu vous faire. » (Ibid. 67, 4.) Il se pose en modérateur : « Ecoutons avec attention et en silence. » (Ibid. 67, 7.) Caïphe, « le prince des prêtres » est opposé à Jacques, « le prince des évêques » (Ibid. 68, 2.) Il est convenu que la preuve que Jésus est le Christ ne pourra provenir que des Ecritures : la Torah et les Prophètes. Prenant également appui sur les Livres des Rois, Jacques démontre la prédiction de deux avènements du Christ : « L’un dans l’humilité, qu’il a déjà accompli, l’autre dans la gloire, dont l’accomplissement est objet d’espérance, pour le jour où il viendra donner le royaume à ceux qui croient en lui et qui observent tous ses préceptes. » (Ibid. 69, 4.) Il ajoute : « A moins d’avoir été baptisé dans l’eau sous l’invocation de la triple Béatitude, comme l’a enseigné le vrai Prophète, personne de saurait obtenir la rémission de ses péchés ni entrer dans le royaume des cieux. » (Ibid. 69, 5.) Suit une interpolation qui met en garde contre les dualistes qui opposent le Christ au créateur : « Ne pensez pas que nous disions qu’il y a deux dieux non engendrés ou un seul divisé en deux ou encore, comme le prétendent les impies, que le même est devenu mâle et femelle ; mais nous parlons du Fils unique de Dieu, non pas issu d’une origine distincte, mais né de Dieu lui-même ineffablement ; et c’est dans le même sens que nous parlons du Paraclet. » (Ibid. 6-7.) C’est à ce moment là du discours de Jacques que le récit se porte sur Paul pour l’entacher d’une faute inexpiable.

« Déjà on était au point où [les juifs] allaient venir se faire baptiser ; un homme ennemi [Paul, appelé Saül avant sa conversion], pénétrant alors dans le Temple avec quelques autres, peu nombreux, se mit à crier et à dire : « Que faites-vous, hommes d’Israël ? Pourquoi vous laissez-vous entraîner si facilement ? Pourquoi vous précipitez-vous sous la conduite d’hommes misérables, bernés par un magicien [Jésus] ? » [Il s’agit d’un blasphème contre l’esprit qui ne peut être pardonné42.]Et alors qu’il tenait ces propos, mais que, à l’ouïe des répliques de l’évêque Jacques, il se sentait en état d’infériorité, il se mit à exciter le peuple et à provoquer des désordres, afin que les gens ne pussent même pas entendre ce qui se disait. Il se prit donc à tout jeter dans la confusion par ses clameurs, à bouleverser ce qui avait été arrangé à grand-peine et, en même temps, à accuser les prêtres, à les enflammer par ses vitupérations et ses reproches et, comme un fou, à exciter chacun au meurtre, en disant : « A quoi jouez-vous ? Pourquoi hésitez-vous ? Pourquoi, hommes paresseux et inertes, ne tombons-nous pas sur eux à bras raccourcis pour les mettre tous en pièces ? » Et après avoir proféré ces paroles, saisissant le premier un brandon sur l’autel, il donna le signal du massacre. Ce que voyant, tous les autres, à leur tour, furent pris d’une folie semblable ; de toutes parts on pousse des clameurs, les attaquants comme les attaqués ; le sang coule à flots ; il se produit une débandade confuse, au cours de laquelle l’ennemi en question [Paul] assaillit Jacques et le précipita du haut des marches [Préfiguration de la mort de Jacques précipité depuis le pinacle en l’an 62.] ; puis, le croyant mort, il renonça à s’acharner davantage sur lui. Nos amis cependant le relevèrent et l’emportèrent, car ils étaient plus nombreux et plus vaillants que leurs ennemis ; pourtant, à cause de leur crainte de Dieu, ils acceptaient plus volontiers de se laisser massacrer par un adversaire inférieur en nombre que de faire périr autrui. » (Ibid. 70, 1-71, 1.)

Pierre et les siens se retirèrent chez Jacques pour la nuit, avant de prendre le chemin de Jéricho avec une forte troupe. C’est là que, trois jours après, Gamaliel leur fait parvenir un message confidentiel : « Notre ennemi [Paul], avait reçu une mission du grand prêtre Caïphe : il devait poursuivre tous ceux qui croyaient en Jésus et aller tout droit à Damas, muni des lettres de Caïphe, afin d’utiliser là-bas aussi le concours des incroyants pour anéantir les fidèles ; s’il devait se hâter vers Damas, c’était surtout parce que le grand prêtre croyait que Pierre s’y était réfugié. » (Ibid. 71, 3-4.)

Pierre est envoyé pour défier Simon

Jacques envoie Pierre à Césarée où « un magicien, un certain Simon de Samarie » (Ibid. 72, 2) séduit un grand nombre de fidèles en affirmant « qu’il était un certain immuable, ou, autrement dit, le Christ, et qu’il était la puissance suprême du Dieu très-haut, lequel est au-dessus du créateur du monde. » (Ibid. 72, 2). Simon se présente comme la manifestation du Dieu caché qui est au-dessus du créateur. L’ « immuable » signifie littéralement « celui qui se tient debout ».

Arrivé à Césarée, Pierre, accueilli par Zachée, lui dit que « frère Jacques » boite encore et lui conte « comment, alors que tous acceptaient déjà d’être baptisés par [jacques] au nom de Jésus, un ennemi [Paul] avait commis tous les actes » (Ibid. 73, 4) déjà mentionnés.


6 Voir Ga II, 1 ; 9.

8 Voir Ac IX, 27.

8 Voir Ac XI, 19-30.

9 Voir Ga II, 13.

10 Voir Ac, VIII, 9.

11 Voir Première apologie, XXVI, 2-3.

12 Voir le Livre de la révélation d’Elkasaï : « [Alcibiade] dit que les croyants [les pauvres de Jérusalem ou « ébionites »] doivent se faire circoncire et vivre selon la Torah. Il dit que le Christ fut un homme comme les autres, que ce n’est pas la première fois qu’il est né d’une vierge, mais qu’il est né aussi dans le passé ; c’est bien des fois qu’il est né et qu’il naît, qu’il s’est manifesté et qu’il a grandi, allant d’une naissance à l’autre en passant d’un corps à l’autre – Alcibiade empruntant ici la célèbre doctrine de Pythagore. » (Elenkos IX, 14, 1.)

13 Voir 1 Hé 6, 2 et Jub 5, 1.

14 Voir Dt XVIII, 15-19.

15 Voir Mt IX, 13 ; XII, 7 qui reprend Os VI, 6.

16 Voir Mt XI, 19 ; Jn VII, 20 ; VIII, 48, 52 ; X, 20.

17 Voir Mt X.

19 Voir Lc : certains manuscrits portent 70 disciples (7x10 : le chiffre du rayonnement), d’autres 72.

19 Ici se trouve une interpolation qui n’est pas de la main de Paul. Les versets 7 et 9 retrouvent leur fluidité si l’on retire le verset 8 (ou le premier disciple est nommé Pierre, alors que Paul l’appelle toujours Képhas) : « Voyant que l’évangile m’était confié pour les prépucés [de même qu’à Pierre pour les circoncis (car celui qui a fait de Pierre l’apôtre des circoncis a fait de moi l’apôtre des nations)] et connaissant la grâce qui m’a été donnée, Jacques, Képhas et Jean… » (Ga II, 7-9.)

20 Voir 2 S VII, 16 ; Ps CX, 4 ; Is IX, 6 ; Dn VII, 14.

21 Pour attester de sa résurrection.

22 Voir 1 Co XV, 7.

23 Jérôme explique : « Jacques avait en effet juré qu’il ne mangerait plus de pain depuis l’heure où il avait bu la coupe du Seigneur jusqu’à ce qu’il le voie ressuscité de ceux qui dorment. »

24 Voir Mt XXVI, 26.

25 Voir, par exemple, Jn VII, 7.

26 Voir 1 Hén 37-71.

27 Voir Dt XVIII, 15-22.

28 Voir Gn V, 21, 24.

29 Voie 2 R II, 11.

30 Paul croit le retour du Christ imminent et se voit encore vivant au moment de la parousie. Puis, cette perspective s’éloigne, Paul se compte parmi les morts : « Nous savons que celui qui a relevé le seigneur Jésus nous relèvera aussi avec Jésus. » (2 Co IV, 14.) Il dit aussi : « J’ai désir de m’en retourner et d’être avec le Christ, ce serait beaucoup mieux. » (Ph I, 23.)

31 1 Th est signée « Paul, Silvain et Timothée ».

32 Voir Panarion XIII, 1, 1 ; XIV, 2, 1.

33 Voir Ac XVIII, 24-25.

34 Nous avons vu que dans les Homélies, Moïse et Jésus ont la même valeur en tant qu’ils sont le même vrai Prophète (VIII, 5-7).

35 Voir Mt X, 3. Plusieurs manuscrits mettent Lebbée à la place de Thaddée.

36 Voir Mt XI, 9-11. Jésus dit bien que Jean est « plus qu’un prophète » ; mais il dit aussi « le plus petit dans le règne des cieux est plus grand que lui ». Jean est le dernier des prophètes bibliques, mais il n’entre pas dans le royaume de Jésus.

37 Nous avons vue que les Homélies présente Jean comme un faux prophète (II, 23).

38 Les Actes des apôtres donnent « Joseph, appelé Barsabbas, qui a été surnommé Justus, et Matthias » (I, 23), dont l’un est à élire pour prendre la place de Judas. Matthias sera finalement adjoint aux onze. Certains manuscrits portent « Barnabbas » au lieu de « Barsabbas ». De même, les manuscrits des Reconnaissances donnent l’une ou l’autre orthographe. Le texte syriaque des Reconnaissances lit « Barabbas ». Ici, Barnabbas ou Barsabbas est identifié à Matthias, contrairement aux Actes. Ici, Barnabé est compté comme « apôtre » (Rec I, 60, 5), tandis que plus haut il est « un disciple » envoyé à Rome (Ibid. 7, 7)

39 Voir Mt V, 3-6.

40 Voir Jn XII, 42-43.

41 Voir Ac V, 34-39. Il semble que le texte s’appuie sur le document source des Actes des apôtres.

42 Voir Mt XII, 31.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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