Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 19

III - Les homélies


Chapitre 19

L’existence du mal

ous sommes au matin du quatrième jour de Pierre à Laodicée. Simon recadre le débat : « Tu as pour seul objet de montrer par tous les moyens que le créateur, lui seul, est bien le Dieu irréprochable. » (Hom XIX, 1, 2.) L’intention de Pierre est si ferme qu’il déclare faux les passages des Ecritures qui ne témoignent pas du meilleur esprit de Dieu 1. Mais Simon se fait fort de démontrer que le Dieu de Pierre n’est pas irréprochable.


Simon interroge : « Dis-tu, oui ou non, qu’il y a un prince du mal ? » (Ibid. 2, 1.) Pierre prend Jésus à témoin : « Il m’est impossible de renier la parole de mon Maître ; c’est pourquoi je reconnais que le Mauvais existe ; car le Maître qui a dit en tout la vérité a souvent affirmé son existence. » (Ibid. 2, 2.) A cela il ajoute plusieurs évocations de Jésus au sujet du diable ; parmi elles : « Dans la prière qu’il a transmise, nous trouvons cette parole : Délivre-nous du Mauvais 2. » (Ibid. 2, 4.) Pierre ayant reconnu l’existence du « prince du mal », Simon poursuit son questionnement : « Dis-nous, d’après les Ecritures, comment il a été fait, puisqu’il a été fait, par qui et pourquoi. » (Ibid. 3, 1.) Pierre nie que la question de Simon trouve réponse dans les Ecritures. Ce dernier l’accuse de se dérober, soit qu’il invoque le risque de blasphémer, soit qu’il ne veuille pas dire plus que les Ecritures, « puisqu’il n’est pas écrit comment, par qui ni pourquoi le Mauvais a été fait » (Ibid. 3, 5.)

Simon revient sur son questionnement : « N’est-il pas nécessaire que le Mauvais – dont tu dis toi-même qu’il existe – soit créé ou incréé ? » (Ibid. 3, 7.) Pierre acquiesce. Simon considère d’abord l’hypothèse du Mauvais en tant que créature de Dieu : « S’il est créé, n’a-t-il pas été fait par le Dieu qui a fait toutes choses, soit engendré comme un être vivant, soit émis selon la substance et produit à l’extérieur par le moyen du mélange ? Car si existait hors de la matière, d’où il est issu, qu’elle fût animée ou inanimée, ou bien il a été produit par Dieu, ou à partir de lui-même, ou encore hors du néant, et il fait partie des êtres relatifs, ou il a toujours existé. » (Ibid. 4, 1-3.) Si le Mauvais a été créé par Dieu, ce n’est pas sans utilité, répond Pierre, puisqu’il est l’instrument de l’épreuve à laquelle les hommes sont soumis. S’il est incréé, son existence ne peut être reprochée au Dieu créateur. Celui-ci est sans doute le souverain des êtres, il n’empêche qu’il ne peut mettre fin à « un principe sans principe » (Ibid. 5, 2) selon la règle de non-contradiction. Néanmoins, s’il avait la puissance de dépasser cette contradiction et de le détruire, ce serait faire acte d’injustice. Comment châtier celui qui est mauvais par nature ? Il serait tout aussi vain de le pardonner.

La bonté de Dieu n’est pas en cause, puisqu’il a la volonté de rendre bon le mauvais et que, quelle que soit sa puissance et sa domination, il ne le peut. Pierre comprend que Simon cherche à « soumettre Dieu au reproche comme principe du mal » (Ibid. 6, 2). Quoi qu’il en soit, la nature de Dieu est parfaite. Dans le cas contraire, il ne serait pas Dieu.

Pierre a rapproché Simon du Mauvais parce qu’il n’a jamais trouvé semblable ou pire que le Mage. Mais il était en dessous de la vérité : « Tu es beaucoup plus mauvais que le prince du mal ; car nul ne peut montrer que le Mauvais ait dit du mal de Dieu ; mais que toi, tu aies l’audace d’en dire du mal, nous tous, ici présents, nous le constatons. » (Ibid. 6, 5.) Simon rétorque que celui qui veut la vérité ne cherche pas à plaire. De plus, il ne saurait « faire l’éloge d’un Dieu que [son] savoir ignore » (Ibid. 6, 6). Son désir de vérité est tel qu’il est prêt à courir tous les dangers.

Pierre revient à la question première : « Je reconnais comme toi qu’il y a un principe du mal ; mais sur son origine, l’Ecriture n’a rien osé dire ni de vrai ni de faux. » (Ibid. 8, 2.) Il reprend les hypothèses de Simon : « Comme tu l’as dit, si le Mauvais est créé, ou bien il a été engendré comme un être vivant, ou bien il a été émis par Dieu selon sa substance, ou il résulte d’un mélange extérieur, ou c’est son intention qui a été produite par le mélange, ou il lui est arrivé d’avoir été fait sans mélange et sans vouloir de Dieu, à partir du néant, ou bien il a été fait par Dieu à partir de ce qui n’est absolument rien, ou encore il existait hors de Dieu, soit en étant la matière d’où il était issu, qu’elle fût inanimée ou animée, soit en s’étant fabriqué lui-même, soit encore en ayant été fait par Dieu, et ou bien il fait partie des êtres relatifs, ou bien il a toujours existé. Car nous ne pouvons pas dire qu’il n’existe pas puisque nous avons reconnu ensemble son existence. » (Ibid. 9, 1-2.) Après que Pierre a distingué « toutes les méthodes de venue à l’être », Simon reprend les hypothèses. Premièrement : « Si le Mauvais a été engendré de Dieu comme un être vivant, il s’ensuit qu’il a la même méchanceté que celui qui l’a émis. » (Ibid. 9, 3.) Pierre rétorque que des hommes bons engendrent des enfants méchants et des hommes mauvais des enfants bons. Par exemple, Adam engendra Caïn l’injuste et Abel le juste. Simon ne peut admettre que l’on prenne modèle chez les humains pour parler de Dieu. Pierre soutient que l’on ne peut parler clairement de Dieu sans prendre exemple chez les humains. Nous trouvons là l’un des fondements de la théologie de Pierre qui veut que l’homme soit à l’image et à la ressemblance de Dieu. Parler de l’un revient aussi à parler de l’autre. A l’inverse, les Idées intelligibles de Platon révèlent un Dieu qui n’est pas semblable à l’homme et dont on ne peut parler. Or, pour Pierre, il est majeur que Dieu parle et que l’homme puisse parler de Dieu. Il n’empêche qu’il se montre plus absolu que Simon dans sa répartie : on ne peut pas dire que Dieu a engendré le Mauvais, puisque l’engendrement est « le propre de l’homme ». « Bien plus, ajoute-t-il, Dieu ne peut être ni bon, ni méchant, ni juste, ni injuste, ni certes intelligent, ou être vivant, ou tout ce qui peut qualifier les hommes » (Ibid. 10, 2.) Pourtant, selon Pierre, Dieu a accordé aux hommes de le concevoir pour qu’ils entendent ses commandements et son jugement. Autrement dit, la théologie pétrinienne repose sur une allégorie de Dieu qui ne s’affirme pas, et donc sur des paroles abusives, sur un langage faux qui prétend dire le vrai.

Simon admet qu’il convient d’attribuer à Dieu les meilleures qualités des hommes telles que la vie et la bonté par opposition à la mort et à la méchanceté. C’est encore le rédacteur qui parle. Il est donc possible d’utiliser le terme engendrer à propos de Dieu. Pierre rétorque que le fait d’engendrer des bons représente une bonne qualité contrairement au fait d’engendrer des méchants. Il en résulte que « Dieu ne peut engendrer que des bons » (Ibid. 11, 5). De ceci résulte que si l’on n’attribue pas à Dieu les qualités humaines l’on doit se taire et si l’on considère les qualités humaines, « il est seul auteur de ce qui est bien » (Ibid. 11, 6). Nous retrouvons la thèse platonicienne selon laquelle Dieu n’est l’auteur que du bien 3. Et Simon de conclure : « Si donc Dieu est l’auteur seulement de ce qui est bien, que reste-t-il à conclure, sinon qu’un autre principe a engendré ce qui est mauvais, si vraiment cela est engendré ? » (Ibid. 12, 1.)

La Matière serait-elle l’égale de Dieu ?

Pierre reprend le fil du débat : « Nous avons donc admis que Dieu possède, de façon incomparable, les meilleures des qualités des hommes. » (Ibid. 12, 3.) Ceci étant posé, l’on peut dire qu’il est l’émetteur des quatre substances : le chaud, le froid, l’humide, le sec. Simples et sans mélange, les substances premières ne penchent ni vers le bien, ni vers le mal. Dieu n’est donc pas lié au mal. En dehors de lui le mélange s’est produit. Le Mauvais ne provient ni n’a reçu de Dieu la méchanceté, bien que Dieu soit créateur de toute chose. Pierre résume sa cosmogonie : « Les substances étaient neutres et elles ont été émises hors de lui dans un état de séparation parfaite ; une fois en dehors elles ont été mélangées par son art, et par sa volonté leur est advenu le désir d’exterminer les méchants ; quant à la méchanceté qui en est résultée, elle ne peut exterminer les bons, même si elle le voulait ; car une loi fait qu’elle n’a de pouvoir que contre les pécheurs. » (Ibid. 12, 5.) Le Mauvais méconnaît le caractère des hommes ; aussi ne peut-il les punir qu’après les avoir mis à l’épreuve et confondus, selon la volonté de Dieu.

Simon ne se satisfait pas de l’explication : « Puisque Dieu est capable de mélanger les éléments et d’opérer les mélanges pour produire les intentions qu’il veut, pourquoi n’a-t-il pas fait le mélange propre à chacun doué de l’intention de choisir le bien ? » (Ibid. 12, 6.). L’intention de choisir le mal ne peut provenir que de Dieu, créateur des éléments et auteur du mélange. Pierre élude la réponse et poursuit : la volonté ne peut s’exercer en dehors de Dieu et les princes du mal ne peuvent combattre ses décrets sans qu’ils y soient autorisés. Ils ont pour mission de servir Dieu par la mise à l’épreuve des hommes et leur punition après que Dieu a jugé. Pierre conclut : « Aucun être vivant, surtout pourvu de primauté, ne peut advenir par accident ; il est nécessaire que tout ce qui est fait soit fait par quelqu’un. » (Ibid. 13, 5.) Simon objecte que la Matière pourrait bien être l’égale de Dieu « en durée et en puissance » (Ibid. 14, 1) et lui opposer « des princes qui entravent ses décrets » (Ibid. 14, 1). Pour Pierre, si la Matière est éternelle, elle n’a pas à craindre de subir une privation. Elle est donc neutre. Elle est encline à aimer le créateur qui l’organise et lui fait produire des fruits. Les séismes punitifs ou la tempête qui se calme à la demande du « Maître » constituent pour Pierre autant de preuve que la Matière est obéissante. Inanimée et insensible, la nature ne saurait avoir d’intention. Or, elle produit des êtres animés et modèle des formes artistiques dont elle ne peut connaître la beauté. Simon rétorque que si Dieu anime la nature il est causes des choses mauvaises qu’elle enfante, les reptiles venimeux, les plantes mortelles et les démons. Pierre reprend son argument théologique : rien de cela ne serait dangereux « si l’homme n’avait pas péché ; car telle est la raison pour laquelle la mort s’est introduite ; tant que l’homme était sans péché, le venin des reptiles n’opérait pas, les forces des plantes nuisibles étaient sans effets, les démons n’avaient pas d’action torturante, et aucune autre souffrance n’avait par nature le pouvoir d’atteindre l’homme ; mais quand à cause du péché, il fut déchu de son immortalité, il devint sujet à toute souffrance. » (Ibid. 15, 6). La nature humaine est sujette à la mort parce que sans la mort il n’est point de punition et sans la punition, la nature humaine serait bien pire que ce qu’elle est.

Le Mauvais a-t-il été créé à partir du néant
ou est-il venu à l’être par lui-même ?

Simon propose une seconde hypothèse à propos du Mauvais : « Dieu l’a créé à partir du néant, et pour ce motif son créateur est méchant, lui qui a fait par cette créature exister ce qui n’avait pas d’être, alors même qu’il pouvait le créer bon, sans que l’être produit possédât une nature propre pourvue de l’intention de choisir le mal. » (Ibid. 16, 1.) Pour Pierre cette hypothèse revient à la précédente qui voudrait que Dieu fût l’auteur du mauvais résultat. Pourtant, insiste Simon, si Dieu a donné la liberté aux anges et si le Mauvais a rejeté la conduite juste, comment a-t-il pu aggraver la situation en accordant le gouvernement au prince du Mal ? « Celui qui l’a honoré, c’est clair, se plaît aux choses mauvaises en la personne de celui qu’il a honoré. » (Ibid. 16, 3.) Pierre répond qu’il n’y a pas d’injustice à établir le Mauvais gouverneur de ses semblables et justicier des pécheurs : « L’honneur est temporaire, et il est juste que les méchants soient gouvernés par un méchant et que leurs péchés soient punis par lui. » (Ibid. 16, 5.) Simon rétorque que le Mauvais peut être éternel : « Ne s’empare-t-il pas ainsi du principe de la monarchie, puisqu’une autre puissance, du côté de la Matière, exerce aussi le gouvernement ? » (Ibid. 17, 1). Selon Pierre, si Dieu et le mauvais étaient de puissance égale, « semblablement bon ou méchant », ils seraient de même substance. Or, pour preuve que leur puissance est différente, Pierre avance que Dieu a employé la Matière pour donner sa forme au monde. Il ajoute que celle-ci doit avoir toujours existé « en tant que substance, non pas en tant que Matière comme réserve de Dieu. » (Ibid. 17, 3). Il est en effet impossible de dire : « Il y eu où Dieu n’avait pas de possession, mais il a toujours été, seul, le gouverneur de la substance. » (Ibid. 17, 3.) La substance appartient à Dieu de toute éternité, d’abord en tant que matière première créée par Dieu qu’il aurait utilisée pour créer le monde.

S’il reste à penser que le Mauvais s’est créé lui-même, demande Simon, pourquoi Dieu ne l’a-t-il pas détruit « quand il venait à l’être, et que son inachèvement le rendait destructible ? » (Ibid. 17, 5). Ou alors, faut-il penser que le Mauvais est né subitement, doué de la même puissance que Dieu ? Pierre reste sur la doctrine de l’utilité du Mauvais pour éprouver les hommes et les punir après le jugement de Dieu. Quant à imaginer la génération spontanée du Mauvais, « rien ne peut avoir la substance pour naître du néant » (Ibid. 18, 2).

L’impossible justification du Mal

Simon développe un argumentaire de sophiste et se demande si le Mauvais n’est pas un être relatif, comme l’eau qui est mauvaise pour le feu et bonne pour la terre. Le désir sexuel, le meurtre et la cupidité peuvent être bons ou mauvais selon le point de vue que l’on adopte : « Ce qui passe pour être fait méchamment ne cause-t-il pas de la joie à l’agent, et de la souffrance au patient ? » (Ibid. 18, 5.) On peut trouver injuste de rechercher pour soi-même tout le bonheur possible, mais on peut également trouver injuste de subir pour cette même raison la douloureuse justice de Dieu. Pierre répond que chacun doit maîtriser le désir qui porte préjudice à un autre, « afin de ne pas s’enfermer, pour un court moment de plaisir dans un châtiment éternel. » (Ibid. 19, 3). Simon rétorque : « Mais peut-être n’y a-t-il pas de mal ou de bien par nature, et la différence vient-elle de la loi et de la coutume ? » (Ibid. 19,4.) Il invoque les mœurs des Perses qui relativisent la loi juive sur l’inceste : « Puisque les choses mauvaises n’ont pas de définition universelle, on n’a pas à attendre le jugement venant de Dieu. » (Ibid. 19, 5.) Pierre répond que le jugement universel, que l’on reconnaît en sa conformité à la nature, ne saurait être infirmé par quelques-uns ; certains, comme les Bretons, font l’amour au grand jour sans que cela ne remettre en question le sentiment commun de honte. Que dire de ceux qui mangent la chair humaine ? « Y a-t-il quelqu’un, demande Pierre, pour refuser absolument de reconnaître que les péchés existent ? » (Ibid. 19, 9.) Or, s’ils existent, ils ne vont pas sans jugement.

Pierre avance la règle de l’arcane ou le devoir de se taire, selon la parole de Jésus : « Les mystères, gardez-les pour moi et pour le fils de ma maison. » (Agraphon 84) Il serait impie de révéler des secrets de l’enseignement de Jésus, au risque de se trouver sans argument au cœur de la controverse. Pierre recourt à la méthode dialectique : « S’il n’y avait pas de douleur, que serait désormais le Mauvais ? Et Simon dit : Rien. Pierre : Le mal est-il donc la douleur et la mort ? Simon : Il semble bien. » (Ibid. 20, 4.) Les interlocuteurs sont donc d’accord pour dire que le mal est ce qui fait mal. Selon Pierre, le mal n’existe pas toujours. Il est absent tant que dure l’harmonie. Quant à la mort, elle n’a pas d’existence en elle-même. Elle n’est que la séparation du corps insensible et de l’âme sensible. « Tant que dure l’harmonie, il n’y a ni douleur, ni mort, ni non plus de plantes mortelles, ni serpents venimeux, ni rien de tel, qui a pour fin la mort. » (Ibid. 20, 8.) L’homme sans péché ne peut ni souffrir, ni mourir : « Quand son tempérament résulte d’un bon mélange, qui exclut des impulsions violentes, et qu’en outre sa connaissance est infaillible, l’empêchant de l’un des maux pour un bien ; et il sera de douleurs, de sorte qu’il ne sera pas mortel. » (Ibid. 20, 9.) En ces conditions parfaites, l’homme se trouve dans « le règne pacifique du Christ 4 »

Pourtant, dit Simon, l’homme dans le monde est en proie à de multiples passions qui l’éloignent de l’idéal d’harmonie. Les passions sont utiles répond Pierre, mais elles doivent être dirigées vers le bien. Il en est ainsi du désir sexuel pour le mariage légitime et la procréation, de la colère contre ses propres péchés, du chagrin pour compatir à la mort des proches, « car si nous n’avions pas de compassion, nous serions inhumains » (Ibid. 21, 7). « On découvrira aussi la convenance de toutes les autres passions, si l’on comprend pourquoi elles ont été faites. » (Ibid. 21, 8.) « Mais pourquoi, poursuit Simon, les morts prématurées et les maladies périodiques ? Pourquoi encore les démons, les folies et les malheurs multiformes, dont la nocivité est extrême, existent-ils ? » (Ibid. 22, 1.) Pierre répond : « Parce que les hommes en toutes choses cèdent au plaisir et se livrent au commerce sexuel sans observer de règle ; ainsi le dépôt des semences, fait à contretemps, produit naturellement les maux innombrables. » (Ibid. 22, 2.) Il argumente en tirant une citation de l’Evangile de Jean : l’aveugle de naissance ne porte son mal ni à cause du péché de ses parents ni du sien, mais à cause de leur ignorance : « Ni lui ni ses parents n’ont commis de péché, mais il fallait que par lui fût manifestée la puissance de Dieu 5, qui guérit les péchés de l’ignorance. » (Ibid. 22, 6.) Les douleurs pour cause d’ignorance ne peuvent être imputées au Mauvais.

Simon poursuit la série de questions dialectiques : « Ne trouves-tu pas que l’inégalité entre les hommes est la pire des injustices ? L’un est pauvre, mais l’autre est riche, un tel est malade, un autre en bonne santé, et il y a ainsi d’innombrables différences de ce genre dans la vie humaine. » (Ibid. 23, 1.) La réponse de Pierre est dans le droit fil de sa théologie : l’homme n’aurait pu parvenir à la piété parfaite « s’il n’y avait pas eu des indigents auxquels porter secours – semblablement et pour la même cause il y a des malades, dont ils prendront soin – et le reste admet le même raisonnement. » (Ibid. 23, 3.) Simon tire la conclusion de la doctrine de Pierre : « Les humbles souffrent donc de malchance ; car ils sont réduits à un état misérable pour que les autres parviennent à la justice parfaite. » (Ibid. 23, 4.) Pierre justifie son jugement par le fait que les abaissements des hommes, comme les élévations, « dépendent de leur lot ; celui qui n’est pas satisfait de son lot a le droit de se pourvoir en appel et de changer, par un procès légitime, la vie placée sous ce lot » (Ibid. 23, 5). Simon demande une explication. Pierre répond : « Nous pouvons te montrer comment une fois qu’il sera né de nouveau et qu’il aura changé sa condition de naissance, il obtiendra le salut éternel en vivant selon la Torah. » (Ibid. 23, 6.) Le Mal, c’est-à-dire la souffrance et la mort, n’est donc lié qu’au libre arbitre de l’homme. Celui qui choisit de conduire sa vie dans l’harmonie est exempt de tout mal. La démonstration est suspendue par l’intervention de Faustus qui juge que Pierre a eu l’avantage dans la dispute.


1 Voir Homélies II : « La doctrine des fausses péricopes ».

2 Mt VI, 13.

3 Timée 29 a-e.

4 Voir Ep Clément 13, 3.

5 Voir Jn IX, 3.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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