Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 17


III - Les homélies


Chapitre 17

Nouvelle controverse entre Simon et Pierre

achée écoute la leçon que Simon dispense à ses disciples puis il vient rapporter à son maître : « Il t’accuse, Pierre, d’être un serviteur du Mal, d’avoir un grand pouvoir magique et de former dans les âmes des hommes des représentations pires que l’idolâtrie. » (Hom XVII 2, 1.) L’âme aliénée par des idéologies ou possédée par un démon n’est pas empreinte de sagesse, mais enchaînée par la crainte. En professant un Dieu unique, Pierre affranchit des idoles qui ne font de mal à personne et dont chacun sait qu’elles ne sont que des représentations. Il en va autrement du Dieu redoutable de Pierre qui fait délirer les pensées en chacun : « Il introduit un Dieu qui a une forme et qui, en outre, est d’une justice extrême ; ce Dieu, la crainte le suit, et même, pour l’âme qui y pense, l’effroi, capable de rompre la vigueur des raisonnements droits. Car la pensée prise dans une telle tempête, se trouble et perd sa limpidité, comme la mer sous l’effet d’un vent violent. » (Ibid. 3, 3.) Simon conteste que Dieu ait une forme, tel que Pierre l’a préalablement affirmé : « Dieu a-t-il une forme ? S’il en a une, il est sous une figure. Or, s’il est sous une figure, n’est-il pas circonscrit ? Etant circonscrit, il est dans le lieu. Etant dans le lieu, il est plus petit que le lieu qui le contient. Or, s’il est plus petit qu’une certaine chose, comment est-il plus grand, ou plus fort que toutes choses, ou la plus élevée de toutes ? » (Ibid. 3, 5-7.)

Sur la justice ou la bonté de Dieu

Simon fait la différence – propre à Marcion et aux gnostiques – entre un Dieu juste et un Dieu bon. Il remarque que Jésus répliqua à un laudateur : « Ne m’appelle pas bon, car le bon est unique 1. » (Ibid. 4, 2.) Il développe : « En parlant de bon, il ne nomme plus ainsi celui qui est juste, que proclament les Ecritures, celui qui « tue et fait vivre », qui « tue » les pécheurs et « fait vivre » ceux qui vivent selon sa volonté. Que réellement il n’ait pas appelé bon le démiurge, c’est clair pour qui est capable de réfléchir. » (Ibid. 4, 2-3.) Le Dieu bon n’est assurément pas le Dieu des patriarches. Jésus lui-même n’a-t-il pas dit : « Personne n’a connu le Père, si ce n’est le Fils, comme personne ne connaît le Fils, si ce n’est le Père, et ceux à qui le Fils veut le révéler 2 » ? (Ibid. 4, 3.) Le Dieu de Jésus était donc inconnu de tous. La contradiction paraît surgir des évangiles : « Si Jésus a dit cela, il n’est pas lui non plus d’accord avec lui-même3 . » (Ibid. 5, 1.) En d’autres enseignements ne semble-t-il pas recommander le Dieu juste et redoutable des Ecritures ? Par exemple, il déclare : « Ne craignez rien de celui qui tue le corps, et qui ne peut rien faire à l’âme ; mais craignez celui qui peut jeter le corps et l’âme dans la géhenne du feu4 . » (Ibid. 5, 2.) Or, à bien comprendre, c’est ce Dieu juste, imploré par les victimes de l’injustice, qu’il invite à craindre. Il ajoute en effet : « Si donc le juge d’iniquité a agi ainsi parce qu’il avait été tant de fois sollicité, à combien plus forte raison le Père fera-t-il justice à ceux qui crient vers lui nuit et jour 5 ! » En disant de Dieu qu’il fait justice, « [Jésus] soutient qu’il est juste, et non pas bon. En outre, il loue le Seigneur du ciel et de la terre. Or s’il est Seigneur du ciel et de la terre, il est reconnu comme démiurge ; et, s’il est démiurge, il est juste. » (Ibid. 5-6.) Simon conclut : « En le disant tantôt bon, tantôt juste, il n’est plus en accord avec lui-même. » (Ibid. 5, 6.) Nous ne devons jamais perdre de vue que Simon est introduit dans le récit comme le faire valoir de Pierre et que l’enseignement du personnage historique est parfois très éloigné de ce que le narrateur laisse à penser. Nous avons vu, en outre, que le personnage du roman porte à la fois l’enseignement de Simon le mage, de Marcion de Sinope et de Paul de Tarse. En faisant de Zachée le rapporteur de l’enseignement de Simon, le rédacteur a préparé le terrain pour l’exposé de la doctrine de Pierre.

Sur la forme de Dieu

Après avoir écouté Zachée, Pierre va au devant la foule qu’il salue « selon l’usage de la religion » (Ibid. 6, 2). Pierre introduit sa prédication en disant que le Prophète « adressait son discours à des gens pieux, qui savaient croire ce qu’il énonçait par affirmation, car ses paroles n’étaient pas étrangères à leur habitude. » (Ibid. 6, 4). En outre, le temps lui étant compté, il devait être bref dans ses propos et lorsque les disciples n’avaient pas compris quelque chose, ils demandaient une explication en privé. Jésus envoya les douze initiés à sa doctrine vers les nations ignorantes, pour les baptiser en vue de la rémission des péchés et leur révéler l’enseignement véritable 6. Le grand commandement que j’ai appris du Prophète, dit Pierre, c’est de « craindre le Seigneur Dieu et rendre un culte à lui seul » (Ibid. 7, 2).

Si les anges dans les cieux contemplent la face du Père 7, c’est bien qu’il a une forme en laquelle apparaît « sa beauté, la première et l’unique », le « corps », « infiniment plus brillant que l’esprit », « plus resplendissant que toute lumière » (Ibid. 7, 2-3). « S’il a la plus belle forme, ajoute Pierre, c’est à cause de l’homme, afin que les cœurs purs puissent le voir. » (Ibid. 7, 4.) « [Dieu] a modelé l’homme sur sa propre forme, comme avec le plus grand sceau, afin qu’il fût le chef et le seigneur de toute chose et que tout fût à son service. » (Ibid. 7, 4.) L’anthropocentrisme de la tradition pétrinienne dévoile le lien puissant qui unit le Père créateur et l’homme créature dans une pensée qui a cessé de voir le lien consubstantiel de la terre Mère à l’homme. Un premier seuil ontologique est franchi, qui distingue l’homme de la nature (il en est le maître). Les gnostiques franchissent un second seuil qui libère l’homme de la création (il est compatissant à son égard) pour le relier à un Principe majeur qui demeure inconnu.

Dieu est invisible, or, l’homme, son image, ne l’est point. Qui veut vénérer Dieu doit vénérer l’homme : « Tout ce qu’on fait donc à l’homme – soit bien, soit mal – est reporté sur Dieu 8. » (Ibid. 7, 6.) Pierre conclut logiquement : « [Dieu] fait justice à sa propre forme. » (Ibid. 7, 6.)

Pierre revient sur la déduction de Simon au sujet de la forme de Dieu qui se trouve nécessairement en un lieu. Si Dieu est l’être, le lieu est le néant. Le lieu est vide pour la raison qu’il n’est « rien ». Il ne saurait constituer une sorte de récipient qui contiendrait le vide. L’étant est donc en cela qui n’est rien ; « c’est ce non-étant, explique Pierre, que certains appellent lieu, que j’appelle « n’étant rien » » (Ibid. 8, 5). Comment le néant pourrait-il se combiner avec l’étant ? Néanmoins, si le lieu devait être quelque chose, il ne serait pas forcément supérieur au contenu. Pierre prend l’image du soleil : c’est une forme ronde qui modifie positivement l’air qui la contient. Le soleil éclaire l’air, le réchauffe, l’embellit. Il lui accorde de participer à ses qualités solaires alors que sa substance est circonscrite par sa forme. « Qu’est-ce donc encore, dit Pierre, qui empêche Dieu, lui le créateur et le maître de ce soleil et de toutes choses, en ayant lui-même figure, forme et beauté, d’étendre à l’infini la participation qui vient de lui ? » (Ibid. 8, 9.) Dieu étant unique, il siège à la première place, c’est-à-dire le centre, d’où il rayonne la puissance incorporelle de la vie et la substance ou la matière qui pénètre toutes choses, astrales et terrestres. Ce rayonnement sextuple 9 s’étend à l’infini comme une extension de Dieu pour dominer l’espace et le temps, car Dieu est repos en son milieu. Il est le commencement et le terme de l’âge infini, passé et à venir. « En lui se terminent les six infinis et c’est de lui qu’ils prennent leur extension à l’infini. C’est le mystère de l’hebdomade. » (Ibid. 10, 1.) Dieu fait participer à son intellect le cosmos qui l’entoure. Il insuffle la vie aux âmes ; « si elles sont séparées du corps et se trouvent avoir le désir de Dieu, elles sont portées vers son sein, immortelles, comme à la saison de l’hiver les brumes des montagnes, attirées par les rayons du soleil, sont portées vers lui » (Ibid. 10, 4). La contemplation par l’intellect de la beauté de la forme de Dieu nous donne la force de l’aimer. Il ne peut y avoir de beauté sans forme, dit Pierre, ni possibilité d’amour.

Le Dieu pétrinien revêtu d’une forme s’oppose au Dieu inconnu des gnostiques : « Certains cependant, qui sont hostiles à la vérité et se font les alliés du Mal, prétendent, sous prétexte de rendre gloire, qu’il est sans figure, en sorte que, dépourvu de forme et d’aspect, il ne soit visible pour personne, afin qu’il ne soit pas objet de désir.» (Ibid. 11, 1.) La relation au Dieu inconnu est en effet une relation gratuite puisqu’il n’y a pas de pacte possible entre ce Dieu et l’homme. Pierre ne comprend pas la vision platonicienne du Principe accessible aux yeux de l’âme : « Car l’intellect qui ne voit pas l’aspect de Dieu est vide de lui. » (Ibid. 11, 2.) C’est paradoxalement la perfection du vide qui rend l’autre Dieu accessible au gnostique, après qu’il a chassé les impressions des sens et l’erreur des sentiments humains pour toucher à l’intelligible pur. Il ressent alors comme une tragédie l’absence de Dieu dans le monde. Mais Pierre n’est pas dans ce rapport à Dieu : « Et comment prier, si l’on n’a pas vers qui se réfugier, sur qui s’appuyer ? Privé de support, on s’abîme dans le vide. » (Ibid. 11, 2.)

Face à l’opposition, Pierre insiste sur le bénéfice de la crainte : l’amour de Dieu provient de la bonne conscience qui résulte de l’action belle, laquelle procède de la crainte. Or, la crainte de Dieu est liée aux multiples craintes que tout homme ressent pour sa vie face à la souffrance et aux dangers de l’existence. Le fidèle s’affranchit de toutes les angoisses pour ne plus connaître que la crainte du Dieu créateur qui est la cause des causes. En retour, il veille à ne commettre aucun mal et n’est pour les autres la cause d’aucune peur. Bien que l’homme doive craindre la justice, Pierre concède : « Si quelqu’un est capable de ne pas pécher sans craindre Dieu, qu’il ne craigne pas. Car il est possible, par amour pour lui, de ne pas faire ce qui ne lui plait pas. » (Ibid. 12, 2.) Il ne met pas moins en garde contre Simon : « Celui qui enseigne l’absence de crainte ne craint pas lui-même, et celui qui ne craint pas ne croit pas non plus qu’il y aura un jugement ; il fait croître ses désirs, use de magie, accuse les autres des choses qu’il fait lui-même. » (Ibid. 12, 6.)

Réfutation de la mission de Paul

La sentence est attribuée à Simon, contre Pierre : « Tu prétends avoir fort bien compris les propos de ton maître, parce que tu le voyais, présent en personne, avec évidence, et que tu l’écoutais, et qu’il n’est pas possible à un autre de parvenir au même résultat par une vision ou une apparition. » (Ibid. 13, 1.) Le premier disciple nie l’autorité de Paul. Il désavoue la mission que l’apôtre justifie dans la Lettre aux Galates : « [Celui qui] m’avait appelé par sa grâce a trouvé bon de dévoiler son Fils en moi pour que je l’annonce aux nations. (Ga I, 15-16.) De même, selon Luc, « le Seigneur » dit à Paul : « Va, car c’est pour moi un outil de choix pour porter mon nom devant les nations, les rois et les fils d’Israël. » (Ac IX, 15) et Paul rapporte : « Et de retour à Jérusalem, comme je priais dans le temple, voilà que j’étais en extase et je l’ai vu, lui, qui me disait : Dépêche-toi, sors vite de Jérusalem, car ils ne recevront pas son témoignage sur moi. » (Ibid. XXII, 17-18.) Le ressuscité est également apparu à l’apôtre, de même qu’aux douze, aux cinq cents frères et à Jacques : « Et après tous il a été vu de moi, comme de l’avorton. » (1 Co XV, 8.) Paul n’a jamais connu Jésus que par vision.

Pierre joue sur la réalité de sa relation personnelle avec Jésus pour donner autorité à son propre enseignement. Pourtant, les évangiles ne témoignent pas qu’il ait jamais bien compris le message. Il est vertement rabroué par Jésus : « Mais [Jésus] se retourne et dit à Pierre : Va-t’en de moi, Satan ! tu m’es un scandale, car tu ne tends pas vers Dieu mais vers les hommes. » (Mt. XVI, 23.) Simon argumente : Pierre qui a fréquenté Jésus a pu ne pas saisir le sens des paroles du maître. Il se peut aussi que le maître n’ait pas toujours dit vrai, puisque tout homme peut se tromper. Quant à la vision, il n’est pas vrai qu’elle soit inférieure à la réalité, car, à l’instant où elle survient, elle procure une certitude d’un autre ordre à qui en bénéficie.

De l’affirmation suivante, il ressort que Paul est directement visé par Pierre : « Tu as prétendu connaître Jésus plus exactement que moi, pour cette raison que tu as entendu sa parole dans une apparition. » (Hom XVII, 14, 2.) Le Prophète vivant ayant prouvé sa qualité, ses paroles sont reçues avec certitude. Par contre, qui croit en une apparition ou en un songe est sujet à l’erreur, car il ne sait pas d’où vient l’enseignement : « Si quelqu’un veut s’informer de l’identité de celui qui est apparu, celui-ci peut lui dire ce qu’il veut. » (Ibid. 14, 5.) Il s’agit d’une réponse claire à l’épisode rapporté par les Actes : « Comme [Paul] approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain et, tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ? Il dit : Qui es-tu, seigneur ? Et lui : Je suis Jésus que tu poursuis. » (Ac IX, 3-5.) La suite confirme le doute de Pierre sur l’inspiration de Paul : « Il a brillé en un éclair, le malin, ne restant qu’autant qu’il le désire, et il disparaît, sans laisser au questionneur le loisir de l’interroger autant qu’il l’aurait désiré. » (Hom XVII, 14, 5.) Le songe n’est pas une meilleure source d’information sur ce que nous cherchons et souhaitons entendre. Mais il y a bien des songes envoyés par Dieu, réplique Simon. Sans doute ceux-ci ne sont-ils pas trompeurs rétorque Pierre ; « mais il n’est pas sûr que le songe qu’on a vu soit envoyé par Dieu. » (Ibid. 15, 2.) Simon affirme que le juste peut avoir une vision vraie. Ce que Pierre réfute par analogie : l’homme qui aime une mauvaise femme ne change pas d’avis pour se tourner légitimement vers une femme meilleure : « Même si l’on a parfois conscience de la qualité de la meilleure, un amour préconçu unit à la moins bonne. Tu subis toi aussi [Simon], sans le savoir, à peu près la même chose. » (Ibid. 15, 6.)

« Si quelqu’un voit une apparition, qu’il comprenne que c’est celle d’un démon mauvais. » (Ibid. 16. 6.) La cause est entendu, ce n’est ni Dieu le Père, ni Jésus le Fils que Paul a vu sur le chemin de Damas ! La forme de l’un et de l’autre ne peut être vue « à cause de l’intensité de lumière dont elle resplendit. » (Ibid. 16, 2.) Celui qui voit Dieu ne peut vivre : « L’excès de la lumière dissout la chair de celui qui voit, à moins que, par la puissance indicible de Dieu, la chair ne soit changée en la nature de la lumière, ou que la substance de la lumière ne soit changée en chair, afin de pouvoir être vue par la chair ; car voir le Père sans changer, cela appartient seulement au Fils 10. » (Ibid. 16, 4.) L’aveuglement de Paul sur le chemin de Damas, dont « une grande lumière du ciel » (Ac XXII, 6) fut la cause, ne témoigne donc pas de la qualité de sa vision. Pierre continue sa théorie sur la vision du Père et du Fils : « Mais il n’en va pas de même pour les justes. Lors de la résurrection des morts, quand leurs corps auront été changés en lumière et qu’ils seront égaux aux anges, alors ils pourront voir. Enfin, si l’un des anges est envoyé pour être vu d’un homme, il est changé en chair, afin de pouvoir être vu par la chair. Car la puissance non charnelle du Fils, et même d’un ange, nul ne peut la voir. » (Hom XVII, 16, 6.)

Pierre ajoute que les impies ont tout autant de visions et de songes vrais. Il site Abimélech 11, Pharaon 12, Nabuchodonosor 13 pour confirmer ses dires. Le fait d’avoir des visions, des songes et des apparitions pourrait même attester l’impiété : « Car chez l’homme pieux le vrai jaillit dans l’intelligence qui est innée, toute pure, il n’est pas poursuivi dans un songe, mais donné par la réflexion aux bons. » (Ibid. 17, 5.) Mieux vaut donc se fier à l’intelligence qu’aux expériences mystiques. Dans le domaine de la révélation Pierre n’est cependant pas en reste avec Paul. Le rédacteur en appelle au témoignage de l’Evangile de Matthieu qui rapporte qu’à la question de Jésus aux douze : « Qui est le fils de l’homme, au dire des hommes ? » (XVI, 13), la bonne réponse est inspirée à Pierre : « Tu es le christ, le fils du Dieu vivant » (Ibid. XVI, 16), lequel justifie : « Cela [l’inspiration] monta en mon cœur. » (Hom XVII, 18, 1.) Il ajoute qu’après l’avoir déclaré bienheureux, Jésus lui indiqua que « l’auteur de cette révélation était le Père, et dès ce moment [Pierre apprit] que la révélation, c’est apprendre sans enseignement, sans apparitions ni songe » (Ibid. 18, 2). Le phénomène de révélation s’explique de la façon suivante : « Toute la vérité est présente dans la qui a été placée en nous a l’état de germe de la part de Dieu ; elle est couverte et révélée par la main de Dieu, qui agit en sachant le mérite de chacun. » (Ibid. 18, 3.)

Finalement, les apparitions et les songes sont des produits de la colère destinés à « un ennemi » (comme Paul), tel que cela ressort de la déclaration de Dieu lui-même, enflammé de colère, à l’endroit d’Aaron et de Miriam qui venaient de se mal conduire vis-à-vis de Moïse : « Si vous avez un prophète, moi, Yahvé, je me fais connaître à lui dans une vision, je parle avec lui dans un songe. Il n’en va pas de même pour mon serviteur, Moïse : il est l’homme de confiance de toute ma maison. Je parle avec lui bouche à bouche et en vision, non par énigmes. Il regarde l’image de Yahvé ! » (Nb XII, 6-8.) Pierre peut alors conclure contre Paul : « Si donc notre Jésus a été connu de toi en se faisant voir par une vision, alors il s’est entretenu avec toi comme avec un adversaire 14, avec colère ; voilà pourquoi il a parlé au moyen de visions, de rêves ou encore de révélations venues de l’extérieur. » (Ibid. 19, 1.) S’il suffisait d’une apparition pour acquérir la sagesse qui prédispose à l’enseignement, Jésus n’aurait pas passé « une année entière » avec ses disciples. Notons le possessif « notre Jésus ».

Le long développement qui cherche à nier Paul s’achève par une tirade meurtrière : « Comment même te croirons-nous, quand tu dis qu’il s’est fait voir à toi ? Comment s’est-il fait voir à toi, alors que ta pensée est le contraire de son enseignement ? Si tu es devenu apôtre pour avoir été vu et instruit par lui pendant une seule heure 15, proclame au moins ses paroles, exprime sa doctrine, aime ses apôtres, ne me combats pas, moi son compagnon 16. Car c’est contre moi, qui suis le rocher solide, le fondement de l’Eglise 17, que tu t’es dressé en adversaire. Si tu ne t’étais pas fait l’adversaire, tu n’insulterais pas en me calomniant la proclamation qui passe par moi, afin qu’on ne croie pas ce que je dis pour l’avoir entendu moi-même du Seigneur, en sa présence, comme si, à l’évidence, j’étais, moi, condamné, et toi bien considéré. » (Ibid. 19, 3-5.) Pierre propose une reddition dans condition à Simon (qui dissimule toujours Paul) : « Mais puisque tu veux vraiment agir en allié de la vérité, apprends d’abord de nous ce que nous avons appris de lui, et devenu disciple de la vérité, sois notre allié. » (Ibid. 19, 7.) Le rédacteur nie la possibilité pour Simon (ou Paul) d’être disciple de Jésus sans l’être de Pierre.


1 A « un chef » qui lui demande : « Bon maître, qu’est-ce que je peux faire pour hériter de la vie éternelle ? » Jésus réplique : « Pourquoi me dis-tu bon ? Personne n’est bon, que Dieu seul. » (Lc XVIII, 18-19.)

2 Voir Mt XI, 27.

3 Les contradictions multiples que contiennent les évangiles ne proviennent certainement pas de l’enseignement de Jésus, mais de leur forme composite.

4 Voir Mt X, 28.

5 Voir Lc XVIII, 6-8.

6 L’envoi des douze disciples vers les nations n’a aucun caractère d’authenticité. Le rédacteur reprend Mt XXVIII, 19.

8 Voir Mt XVIII, 10.

8 Voir Mt XXV, 31-46.

9 Six est le chiffre de la création suivant Gn I, 1-31.

10 Voir Mt XI, 27.

11 Voir Gn XX, 2-3.

12 Voir Gn XLI, 25.

13 Voir Dn II, 28.

14 Voir Paul, « l’homme ennemi » (Ep Pierre 3).

15 Voir 1 Co XV, 8.

16 Voir Ga II, 11.

17 Voir Mt XVI, 18. Le verset n’a pas un caractère authentique.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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