Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 13

III - Les homélies


Chapitre 13

Doctrine du baptême

ierre et ses disciples arrivent à Laodicée où ils rejoignent Nicète et Aquila. Après que Pierre a raconté comment Clément a retrouvé sa mère, à la suite d’incroyables aventures, les jumeaux se reconnaissent à leur tour comme Faustinus et Faustinianus, les frères de Clément. La merveilleuse nouvelle ne peut être rapportée immédiatement à Mattidie. Celle-ci doit être préparée aux retrouvailles qui ne seront complètes que si elle reçoit le baptême. Le récit romanesque introduit l’instruction de Pierre.
La difficulté survient avec les règles de la commensalité. Pierre prépare Mattidie. Il lui explique qu’elle ne doit pas se sentir outragée par un comportement qui répond à l’observance de la loi : « Nous ne profitons pas de la table des gentils, parce que nous ne pouvons même pas manger avec eux à cause de l’impureté de leur vie. Cependant, quand nous les avons persuadés de penser et d’agir selon la vérité, et que nous les avons baptisés avec une invocation trois fois bienheureuse, alors nous partageons le repas avec eux. Mais nous ne pouvons pas, s’agirait-il d’un père, d’une mère, d’une épouse, d’un enfant, d’un frère ou de toute autre personne nous montrant naturellement de la tendresse, oser manger avec eux. » (Ibid. 4, 4.)

Faustinus et Faustinianus ne peuvent temporiser davantage. Ils se dévoilent à leur mère, qui manque de mourir d’émotion, et lui narrent les aventures qu’ils ont connues. Mattidie supplie Pierre de lui accorder le baptême pour que les retrouvailles puissent être fêtées comme il se doit. Pierre répond : « Mais il faut qu’elle jeûne, ne serait-ce qu’un seul jour, avant d’être baptisée, et cela parce qu’elle a simplement dit, en sa faveur, une seule parole, que j’ai jugée suffisante pour révéler sa foi – autrement il faudrait de nombreux jours pour qu’elle soit civilisée ! » (Ibid. 9, 3.) Nous avons vu que l’instruction est habituellement donnée pendant la période du jeûne réglementaire de trois jours, durant laquelle les catéchumènes reçoivent, quotidiennement, l’imposition des mains (Hom III, 73, 1). En outre, Mattidie doit choisir « d’aimer la loi qui est la nôtre » (Hom XIII, 10, 7) ; autrement dit, la conversion au judaïsme est un préalable au baptême. Pierre justifie que Mattidie n’ait qu’un seul jour de jeûne à observer par le sens du prosélytisme dont elle fait preuve : « C’est sa demande d’être baptisée avec son hôtesse et bienfaitrice. Elle n’aurait pas demandé qu’il soit donné à celle qu’elle aime si, auparavant, elle n’avait pas été disposée à considérer le baptême comme un grand don. » (Ibid. 10, 1-2.) Son acte est montré en exemple aux disciples incapables de faire des adeptes dans leurs propres familles. Les jumeaux tentent d’ajouter que Mattidie, déjà sous l’effet de l’émotion après avoir retrouvé Clément, n’a pris aucune nourriture depuis l’avant-veille et qu’elle pourrait être baptisée sur le champ. La femme de Pierre est appelée à en témoigner. Mais Pierre reste ferme sur le jeûne intentionnel d’une journée au minimum.

Le moment venu, Mattidie est accompagnée par les seuls familiers, « loin des regards dans un endroit abrité de la mer » (Hom XIV, 1, 1). Pierre la baptise nue, dans « un endroit calme et pur au milieu des rochers » (Ibid. 1, 2). Les fils de Mattidie et les autres hommes se sont éloignés « par égard pour les femmes » (Ibid. 1, 2). Au retour, elles forment un groupe à part des hommes, « à cause de la foule », et chacun se retrouve pour le repas en commun désormais possible. « Pierre rompit le pain pour l’action de grâce et mit le sel : il en donna d’abord à notre mère et, après elle, à nous ses fils », rapporte Clément (Ibid. 1, 4).

Doctrine de la chasteté

Le soir venu, Pierre donne un enseignement sur la chasteté. Mattidie est érigée en modèle : « Celle qui prend conscience qu’un homme l’aime doit, pour cette raison même, fuir toute relation avec lui comme un feu brûlant ou un chien enragé. » (Ibid. 14, 1.) Païenne elle était ; pourtant, Dieu l’a récompensée en lui rendant ses fils. Certes, il ne lui a pas procuré le salut, qui n’appartient qu’aux baptisés 139, mais il lui a donné sa bénédiction. Si elle avait été adultère, c’eut été sa malédiction. Pierre insiste : « On aura beau montrer toutes les vertus, on doit être châtié pour le seul péché d’adultère, comme l’a dit le Prophète [Moïse]. » (Ibid. 14, 3.) Il fait référence à la Torah : « L’homme qui commet l’adultère avec la femme d’un homme, celui qui commet l’adultère avec la femme de son prochain [hébreu], il sera mis à mort, l’homme adultère et la femme adultère. » (Lv XX, 10.) Le récit de la femme adultère sauvée de la lapidation par Jésus, qui vient en opposition à la Torah, ne se trouve que dans l’Evangile de Jean (Jn VIII, 3-11) Nous voyons que « l’humanité » enseignée par Pierre trouve sa limite dans les commandements de Dieu qui sont intangibles. La justification se trouve dans la Genèse : « Dieu, qui est un, a créé une seule femme pour un seul homme. » (Hom XIII, 15, 1.)

La femme chaste est magnifiée et chantée. Mais la chasteté n’enlève rien au devoir conjugal : « La femme chaste aime son mari profondément, elle l’embrasse, elle le persuade par la tendresse, elle lui plaît, elle le sert, elle lui obéit en tout sauf en ce qui ferait désobéir à Dieu. » (Ibid. 16, 4.) La chasteté signifie la fidélité des époux. Le mari a tout intérêt à obliger sa femme à écouter les prédications et à suivre l’enseignement sur la chasteté : « Tout mari qui éloigne sa femme de la crainte de Dieu est donc un insensé, car celle qui ne craint pas Dieu ne craint pas non plus son mari. » (Ibid. 17, 1.) La femme « considère son mari comme son seigneur » (Ibid. 18, 3). Mais si la femme a des obligations envers son mari, de même celui-ci envers sa femme. Le devoir conjugal vaut pour l’un comme que pour l’autre : « Celui qui veut avoir une femme chaste est chaste lui aussi ; il s’acquitte de l’étreinte qui lui est due, il mange avec elle, il vit avec elle, avec elle il va entendre la parole de chasteté, il ne la chagrine pas, il ne la querelle pas au hasard, il ne se rend pas lui-même haïssable, il lui fournit les biens qu’il peut donner ; quant à ceux qu’il n’a pas, il les supplée par la tendresse. » (Ibid. 18, 2.) Pierre poursuit longuement ses conseils pour une vie de couple harmonieuse. Notons une nouvelle fois l’attention portée à la frugalité : « La femme chaste prend des aliments et des boissons juste ce qu’il suffit, pour ne pas abaisser l’âme, par le poids d’un corps engraissé, vers des désirs illégitimes. » (Ibid. 18, 4.)

Pierre glorifie Mattidie qui a choisi de souffrir pour préserver sa chasteté. Mais il n’empêche qu’en dehors du baptême, sa conduite n’a pas la même valeur : « La chasteté est un tel bien que s’il n’y avait pas une loi disant que sans le baptême un juste n’entre pas dans le royaume de Dieu, ceux des nations qui sont dans l’erreur ne seraient-ils peut-être sauvés que par la chasteté ! » (Ibid. 21, 2.) La doctrine est affirmée : « C’est qu’une décision de Dieu veut qu’on n’entre pas sans baptême dans son royaume. » (Ibid. 21, 3.)


139 Relevons la contradiction ou l’interpolation : « Car le salut n’est donné ici qu’à ceux qui ont reçu le baptême… » (Hom XIII, 13, 2.) / « Même si tu avais péri [Mattidie], ton âme aurait été sauvée… » (Ibid. 20, 2.)


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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