Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 11


III - Les homélies


Chapitre 11

L’image et la ressemblance

omme il est d’usage, la journée commence par le bain de purification, les prières et l’enseignement ésotérique aux disciples. Puis vient l’enseignement exotérique aux foules. Pierre construit sa prédication sur la métaphore de la terre en friche. L’intellect des auditeurs n’est pas prêt à recevoir la bonne semence de l’enseignement du Prophète. Ceux-ci ont été trompés et privés des plus grands biens. Ils se sont exposés au châtiment. Ils sont maintenant appelés à tourner leur colère contre eux-mêmes, à nettoyer leurs âmes des désirs qui les encombrent. La flamme de leur courroux détruira « les épines du désir » (Hom XI, 3, 2).

Nous avons vu que la tradition pétrinienne fait une distinction entre l’image et la ressemblance sur la base du texte de référence : « Elohim dit : « Faisons l’homme à notre image, à notre ressemblance ! ». » (Gn I, 26.) Pierre dit, en effet, que l’homme « [porte] dans [son] corps l’image de Dieu » et « dans [son] intellect la ressemblance de [sa] pensée » (Hom X, 6, 1). Un peu plus loin, il dit que l’homme qui se voue au service des idoles, s’il porte toujours en lui « l’image de Dieu », a perdu « sa ressemblance » (Ibid. 7, 3). On est amené à penser que l’âme humaine forme l’image de Dieu, tandis que la ressemblance apparaît dans sa pureté, comme à travers un miroir. Pourtant, une relation forte est établie entre l’image de Dieu et l’authenticité de la foi ; il est dit de l’homme qui cultive la crainte qu’ « il trouve refuge en Dieu et [qu’il] porte dans son cœur la juste foi comme une image de Dieu » (Hom IX, 21, 3).

Le rédacteur revient ici sur la doctrine de l’image et de la ressemblance : les hommes, non les idoles, sont les images du Dieu invisible. Aussi, ces dernières ne doivent-elles pas être vénérées : « Car l’image de Dieu, c’est l’homme. Celui qui veut faire acte de piété envers Dieu fait du bien aux hommes, parce que le corps humain porte en lui l’image de Dieu ; or, tous ne possèdent plus la ressemblance, mais seul l’intellect pur d’une âme bonne. » (Ibid. 4, 1.) L’homme a été créé à l’image de Dieu en son corps et à la ressemblance en son âme. S’il perd aisément cette dernière qualité, par le trouble de l’âme, en aucun cas il ne se dépossède de la première. La forme humaine n’est jamais que la représentation du Dieu invisible. En sorte que le rapprochement ne peut être compris que dans les qualités de perception et d’action bonne : « Tous les biens que l’on désire pour soi, qu’on les procure pareillement à autrui, s’il en a besoin, et alors, à celui qui a fait acte de piété envers l’image de Dieu, un bon salaire peut être compté ; selon le même principe, celui qui n’accepte pas d’agir ainsi sera châtié pour avoir négligé l’image. » (Ibid. 4, 4.) Nous avons là l’expression d’une pensée humaniste forte (qui, malheureusement, souffre des exceptions) : « Il faudrait ne commettre aucune mauvaise action qui blesse l’homme. » (Ibid. 5, 2.) L’attention portée à l’homme est autrement plus grande que la vénération des idoles. Nous touchons au cœur de la pensée chrétienne, à son fondement non-violent : « En concevant une science polythéiste, vous faites actes d’impiété envers la véritable image qu’est l’homme, et vous donnez l’apparence d’adresser votre piété à des choses insensibles. » (Ibid. 5, 3.)

Les païens répondent que la volonté de Dieu est première et, par conséquent, il ne peut pas ne pas agréer le culte des idoles. Clément réplique que le jour viendra où Dieu fera disparaître les idoles : « Quand tous les hommes auront manifesté leur préférence pour lui ; alors se produira la transformation du monde actuel. » (Ibid. 6, 1.) D’ailleurs, les hommes vénèrent tant d’éléments et de lieux de la nature que si Dieu les faisait disparaître, la création entière devrait être annihilée, jusqu’à l’homme lui-même qui est, en Egypte, un objet d’adoration. Mais la chose adorée n’encourt pas de châtiment, car elle subit et ne dispose pas. Alors, Dieu devrait-il éliminer les adorateurs ? Non pas, car sa longanimité permet les conversions : « Et beaucoup de ceux-là même qui vénéraient les objets vils et insensibles, revenus au bon sens, ont cessé de les vénérer et de commettre le péché – et même des Grecs, qui avaient trouvé refuge dans des prières adressées au vrai Dieu, ont été sauvés. » (Ibid. 7, 2.) Nous sommes au cœur d’un système théologique.

Le libre arbitre

Pierre enseigne que « dès le principe » l’homme était doté du « libre arbitre ». En sorte que l’homme n’est bon que par l’exercice de cette qualité, non par la soumission à une contrainte extérieure. « Puisque c’est la liberté de chacun qui accomplit le bien véritable et qui montre le mal véritable, c’est en chacun que Dieu, par ses dispositions, a mis la capacité de devenir ennemi ou ami. » (Ibid. 8, 3.) Pierre s’élève contre ceux qui disent : « Toute pensée que nous avons, c’est lui qui nous la fait concevoir. » (Ibid. 8, 4.) Nous comprenons l’opposition de Pierre à l’enseignement de Paul. Celui-ci affirme : « Nous savons que Dieu fait concourir tout au bien de ceux qui l’aiment, de ceux qui sont appelés à dessein, car ceux qu’il a connu d’avance, il les a aussi déterminés d’avance, conformés à l’image de son fils pour que celui-ci soit le premier né de beaucoup de frères ; et ceux qu’il a déterminé d’avance il les a appelés et ceux qu’il a appelés il les a justifié et ceux qu’il a justifié il les a glorifiés. » (Rm VIII, 28-30.) Pour l’apôtre, ceux qui aiment Dieu sont aussi ceux que Dieu aime et qu’il appelle à lui. Nous avons vu que la tradition pétrinienne, au contraire, distingue les appelés des élus, selon Mt XXII, 14 : « Il y a beaucoup d’appelés, et peu d’élus. » (Hom VIII, 4, 2.) En effet, argumente Pierre, si Dieu faisait un choix préalable entre les hommes, cela signifierait qu’il est responsable de la méchanceté des autres. Dieu étant le créateur des uns et des autres, cela ne se peut. On voit que Paul n’a pas l’intention de protéger le créateur.

Controverse avec les païens

La question est posée de la vénération des dieux multiples parallèlement à celle du créateur. Pierre prévient que, dans ce cas, Dieu n’accorde pas sa bénédiction, afin que l’on ne crédite pas l’idole d’un bienfait acquis qui ne saurait avoir d’autre auteur que Dieu lui-même. Dieu ne s’attache pas à sa propre gloire ; il veut le salut des hommes. Le culte des idoles favorise l’action des démons qui s’emparent des âmes humaines. Dieu ne tire aucun avantage de la reconnaissance de l’homme, ni aucun préjudice du blasphème ; en revanche, par ses mêmes actes, l’homme acquiert sa sécurité ou il court à sa perte.

La seconde question a trait à la distance qui sépare l’homme et Dieu. Certes ! La conséquence est que le châtiment pour le blasphème commis envers l’être supérieur sera d’autant plus grand. Dieu ne cherche pas lui-même à se venger, mais son œuvre, « la création tout entière s’indigne de ce crime et cherche naturellement à se venger » (Ibid. 10, 2). Au blasphémateur, le soleil n’accorde plus sa lumière, la terre ses fruits, la source son eau, le ciel sa pluie : « Toute la création s’indigne pour le temps qui reste encore au monde. » (Ibid. 10, 3.) Voici la raison de la souffrance des hommes, l’effet de l’impiété : « Même l’air, enflammé de colère, s’altère en un climat pestilentiel. » (Ibid. 10, 4.) Paul exprime différemment la relation qui lie le péché de l’homme à la création : « L’impatience de la création attend le dévoilement des fils de Dieu. Car la création a été soumise à la vanité à cause de celui [Adam ou le Dieu créateur d’Adam] qui l’y a soumise malgré elle, mais avec l’espérance qu’elle aussi, la création, sera libérée de l’esclavage de la destruction pour la liberté de la gloire des enfants de Dieu [le Dieu du Christ]. Nous savons en effet que jusqu’à présent toute la création gémit dans les douleurs. » (Rm VIII, 19-22.) Chez Pierre, la création rejette l’homme qui, par son impiété, bafoue l’ordre divin et se retire de sa bienfaisance. Chez Paul la création partage la souffrance de l’homme parce qu’elle se trouve dans le même état de concrétisation ou d’incarnation. Elle attend de l’élévation de l’homme la fin de ses tourments, l’achèvement de son existence. Le nouveau règne doit effacer la réalité de la création entière.

« Tu cherches à nous faire peur, Pierre » (Ibid. 11, 3), rétorquent les auditeurs. L’immortalité de l’âme en vue du châtiment demeure la condition nécessaire à la doctrine de la justice de Dieu 129 : « Car même l’âme des impies est immortelle, alors qu’il vaudrait mieux pour eux qu’elle ne fût pas incorruptible. » (Ibid. 11, 2.) Néanmoins, la survie des âmes méchantes se limite au temps de leur torture : « Châtiées par le feu éternel pendant le cinquième de la durée de cet âge, [les non repentis] s’éteindront. » (Ibid. III, 6, 5.) La règle de l’arcane ne joue pas : si Pierre ne parle pas, le piège des méchants se referme. Il doit donc enseigner, au risque de faire peur, afin que chacun puisse chasser le serpent tapi dans son cœur : « Il y a en vous un esprit contraire à la raison qui est l’ennemi de Dieu ; car il fortifie l’ignorance sous l’apparence de la sagesse. » (Ibid. 11, 5.)

Nouvelle objection des épicuriens : « Dieu ne se soucie pas de nous ! » (Ibid. 12, 1.) Fidèle à l’idée de Dieu créateur, Pierre répond que le soleil se lève sur les bons et les méchants et la pluie tombe sur les justes et les injustes. Autre objection : « Nous pratiquons davantage la piété, puisque nous vénérons à la fois Dieu et les images. » (Ibid. 12, 2.) Voici le plus grand péché, réplique Pierre, « comme si un fils, comblé de bienfaits par son père, rendait à un autre que son père l’honneur dû à son père. » (Ibid. 12, 5). Il appartient au fils de mériter l’héritage ; sinon il se trouve justement déshérité. La crainte des païens est de commettre une grande impiété en abandonnant les cultes ancestraux. Pierre rétorque que le fils du brigand a le devoir de rompre avec la tradition familiale. Les païens disent encore : « Nous adorons les images pour ne pas importuner Dieu. » (Ibid. 13, 2.) Pierre répond que Dieu ne saurait être fatigué de louanges, mais plutôt de blasphèmes. Les ingrats se tournent vers le ciel pour obtenir de bonnes récoltes et déposent ensuite les prémisses aux pieds des idoles.

Pierre vilipende les sacrifices et les orgies accomplis par les païens dans les bois sacrés et dans les temples où se manifeste la folie des démons : « Incisions des bras, mutilations sexuelles, délires, crise de démence, têtes échevelées, tapages, transports d’enthousiasme, hurlements, et toutes ces manifestations théâtrales destinées à frapper l’imagination des sots. » (Ibid. 14, 2.) Le rédacteur ajoute au tableau agreste : « Les uns sont pris d’enthousiasme, les autres se gorgent d’aliments extraordinaires, d’autres se livrent à l’impudicité, d’autres encore à des vols et à des meurtres. Car les exhalaisons du sang qui est répandu [sur les autels embrasés] et les libations de vin rassasient les esprits impurs eux-mêmes. » (Ibid. 14, 5-6.) Pierre complète le tableau par les conséquences des orgies, des repas excessifs, de la consommation de viande 130 : « Vous engloutissez de méchants démons qui causent habilement votre perte, à votre insu, pour que vous ne vous aperceviez pas de leur machination : car, sous le prétexte de quelque insulte, violence, passion amoureuse, colère ou chagrin, soit ils vous suffoquent par le lacet ou par l’eau, soit ils vous précipitent du haut d’un rocher, soit ils vous arrachent la vie par le suicide, l’apoplexie ou quelque autre accident. » (Ibid. 15, 7-8.) La santé du corps et la sainteté de l’âme sont liées dans la doctrine de l’image et de la ressemblance de Dieu. La maladie est le signe de la perte de l’âme, tandis que la guérison est celui de la purification. La bonne prédication qui convertit les âmes se conclut par l’expulsion du mal et des démons qui se sont emparés des corps.

Les fidèles sont exempts des malheurs qui frappent les damnés. Pourtant dira-t-on, il y a des hommes pieux qui sont également malades. Pierre répond : « Cet homme pieux dont je parle, l’homme véritablement pieux, n’est pas seulement celui qui se fait appeler ainsi, mais celui qui, parce qu’il est véritablement pieux, accomplit les de la loi [la Torah] donnée par Dieu. » (Ibid. 16, 2.) Pour Pierre, « Si un étranger pratique la loi [la Torah], il est juif ; et s’il ne la pratique pas, il est grec. » (Ibid. 16, 3.) Or, il n’y a pas d’homme pieux qui n’accomplisse la Torah parfaitement. Lorsqu’un juif victime de son impiété succombe à la maladie, il s’acquitte ici-bas de ses dettes envers Dieu afin d’être exempté du châtiment dans l’au-delà. Quant au Grec bien portant, il est déjà privé des biens éternels 131. Pour Paul, tout au contraire, le Grec converti n’a pas besoin de la Torah. La grâce de l’esprit lui donne à découvrit la seule loi véritable, la loi intérieure : « Quand les nations qui n’ont pas de loi pratiquent naturellement la loi, elles qui n’ont pas de loi se tiennent lieu de loi ; elles montrent l’œuvre de la loi inscrite dans leurs cœurs, comme en témoignent leur conscience et leurs pensées qui les accusent ou les disculpent. » (Rm II, 14-15.) Paul ne demande pas au païen de devenir juif, contrairement à Pierre. Plus encore, en tant que Juif, il a rejeté la Torah « comme un désavantage à cause du Christ » (Php III, 7). Les souffrances qu’il endure lui-même sont propres à son incarnation. Il en retourne l’effet, de sorte qu’elles lui sont utiles : « Une écharde dans ma chair, un ange de Satan m’a été donné pour me souffleter, de peur que je ne m’élève. » (2 Co XII, 7.) La maladie n’est pas pour lui la conséquence d’un péché, mais une opportunité en vue de la sagesse.

Appel à la conversion

Les Grecs ne croient pas à l’au-delà comme lieu de la rétribution générale. Mais Pierre s’attache à leur montrer l’ « intérêt » qu’ils ont à croire. L’exhortation vise les gnostiques qui portent « le serpent » lové dans leurs cœurs : « Car il faut que vous, qui avez été profondément trompés, vous délibériez pour apprendre le moyen de le fasciner, je veux dire s’opposer au moyen du raisonnement à ses mauvais conseils, en ayant en mémoire que c’est par la promesse de la connaissance qu’il a, dès le principe, ourdi la mort pour le monde. » (Hom XI, 18, 2.)

« La juste gnose » du Prophète de vérité trouble la paix de l’erreur qui règne dans les familles. Celui-ci allume le feu de la colère chez les sages, il brandit l’épée de la Parole, « il extirpe l’ignorance par la connaissance, comme s’il retranchait et séparait les vivants des morts » (Ibid. 19, 2). La lutte contre le mal a amené la discorde dans les familles : « Pour s’assurer son salut, le fils se soumettait et se séparait de son père incrédule, ou même le père de son enfant, la mère de sa fille, la fille de sa mère, en un mot les membres d’une même famille de leurs proches, les amis de leurs compagnons. 132 » (Ibid. 19, 3.) Il y a justice à ce que celui qui veut être sauvé se sépare de celui qui ne le veut. Il n’a pas de haine et prie pour celui qui le chasse de la maison. Les parents doivent être aimés, « en ayant toujours en vue la justice », parce qu’ils sont « les auteurs de nos jours » (Ibid. 21, 1). L’amour que Pierre sollicite des fidèles envers Dieu créateur est un amour filial. Il s’agit du même attachement de nature que celui du fils à l’égard du géniteur. Le disciple de Pierre est un produit de Dieu au cœur de la création.

Les hommes doivent reconnaître que Dieu a disposé l’ordre de la création à leur intention. C’est la raison pour laquelle leurs œuvres doivent être sanctifiées par le baptême : « Si toi, tu refuses de te faire baptiser selon les prescriptions, en obéissant à ta propre volonté, tu te montres hostile au dessein de Dieu. » (Ibid. 25, 3.) La plus grande sagesse dont témoigne l’homme est vaine sans l’authentification du baptême : « Et ne crois pas que si tu surpasses en piété tous les hommes pieux qui ont jamais existé, mais que tu ne sois pas baptisé, tu puisses jamais obtenir ce que tu espères. Car tu en subiras un châtiment d’autant plus grand, dans la mesure où tu n’auras pas accompli comme il convient les bonnes actions. » (Ibid. 25, 2.) La question de l’efficacité du baptême est toutefois posée par les détracteurs : « En quoi le fait de se plonger dans l’eau contribue-t-il à la piété ? » (Ibid. 26, 1.) De même, le baptême est relativisé par Paul : « Le Christ ne m’a pas en effet envoyer baptiser mais évangéliser ! » (1 Co 17.) Pierre donne trois raisons en faveur du baptême : il s’agit d’une prescription divine ; elle est acceptée dans la crainte ; elle produit la naissance nouvelle qui garantit le salut : « Car le Prophète nous l’a promis en ces termes : En vérité, je vous le dis : si vous ne renaissez pas dans l’eau vive au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » (Hom XI, 26, 2.) L’immersion est présentée comme l’acte « de naître en Dieu » (Ibid. 27, 2.). L’eau lustrale porte le souffle du Dieu de la Genèse.

La purification du corps ne va pas sans celle du cœur, car la pureté relève du culte de Dieu. Le Prophète ne critiquait pas les scribes et les pharisiens en général, mais ceux, parmi eux, qu’il jugeait hypocrites 133 ; « car une fois que l’intellect a été illuminé par la connaissance, celui qui sait peut devenir bon, et il en résulte qu’il devient pur. En conséquence, le bon soin du corps extérieur provient de la pensée intérieure, tandis que le soin de la pensée ne peut venir de l’indifférence manifestée envers le corps » (Ibid. 29, 3). De cet enseignement résulte qu’il ne saurait y avoir de relation sexuelle pendant la période menstruelle de la femme et jusqu’à ce qu’elle se soit purifiée et baignée. De même, le bain est une obligation après les rapports sexuels. Certes, « les égarés » se conforment également à une telle doctrine ; mais ce n’est pas une raison pour la rejeter car « le prix qu’ils accordent à la pureté leur vient de l’erreur, et non du culte du véritable Père et Dieu de l’univers. » (Ibid. 33, 5.)

Les fidèles de « la vraie religion » doivent surpasser les gentils dans leurs bonnes œuvres « ceux qui ne connaissent que le siècle présent » : « Si ceux qui sont dans l’erreur ne commettent pas de meurtre, nous, ne nous mettons pas en colère ; si celui qui est dans l’erreur ne commet pas d’adultère, nous, n’en ayons même pas la pensée ; si celui qui est dans l’erreur aime celui qui l’aime, nous, aimons même ceux qui nous haïssent ; si celui qui est dans l’erreur prête à ceux qui possèdent, nous, prêtons même à ceux qui ne possèdent pas. 134 » (Ibid. 32, 1.) Les bonnes œuvres commises par les égarés ne sont pas reçues par Dieu : « Si leurs œuvres, comparées aux nôtres, le jour du jugement, se révèlent également bonnes, nous, nous aurons à rougir de honte, et eux, à périr pour avoir accompli par erreur . » (Ibid. 32, 3.)
De nombreuses conversions suivent le discours de Pierre !

Organisation de la communauté de Tripoli en Phénicie

« Trois mois ayant passé », Clément jeûne quelques jours, à la demande de Pierre, avant d’être baptisé « aux sources marines ». La régénération du disciple est alors célébrée par un festin.

Pierre met les presbytres en garde contre les faux prophètes : « Notre Seigneur et Prophète, qui nous a envoyé en mission, nous a expliqué que le Malin s’était entretenu avec lui pendant quarante jours sans rien pouvoir contre lui, mais qu’il promit d’envoyer quelques-uns de ses adeptes comme apôtres de l’erreur. C’est pourquoi, avant toutes choses, souvenez-vous de comme apôtre, docteur ou prophète, qui n’ait auparavant confronté sa prédication à celle de Jacques dit le frère de mon Seigneur et chargé de conduire l’Eglise des Hébreux à Jérusalem, et qui ne se soit présenté à vous avec des témoins. » (Hom XI, 35, 3-4.) Il s’agit d’éviter que le Malin « n’envoie contre nous un prédicateur, comme il nous a suscité aujourd’hui Simon qui, sous couvert de la vérité, prêche au nom de notre Seigneur, alors qu’il sème l’erreur. » (Ibid. 35, 5). Pierre vise « un prédicateur » qui viendrait après Simon. Tout porte à croire qu’il s’agit de Paul. Celui-ci se proclame clairement « apôtre » : « Paul, serviteur du Christ Jésus, apôtre. » (Rm I, 1) ; plus précis : « Moi [Paul] qui suis l’apôtre des nations. » Une mission qui le situe ailleurs par rapport aux douze disciples à qui Jésus demande : « Ne prenez pas le chemin des nations ; n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » (Mt X, 5-6.) Paul fait d’abord fi de la prééminence de Jacques, le frère de Jésus (Ga I, 17-19), jusqu’à ce qu’il se trouve contraint de faire valider sa propre prédication, lors de la fameuse rencontre de Jérusalem (Ga II, 9-10), qui ne résolut pas le désaccord (Ibid. II, 11-14).

Pierre prend congé de la communauté de Tripoli après avoir élevé son hôte, Maroon, « qui était maintenant parfaitement initié » (Hom XI, 36, 2), à la charge d’évêque après avoir institué douze presbytres, désigné les diacres et fondé l’ordre des veuves.


129 Voir Homélies II, « La justice et l’immortalité de l’âme ».

130 On nomme « hiérothytes » ou « idolothytes » les victimes sacrificielles dont la chair est consommée à l’occasion de festivités religieuses et, plus généralement, comme viandes de boucherie.

131 Voir Homélies II, « La justice et l’immortalité de l’âme ».

132 Voir Mt X, 34-37.

133 Voir Mt XXIII, 25-26.

134 Voir Mt V, 21-22, 27-28, 43-47 ; « Vous donc vous serez parfaits comme votre père céleste est parfait. » (48.) L’enseignement est également appuyé par deux nouvelles références à l’Evangile de Matthieu : « La reine du Midi… » (Mt XII, 42) ; « Les hommes de Ninive… » (Ibid. XI, 41).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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