Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 3


III - Les homélies


Chapitre 3

Simon argumente à l’aide des fausses péricopes

ierre brosse rapidement la croyance de Simon avant de la réfuter : « Simon est prêt à venir devant tous démontrer, d’après les Ecritures, que le Dieu suprême n’est pas celui qui a créé le ciel et la terre et tout ce qui est en eux, mais un autre, inconnu et suprême en tant que Dieu des dieux resté secret ; il a, lui, envoyé deux dieux, l’un qui a créé le monde, l’autre qui a donné la Loi. » (Hom III, 2, 2.) Simon oppose habituellement le Dieu transcendant au créateur. Mais l’exposé du rédacteur des Homélies indique deux dieux au-dessous du Dieu suprême (ou deux anges, selon Hom XVIII, 12, 1) ; ce qui laisse penser que la théologie d’Apellès 46, disciple de Marcion, est particulièrement visée (par confusion). Comme Pierre, Appelès affirme que de nombreux passages des Ecritures sont contradictoires avec l’esprit de l’Evangile. Mais il inverse la cause. Les mauvais versets n’ont pas été introduits par quelque malice ; ils révèlent simplement l’infériorité du Dieu créateur. Inspiré par le Dieu suprême, le Christ enseigne à les repérer et à les écarter.

Pierre est assuré que le discours de Simon n’aura aucun effet sur les initiés ; mais il s’insurge du fait que le mage trouble les polythéistes prêts à adhérer au principe monarchique (unicité de Dieu) et du fait qu’il appuie ses thèses sur les fausses péricopes et les prophètes bibliques, auxquels il n’accorde par ailleurs aucune foi : « Contre nous, qui avons reçu de nos ancêtre le culte du Dieu qui a tout créé, avec en outre le mystère des Livres capables de tromper, il n’aura aucun pouvoir ; mais contre les gens des nations, élevés dans l’opinion polythéiste, et qui ne connaissent pas les parties fausses des Ecritures, il pourra beaucoup. » (Ibid. 4, 1-2.) Pour Pierre le danger est réel que les gens des nations, accoutumés à entendre les récits d’Homère et des poètes grecs, reconnaissent la Bible comme un recueil de mythes. Finalement, Pierre conclue sur une pirouette : Simon sert involontairement le Dieu juste (le créateur) en soumettant les hommes à l’épreuve des fausses péricopes ! Ceux qui tombent dans le piège qu’elles composent sont heureusement écartés du nombre des fidèles.

C’est « sur une requête de la Malice » (Ibid. 5,1) que les faux ont été introduits dans les Ecritures. Le Mauvais est aussi proche de Dieu que le Bon. Mais le caractère du premier est de ne jamais pardonner et de vouloir la perte des impies, tandis que le second accorde le repentir pour sauver les hommes qui connaissent Dieu. L’on est ici au bord du dualisme, si ce n’est que le créateur maîtrise son monde. L’impiété consiste à dire « qu’il y a un autre Dieu, ou supérieur, ou inférieur, ou quel qu’il soit, en plus du Dieu véritable » (Ibid. 7, 1). Ce Dieu véritable est « celui dont le corps de l’homme porte la forme » (Ibid. 7, 2), c’est-à-dire le Dieu de l’incarnation qui se reconnaît totalement dans la nature humaine. Ce Dieu témoigne son amour pour l’âme des hommes qui ne blasphèment pas contre « son Esprit saint » et qui l’aiment à proportion des bienfaits qu’il leur prodigue. Il est dit des impies : « Quand ils auront été châtiés par le feu éternel pendant le cinquième de la durée de cet âge, ils s’éteindront. » (Ibid. 6, 5.)

La difficulté des Ecritures est qu’elles sont ouvertes à toutes les interprétations : « Simon par exemple, qui doit demain discuter avec nous, a le dessein audacieux d’attaquer en public l’unicité de Dieu seul principe ; or il est en mesure d’apporter beaucoup d’expressions tirées des Ecritures elles-mêmes, pour affirmer qu’il y a plusieurs dieux, et que l’un est différent du créateur du monde et supérieur à lui ; et les preuves qu’il peut fournir sont également scripturaires. De notre côté, nous pouvons produire de nombreux passages des mêmes Ecritures disant clairement qu’il y a un seul Dieu, celui qui a créé le monde, et qu’il n’y en a pas d’autre que lui. Et si quelqu’un veut exprimer une autre opinion, il pourra lui aussi fournir, en les tirant des Ecritures, les preuves qu’il veut comme il veut. Car les Ecritures disent tout ; ainsi ne trouvera-t-on jamais le vrai, mais ce qu’on veut, si l’on cherche sans bon esprit, la vérité étant réservée aux gens de bon esprit. Or la bonne disposition d’esprit consiste à sauvegarder l’attachement pour celui qui est la cause de notre existence. » (Ibid. 10.) En sorte que les textes bibliques ne peuvent être abordés sans confusion par la seule logique. Ils n’apportent la preuve de la monarchie divine qu’à ceux qui donnent foi, a priori, au Dieu créateur. Aussi, doivent-ils être lus sous l’inspiration du Prophète de vérité, faute de quoi, bien loin d’édifier, ils scandalisent.

Pierre accuse Simon de pratiquer une lecture allégorique des Ecritures. Il lui reproche d’utiliser des passages bibliques qui ne peuvent être que des faux puisqu’ils présentent Dieu comme un méchant. L’accusation de Pierre s’applique à maintes lectures allégoriques choisies par l’apôtre Paul. Par exemple : « Dites-moi, vous qui voulez être sous la Torah, n’entendez-vous pas la Torah ? Car il est écrit qu’Abraham eut deux fils : l’un de la servante et l’autre de la femme libre ; mais celui de la servante est né selon la chair, et celui de la femme libre est né à cause de la promesse ; ce qui est allégorique, car elles sont deux alliances : l’une partie du mont Sinaï et enfantant l’esclavage, est Hagar (Hagar est le mont Sinaï, en Arabie) ; et elle se classe avec la Jérusalem de maintenant, car elle est esclave avec ses enfants. » (Ga IV, 21-26.) Paul inverse les valeurs : Ismaël est fils de la servante, Hagar, Isaac est fils de la femme légitime, Sarah, né comme une bénédiction divine pour accomplir la promesse de la descendance. Or, Paul voit en Hagar (ancêtre des Arabes) la représentation du mont Sinaï qui est en Arabie. La Torah reçue par Moïse revêt donc le caractère de l’esclavage qui est celui de la servante, tandis que la promesse faite à Abraham (qui ne connaissait pas la Torah) est signe de liberté.
L’apôtre argumente par les Ecritures pour finalement les rejeter (à la manière de Simon). Les accusations portées contre le mage valent assurément contre Paul, qui va au bout de ses convictions en prêchant l’abrogation de la loi de Moïse. L’apôtre s’inscrit en effet dans une logique de rupture. Ses commentaires alambiqués – ici destinés aux Galates – affrontent la tradition juive portée par les envoyés de Jacques, le frère de Jésus, qui reçoit toujours la Torah comme parole de Dieu et dont on a vu qu’il est ici le mentor de Pierre.

Pendant de longs siècles, l’Eglise a résolu la difficulté conformément à la volonté ésotériste de l’école pétrinienne. Elle a réservé la lecture de la Bible aux seuls érudits qui connaissaient le latin, tandis que les prêtres donnaient lecture aux fidèles de morceaux choisis qui ne pouvaient porter atteinte à l’image du Père.

Adam, Prophète de vérité

Le vrai Prophète ne peut être comparé ni à un diseur d’oracles ni à un preneur d’augures. Ceux-ci n’accèdent qu’à l'imminent sur la base d’indices. Le vrai Prophète ne voit pas seulement le présent, il transcende le temps « jusqu’à l’âge à venir lui-même » (Hom III, 12, 3). Les possédés ou les professionnels de la prophétie disent parfois le vrai, par hasard. Mais Jésus, « notre Maître, qui était aussi Prophète, connaissait tout toujours grâce à l’Esprit inné et perpétuel » (Ibid. 12, 3).

Comment ne pas croire qu’Adam, créature formée par les mains de Dieu, avait la pleine possession de « l’Esprit saint du Christ » (Ibid. 20, 1) alors qu’on l'octroie à Jésus, né de la chair ? « Ne commet-on pas la pire impiété en l’accordant à un autre [Jésus], né d’une goutte de souillure 47 ? » (Ibid. 20, 1.) Cette inconséquence doit être levée : « La piété la plus haute est de refuser cette possession à un autre, et de l’attribuer à celui-là seul qui, depuis le commencement de l’âge présent, revêt des formes différentes en changeant aussi de noms et traverse ainsi cet âge jusqu’à ce que, parvenu aux temps qui sont les siens, après avoir été oint par la miséricorde de Dieu en raison de ses peines, il possède pour toujours le repos. » (Ibid. 20, 2.) Le Prophète de vérité domine sur toute la création depuis qu’il a reçu le souffle de Dieu. « Comment dans ces conditions pouvait-il encore avoir besoin de recourir à un arbre, pour voir ce qui est bon ou mauvais ? » (Ibid. 21, 2.) Le verset de la Genèse qui montre Dieu menaçant Adam : « Mais de l’arbre de la science du bien et du mal tu n’en mangeras pas, car du jour où tu en mangerais, tu mourrais » (Gn II, 17), est à mettre au nombre des fausses péricopes. Il faut reconnaître qu’Adam n’a pu commettre la faute qui lui est imputée.
Dans le cas contraire : « Je ne crois pas qu’on obtienne le pardon, pour avoir été trompé par un passage inauthentique de l’Ecriture et pour avoir eu ainsi contre le Père de toutes choses des idées funestes ; par la violence qu’il inflige à une image, en l’occurrence celle du Roi éternel, le coupable fait en effet remonter l’offense jusqu’à celui dont l’image portait la ressemblance. » (Hom III, 17, 2.) Imaginer Adam coupable est un péché contre l’Esprit, par nature impardonnable, de même que ne pas reconnaître en Jésus le Prophète de vérité.

Cette vérité sur le premier homme est certes cachée au public, mais les sages savent : « Interroge ton Père, et il te dira, tes anciens, et ils te raconteront 48. » (Ibid. 18, 2.) Pourtant, qui se préoccupe-t-il de chercher « le Père », c’est-à-dire le Prophète de vérité qui a confié « les choses transmises de tout temps en secret à ceux qui en étaient dignes » (Ibid. 19, 1) ? Après Adam, Noé, Abraham et Moïse sont venus. Puis, Jésus, ultime incarnation du Prophète 49. Il fut « jugé digne d’être le Roi de l’âge à venir. » (Ibid. 19, 2.) Quant aux anciens, scribes et pharisiens assis sur la chaire de Moïse, « écoutez-les » (Ibid. XVIII, 3) a dit Jésus 50. Mais ils ne laissent pas entrer dans leurs synagogues les chrétiens qui le veulent 51.

L'idée de continuité de « l’Esprit du Christ », d’Adam jusqu’à Jésus, révèle une théologie très différente de celle que l’apôtre développe dans l’Epître aux Romains (Rm V, 12-19). Pour Paul, Adam est l’homme animal, la créature imparfaite (portée au péché) et donc mortelle, tandis que le Christ conçoit l’homme spirituel, créature nouvelle, parfaite et immortelle. Selon l’apôtre, tout oppose le premier homme et le fils de l’homme : par la faute d’Adam beaucoup sont morts ; par Jésus Christ la grâce et le don ont abondé. La faute d’Adam aboutit à la condamnation des hommes ; la justice de Jésus Christ les conduit à la justification. La désobéissance d’Adam a généré beaucoup de pécheurs ; l’obéissance de Jésus Christ constitue de nombreux justes. En considérant Adam comme une créature inachevée, Paul dévalorise fortement le Dieu créateur au point que la question se pose : peut-il être le Père de Jésus Christ ? En relevant Adam, Pierre rend sa perfection à l’œuvre du créateur. Il efface toute ambiguïté à propos de la puissance de Dieu.

Les deux prophéties, féminine et masculine

Pierre distingue deux espèces de prophéties créées ensemble. L’une, de caractère féminin, accompagne l’autre, de caractère masculin, de même que la lune partage l’existence du soleil. Eve représente la fausse prophétie. Elle enfante Caïn 52 qui rejette l’ordre voulu par Dieu. Adam incarne la vraie prophétie. Son fils Abel 53 fait la volonté de Dieu : « Il dit de prier un seul Dieu, il ne parle pas lui-même de dieux ni ne croit un autre qui en parle. Le bien qu’il possède, il le garde, et il l’accroît de plus en plus 54. Les sacrifices, le sang, les libations, il les hait. Les hommes saints, purs, pieux, il les aime. Il éteint le feu des autels. Il supprime les guerres, il enseigne la paix. Il recommande la chasteté. Il purifie les péchés. Il fait du mariage une loi, il permet la continence, il conduit tous les hommes à la pureté. Il les rend miséricordieux. Il fait de la justice une loi, marque d’un sceau ceux qui sont parfaits, et dévoile la doctrine du repos. Ses prophéties sont explicites, il parle clairement. Il rappelle fréquemment le feu éternel du châtiment, il annonce continuellement le règne de Dieu. Il révèle la richesse éternelle, promet la gloire inamissible, montre en acte la rémission des péchés » (Hom III, 3-6.)

Conformément à la doctrine des syzygies, la prophétie féminine est apparue d’abord, la prophétie masculine s’est révélée ensuite. La première commande dans le monde et dans l’âge présent. Elle s’exerce « parmi tous les enfants des femmes » (Ibid. 22, 2). Quant au vrai Prophète, « en tant que fils d’homme, [il] est mâle, et il prophétise, pour l’âge à venir, qui est mâle, les choses importantes 55 » (Ibid. 22, 3). La prophétie qui s’exerce « parmi les enfants des femmes » est trompeuse. Elle veut « qu’on la croie mâle » (Ibid. 23, 2). Elle emprunte au vraie Prophète pour former son propre discours et proclamer tout à fait siennes les paroles qu’elle profère. Elle promet l’abondance et la gratuité des richesses terrestres. Elle évoque une pluralité de dieux parmi lesquels elle se compte. Mais elle est femme et le sang menstruel qui la souille, elle-même et chacun de ceux qui la touchent, est celui des sacrifices. Elle conçoit et enfante les rois de la terre et suscite les guerres. Elle n’a aucune réponse à donner à ceux qui cherchent la vérité : « Depuis le commencement elle est pour les hommes aveugles occasion de mort. » (Ibid. 24, 4.) De tout ceci, il ressort que « le mâle est tout entier vérité, la femelle tout entière erreur, et celui qui est né du mâle et de la femelle tantôt ment, tantôt dit vrai » (Ibid. 27, 1). Or, celui qui n’écoute pas le seul Prophète de vérité et laisse ensemencer son âme par le discours contraire devient adultère : « Pour ceux qui connaissent le mystère l’adultère de l’âme fait survenir la mort. » (Ibid. 28, 2.)

La première prophétie englobe à la fois la religion juive classique, organisée autour du Temple et des rituels sacrificiels, et les dissidences dualistes, simonienne et chrétienne, qui rejettent cette religion. La seconde prophétie met en valeur le judéo-christianisme qui se recommande de Jacques et de Pierre. Le caractère féminin de la prophétie dévalorisée n’a aucun sens analogique. Eve est peut-être la première prophétesse, mais ce courant prophétique englobe les grands prêtres du Temple, Jean le Baptiste et Simon le mage qui n’ont rien de féminin. Ce n’est que la dévalorisation de la femme, en tant que reproductrice charnelle, qui vaut attribution du caractère féminin à la fausse prophétie.

La deuxième Homélie qui développe la doctrine des syzygies, expose : « Le monde présent est femelle et enfante les âmes comme une mère ses enfants ; le siècle à venir est mâle, comme un père qui accueille ses enfants. » (Hom III, 15, 3.) Cette affirmation gratuite, attribuée à Pierre, peut être rapprochée du logion 114 de l’Evangile de Thomas : « Simon Pierre leur dit : Que Marie [de Magdala] nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. Jésus dit : Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » Tandis que Pierre construit la syzygie en plaçant l’élément faible, la femme, avant l’élément fort, l’homme, Thomas (qui donne la parole à Jésus) bouscule une telle doctrine en disant que la femme entrera aussi dans le Royaume, à condition qu’elle érige sa faiblesse en force et qu’elle mette sa confiance en la vraie prophétie (la prophétie mâle).

Pierre affronte Simon en public

Avant de se confronter à Simon, Pierre et les « initiés » prient le Dieu créateur. Clément est écarté de la prière commune « parce qu[‘il n’a] pas encore reçu le baptême » (Hom III, 29, 3). L’ordinaire de toute prédication veut que « la vérité de Dieu » soit exposée « en guise de salutation » (Ibid. 30, 2). En sorte que « les hommes de paix » qui recevront l’enseignement soient sauvés.

Pierre loue la puissance du créateur : lui qui a fait passer « les non-étants à l’être » (Ibid. 32, 3) est seul capable d’accorder « le bien utile pour toujours », c’est-à-dire la transcendance de l’être. L’exposé des merveilles de la création ne permet pas d’affirmer que cette dernière fut déployée ex nihilo : « [Dieu] seul a changé la substance première, une et homogène, selon quatre modalités opposées ; puis il a mêlé ces éléments pour en tirer des combinaisons innombrables, afin que, changées en natures opposées, et mêlées ensemble, elles fissent naître de l’accouplement des opposés le plaisir porteur de vie. » (Ibid. 33, 1.) Des combinaisons élémentaires le Mauvais a surgi. Quant au plaisir de l’accouplement humain, l’on comprend qu’il est un agrément autorisé, à condition que l’agréable demeure dans les limites de la légalité. La création suscite autant d’émerveillements que de questions sans réponses. Une certitude, cependant, Dieu a créé son œuvre au bénéfice de l’homme qu’il a établi maître de la terre et des animaux qui la peuplent. De sa bonne disposition envers le créateur, généreux dispensateur de bénédictions, l’homme gagne l’immortalité. Il doit bien sûr réserver ses prières « à celui-là seul qui peut punir et sauver [son] corps et [son] âme » (Ibid. 37, 2), car « lui seul est dit et est Dieu ; il n’est permis ni de croire ni de dire Dieu un autre ; si l’on a cette audace, on est soumis dans son âme à la punition éternelle » (Ibid. 37, 4).

C’est alors que Simon intervient et se fait fort de démontrer, à partir des Ecritures elles-mêmes, que le créateur « n’est pas la puissance suprême qui a tout pouvoir, car il est privé de la prescience, imparfait, déficient ; il n’est pas bon et il est soumis à des passions mauvaises, nombreuses, voire en nombre infini » (Ibid. 38, 2). Une fois établie l’imperfection du créateur, Simon révèle qu’il existe un autre Dieu, « non mentionné par les Ecritures, qui est doué de prescience, parfait, sans déficience, bon, exempt de toutes passions mauvaises » (Ibid. 38, 3).

Simon cible le premier homme, œuvre maîtresse du créateur, formé « à sa ressemblance 56 » : « Adam est créé aveugle et, d’après la tradition, il n’a pas la connaissance du bien et du mal ; il se révèle transgresseur, il est chassé du paradis et soumis au châtiment de la mort 57. » (Ibid. 39, 1.) Puis vient la critique de ce Dieu : il chasse Adam « de peur que… », c’est-à-dire qu’il est dans l’ignorance du destin de l’homme. Il veut éviter qu’en mangeant de l’arbre de vie « il ne vive pour toujours » (Ibid. 39, 3), témoignant ainsi sa jalousie à l’égard de sa propre créature. « Dieu fut préoccupé d’avoir fait l’homme » (Ibid. 39, 4) désigne le repentir du créateur devant un résultat contraire à son attente. Ce Dieu se montre dans l’ignorance de ce qui se passe à Sodome et à Gomorrhe ; il doit descendre se rendre compte 58. Comment peut-il être bon alors qu’il « se réjouit du fumet des chairs 59 » des sacrifices (Ibid. 39, 5) ? N’est-il pas méchant, ignorant de l’issue des épreuves auxquelles il soumet les hommes, ce Seigneur qui « tenta Abraham 60 » en lui demandant de sacrifier son fils Isaac (Ibid. 39, 5) ?

Pierre argumente de la façon suivante : « Est-ce que le méchant, celui qui est tout à fait pervers, aime se dénoncer lui-même pour les fautes qu’il commet ? (…) Comment Dieu peut-il être méchant et pervers, si c’est par sa volonté qu’ont été introduites publiquement par écrit les accusations portées contre lui ? » Simon répond : « Il se peut que cette dénonciation ait été écrite malgré lui, par une autre puissance. » (Ibid. 40, 1-2.) La difficulté vient de ce que les Ecritures contiennent des passages qui parlent de Dieu en bien, d’autres en mal. Comment discerner ceux qui sont vrais de ceux qui sont faux ? Pierre élève la pétition de principe en doctrine fondamentale : « Toutes les paroles des Ecritures qui s’accordent avec la création faite par lui sont vraies, et toutes celles qui sont contraires se trouvent fausses. » (Ibid. 42, 3.) Pierre réfute le précédent exposé de Simon. Il affirme la prescience d’Adam, d’Abraham et de Moïse preuves scripturaires à l’appui. Il souligne le rejet des sacrifices comme point fondamental de la doctrine : « Que Dieu n’ait pas eu envie des sacrifices, voici de quoi le faire voir : ceux qui avaient désiré des viandes furent détruits dès qu’ils en eurent goûté et, mis en morceau en guise de tombe, furent appelés « Colline des désirs » 61. Lui qui, à l’origine, trouvait mauvaise l’immolation des animaux et ne voulait pas qu’on les immolât, n’a pas réclamé des prémices ; car sans l’immolation d’animaux on ne peut ni accomplir de sacrifices, ni offrir de prémices 62. » (Ibid. 45, 1-2.)

Par une nouvelle allégation de la doctrine des fausses péricopes, Pierre rejette les accusations contre Dieu : « Ainsi les paroles qui calomnient Dieu le créateur du ciel sont-elles à la fois infirmées par les paroles voisines qui les contredisent et réfutées par la création ; elles n’ont pas été écrites par une main de prophète ; voilà pourquoi elles s’opposent, à l’évidence, à la main de Dieu qui a tout créé. » (Ibid. 46.) La Torah est donc loin de revêtir un caractère authentique. Si Moïse lui-même l’avait rédigée, comment aurait-il écrit : « Et Moïse mourut et ils l’ensevelirent près de la maison de Phagor 63. » (Ibid. 47, 2.) Il l’a reçue pour la léguer oralement aux soixante-dix sages chargés de la divulguer en tant que loi fondamentale. Après l’assomption de Moïse 64, la Torah fut mise par écrit. Ce n’est que « cinq cents ans plus tard ou même davantage » que le texte fut trouvé dans le Temple et après « cinq cents autres années environ », elle fut perdue lors de la destruction du Temple par Nabuchodonosor 65. De ceci, Pierre conclut que Moïse savait qu’une Torah écrite serait amenée à se perdre, ce qu’ignoraient ceux qui la rédigèrent. Il possédait donc la prescience prophétique dont ne bénéficiaient pas les rédacteurs.

S’il doit être établi que les propos sur Dieu doivent être jugés en regard de la création, qu’en est-il de la distinction des textes qui proviennent de Moïse d’avec ceux qui résultent des rédacteurs faussaires ? demande Simon. Pierre répond que le modèle réside dans la péricope prophétique. Il cite Gn XLIX, 10 : « Il ne manquera pas un prince issu de Juda ni un chef issu de ses cuisses, jusqu’à ce que vienne celui à qui cela appartient ; et il est, lui, l’attente des nations. » (Ibid. 49, 1.) Autrement dit, la royauté judéenne devait durer jusqu’à l’avènement du Prophète de vérité dont l’enseignement appellerait au discernement des Ecritures. Or, Jésus dit bien aux sadducéens : « Vous vous trompez, parce que vous ne connaissez pas le vrai des Ecritures ; aussi ignorez-vous la puissance de Dieu 66. » Or, s’ils ignoraient « le vrai des Ecritures, c’est qu’il y a manifestement aussi des faux. » (Ibid. 50, 1.) Jésus dit aussi : « Devenez des changeurs éprouvés 67 » (Ibid. 50, 2) ; ce qui signifie que certaines paroles sont pures tandis que d’autres sont de mauvais aloi. Ou encore : « Pourquoi ne comprenez-vous pas ce qu’il y a de raisonnable dans les Ecritures ? 68 » (Ibid. 50, 2.) Lorsque celles-ci posent question, Jésus demande que l’on s’adresse aux scribes et aux maîtres : « En tout ce qu’ils vous disent, écoutez-les » (Ibid. 18, 2) ; ce qui prouve qu’ils connaissaient « le vrai de la loi authentique » (Ibid. 50, 2).

La lecture ou l’interprétation de la Torah par Jésus est donnée en modèle : « Il a aussi déclaré : « Je ne suis pas venu abolir la loi 69 », tout en procédant manifestement à une abolition ; par là il signifiait que ce qu’il abolissait n’appartenait pas à la loi. » (Ibid. 51, 2.) « Quant à la parole : « Le ciel et la terre passeront, mais pas un iota ni un trait ne passeront de la loi 70 », elle a voulu dire que ce qui passe avant le ciel et la terre n’appartient pas à la loi authentique. » (Ibid. 51, 3.) Les sacrifices, les règnes, les prophéties des fils de la femme sont passés tandis que le ciel et la terre demeurent (jusqu’à la fin des temps) ; donc, ils n’étaient pas de Dieu et répondent à l’assertion : « Toute plante que n’a pas planté le Père céleste sera déracinée. » (Ibid. 52, 2.) Le vrai Prophète proclame que son enseignement seul est salvateur : « Je suis la porte de la vie ; qui entre par moi, entre dans la vie 71 » ; que lui seul est pasteur : « Mes brebis écoutent ma voix 72. » (Ibid. 52, 3.) Pierre recense encore diverses paroles susceptibles d’attester que la lecture vraie des Ecritures passe par Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez 73 » (Ibid. 52, 3), c’est-à-dire qui avez de la difficulté à trouver la vérité ; « Cherchez et trouvez » (Ibid. 52, 3), qui signifie que « la vérité n’est pas disponible en toute clarté. » (Ibid. 52, 3.)

Jésus est reconnu par le Père céleste : « Une voix même s’est fait entendre depuis les cieux pour porter témoignage, qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je me complais ; écoutez-le 74. » » (Ibid. 53, 1.) En tant que Prophète de vérité, il déclare : « Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir ce que vous voyez, et entendre ce que vous entendez, et en vérité je vous dis qu’ils n’ont ni vu ni entendu. » (Ibid. 53, 2.) C’est à propos de Jésus que Moïse a prophétisé : « Seigneur notre Dieu suscitera pour vous d’entre vos frères un prophète comme moi ; écoutez-le en tout. Celui qui n’écoutera pas ce prophète mourra 75. » (Ibid. 53, 3.) Il est donc impossible de gagner la vie éternelle sans recevoir l’enseignement de Jésus : « Il connaissait le vrai de la loi. » (Ibid. 54, 2.) Il n’interprétait pas la loi mais la corrigeait. A la question des sadducéens à propos du mariage il répondit que Moïse avait fait des concessions qui ne correspondaient pas à la volonté du créateur.

Sur la base des Ecritures, Jésus réfute lui-même diverses calomnies proférées contre le Dieu créateur ; notamment : « A ceux qui soutenaient qu’il était dans le Temple, il a dit : « Ne jurez pas par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car c’est l’escabeau de ses pieds 76 » » (Ibid. 56, 3) ; « A ceux qui s’imaginent que Dieu a envie des sacrifices, il a dit : « Dieu veut la pitié, et non les sacrifices, la connaissance de Dieu, et non les holocaustes 77. » » (Ibid. 56, 4.)

La controverse dura trois jours ; si bien que, de guerre lasse, « Simon quitta la place, de nuit, pour aller à Tyr en Phénicie. » (Ibid. 58, 2.) Les espions à la solde de Pierre rapportèrent : « Simon fait de grands prodiges à Tyr et il y a frappé de stupeur beaucoup d’habitants. » (Ibid. 58, 3.)

Pierre expose la théorie créationniste et anthropomorphique qui perdure encore dans l’enseignement de l’Eglise classique. Dieu a créé la terre à l’intention de l’homme et a donné à celui-ci la maîtrise des êtres qui la peuplent. Dès le commencement l’homme établit légalement une relation de domination sur les plantes et les animaux. Le résultat de deux mille ans de cette histoire sainte est connu. L’état de la planète serait infiniment meilleur si Dieu avait demandé à sa créature de respecter la vie du règne végétal et du règne animal. Simon atteste avec raison la méchanceté de ce Dieu doublée d’un manque de prescience. Si l’homme est capable de jugement à l’encontre du créateur et de son œuvre, il faut qu’un autre Dieu, non impliqué dans la création, suscite en l’homme l’idée contraire d’une création parfaite.

Les textes bibliques offrent une suite d’arguments contradictoires permettant de soutenir la bonté ou la méchanceté du créateur. Il s’agit, de fait, de qualités relatives. Pierre érige en dogme la pétition de principe : une fois posée l’hypothèse de la bonté de Dieu, les textes qui l’affirment sont vrais, les textes qui l’infirment sont faux. Partant de là, Pierre réfute le réquisitoire de Simon basé sur l’exigence rituelle et le goût de Dieu pour les sacrifices. L’indigestion des Hébreux après leur joyeuse bombance de cailles au désert lui suffit à nier l’ensemble des rituels du Temple. Dieu ne demande pas à l’homme de manger les animaux, ni même l’agneau pascal. Le Temple est voué à la ruine parce qu’il perd sa fonction d’abattoir après que le Prophète de vérité a corrigé les Ecritures. La théologie classique, qui veut que Dieu ait offert son Fils en sacrifice pour la rédemption humaine, n’était pas développée lors de la rédaction des prédications de Pierre (l’écrit de base). Dans le cas contraire, Pierre y aurait trouvé l’argument majeur pour soutenir que l’ultime sacrifice valait abrogation des abattages.

L’argumentation de Pierre contre le Temple et les sacrifices le situe dans la mouvance des hellénistes en fuite, par opposition à Jacques, resté à Jérusalem et toujours en faveur auprès des pharisiens. Quand « Jacques, frère de Jésus, nommé Christ, et quelques autres » furent accusés d’avoir « contrevenu à la loi » et furent exécutés sur ordre du grand prêtre (en l’an 62), Flavius Josèphe rapporte : « Cette action déplut extrêmement à tous ceux des habitants de Jérusalem qui avaient de la piété et un véritable amour pour l’observation de nos lois. » (Hist. Anc. des Juifs, XX, 8.) Leur jugement eût été évidemment différent si Jacques avait proclamé l’abrogation des sacrifices et prophétisé la ruine du Temple. Eusèbe de Césarée (citant Hégésippe) ajoute : « A [Jacques] seul il était permis d’entrer dans le sanctuaire, car il ne portait pas de vêtements de laine, mais de lin. Il entrait seul dans le Temple et il s’y tenait à genoux, demandant pardon pour le peuple, si bien que ses genoux s’étaient endurcis comme ceux d’un chameau, car il était toujours à genoux, adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple. A cause de son éminente justice on l’appelait le Juste et Oblias, ce qui signifie en grec rempart du peuple et justice, ainsi que les prophètes le montrent à ce sujet. » (Hist. Ecc. II, 23, 5-7.) Quelles que soient les intentions hagiographiques qui imprègnent le texte, l’attitude de Jacques envers le Temple reste bien éloignée de celle de Pierre.

La tradition pétrinienne, qui soutient fortement la théorie de la succession apostolique pour fonder la vérité évangélique de Matthieu et la légitimité des évêques de Rome, refuse de reconnaître la succession rabbinique qui fonde l’authenticité de la Torah au regard des sages d’Israël. Pierre dit que la loi fut mise par écrit après l’assomption de Moïse et perdue, une première fois, pendant quelque cinq cents ans ; d’où il tire argument pour en nier l’authenticité. La tradition rabbinique veut, au contraire, que la Torah se soit transmise oralement de façon ininterrompue depuis la communication de Moïse avec Dieu. Le Pirqué Avot 78 montre la continuité de la tradition : « Moïse reçut la Torah au Sinaï et la transmit à Josué, Josué aux anciens, ceux-ci aux prophètes, ceux-ci aux hommes de la Grande Synagogue. » (I, 1.) Suivent les noms successifs des survivants de la Grande Synagogue 79.

Pierre ne peut accepter la transmission ininterrompue de la Torah s’il veut l’expurger des passages en contradiction avec la bonté de Dieu, le Père de Jésus. Il doit pouvoir soutenir que le texte a été altéré. C’est ainsi qu’il sauve le Dieu créateur et l’annonce du Prophète tout en dénaturant le texte fondateur. Parallèlement, l’on voit qu’en abrogeant l’ensemble de la Torah, Paul met en péril le Dieu créateur : « Vous êtes morts à la loi par le corps du Christ pour être à un autre, à celui qui a été relevé d’entre les morts. » (Rm VII, 4.) Autrement dit, la parole du Dieu de Jésus Christ n’est pas la parole du Dieu de la Torah.

Pierre désigne Zachée pour lui succéder à Césarée

Le successeur de Pierre doit être désigné parmi les fidèles des plus instruits, qui connaissent le gouvernement de l’Eglise et qui font preuve de tempérance. Il ne doit pas être compté au nombre des impatients qui désespèrent de la parousie : « Mon seigneur tarde à venir ! » (Hom III, 60, 2.) L’autorité monarchique est affirmée : « Le peuple des croyants doit donc obéir à un seul, afin qu’il puisse vivre dans la concorde. » (Ibid. 61, 3.) L’unité du pouvoir est à l’image de l’unité du Principe. La multitude des rois terrestres constitue le contre exemple : « Si un seul est le chef de la totalité, il n’y a plus de motif de faire la guerre, et il y a la paix perpétuelle. » (Ibid. 62, 2.)

De prime abord, Zachée est tenté de refuser la charge que Pierre lui propose. Il ne veut pas porter le titre de chef. Pierre répond : « Si telle est ta crainte, ne sois pas appelé chef, mais ″l’établi″ » (Ibid. 64, 1.) Pierre sort l’argument irrésistible : « Si le gouvernement de l’Eglise du Christ comporte fatigue et péril, la récompense est d’autant plus grande. Mais le châtiment est encore plus grand si l’on avait la capacité et si l’on a refusé. » (Ibid. 65, 1.) Pierre témoigne que le pouvoir de l’évêque est tout puissant : « Ton rôle, à toi, c’est de donner les ordres qu’il faut ; celui des frères, de se soumettre et de ne pas désobéir. S’ils se soumettent, ils seront sauvés ; s’ils désobéissent, ils seront châtiés par le Christ, car à celui qui a la première place a été confié le rang du Christ. » (Ibid. 66, 1.)

Les différentes tâches de l’évêque, des presbytres et des diacres, ici rappelées, trouvent leurs parallèles dans l’Epître de Clément à Jacques. La participation à l’assemblée est une obligation : « Si l’un d’entre vous cesse de se rendre à la réunion, il sera compté au nombre de ceux qui dispersent l’Eglise du Christ et il sera châtié comme ayant pris l’initiative de menées contre les disciples du Christ. » (Ibid. 69, 4.) Les fidèles ont l’ordre d’honorer le trône du Christ comme la chaire de Moïse (sur laquelle sont assis les scribes et les pharisiens) 80, « même si ceux qui ont la première place passent pour des pécheurs » (Ibid. 70, 2). « L’ouvrier mérite son salaire » ; aussi, les fidèles doivent-ils se préoccuper de subvenir aux besoins de l’évêque sans que celui-ci ne le demande comme un mendiant. « Et qu’on ne fasse pas cette objection ; la parole, fournie gratuitement, n’est-elle pas alors vendue ? A Dieu ne plaise ! Si quelqu’un a de quoi vivre et s’il reçoit, celui-là, oui, vend la parole ; mais s’il n’a rien et qu’il reçoive la nourriture pour vivre, comme le Seigneur la recevait dans les repas et chez ses amis, lui qui n’avait rien, alors que plus tard il devait tout posséder, il ne pèche pas 81. » (Ibid. 71, 3.)

Le rituel de l’ordination est d’une grande simplicité : « Pierre imposa la main sur Zachée, en disant : « Maître et Seigneur de l’univers, Père et Dieu, garde le berger avec son troupeau. » (Ibid. 72, 1.) Suit une prière inspirée des Ecritures : « Tu es la cause, tu es la puissance. Nous sommes le secouru, tu es le secours, le médecin, le sauveur, le rempart, la vie, l’espérance, le refuge, la joie, l’attente, le repos, bref, tu es tout pour nous. Pour la possession éternelle du salut aide-nous, protège-nous, garde-nous. Tu peux tout. Tu es le Prince des princes et le Seigneur des seigneurs, le Maître des rois. Donne à celui qui a la première place le pouvoir de délier ce qu’il faut délier et de lier ce qu’il faut lier, rends-le sage ; prends-le pour instrument afin de garder l’Eglise de ton Christ comme une belle épouse. Car à toi appartient la gloire éternelle ; louange au Père, au Fils et à l’Esprit saint pour tous les siècles. » (Ibid. 72, 2-5.) La doxologie trinitaire ne vient pas contredire le dogme de la monarchie divine. Le Fils et l’Esprit ne forment pas (encore) une unité avec le Père.

Pierre reste quelques jours à Césarée, tandis qu’il envoie Clément, Aquila et Nicète à Tyr pour espionner Simon. Là-bas, ils logeront chez Bérénice, la fille de Justa.


46 Une notice d’Eusèbe de Césarée nous donne quelques éléments biographiques d’Apellès (Hist. Ecclés., V, 13) : d’abord disciple de Marcion, il aurait par la suite rejoint le courant gnostique valentinien. Il consacra son œuvre à réfuter les Ecritures qu’il tenait pour des mythes. Dans son angélologie, le créateur juste (et non bon) et le législateur (qui a parlé à Moïse) sont des anges inférieurs. L’allusion à Apellès constitue un élément pour dater la rédaction du texte de la fin du IIème siècle.

47 Pour la tradition pétrinienne, Jésus est un homme parmi les autres, si ce n’est qu’il déploie l’Esprit inné du Prophète de vérité dans sa vie.

49 Citation de Dt XXXII, 7.

50 Cette idée est déjà présente chez les Elchasaïtes qui enseignent que le Christ est d’abord venu en Adam, puis en Jésus.

51 Citation de Mt XXIII, 1-3.

52 Citation de Mt XXIII, 13 ;

53 L’étymologie donnée, qanîtî : qayin (« j’ai acquis, créé / Caïn »), associe le nom de Caïn à « jalousie » par référence à l’âpreté au gain.

54 L’étymologie donnée, hevel ; ével (« tristesse »), associe le nom d’Abel au deuil et à la tristesse.

55 Voir la parabole des cinq talents (Mt XXV, 14-30).

56 Voir note 18

57 Gn I, 26.

58 Gn II, 17 ; III, 6, 19, 23-24.

59 Gn XVIII, 20-21.

60 Gn VIII, 21.

61 Gn XXII, 1.

62 Il s’agit de l’épisode des cailles dans le désert : « La chair était encore entre leurs dents, elle n’était pas encore déchiquetée que déjà la colère de Yahvé s’enflammait contre le peuple et que Yahvé frappait le peuple d’un très grand coup. On appela donc cet endroit du nom de Quibrôth-ha-taawâh, parce que là ils mirent au tombeau les gens du peuple qui avaient été en proie à la convoitise. » (Nb XI, 33-34) Pierre utilise le récit comme justification du régime végétarien.

63 L’argumentation de Pierre s’oppose au récit biblique où l’on voit Caïn faire oblation à Dieu des produits de la terre et Abel, des produits de son troupeau : « Or Yahvé eut égard à Abel et à son oblation, mais à Caïn et à son oblation il n’eut pas égard. » (Gn IV, 4-5.)

64 Pour Philon d’Alexandrie (De vita Mosis, II, 291) et pour Flavius Josèphe (Antiquités juives, IV, 326) Moïse a bien rédigé la Torah lui-même. Il a simplement prophétisé sa propre mort.

65 L’enlèvement miraculeux de Moïse laisse penser qu’il s’agit du corps de gloire, puisque l’on a la référence claire à sa mise au tombeau : « On le mit au tombeau dans la vallée qui est au pays de Moab, en face de Beth-Peor, mais personne n’a connu sa tombe jusqu’à ce jour. » (Dt XXXIV, 6.)

66 Salomon entreprit de construire le Temple « l’an quatre cent quatre-vingt après l’exode des fils d’Israël du pays d’Egypte » (1 R VI, 1). L’édifice fut achevé sept ans plus tard (1 R VI, 37-38). Auparavant, selon la tradition essénienne reprise ici : le Livre de la loi « resta caché » et ne fut pas révélé « jusqu’à l’avènement de Sadoq » (Damas V, 5), le grand prêtre intronisé par Salomon (1 R II, 35). Il fut retrouvé dans le Temple par le grand prêtre Hilquiyahou, sous le règne de Josias, en 622 av. J.-C. (2 R XXII, 8) et fut perdu lors de la destruction du Temple par Nabuchodonosor en 587 av. J.-C. (2 R XXV, 8-9). Le rédacteur ne mentionne pas le relèvement du Temple et la promulgation de la Torah par Esdras et Néhémie au retour de l’exil babylonien.

67 Il s’agit ici d’une citation de l’Evangile de Marc, XII, 24.

68 Agraphon cité par Clément d’Alexandrie : « C’est avec justesse que l’Ecriture, dans le dessein que nous devenions experts dans l’art de raisonner, nous exhorte : « Soyez des changeurs éprouvés », qui réprouvent bien des choses, mais qui gardent ce qui est bon. » (Stromates I, 28, 177, 2.)

69 Ce second agraphon n’est attesté qu’ici même.

70 Mt V, 17.

71 Mt V, 18 ; XXIV, 35.

72 Arrangement de Mt VII, 14, à comparer avec Jn X, 9.

73 Jn X, 27.

74 Mt XI, 28.

75 Mt XVII, 5.

76 Dt XVIII, 15-19.

77 Mt V, 34.

78 Mt IX, 13 et XII, 7.

79 Le Pirqué Avot, « Chapitre des pères », figure dans la quatrième section de la Michnah. Ce traité fut rédigé dans son ensemble au début du IIIe siècle.

80 Siméon le Juste, Antigone de Sokko, Yosé ben Yo’ézer de Cheréda et Yosé ben Yohanan de Jérusalem, Yehochoua ben Perahia et Matthaï d’Arbelles, Yehoudah ben Tabaï et Siméon ben Chètah, Chemayah et Abtalion, Hillel et Chammaï… Dans l’Avot de rabbi Nathan, Aggée, Zacharie et Malachie sont donnés comme maillons intermédiaires entre les prophètes et les hommes de la Grande Synagogue.

81 Mt, XXIII, 2-3.

82 Voir la riposte de Paul à semblable attaque en 1 Co, IX.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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