Le roman pseudo-clémentin


Les homélies - chapitre 1


III - Les homélies


Selon l’Epître de Clément, le titre donné à une première rédaction de l’ouvrage (sensé avoir été rédigé par Clément de Rome) était : « De Clément, abrégé des prédications de Pierre au cours de ses voyages », (Ep Clément 20) Le titre court « Homélies » est tiré d’une indication qui apparaît en Hom I, 20, 2-3 : « Quand j’[Clément]eus mis par écrit, sur ton [Jacques, frère de Jésus] ordre, le discours concernant le Prophète [Jésus], il [Pierre] te fit envoyer le volume de Césarée de Straton, car il avait, dit-il, reçu de toi la consigne de mettre par écrit pour te les envoyer ses entretiens [homélies] et ses actes année par année. »

Pris au cœur d’un récit romanesque, l’enseignement apparaît soit sous forme de prédications attribuées à Pierre, soit sous forme de disputes qui mettent aux prises Pierre et Simon le Mage, l’« ennemi » qui dissimule généralement Paul de Tarse ou Marcion de Sinope. Les kérygmes de Pierre étaient connus aux IIIème et IVème siècles sous le titre : « Pérégrinations de Pierre ». Cette tradition pétrinienne reste attachée à la Torah. Elle prolonge la doctrine des « pauvres » de Jérusalem (les ébionites) et ne reconnaît que l’Evangile de Matthieu.

Chapitre 1

Inquiétudes existentielles et métaphysiques de Clément

ès sa prime jeunesse, Clément montre un caractère qui le porte vers les interrogations existentielles et métaphysiques et l’écarte d’une vie hédoniste, si ce n’est qu’il trouve son plaisir sur de tels questionnements : « Une fois mort, je n’existerai plus, personne ne fera même plus mention de moi, puisque le temps infini emporte tout, de tous, dans l’oubli – je serai non étant, non conscient de ceux qui sont, non connaissant, non connu, non devenu, non devenant – et le monde est-il devenu un jour, et avant de devenir, qu’était-il donc ? (car s’il était depuis toujours, il subsistera, mais s’il est devenu, il sera dissous), et après sa dissolution, que pourrait-il y avoir d’autre, si ce n’est le silence et l’oubli ? Ou alors il y aura quelque chose qu’il n’est pas possible de concevoir aujourd’hui. » (Hom I, 1, 2-5.)

Les tourments qui agitent les pensées de Clément l’amènent à fréquenter les écoles philosophiques. Mais il n’y voit que l’habileté des rhéteurs à soutenir telle thèse ou telle autre contraire, en sorte que « les opinions sur les principes sont supposées fausses ou vraies en fonction de ceux qui les défendent, et ne sont pas considérées selon leur contenu de vérité. » (Ibid. 3, 3.) Il est un moment influencé par la thèse épicurienne : « Pourquoi me fatiguer en vain ? car une chose est claire : si en mourant je n’existe plus, cela n’a aucun sens de m’affliger maintenant que j’existe. C’est pourquoi je réserverai l’affliction pour ce moment-là, où, n’existant plus, je ne serai point affligé. Si en revanche je dois être quelque chose, il est inutile maintenant de m’affliger de surcroît. » (Ibid. 4, 1-2.) Il lit les poètes et s’effraie des récits mythologiques qui dévoilent les châtiments infernaux. Il se rassure en se disant qu’il n’y a là qu’allégories et que rien n’existe de tout cela. Mais, dans le doute il se dit : « Je courrai moins de risque à vivre plutôt selon la piété. » (Ibid. 4, 4.) Est-il seulement possible de vivre dans la paix de l’âme et la tempérance, de se conduire selon la justice de Dieu, sans aucune certitude, se demande Clément.

Clément envisage de se rendre en Egypte, terre de la magie, pour voir une âme : « Je chercherai et trouverai un magicien, et je le persuaderai, moyennant beaucoup d’argent, de pratiquer l’évocation d’une âme, ce qu’on appelle nécromancie, comme si je voulais m’enquérir au sujet de quelque affaire. » (Ibid. 5, 1.) Le but de Clément et de voir une âme afin d’avoir la certitude que les âmes existent. Mais il est dissuadé par un philosophe de tenter une aventure aussi incertaine qui ne pourrait que nuire à sa piété et l’éloigner de la divinité. C’est alors que Clément entend une rumeur, née en Judée sous le règne de Tibère, qui enfle jusqu’à Rome, portée par les voyageurs : « Un homme en Judée a commencé un jour, au tournant du printemps, à annoncer aux Juifs la bonne nouvelle du royaume du Dieu éternel, dont jouira, dit-il, quiconque parmi eux aura réformé sa conduite. Et afin de donner l’assurance que la divinité dont il est rempli lui inspire ces paroles, il accomplit beaucoup de signes étonnants et de prodiges par un seul ordre de sa bouche, montrant ainsi qu’il tient sa puissance de Dieu : il rend l’ouïe aux sourds, la vue aux aveugles, il redresse les cagneux et boiteux, il chasse toutes les maladies, il met en fuite tous les démons. En outre, les lépreux et les galeux, qui ne l’ont vu que de loin, s’en vont guéris par lui ; les morts qu’on lui apporte ressuscitent, et il n’est rien qu’il ne soit capable de faire. » (Ibid. 6, 2-4.)

L’auteur a posé les questions fondamentales auxquelles voudraient pouvoir répondre ceux qui cherchent à donner un sens éternel à leur vie, ceux qui ressentent l’attrait de la philosophie ou même de la magie. Il évite de mesurer son questionnement à la dialectique socratique où à la vision stoïcienne du monde. Il limite la philosophie à un art de la rhétorique et à une indifférence épicurienne. Il annonce que la vérité n’est pas contenue dans un discours académique, mais dans une rumeur venue d’une terre lointaine à peine romanisée. Les miracles accomplis offrent la preuve indubitable que l’homme de Judée est investi de la puissance divine. Dieu parle, que les philosophes se taisent ! Tel est le parti pris de Clément.

Les philosophes alexandrins
opposent la raison à la révélation

Sur une place publique romaine, Clément entend un prédicateur itinérant 14, disciple de cet homme de Judée appelé « Fils de Dieu » (Hom I, 7, 2). Le message est le suivant : les hommes doivent savoir qu’il n’y a qu’un seul dieu ; il attend d’eux qu’ils fassent sa volonté, qu’ils convertissent leurs vies du mal au bien, de l’éphémère à l’éternel. Le choix est entre une bienheureuse éternité ou un châtiment sans fin. Clément est convaincu qu’il doit aller à la rencontre des témoins de cette révélation et embarquer pour la Judée. Au préalable, il pense mettre de l’ordre dans ses affaires. Mais sa réflexion sur la vanité des choses de la vie provoque un départ toutes affaires cessantes : « A la fin, réfléchissant à la nature de la vie, à savoir qu’elle prend au piège, en les dupant par l’espérance, ceux qui sont pressés, considérant en outre tout le temps que m’avaient fait perdre les espoirs dont j’avais été berné, et comment, nous les hommes, nous mourons au milieu de telles occupations, je laissai toutes mes affaires dans l’état et me rendis en hâte à Portus 15. » (Ibid. 8, 3)

Des vents défavorables poussent Clément à Alexandrie où il fréquente « des philosophes 16 » qui ne connaissent pas le prédicateur de Rome ; mais ils ont entendu parler de l’homme de Judée que la rumeur dit « Fils de Dieu » (Ibid. 8, 4). Alors que Clément s’enquiert si quelqu’un l’aurait vu, les philosophes lui répondent : « Il y a là un homme qui non seulement l’a connu, mais qui se trouve être de cette contrée ; c’est un Hébreu, du nom de Barnabé 17, qui prétend être l’un de ses disciples. » (Ibid. 9, 1.) Clément se mêle à la foule attentive à la prédication de Barnabé. Il est sous le charme d’un discours simple qui atteste la vérité des actes et des paroles du « Fils de Dieu ». De nombreux témoins sont appelés à authentifier les dires de l’orateur. Mais les philosophes apportent la contradiction. Ils se raillent d’un discours qui fait fi des règles de la logique. Quelqu’un cherche à embarrasser Barnabé : « Pour quelle raison le moustique, un être si petit, alors qu’il a six pattes, a-t-il encore des ailes, tandis que l’éléphant, le plus grand des animaux, non seulement n’a pas d’ailes, mais n’a que quatre pattes ? » (Ibid. 10, 3.) La question est éludée 18.

L’unique mission de Barnabé consiste à rapporter les paroles et les actions « de celui qui nous a envoyés 19 » (Ibid. 10, 5). Il n’est pas de taille à philosopher. Clément intervient en soutient, avant d’accueillir le prédicateur dans sa maison. Il imagine ce que Dieu pourrait dire aux Grecs qui se moquent : « J’ai maintenant, à l’approche de la fin du monde, envoyé des hérauts pour annoncer ma volonté. Mais ils sont moqués, outragés, raillés par ceux qui refusent tout secours et qui ont obstinément repoussé mon amitié. » (Ibid. 11, 11.) Ils sont « ennemis de Dieu », ceux qui ruinent l’argumentation qui mène au salut. A ceux qui se demanderaient pourquoi Dieu a attendu si longtemps pour faire connaître sa volonté, celui-ci répondrait que dans les temps précédents, nul héraut n’aurait échappé au traitement indigne qu’Alexandrie réserve à Barnabé. Aussi, la parole demeura-t-elle secrète, expliquerait Dieu, « comme chose de grand prix, non pour ceux qui dès le commencement en étaient dignes – à eux, je l’ai effectivement communiquée –, mais pour ceux, et pour leurs semblables, qui, comme vous le voyez, sont indignes, me haïssent et ne veulent pas s’aimer eux-mêmes. » (Ibid. 12, 2.)

Clément demande à Barnabé de lui délivrer un abrégé de la doctrine de façon qu’il adapte le discours simple à l’entendement philosophique et le supplée dans sa prédication : « Contente-toi de m’exposer les paroles que tu as entendues de la bouche de cet homme qui est apparu, et moi, en y ajoutant les ornements de mon propre discours, je proclamerai le dessein de Dieu. » (Ibid. 14, 1) Barnabé décline la proposition. Il ne restera pas plus longtemps dans ce pays indigne de la révélation. Il propose à Clément de s’embarquer avec lui sur-le-champ et de gagner la Judée pour y fêter la Pâque. C’est là la meilleure façon, lui dit-il, de « t’enquérir de nos particularités et [d’]apprendre ce qui t’est utile » (Ibid. 14, 3). Mais Barnabé part seul ; Clément le rejoindra après avoir recouvré une créance à Alexandrie 20.

La prédication à Rome est fondée sur la doctrine du jugement dernier. On comprend que les philosophes d’Alexandrie ne puissent donner leur assentiment à un postulat indémontrable. Rien ne permet d’affirmer qu’un jour viendra où siègera le tribunal de Dieu. L’argumentation de Barnabé se fonde sur l’autorité de cet homme de Judée qui est dit « Fils de Dieu ». Les prodiges qu’il accomplit apportent la preuve de sa filiation et Barnabé appelle les témoins. Les éléments d’opposition entre la pensée philosophique et la foi en la révélation sont schématiquement réunis. La première ne peut trouver la sagesse sans s’appuyer sur la vérité des faits et la raison. Elle prononce un discours intelligible. La seconde se base sur la foi, c’est-à-dire sur la confiance totale accordée non seulement au « Fils de Dieu », mais encore aux disciples et aux témoins qui en rapportent les actes et les paroles. Plus les prodiges sont invraisemblables, plus l’authenticité du prophète et de ses envoyés est attestée. La crédulité ne se mesure pas à la logique.

Clément rencontre Pierre à Césarée

Clément s’embarque rapidement pour la Judée et parvient à Césarée de Straton 21. Il retrouve Barnabé qui le présente à Pierre, « le plus versé dans la sagesse de Dieu » (Hom I, 15, 6). Auparavant, il a appris que Pierre débattrait le lendemain avec « Simon, Samaritain de Gitthon 22 » (Ibid. 15, 2) Barnabé a parlé à Pierre des « dispositions d’esprit » (Ibid. 16, 4) de Clément. Pierre accueille celui-ci avec gratitude : « Tu seras bienheureux. » (Ibid. 16, 2) et le convie à faire route avec son groupe de disciples jusqu’à Rome. C’est ainsi qu’il recueillera la doctrine, au fur et à mesure des « homélies ». Clément devient le secrétaire de Pierre, chargé du compte rendu de la prédication, qui sera adressé à Jacques, le frère de Jésus, pour contrôle d’orthodoxie.

Clément rappelle son propre questionnement, dont les réponses doivent être données par l’enseignement de Pierre : « L’âme se trouve-t-elle être mortelle ou est-elle immortelle ? et si elle est éternelle, doit-elle être jugée pour les actions qu’elle a commises ici-bas ? et quelle est l’action juste qui plaît à Dieu ? le monde a-t-il été créé, et pour quelle raison l’a-t-il été ? ne sera-t-il point dissous ? sera-t-il dissous ? et deviendra-t-il meilleur, ou n’existera-t-il plus du tout ? » (Ibid. 17, 2-4.)

La doctrine du vrai Prophète

Première homélie

Pierre compare la société à une demeure enfumée. La promiscuité, la négligence et la licence ont favorisé l’évolution de la corruption humaine. « Les amis de la vérité » doivent crier au secours pour que, de l’extérieur, quelqu’un leur vienne en aide, ouvre la porte, que la maison se désenfume et que pénètre la lumière du soleil. « Or, cet homme qui vient au secours, je l’appelle le vrai Prophète 23. » (Hom I 19, 1.)

Les hommes ont difficilement accès à la vérité. Comme le disait précédemment Clément : « Toute thèse se réfute et se démontre, et la même passe pour vraie ou fausse selon le talent de celui qui la défend. » (Ibid. 19, 2.) C’est la raison pour laquelle « la cause de la piété dans son ensemble a eu besoin d’un vrai Prophète, afin qu’il nous dise comment sont les choses dans la réalité, et ce qu’il faut croire sur tous les sujets. » (Ibid. 19, 4.) L’authenticité de celui à qui a été confié le soin d'enseigner « le chemin de vérité » se vérifie au préalable par l’annonce prophétique, puis par sa prescience et la réalisation de ses propres prophéties : « Est Prophète de vérité celui qui connaît toutes choses en tous temps, celles du passé comme elles ont été, celles du présent comme elles sont, celles du futur comme elles seront. Il est exempt de faute et plein de piété. » (Ibid. II, 6, 1.) Le jugement excellent sur ses paroles et sur ses actes étant acquis une fois pour toute, « les hommes de vérité » lui accordent définitivement leur foi en toutes circonstances. C’est ainsi que les ignorants ont accès à la connaissance véritable : « Car l’ignorance n’est pas bon juge de la connaissance, de même que la connaissance ne peut, par nature, juger véritablement la prescience, mais c’est la prescience qui met la connaissance à la disposition des ignorants. » (Ibid. 11, 3.) Chacun juge de ce qui est vrai et de ce qui est faux par référence au Prophète. Clément a été remis « sur le droit chemin » par Barnabé en choisissant la prophétie plutôt que la philosophie.

Qui cherche la vérité ignore ce qu’elle est. Si bien que celui qui viendrait à la trouver ne la reconnaîtrait pas. Une conduite raisonnable peut être enseignée, sans pour autant que la vérité soit communiquée. Les philosophes « qui ont un jour cherché le vrai en croyant qu’ils pouvaient le trouver par eux-mêmes ont été pris au piège » (Ibid. 7, 1). Ils appliquent aux choses invisibles les catégories du monde visible. Ils confondent « le devenir » et « l’être ». Pierre pense aux sophistes, « les amis de la parole – et non de la sagesse – » (Ibid. 8, 3), qui s’accordent sur des notions plutôt que d’autres sans savoir lesquelles sont vraies, lesquelles sont fausses. La satisfaction de leurs désirs les amène à choisir une opinion ou une autre, en sorte que la vérité semble multiple ; ce qui est impossible. Le vrai n’est pas l’intérêt, mais ce que le Prophète juge tel : « Il faut faire confiance, de préférence à tous, à celui qui, seul parmi les hommes, sait sans même avoir appris (…) à celui qui possède la prescience grâce à l’esprit divin qui est en lui. » (Ibid. 10, 2-3.) Le Prophète ne peut ni mentir, ni faire erreur. Il est infaillible : « C’est pourquoi, si quelque propos, parmi tous ceux qu’il a tenus, nous paraît ne pas avoir été dit de manière juste, il faut savoir que ce n’est pas le Prophète qui s’est mal exprimé, mais que c’est nous qui n’avons pas compris la justesse de son propos. » (Ibid. 11, 2.) De même, Pierre prévient Clément : « A l’avenir, prête attention aux discussions que j’aurai avec ceux du parti opposé 24. Et si j’ai le dessous, je ne crains pas que tu en viennes à douter de la vérité qui t’a été transmise, car tu sais que c’est moi qui ai l’air d’être vaincu, et non la doctrine qui nous a été transmise par le Prophète. » (Ibid. I, 20, 5.) L’enseignement du Prophète de vérité se résume à trois propositions : 1) il y a un seul Dieu ; 2) le monde est son ouvrage ; 3) il est juste et, un jour, il jugera chacun selon ses actes.

Pierre expose la doctrine du Prophète à Clément le premier jour de leur rencontre à Césarée. Il poursuit le deuxième jour, alors que Clément est accueilli parmi les seize disciples 25. Le premier cité est Zachée, le collecteur d’impôts que l’on connaît par l’Evangile de Luc 26. Entre-temps, avant le repos de la nuit, Pierre prend son repas et invite Clément qui n’est ni circoncis, ni baptisé à prendre le sien à part : « Que Dieu t’accorde de devenir semblable à moi en tout point et, une fois baptisé, de partager ma table 27. » (Ibid. II, 22, 5.) A la demande de Pierre, Clément « met en ordre » (Ibid. I, 20, 2) la prédication sur le Prophète de vérité et l’on peut penser qu’il lui confère « la beauté du style » (Ibid. 16, 3) avant de l’adresser à Jacques.

Le vrai Prophète est d’abord Adam, porteur de la connaissance première. En une suite de réincarnations ou de possessions de l’esprit prophétique, il fut Abraham, Noé, Moïse. Jésus est sa dernière manifestation. Doté de la connaissance véritable, son jugement est indiscutable.
La doctrine de l’autorité du vrai Prophète est fondamentale, puisque le reste de l’enseignement et sa réception par les disciples dépendent d’un cet acte de foi. A la différence du discours philosophique qui fonde la connaissance sur la recherche des faits et la logique du raisonnement, la prédication ou le discours théologique enseigne une connaissance déjà là a priori, délivrée par le Prophète de vérité. Alors que tout homme peut devenir philosophe en se défaisant des opinions et en purifiant son âme, pour contempler les réalités intelligibles et connaître la vérité de l’être, par opposition à l’erreur du devenir, nul homme n’est libre d’accéder à la vérité issue de la révélation. Il doit en effet entendre la doctrine de qui l’a reçue du vrai Prophète ou d’un médiateur légitime. La vérité est revêtue d’un sceau qui certifie la médiation, sans lequel elle n’est pas recevable. Non seulement le vrai Prophète est infaillible, mais celui qui le représente légitimement l’est également. La théologie ne pouvant prétendre chercher la vérité, elle veut la comprendre. La connaissance ou gnose légitime est un concept clé de l’initiation à la piété et à la théologie des Homélies. Liée à l’obéissance et, par conséquent, à la crainte de Dieu, elle ne va pas sans une foi à toute épreuve.

Les premiers disciples de Jésus ont jugé qu’ils étaient en présence du Prophète de vérité. Ils lui ont fait confiance. Mais, aujourd’hui, nous ne recevons son enseignement qu’à travers une longue chaîne de médiation 28, ce n’est plus seulement au Prophète qu’il nous est demandé d’accorder notre confiance, mais à cette filiation traditionnelle dont nul ne peut dire ni si elle se raccroche effectivement à Jésus, ni si elle est réellement ininterrompue, ni si elle porte la bonne interprétation de l’enseignement initial. Bien loin de fournir la preuve de l’authenticité, la chaîne de filiation, par la difficulté que nous avons à l’appréhender, laisse douter de la vérité du message tel qu’il nous parvient.


14 Dans les Reconnaissances, le prédicateur est Barnabé, alors que dans les Homélies, Clément ne le rencontre qu’à Alexandrie.

15 Il s’agit du port construit par l’empereur Claude (41 – 54) au nord de l’embouchure du Tibre.

16 Au moment de la rédaction des Homélies le philosophe Ammonios Saccas (fin IIe s. – début IIIe s.) enseigne à Alexandrie. Il fonde le néo-platonisme après avoir abandonné le christianisme. Plotin et Origène seront ses disciples.

17 Barnabé est compagnon de Paul jusqu’à ce qu’il rejoigne le parti judéo-chrétien de Pierre (Ga II, 13). La rupture est rapportée aussi brièvement que possible par les Actes des apôtres : « On s’exaspéra, en sorte que chacun se retira de son côté. Barnabé prit Marc et s’embarqua pour Chypre. » (Ac XV, 39.) Une tradition datée du IIe s. veut que Marc ait été le premier évêque d’Alexandrie.

18 La théorie de l’évolution des espèces apporte les réponses à ce genre de question.

19 Les envoyés vont par deux pour que leur témoignage soit valable.

20 Cette histoire de créances à recouvrer trouve mieux sa place à Rome. Le récit des Reconnaissances est plus logique (voir note 1).

21 La ville est le lieu de résidence des procurateurs romains en Palestine.

22 La même présentation de Simon se trouve dans l’œuvre de Justin et dans les Constitutions apostoliques. Les Actes des apôtres (VIII, 4-25) dressent de Simon, le mage, un portrait si outrancier qu’il est difficile de rétablir sa véritable personnalité. Au Ier siècle, il devait être un personnage religieux de renom. Considéré comme le premier grand hérétique, il devient la bête noire et le faire-valoir de Pierre dans le Roman pseudo-clémentin.

23 L’enseignement de Pierre sur « le vrai Prophète » fait parti de l’écrit de base qui appartient à la tradition judéo-chrétienne la plus ancienne que portent les Homélies. Dans le texte de base, le vrai Prophète n’apparaît ni comme « Fils de Dieu », ni comme « Christ ».

24 Il s’agit de Simon (le mage), de Paul et de Marcion, tous trois confondus dans la même hérésie, même si Simon est le seul à être clairement nommé.

25 Ils sont douze dans les Reconnaissances (Rec I, 14, 5 – 17, 1).

26 Lc XIX, 1-10. Le récit, propre à l’Evangile de Luc, ne présente pas un caractère d’authenticité.

27 Où l’on voit que l’évangile de Paul est refusé par Pierre et la tradition pétrinienne : « Avant que soient venus des gens de Jacques, ils mangeait avec les nations ; mais quand ils sont venus, il s’est dérobé et s’est mis à part, craignant les circoncis. » (Ga II, 12). Paul atteste que Jacques, le frère de Jésus est le maître de l’orthodoxie.

28 Les documents écrits ont toutefois modifié les séquences de la chaîne de médiation. Le rédacteur est un médiateur qui transmet l’enseignement hors de la succession des générations.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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