Connaissance des textes


Philosophie critique


Philosophie critique

AMMONIOS SACCAS
(IIIe siècle)

es deux sources majeures pour connaître ce philosophe viennent de Porphyre : La Vie de Plotin et un passage du Contra Christianos conservé par Eusèbe (HE 6, 19).
Plotin est le disciple d’Ammonios pendant onze années, avant qu’il ne prenne part à l’expédition de Gordien en Orient, dans le but de découvrir la philosophie des Perses et des Indiens (VP 3, 6-21).
Selon Porphyre, Ammonios aurait été un apostat du christianisme. Il aurait enseigné à Origène avant de se convertir au christianisme (R. Goulet a tenté de démontrer qu’il était peu probable qu’Ammonios ait été un apostat et, surtout, qu’il ne fallait pas confondre Origène le chrétien avec Origène le platonicien).

APOLLONIOS DE TYANE
(env. 3 av. - env. 97 apr. J.-C.)

’essentiel de ce que nous savons d’Apollonios de Tyane provient de l’ouvrage de Philostrate : Vie d’Apollonios de Tyane. Il dit tenir ses informations du philosophe Damis, originaire de Ninos, disciple d’Apollonios, mais dont l’existence a été fort controversée. Il s’agit d’une biographie romancée, en huit livres, rédigée à la demande de l’impératrice Julia Domna.

Apollonios est né en 3/4 av. J.-C. à Tyane, en Cappadoce. Il étudie la rhétorique avec Euthydème de Phénicie et la philosophie auprès du pythagoricien Euxène d’Héraclée. Vers l’âge de seize ans, il adopte la règle ascétique et s’établit dans un sanctuaire d’Asclépios pour se consacrer au dieu. Dans la tradition pythagoricienne, il se voue au silence durant cinq années. Puis il parcourt l’Asie Mineure jusqu’en Inde. Il rencontre les mages et les gymnosophistes d’Ethiopie. Il apaise les querelles politiques et les dissensions entre cités grâce à des pouvoirs extraordinaires ; ce qui ne l’empêche pas d’être inquiété par Néron et Domitien. Arrêté, il réussit à s’évader en usant de pouvoirs magiques. Il fuit vers la Grèce et meurt à Ephèse.

Il aurait été proche de Vespasien, de Titus et de Nerva. On connaît les titres d’un certain nombre d’œuvres d’Apollonios, pour la plupart perdues : Sur les sacrifices, Testament, Sur la divination astrologique, Vie de Pythagore, Hymne à la mémoire, Apologie et les Lettres, dont l’authenticité n’est pas toujours certaine. Elles sont adressées à des cités, à des personnages politiques éminents, à des philosophes. Elles concernent les affaires religieuses, les coutumes, les questions éthiques, la législation, les querelles philosophiques, le pythagorisme. L’existence de Lettres écrites par Apollonios n’est guère mise en doute ; en revanche, l’authenticité des soixante-dix-huit lettres qui nous sont parvenues est très discutée.

Référence : The Letters of Apollonios of Tyana, a critical text with prolegomena, translation and commentary by Robert J. Penella (Lugduni Batavorum E. J. Brill, Leiden 1979)

APULEE
(env. 125 - 170/180)

riginaire de Madaure, Apulée vient rapidement à Carthage pour y apprendre l’éloquence. Attiré par tout ce qui se réclame d’une spiritualité mystique, il se rend à Athènes où il devient un adepte du platonisme. Puis il parcourt une partie de l’Asie en vue s’initier aux cultes orientaux : mystères d’Eleusis, de Mithra, d’Isis, culte des Cabires. Il y cherche le « secret des choses ». Il rentre ensuite à Carthage où il devient un avocat et un rhéteur célèbre.

Le roman des Métamorphoses, appelé, dès l’Antiquité, L’âne d’or, est l’œuvre la plus célèbre d’Apulée. Il s’agit d’une sorte de roman picaresque aux aventures très mouvementées. Œuvre complexe, les Métamorphoses ont donné lieu à des lectures très différentes, voire opposées. Les interprétations vont du roman initiatique, selon Merkelbach, au roman d’aventures, selon Grimal. Celui-ci admet toutefois que le conte d’Amour et de Psyché doit se lire selon une clé platonicienne qui renvoie au mythe du Phèdre. L’attention peut également se tourner vers les aspects religieux de l’œuvre. Le culte de Lucius pour Isis représente un bon témoignage de ce que Festugière a appelé « la religion personnelle » et que Veyne a analysé comme « une nouvelle piété ».

Outre Platon et ses doctrines, qui donne la première biographie de Platon et représente un témoin précieux du moyen platonisme, et De l’interprétation, qui constitue le premier traité de logique formelle rédigé en latin, Le dieu de Socrate propose une théorie des démons qui dépend largement d’un platonisme tourné vers la théologie et la mystique. Comme les dieux habitent l’éther et les hommes la terre, les démons résident dans l’air dont ils ont la nature. Apulée distingue les démons-âmes et les démons-supérieurs qui assurent les échanges entre le ciel et la terre. Parmi eux, les démons-guides accompagnent les mortels dans leur vie et les conduisent devant le juge suprême à leur mort. Apulée pense que Socrate a pu « voir » son démon, de même que, chez Homère, Achille voyait Athéna.

APRISTIDE AELIUS
(117 - env. 187)

rateur grec né en Mysie et citoyen romain de la province de Smyrne, Aristide se destine à la profession de rhéteur. Il étudie à l’école d’Alexandre de Cotiaion (le précepteur de Marc Aurèle), suit à Smyrne les leçons des sophistes Aristoclès de Pergame et Polémon de Laodicée et rencontre à Athènes Hérode Atticus. Il voyage en Egypte (141-142) et à Rome (143-144). Au cours de ce dernier voyage, la maladie, qui le conduit au sanctuaire d’Asclépios de Pergame (145-146), se déclare de façon définitive. Il séjourne au sanctuaire plusieurs années et se voue au dieu qui le gratifie de l’éloquence. Il s’installe ensuite à Smyrne où, après avoir refusé les magistratures officielles, il enseigne la rhétorique. Il considère que cette discipline revêt un caractère englobant et qu’elle achève toutes les autres.

Il reste d’Aristide Aelius cinquante-trois Discours, représentatifs du style atticiste, de l’état social de l’époque des Antonins et de l’essor de la seconde sophistique dont il est l’un des représentants majeurs. Les Discours Sacrés sont constitués de six discours indépendants rapportant les visions et les songes d’Aristide durant son séjour au sanctuaire d’Asclépios, ainsi que les miracles favorisés par le dieu. L’essentiel de l’interprétation des songes et de l’activité religieuse met l’accent sur l’importance de la thérapie par le « logos », à une époque caractérisée par le primat de la rhétorique sur toutes les autres disciplines intellectuelles. Il définit la rhétorique comme une discipline de valeur absolue, capable de produire les individus comme tels et d’accomplir leur humanité.

ATTALE
(Ier s. av. - Ier s. apr. J.-C.)

hilosophe stoïcien, Attale fut un des maîtres de Sénèque, aux côtés du pythagoricien Sotion, qui initia son élève au végétarisme, et de Q. Sextius Niger, qui lui enseigna l’examen de conscience. Attale fut exilé sous Séjan, le favori de Tibère.

Son enseignement porte en premier lieu sur la morale et utilise le procédé de la diatribe. Attale prône un ascétisme rigoureux (sur lequel nous renseigne Sénèque dans sa Lettre 108). Il s’intéresse également aux modes de divination. Dans ses Questions naturelles, Sénèque nous dit qu’il a revu la tradition étrusque à la lumière de la doctrine grecque (probablement de la philosophie stoïcienne) à propos de la distinction des signes donnés par la foudre (NQ 2, 50). Un rapprochement peut être fait avec le De Divinatione (1, 74) de Cicéron qui évoque les « libri fulgurales » des Etrusques. Attale eut une influence évidente sur le mode de vie de Sénèque comme sur certains aspects de son œuvre.

ATTICUS
(IIe siècle)

près Taurus, Atticus fut le maître de l’école platonicienne. Il pourrait avoir détenu la première chaire de philosophie platonicienne instaurée par Marc Aurèle à Athènes en 176. C’est à cette occasion qu’il aurait polémiqué contre les péripatéticiens et contre Aristoclès, le maître d’Alexandre d’Aphrodise. Il ne nous reste de l’œuvre d’Atticus que quelques fragments. Son maître ouvrage semble avoir été le traité Contre ceux qui se flattent d’interpréter Platon par Aristote. Atticus prend pour cible les péripatéticiens et les platoniciens qui inclinent au compromis avec l’aristotélisme. Il récuse le dogme aristotélicien de l’éternité du monde (frag. 4) au profit d’une exégèse littérale du Timée (comme celle de Plutarque) : « la volonté et la puissance divine » produisent le monde « dans le temps » et le préservent de toute corruption. Il oppose au « Premier moteur » d’Aristote la notion de « Providence », puissance unique qui régit l’univers entier (frag. 3 et 8).

Le dieu d’Atticus réunit le démiurge du Timée et la nature du Bien. A la manière d’Alcinous, Atticus admet trois principes : la Matière, les Idées, Dieu (frag. 26). Mais, à la différence d’Alcinous, Atticus ne fait pas des Idées les pensées de Dieu : ce sont des objets indépendants (frag. 28). Il fait grief à Aristote d’avoir réservé l’immortalité au seul « Noûs », quand c’est l’âme dans son ensemble qui doit être tenue pour immortelle (frag. 7).

Commentaire du Timée : le monde a été engendré « selon le temps » ; non « selon la cause ». Avant que le démiurge ne produise le « Cosmos », existent déjà de toute éternité : une matière agitée d’un « mouvement désordonné », un temps nombre de ce mouvement, et une « âme malfaisante qui meut cette matière » (frag. 19 et 23). La production du monde consiste donc dans l’imposition simultanée de l’ordre à la matière et de l’intellect à l’âme désordonnée par la volonté du démiurge. L’insistance d’Atticus sur la production temporelle du « Cosmos » est la conséquence de son « providentialisme » : un univers non engendré rendrait toute providence inutile (frag. 4).

Référence : Atticus, Fragments. Texte et traduction par E. Des Places (« Les Belles Lettres », Paris 1977)

CELSE
(IIe siècle)

latonicien, Celse est aussi imprégné de stoïcisme et connaît bien les écritures juives et chrétiennes. Auteur d’un grand ouvrage contre le christianisme, Le Discours Véritable, composé vers 178, Celse est pratiquement inconnu. Son livre est perdu, mais il peut être presque intégralement reconstitué grâce à la réfutation qu’en fit Origène vers 248 (à la demande d’Ambroise) : Contre Celse.

Le Discours Véritable contre les chrétiens constitue une critique vigoureuse et parfois violente. L’enseignement chrétien n’est, du point de vue de l’auteur, que sottise et immoralité. Il oppose aux chrétiens l’immutabilité et l’impassibilité de Dieu et leur reproche leur anthropomorphisme en matière théologique. A ses yeux, l’incarnation divine est incompatible avec la souveraine bonté et la parfaite beauté de Dieu. On voit que Celse n’est pas seulement l’apologiste du polythéisme ; il est, comme l’a bien vu A.-J. Festugière, le tenant de la transcendance du Dieu suprême. Celui-ci est sans forme et ineffable. Il ne peut être connu que par voie analogique de séparation et de synthèse (qui correspond à la voie de l’éminence chez Alcious) (A. Petit). Selon C. Moreschini, Celse aurait appartenu, avec Numénius et Atticus, au courant le plus religieux du moyen platonisme.

Référence : Celse contre les chrétiens, la réaction païenne sous l’Empire romain. Restauration, analyse et texte intégral du Discours Vrai par Louis Rougier (Ed. Copernic, Paris 1977)

EPICTETE
(env. 50 – env. 125)

é à Hiéropolis, en Phrygie, Epictète est amené à Rome comme esclave et affranchi par son maître Epaphrodite. Il devient le disciple et l’ami du philosophe stoïcien Musonius Rufus. Probablement chassé de Rome par un décret de Domitien qui bannit de la ville tous les philosophes (94), Epictète s’établit à Nicopolis, en Epire, où il dirige une école fréquentée par de nombreux disciples. L’un d’eux, Arrien, nous a conservé, sous le titre de Diatribes (ou Entretiens), un grand nombre de propos du maître. La question se pose des rapports d’Epictète avec le christianisme. Il connaissait les chrétiens mais ne les appréciait guère. Les parallèles que l’on note entre les deux doctrines ne peuvent être considérées hors des notables différences, quels que soient les emprunts du christianisme au stoïcisme. Arrien a également publié un Manuel d’Epictète qui est un résumé de la morale stoïcienne. La fortune du Manuel fut considérable, tant chez les païens que chez les chrétiens. Il a constitué une source privilégiée de la connaissance du stoïcisme, au point de faire d’Epictète la figure quasi emblématique de cette école.

Références : Entretiens. Ed. J. Souilhé, rév. A. Jagu (« Les Belles Lettres », Paris 1948-69)
Manuel, in « Les Stoïciens », Ed. P.-M. Schuhl (« La pléiade », Ed. Gallimard, Paris 1962)

HERMETICA PHILOSOPHICA
(Ier – IIIe siècle)

’adjectif « Trimégiste » Trois fois grand »), abrège la formule « megistos kai megistos theos, megas Hermês » (« le très grand, très grand Dieu, le grand Hermès »), traduction maladroite de l’égyptien hiéroglyphique (ou démotique) « aâ aâ aâ ur » (« grand, grand, très grand ») où la répétition exprime une sorte de superlatif. Les nombreux auteurs de langue grecque vivant en Egypte (IIIe siècle av. - IIIe siècle apr. J.-C.) qui attribuèrent leurs écrits à Hermès Trimégiste, conscients de transmettre un savoir rare et secret, des pensées divines et profondes, pouvaient juger naturel de les attribuer à Thot, le maître de « la Maison de vie » (le scriptorium des temples) que, depuis Hérodote, les Grecs assimilaient à leur Hermès (J.-P. Mahé). On distingue ordinairement les Hermetica en deux catégories : les « ouvrages de sciences occultes » et les Philosophica.

Les ouvrages des sciences occultes : Ce sont les plus anciens. Ils se classent, selon Festugière, en écrits astrologiques (à partir du IIIe – IIe s. av. J.-C.), alchimiques (à partir des IIe – Ier s. av. J.-C.) et magiques (papyri des IVe – VIIe s. apr. J.-C., mais textes plus anciens). « En ce qui concerne l’hermétisme populaire, écrit Festugière, il apparaît tout d’abord que cette littérature hermétique n’eut rien de propre ni d’original. Le nom d’Hermès a couvert un mouvement qui se rencontre tout identique, sous le patronage d’autres prophètes… Le résultat n’eût pas été différent si, comme d’autres savants, j’avais choisi pour auteurs les « mages hellénisés » (Zoroastre, Ostanès, Hystaspe) ou les prophètes juifs (les écrits salomoniens couvrent également le triple champ de l’astrologie, de l’alchimie et de la médecine occulte) ou Apollonius de Tyane. D’un mot, il n’y a pas d’occultisme proprement hermétique, en ce sens que les écrits du Trimégiste sur ces matières n’apportent rien de neuf. » (réf. Conclusion vol. 1). L’intérêt de ce mouvement, tout ensemble scientifique et religieux, qui a exercé une si grande influence à la période hellénistique et gréco-romaine, reste important. « La science n’est plus distinguée de la religion ; l’exercice de piété prend désormais la place de l’effort rationnel ; la connaissance des secrets divins est, au sens vrai, une illumination. Cette connaissance d’un type nouveau, que l’on est convenu de nommer « gnose » pour la distinguer de la connaissance purement rationnelle, est fonction directe de la piété. » Tout savoir se résume en cet unique savoir : qui communique avec Dieu, puise à la source même d’où toute vérité découle.

Les Hermetica Philosophia : Ils datent probablement des trois premiers siècles apr. J.-C.. Ils empruntent souvent aux « ouvrages de sciences occultes ». Ces écrits se partagent matériellement en trois groupes : le Corpus Hermeticum, le Discours Parfait dont il ne subsiste plus, sous le nom d’Asclepius, qu’une traduction latine attribuée par erreur à Apulée, enfin des extraits nombreux et fragmentaires.
Les Hermetica constituent une méthode de conduite spirituelle dont l’authenticité se trouve étroitement liée à l’Egypte et au milieu alexandrin où elles sont nées. Il semblait évident à tous, comme l’écrit Platon (Timée, 22 b), qu’à la différence des autres nations, maintenues dans une enfance perpétuelle par l’anéantissement de leurs archives au cours de catastrophes récurrentes, seuls les Egyptiens, protégés par le Nil, conservaient la mémoire authentique des origines. Par conséquent c’est, en principe du moins, à l’Egypte qu’on la devait et toutes les lumières qu’on recueillait, ici où là, chez Platon comme chez Moïse, pouvaient être à bon droit restituées à leur inventeur primitif, le maître des sages égyptiens, Hermès Trimégiste.
L’hermétisme est une voie et non un système. « La voie hermétique comporte trois étapes que l’âme humaine parcourt, successivement guidée et transportée par les trois facultés dont elle a été gratifiée par Dieu, la gnose, le discours et l’intellect. La fonction première des Hermetica est donc de jalonner cet itinéraire en fortifiant progressivement, chez le disciple, les capacités requises pour la portion de route qui lui reste à franchir. » J.-P. Mahé tente, sinon de reconstituer le parcours, du moins un reclassement des textes en fonction des trois étapes auxquelles ils se rapportent.

1) « L’appel à la gnose » comme appel à recevoir « le baptême de l’intellect » (CH. IV) à la suite duquel l'effort intellectuel devient indissociable de la piété (CH. 1, 27 ; VI, 5 ; IX, 4 ; FH. 10).

2) « Les enseignements du discours », comme deuxième étape, comportaient une doctrine portant pour l’essentiel sur « les êtres » (CH. 1, 1, 3 ; SH. XI, 1), notamment les âmes (les trois principaux êtres étant : Dieu, le monde et l’homme) et sur les « énergies » agissant sur eux.

3) « L’illumination de l’intellect » comme troisième étape consistait à s’adonner à des exercices spirituels et à participer au mystère hermétique de « régénération » (vision de soi-même hors du monde). L’intellect étant une faculté à la fois contemplative, imaginative et enthousiaste, qui dilate et élève la conscience au-delà d’elle-même, les exercices s’efforceront d’actualiser et de développer, par une pratique répétée, les dispositions latentes de l’âme dans ces trois directions.

Ne cherchons pas dans les Hermetica l’exposé d’un système. La seule cohérence qu’on y trouve est celle de la progression sur la voie de la « régénération ». Mais cette progression n’est pas régulière et uniforme, car la voie est ardue (CH. IV, 9). Le but est clairement désigné mais on n’y parvient pas d’un coup. Il faut des exercices nombreux et variés, inlassablement répétés (CH. IV, 11 ; X, 21 ; XI, 21).
(Réf. : L’excellent exposé de P.-P. Mahé in « Encyclopédie Philosophique Universelle)».

Références : La révélation d’Hermès Trimégiste, par le R. P. Festugière (3 vol. « Les Belles Lettres », Paris 1983)
Hermès en Haute Egypte (tome 1 : Les textes hermétiques de Nag Hammadi et leurs parallèles grecs et latins ; tome II : Le fragment du discours parfait et les définitions hermétiques arméniennes) par Jean-Pierre Mahé (Les Presses de l’Université de Laval, Québec 1978-1982)
The Hermétic Corpus (tractates 1 : « Poimandrès and 7 : That the greatest human evil in unacquointance with God »), in « The Gnostic Scriptures », a new translation with annotations and introductions by Bentley Layton (SCM Press Ltd, London 1987)

MARC AURELE
(121 – 180)

é d’une famille patricienne originaire d’Espagne, il succède à Antonin (161), son père adoptif, pour régner sur l’Empire jusqu’à sa mort. Si son expérience politique transparaît peu dans son œuvre, c’est bien au cours des campagnes danubiennes qu’il rédigea une partie des notes qui devaient aider à constituer la collection en douze livres des Pensées.

Pensées (ou Méditations) : Le titre grec signifie « Pour moi-même » ou « Les choses qui me concernent ». L’ouvrage célèbre, sous toutes ses formes, la gloire de l’unité, du principe directeur de chacun au principe universel de toutes choses qu’on nomme « monde », « nature », « dieu » ou « raison ». Il a été composé en grec. Le stoïcisme, plus précisément Epictète, nourrit l’essentiel de la pensée de Marc Aurèle. Mais, en elle, d’autres influences philosophiques se manifestent clairement : Héraclite, Socrate, Platon et même Démocrite ou Epicure. Ne cherchons donc ni un système ni un discours édifiant dans la pensée de Marc Aurèle, puisque ses pensées ne renvoient qu’à « lui-même », mais simplement le témoignage de la vie d’un homme libre.

NUMENIUS D’APAMEE
IIe siècle
(121 – 180)

l est fait mention de Numenius dans les Stromates de Clément d’Alexandrie, ce qui autorise à le situer dans la seconde moitié du IIe siècle. Il pourrait avoir été le contemporain des platoniciens Calvenus Taurus et Albinus et le devancier d’Atticus. Il a vécu et enseigné à Apamée sur l’Oronte, en Syrie. Eusèbe de Césarée, Origène et Nemesius le qualifient de « pythagoricien » ; mais il est « platonicien » pour Jamblique et Proclus. Il eut pour « hetaïros » (compagnon) Cronius, auteur De la Métempsycose, souvent nommé avec lui parmi les pythagoriciens ou les platoniciens du IIe siècle. L’importance de Numenius dans l’histoire du platonisme tardif (moyen platonisme et néoplatonisme) est considérable. Il a exercé une influence indéniable sur Atticus et son disciple Harpocratien d’Argos, sur Ammonios Saccas, sur Plotin lui-même et ses disciples Amélius et Porphyre ainsi que sur le commentateur latin du Timée, Chalcidius. Il ne nous reste de Numenius que des fragments. Son ouvrage majeur est le traité Sur le Bien (frag. 1-22). Il a également écrit Des secrets de Platon, ainsi que Sur l’Incorruptibilité de l’Ame et Sur le Lieu. Retenons encore un traité au titre énigmatique : La Huppe.

Sur le Bien : L’ouvrage, composé en six livres, était rédigé à la manière d’un dialogue platonicien. Numenius y traitait de l’Etre et du Bien, comme Premier Principe du Timée, incorporel et intelligible ; du deuxième Dieu, pensée du démiurge ; du troisième Dieu, le monde en tant qu’il est pensé par le démiurge. La Matière est une force du Mal (frag. 52).

Sur l’Infidélité de l’Académie de Platon : Dans ce traité, Numenius prenait à parti les successeurs de Platon pour n’avoir pas su préserver l’unité d’opinion (frag. 24).

ORACLES CHALDAIQUES
fin IIe siècle

’ouvrage en vers que les néoplatoniciens désignent sous le nom d’Oracles Chaldaïques, et que nous ne connaissons que par des fragments, que divers auteurs païens ou chrétiens ont conservés, est attribué par la tradition à un certain Julien. Il est impossible de savoir s’il s’agit de Julien « le Chaldéen » ou de son fils « le Théurge ». On situe l’ouvrage à la fin du IIe siècle. La doctrine des Oracles se rapproche de celle de Numenius, au point qu’on a pu se demander qui a pu inspirer l’autre. A la suite de Platon, les oracles opposent le monde des formes intelligibles à celui des choses sensibles. Au sommet de leur système, on trouve l’intellect, aussi appelé « le Père ». Ce Dieu transcendant est représenté comme un feu matériel dont tout vient. Au-dessous de lui s’étagent les triades du monde intelligible, puis les dieux qui règnent au-delà des sphères célestes ou qui y président. L’âme humaine, étincelle du feu originel, est venue s’enfermer dans un corps par un acte de volonté ; mais quand elle se sera dépouillée des enveloppes matérielles dont elle s’est revêtue, elle retournera dans le sein paternel du premier Dieu.

PLOTIN
205 – 270

eut-être originaire de Lycopolis en Haute-Egypte, Plotin « s’attache à la philosophie » à l’âge de vingt-huit ans, c’est-à-dire au platonisme éclectique qu’enseignait Ammonios Saccas à Alexandrie. Désireux de connaître la sagesse des Perses et des Indiens, il se joint à l’expédition militaire de Gordien III en 243. L’assassinat de l’empereur en Mésopotamie oblige Plotin à fuir vers Antioche, d’où il se rend à Rome pour y fonder son école en 247. Plotin enseigne à la manière de Socrate. Il discute avec ses auditeurs à partir d’un sujet donné ou d’une lecture. Son enseignement inaugure le néoplatonisme. Strictement végétarien, il pousse assez loin l’ascétisme pour ruiner sa santé. N’ayant pu réaliser son rêve de phalanstère philosophique, il meurt dans une villa de Campanie. C’est à Porphyre que revient le soin de préserver et de faire connaître les cinquante-quatre traités du maître. Il les classe en six groupes de neuf : les Ennéades. Plotin est hanté par l’idée du salut individuel, thème qui relève autant des religions à mystères de l’époque romaine que des religions orientales et du christianisme. Mais, dans un même élan, il cherche à rendre compte de la réalité en termes rationnels, conformément à la grande tradition hellénistique. L’idée première de Plotin est celle de l’unité de l’Etre qui se disperse à partir d’un foyer central. La sagesse philosophique consiste à se libérer des apparences nées de la dispersion (« la précession ») et à retrouver l’unité vivante et l’Unité suprême (« l’ascension »). Parce qu’il y a identité entre l’âme individuelle et l’Un, le sage accomplit seul son salut.

Ennéades (254 – 270) : La première Ennéade regroupe en grande partie les textes qui définissent la vie philosophique, la pratique spirituelle et le bonheur. La deuxième concerne le cosmos, les corps et la matière. La troisième porte notamment sur le destin, la Providence, le temps et l’éternité. La quatrième, réservée à l’âme, repousse les conceptions matérialistes et péripatéticiennes de l’âme. La cinquième commence par le fameux traité Sur les Trois Hypostases Principielles. Il rend compte de la réalité métaphysique (l’Un, unité souveraine cause de tout, l’Intellect, monde intelligible, l’Ame, principe actif entre l’Intellect et la Matière). La sixième Ennéade comporte une partie ontologique, et une partie consacrée à l’Un-Bien. L’argumentation Contre les Gnostiques est dispersée en II, 9, 33 ; III, 8, 30 ; V, 5, 32 ; VI, 8, 31.

Référence : Plotin, Ennéades, texte établi et traduit pas Emile Bréhier (7 vol. « Les Belles Lettres », Paris 1989).

PLUTARQUE DE CHERONEE
env. 45 – 120/125

é à Chéronée, en Béotie, Plutarque est, à Athènes, l’élève du philosophe platonicien Ammonius qui apparaît plusieurs fois dans son œuvre. Il voyage à Rome et en Egypte. Il vit la plus longue partie de sa vie dans sa ville natale, dont il est élu archonte tout en assumant la prêtrise d’Apollon Pythien à Delphes. Ceux de ses nombreux écrits qui nous sont parvenus sont regroupés sous deux titres : Vies Parallèles et Œuvres Morales. Dans la tradition de la pensée et de la religion grecque, alors en déclin, Plutarque cherche les éléments propres à agir positivement sur la conscience. La morale pratique est son premier souci.

SENEQUE
4 av. – 65 apr. J.-C.

é à Cordoue, Sénèque fréquente à Rome l’école stoïcienne de Sextius. Il suit les leçons d’Attale. Après un séjour en Egypte, il exerce la questure sous Caligula (31-32) ; mais il fait très vite le choix de la philosophie (Consolation à Marcia ; De la colère). Claude l’exile en Corse (41-49). De cette époque datent la Consolation à Helvia et la Consolation à Polybe. Rappelé par Agrippine, Sénèque compose le traité De la brièveté de la vie et il devient précepteur de Néron. Au moment de l’assassinat de Claude, Néron n’a que dix-sept ans et Sénèque se trouve être, en tant que précepteur, le véritable gérant de l’empire (54-59). Il fait paraître un pamphlet contre Claude : l’Apocoloquintose ; puis De la tranquilité de l’âme, De la clémence, De la constance du sage, De la vie heureuse. Après l’assassinat d’Agrippine (59) et la mort de Burrus (62), Sénèque renonce par étape à la vie politique. Il écrit alors les traités Des bienfaits et De l’oisiveté. Il s’affirme durant les trois dernières années de sa retraite comme un directeur de conscience exemplaire (Lettres à Lucilius, De la providence, Questions naturelles). Compromis dans la conjuration de Pison, Sénèque se donne la mort en 65 sur ordre de Néron.

SEXTUS EMPIRICUS
IIe – IIIe siècle

hilosophe et médecin grec, Sextus Empiricus est notre principale source sur le scepticisme grec, à travers les deux ouvrages qui nous sont parvenus de lui dans leur intégralité. Les Hypotyposes pyrrhoniennes et les onze livres du Contre les professeurs. Nous savons qu’il avait consacré plusieurs ouvrages à la philosophie et à la médecine, ouvrages aujourd’hui disparus.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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