La vieille bible


Le livre d'Isaïe

Le livre d'Isaïe

Yves Maris, le 23/12/2006
Le livre d'Isaïe (I-XXXIX)
Le ministère d’Isaïe débute au milieu du VIIIe siècle av. J.-C.1

a vocation du prophète (746 av. J.-C.) est authentifiée par la vision du séraphin qui purifie ses lèvres en les touchant d’une braise prise sur l’autel (VI, 1-8).

A cette époque, l’empire Assyrien domine la Mésopotamie jusqu’au rivage méditerranéen. Sa puissance est telle que les petits royaumes n’ont guère le choix qu’entre la soumission ou la disparition. On se souvient qu’après le règne de Salomon le royaume de David s’était divisé (931 av. J.-C.). Le fils aîné, Roboam, régna sur Juda (royaume du Sud)2, tandis que Jéroboam, de la tribu d’Ephraïm, s’empara d’Israël (royaume du Nord). Le petit royaume de Juda, situé sur un territoire de hautes terres ingrates, bénéficia longtemps du désintérêt en lequel l’Assyrie le tenait. Le riche royaume d’Israël profita, au contraire, de ses liens de vassalité pour accroître sa prospérité et son influence.

Le psaume du chapitre XXIX alterne la menace et l’espérance3. Les prophètes de cour sont égarés4 : « Oui, Yahvé verse sur vous un esprit de torpeur, il ferme vos yeux, prophètes, il couvre vos têtes, voyants. » (XXIX, 10) (repris en Rm XI, 8)5 ; « La sagesse des sages se perd, l’intelligence des intelligents se voile. » (XXIX, 14) (repris en 1 Co I, 19)6 Mais la promesse du renouveau est proclamée : « En ce jour, les sourds entendront les paroles de l’acte. Sortant de l’obscurité et des ténèbres, les yeux des aveugles verront. Les humbles concevront une joie accrue en Yahvé ; les pauvres, parmi les humains, se réjouiront dans le Saint d’Israël. » (XXIX, 17-19) (repris en Mt XI, 5)7

Mais voici que le nouveau souverain assyrien, Téglath-Phalasar III (746-612 av. J.-C.), renoue avec une politique de conquêtes8 (V, 25-30). Les rois d’Israël et d’Aram concluent une alliance afin de résister à la puissance impériale. Ils marchent ensemble sur Jérusalem pour contraindre le roi de Juda à rejoindre l’alliance contre l’Assyrie. La crainte des deux rois voisins amène Achaz (736-716 av. J.-C.) à se placer sous protection assyrienne. En prêtant serment de vassalité à Téglath-Phalasar, il va bénéficier à son tour du dynamisme économique de l’empire.

La parabole de la vigne saccagée est une allégorie de la maison d’Israël9 (V, 1-7) (repris en Mc XII 1-9)10. La prédication du prophète révèle l’endurcissement du peuple et accroît le châtiment (VI, 9-10) (paradoxe repris en Mc IV, 1211 et Jn XII, 4012). Isaïe prédit la chute de Damas (732 av. J.-C.) et de Samarie (721 av. J.-C.), tandis que Yahvé s’adresse à Achaz, roi de Jérusalem : « Voici que la jeune femme sera enceinte ; elle enfantera un fils. Elle criera son nom : Emmanuel ! » (VII, 14)13 (oracle repris en Mt I, 23)14 L’enfant est destiné à remplacer la lignée messianique défaillante. La libération d’Israël et la réunification sont promises ; l’héritier siègera sur le trône de David : « Oui, un enfant est enfanté pour nous, un fils nous est donné ; l’autorité repose sur son épaule ; on proclame son nom : « Conseiller merveilleux ! Héros de Dieu ! Père à jamais15 ! Prince de la paix ! » pour multiplier l’autorité, pour une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’affermir et le restaurer par le droit et la justification dès maintenant et pour toujours. L’ardeur de Yahvé Sabaot fera cela. » (IX, 5-6) La colère de Yahvé contre Israël n’est pas apaisée. Un « prophète de mensonge » conseille le roi16.

Après avoir conquis les cités des Philistins, le roi d’Assyrie se tourne vers Damas (royaume d’Aram), qui tombe en 732, et vers le royaume d’Israël, dont il annexe les territoires les plus fertiles. Il en résulte une émigration vers le royaume de Juda. En quelques années, la population de Jérusalem est décuplée ; la bourgade devient une véritable cité entourée de puissants remparts.

Suivent les oracles contre Damas (XVII, 1-3)17 et contre Jérusalem (Ibid. 4-6)18, les prédictions sur la fin de l’idolâtrie (Ibid. 7-8) et sur les dangers du culte d’Adonis (Ibid. 9-11). De même que les Cananéens abandonnèrent leurs domaines lors de l’invasion des fils d’Israël, de même ceux-ci fuiront leurs villes face à la progression assyrienne.

La chute de Samarie, sous les coups du roi assyrien Sargon II, scellera la fin du royaume d’Israël : « Malheur à l’orgueilleuse couronne des ivrognes d’Ephraïm. » (XXVIII, 1-4)19.

En 722, le nouveau roi assyrien, Salmanasar V, assiège Samarie qui tombe l’année suivante dans les mains de son successeur, Sargon II. La classe dirigeante est déportée, notamment dans la région de Ragès, au pied du mont Elbruz, et remplacée par des immigrés mésopotamiens.

Le court chapitre XX témoigne de la campagne assyrienne contre Ashdod20 et de la menace que l’Assyrie fait peser sur l’ensemble de l’Egypte. Cette prose nous offre la nudité d’Isaïe imposée par Yahvé, pour trois ans, comme une parodie du sort réservé aux Egyptiens et aux Nubiens : « Va ! Dénoue le sac de dessus tes reins, retire tes sandales de tes pieds ! » (XX, 2) L’oracle du désert de la mer annonce la reconquête de Babylone par le roi assyrien Sargon II (710-709 av. J.-C.)21 Suivent les oracles sur Doumah (Edom) et sur les Arabes (XXI).

Le roi Ezéchias (716-687 av. J.-C.), fils d’Achaz, entreprend une réforme politique intérieure visant à conforter la prédominance de Jérusalem dans son royaume. Le temple de Béthel et les sanctuaires régionaux sont démantelés au seul bénéfice du temple de Jérusalem.

A la mort de Sargon II, tandis que son fils Sennachérib (705-681 av. J.-C.) accède au trône, Babylone est en révolte. Mérodach-Baladan, tente de rétablir son trône. Ezéchias lui refuse son appui (XXXIX, 1). L’Egypte en profite pour retrouver son influence sur les cités philistines. Le roi de Sidon et le roi de Juda rompent leur lien de vassalité avec l’Assyrie. Jérusalem se sent assurée derrière ses puissantes murailles. Le nouveau tunnel de Siloé alimente la ville en eau.

Le livre d’Isaïe débute par les deux versets suivants22 : « Entendez, cieux ; écoute, terre : oui, Yahvé parle ! J’ai fait grandir des fils, je les ai élevés, et ils m’ont été infidèles. Le bœuf connaît son possesseur ; l’âne la crèche de son maître. Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas. » (I, 2-3) (repris en Pseudo-Mt XIV)23 Les oracles des chapitres I-V sont essentiellement proférés contre Jérusalem et le royaume de Juda. Bien que placé en tête du recueil, le poème I, 2-17 nous emmène au temps de l’invasion de Sennachérib. Le chapitre III brosse un tableau critique de la liberté qui règne au temps du roi Achaz, mais bientôt les signes de l’esclavage remplaceront les accessoires de l’élégance. Puis « le germe de Yahvé », inaugurera l’ère messianique.

Le chapitre XXVIII donne la suite des prophéties rapportées aux chapitres I-VI. Après les menaces avérées contre « les ivrognes d’Ephraïm », l’oracle s’élève contre les prêtres et les prophètes de Jérusalem qui banquettent et éructent en toute insouciance. Ceux-ci prennent en dérision les admonestations d’Isaïe. Ils parodient ses exhortations en imitant les syllabes que le maître d’école inculque aux petits enfants. Le prophète réplique : « Oui, la moquerie aux lèvres et dans une autre langue, [Yhwh] parlera à ce peuple ! » (XXVIII, 11) C’est-à-dire : vous entendrez retentir semblable ânonnement lorsque les Assyriens vous apostropheront, à Jérusalem, dans leur langue étrangère ! (oracle repris en 1 Co XIV, 21-22)24

La foi en Yahvé est le fondement qui permettra la résistances aux épreuves à venir et la restauration du peuple : « Ainsi dit Adonaï Yahvé : Me voici, je pose à Sion une pierre, une pierre de granit, une coûteuse pierre angulaire de fondement, bien fondée. Celui qui croit ne témoignera pas d’impatience. » (XXVIII, 16) Cet oracle se rapproche d’un précédent : « [Yahvé] est un sanctuaire, une pierre que l’on heurte et un roc d’achoppement pour les deux maisons d’Israël, un filet et un piège pour l’habitant de Jérusalem. Beaucoup y trébuchent ; ils tombent et se brisent, piégés, capturés. » (VIII, 14-15) Avec constance, Isaïe proclame que la confiance en Yahvé est préférable à toute alliance et à toute force armée. La foi est le fondement qui garantit la restauration du peuple dont Yahvé lui-même, devient le sanctuaire (voir Jn II, 21)25. La pierre de fondation provoque la chute de ceux qui ne la voient pas (oracles repris en Rm IX, 31-33)26. Le prophète s’oppose à la politique du roi Achaz dont l’alliance avec l’Assyrie n’évitera pas à Jérusalem de subir un sort identique à celui de Samarie.

Dès la révolte babylonienne matée (703 av. J.-C.), Sennachérib part en campagne. Il reprend le contrôle des cités côtières aux Phéniciens et aux Philistins. Sidon tombe.

L’oracle du chapitre XXIII porte une série de prophéties contre la Phénicie. Tarsis, la colonie Tyrrhénienne, sur la côte méridionale de la péninsule ibérique, est particulièrement visée. Le roi de Sidon a fui vers Chypre (702-701 av. J.-C.). L’intensité du trafic commercial du royaume de Tyr lui vaut d’être comparé à une prostituée.

Le roi de Juda en appelle à l’Egypte.

La politique des conseillers d’Ezéchias est sévèrement jugée. Le prophète jette la malédiction sur « les fils rebelles » qui sont allés chercher la protection du Pharaon contre l’Assyrie (XXX, 1-5)27 Sennachérib approche. Isaïe maudit son peuple qui fait la sourde oreille aux prévisions alarmistes et n’a pas confiance en Yahvé, « le Saint d’Israël ». Il est « le Dieu du jugement » et, le jour venu, les Assyriens connaîtront leur sentence, « le bûcher est disposé » en vue d’un gigantesque holocauste. L’appui de l’Egypte, qui consiste en chars et cavalerie, ne saurait égaler la puissance de Yahvé : « Assur s’écroulera sous l’épée de qui n’est pas un homme et l’épée de qui n’est pas un homme le dévorera. » (XXXI, 8) Yahvé est bien le dieu des armées célestes.

La prophétie messianique du chapitre XXXII évoque la conversion du peuple et du gouvernement, des fausses valeurs aux véritables. Suit une apostrophe contre les femmes, la vision du spectacle des ruines et de la restauration : « C’est l’œuvre de la justification, la paix, l’ouvrage de la justification, la sécurité et la tranquillité jusqu’à perpétuité. » (XXXII, 17). Le psaume du chapitre XXXIII revêt un caractère général. Aux lamentations du peuple succède la gloire de Yahvé. Pour celui qui marche selon la justice : « Son pain est donné, son eau est assurée. » (XXXIII, 16). L’oracle annonce le retour du Règne : « Yahvé est notre roi, lui-même nous sauve. L’habitant ne dit plus : Je suis malade, le peuple qui réside dans la ville voit sa faute pardonnée. » (XXXIII, 22, 24) (voir Mc II, 5)28. Plus de pécheurs dans le règne de Yahvé et, par conséquent, plus de malades.

Le poème contre Koush est intégralement préservé au chapitre XVIII. Le prophète s’oppose aux propositions du pharaon29 de créer une alliance contre l’Assyrie. L’oracle sur l’Egypte semble faire référence à la conquête intérieure du pharaon Piankhy contre les puissants princes de Saïs30 : « J’aiguillonne les Egyptiens contre les Egyptiens ; ils guerroient les uns contre les autres, chacun contre son voisin, ville contre ville, royaume contre royaume. » (XIX, 2) (repris en Mc XIII, 8)31. Les princes de Tanis sont de mauvais conseil auprès du pharaon : « Comment pouvez-vous dire à Pharaon : Je suis fils des sages, le fils des rois anciens32 ? Où sont-ils donc tes sages, pour qu’ils annoncent et que l’on reconnaisse ce qu’a projeté Yahvé Sabaot contre l’Egypte ? » (XIX, 11-12)

L’invasion assyrienne gagne. Le roi de Juda a vainement cherché alliance avec l’Assyrie contre les rois d’Aram et d’Israël. Il n’évitera pas « le déferlement de la justice », car Yahvé seul peut être son appui. « Un reste » de la maison de Jacob sera sauvé de l’extermination, « car même si ton peuple était comme le sable de la mer, Israël, c’est un reste qui reviendra » (X, 22) (repris en Rm IX, 27)33. Sennachérib est l’instrument dont se sert Yahvé pour châtier son peuple. Mais son orgueil le perdra : « Malheur à Assur, férule de ma colère ! La verge qui est dans ses mains, c’est mon courroux ! » (X, 5) La reconquête débutera par les tribus du nord qui occupent « la Galilée des nations » (VIII, 23)34 (oracle repris en Mat IV, 15-16)35. Au sortir des ténèbres assyriennes, Israël connaîtra l’âge d’or messianique : « Le peuple qui allait dans les ténèbres voit une grande lumière. Sur les habitants de la terre de l’ombre, une lumière fulgure. » (IX, 1)

Les versets XIV, 24-27 renvoient à la campagne de Sennachérib contre Jérusalem.

Prisonnier dans sa cité, Ezéchias voit son royaume devenu la proie des Assyriens. Il refuse la reddition que lui propose Sennachérib (XXXVII). Celui-ci lance la campagne d’Egypte. Alors qu’il campe devant Péluse, son armée est, semble-t-il, victime d’une épidémie de peste, tant et si bien que le roi assyrien décide de rentrer à Ninive. Il lève précipitamment le camp et récupère au passage le reste de son armée qui assiège Jérusalem (701 av. J.-C.). Il sera assassiné vingt ans plus tard, dans un temple dédié à Mardouk, par deux de ses fils, Adramelech et Sharezer (681 av. J.-C.) (XXXVII, 7).

L’oracle de la vallée de la vision36 s’adresse à Jérusalem (XXII). Les citadins vivent dans l’insouciance alors que les Assyriens approchent : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (XXII, 13) (repris en 1 Co XV, 32)37 Les pourparlers sont engagés entre Ezéchias, roi de Juda, et Sennachérib (701 av. J.-C.).

Le poème de la clé de la maison de David mérite d’être remarqué. Yahvé destitue Shèbna38, le gouverneur du palais, dont les prérogatives concernent l’ensemble de la cité de Jérusalem. Il confie la clé du Royaume à Eliaquim : « Et c’est en ce jour, je crie vers mon serviteur Eliaquim, fils de Hilqyahu. Je le revêts de ton aube, je le serre avec ta cordelière, ton gouvernement, je le donne en sa main. C’est un père pour l’habitant de Jérusalem et pour la maison de Juda. Je mets la clé de la maison de David sur son épaule : il ouvre, nul ne fermera ; il ferme, nul n’ouvrira. Je l’enfonce comme une cheville en un lieu résistant. Il est un trône de gloire pour la maison de son père. » (XXII, 20-23) (voir Mt XVI, 19)39

La grande prophétie d’Isaïe présente la venue du Messie d’une façon allégorique : « Un rameau sortira de la souche d’Isaï40, un rejeton issu de ses racines fructifiera. L’esprit de Yahvé reposera sur lui, esprit de sagesse et de discernement, esprit avisé et vaillant, esprit de connaissance et de crainte de Yhwh… » (XI) Dispensateur de justice, le Messie inaugurera une ère de paix qui exclura toute forme de violence : « Le loup séjournera avec l’agneau… »41 Les royaumes du Nord et du Sud, divisés par le schisme qui suivit la mort de Salomon, seront réunis. Israël revêtira une valeur universelle : « Erigée en étendard des peuples, la souche d’Isaï verra les nations s’adresser à elle. » Le reste du peuple et les exilés des « quatre extrémités de la terre » se regrouperont enfin.

Jérusalem résiste à l’invasion de Sennachérib : « Si Yhwh Sabaot42 ne nous avait laissé un vestige, peu s’en fallait que nous ne soyons comme Sodome et ne ressemblions à Gomorrhe. » (I, 9) (repris en IX, Rm 29)43

Le roi de Juda n’a pas d’autre choix que de prêter serment de vassalité à l’empire et de s’acquitter d’un lourd tribu.

Les récits en prose des chapitres XXXVI-XXXIX sont pris dans 2 R XVIII, 13-XX, 19)44.

Hors contexte

n siècle plus tard, en 602, alors que les Assyriens ont été supplantés par les Babyloniens, Nabuchodonosor entre dans Jérusalem. Il accepte la soumission du roi Joaquim (609-597 av. J.-C.), prend son butin et ramène quatre fils princiers à Babylone, afin de leur donner une culture chaldéenne. Parmi eux, le prophète Daniel.

Joaquim rompt le pacte !

Au printemps 597, Nabuchodonosor prend Jérusalem. Le roi Joaquim est mis à mort et remplacé par son fils Joachin. Trois mille judéens valeureux sont amenés esclaves à Babylone.

Joachin rompt le pacte !

Nabuchodonosor revient à Jérusalem une troisième fois. Il dépose Joachin et donne la royauté à Sédécias45 (597-587 av. J.-C.), frère du roi Josias. Il déporte l’élite de Jérusalem en Babylonie, parmi laquelle le prophète Ezéchiel.

Sédécias rompt le pacte !

Nabuchodonosor confie le siège de Jérusalem à Nébuzaradan. La cité tombe au bout de dix-huit mois. Le roi Sédécias est amené à Babylone, les yeux crevés, avec de nouveaux exilés. Le Temple est détruit. Le roi de Babylone installe Guedalyah, de la lignée de David, comme gouverneur de la Jérusalem désolée. Sept mois plus tard, celui-ci est assassiné. De peur des représailles, une bonne part de la population restante s’enfuit vers l’Egypte avec le prophète Jérémie.

A partir du verset 16, le texte en prose du chapitre XIX contient de claires allusions à la pénétration juive en Egypte après la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor (587 av. J.-C.)46. Nous ne sommes plus à l’époque du prophète Isaïe.

Le prophète veut voir Israël tel un lien entre l’Assyrie et l’Egypte : « Il y aura un chemin allant d’Egypte en Assyrie. » (XIX, 23). Le culte de Yahvé et la langue hébraïque (l’araméen) se diffusent dans les villes égyptiennes, parmi lesquelles Héliopolis.

Les chapitres XIII-XXIII constituent une compilation d’oracles contre les nations étrangères. L’oracle sur Babel (XIII) n’est pas de l’époque d’Isaïe, mais du temps de l’exil, peu avant la prise de Babylone par Cyrus. L’imprécation prophétique décrit la fin de l’adversité : « Voici venir, cruel le jour de Yahvé, la fureur et l’ardeur de la colère, pour mettre le pays en désolation et en exterminer les pécheurs. Oui, les étoiles du ciel et la constellation d’Orion ne brilleront plus, le soleil sera enténébré à son lever et la lune ne fera plus luire sa lumière. » (XIII, 9-10) (repris en Mc XIII, 24-25)47 Pour ce jour de colère contre l’univers (repris en Rm II, 5)48, Yahvé annonce : « Je rendrai l’homme plus rare que l’or pur et les humains plus rare que le vermeil d’Ophir. » (XIII, 13)

Le poème contre « le roi de Babel » (XIV, 3-23) laisse entendre qu’il s’agit du dernier roi babylonien, Nabonide. Les rois reposant au Shéol se réveillent pour voir venir un astre tombé du ciel49.

Nabonide, roi de Babylone (555-539 av. J.-C.)50 ,et son fils Balthazar tentent vainement de barrer la route à l’armée perse. Face aux murs de Babylone, Cyrus détourne l’Euphrate, qui coulait à travers la cité, et investit Babylone (539 av. J.-C.).

L’oracle contre Moab (XV, XVI) se retrouve dans le livre de Jérémie (Jr XLVIII). Les rédacteurs des deux livres prophétiques ont dû emprunter le texte à une source commune.

En ces chapitres XXIV-XXV, le livre d’Isaïe offre des visions apocalyptiques en lesquelles on reconnaît un genre littéraire florissant au IVe s. av. J.-C.51 En premier lieu, une évocation du cataclysme universel52 : « Voici que Yhwh rompt la terre et la fait craquer, il en défigure la face et en disperse ses habitants. Et il en est du prêtre comme du peuple, du maître comme du serviteur, de la dame comme de la servante, du vendeur comme de l’acheteur, du prêteur comme de l’emprunteur. » (XXIV, 1-2) (voir 1 Co VII 29-31)53 L’imprécation de Yahvé a secoué le pays et consumé les habitants qui transgressaient les lois : « Il ne reste que peu de gens. » (XXIV, 6) ; « Oui, tu as fait de la ville un amas de pierres, de la cité fortifiée une ruine. » (XXV, 2) (voir Mc XIII, 2)54 Les rois de la terre seront châtiés : « Oui, Yhwh Sabaot règne au mont Sion et à Jérusalem, et la Gloire est en présence de ses anciens. » (XXIV, 23)55 En second lieu, le banquet d’inauguration du Règne sur le mont Sion : « Yhwh Sabaot organise pour tous les peuples, en ce mont, un festin de mets gras, de vins vieux, de mets à la graisse de moelle, de vins décantés. » (XXV, 6) (voir Mc XIV, 25)56 La fin des temps sera accomplie : « [Yahvé] engloutit la mort à Jamais. » (XXV, 8) (voir 1 Co XV, 54)57 Les chapitres sont composites ; « La cité du néant » semble correspondre à Babylone détruite par Xerxès en 485 av. J.-C.

En contraste avec la cité détruite, la cité forte, c’est-à-dire Jérusalem, assurera la sécurité « à la nation juste ». La paix est liée à la confiance que chacun met en Yahvé : « D’une pensée ferme tu détiens la paix, oui, la paix est sûre en toi. » (XXVI, 3) Les jugements de Yahvé ont une vertu éducative pour les hommes : « Oui, quand tes jugements s’exercent sur terre, les habitants du monde apprennent la justice. » (XXVI, 9) (repris en Rm I, 18-20)58 ; « [Les méchants]contempleront, blêmes, l’ardeur vouée au peuple, le feu même qui dévore tes adversaires. » (XXVI, 11) (repris en He X, 27)59 La perspective de la restauration d’Israël signale les interpolations qui se rattachent au Deutéro-Isaïe : « Tu as augmenté la nation par laquelle tu as été glorifié ; tu as éloigné les limites du pays. » (XXVI, 15) ; « Que revivent tes morts, que mes cadavres se relèvent ! Réveillez-vous ! Jubilez, habitants de la poussière ! Car ta rosée est une rosée lumineuse et la terre accouchera des fantômes. » (Ibid. 19) ; « Ils viennent les perdus en pays d’Assur, les bannis en pays d’Egypte ; il se prosternent devant Yahvé, sur la montagne sainte, à Jérusalem. » (XXVII, 13)

La littérature apocalyptique se retrouve dans les chapitres XXXIV-XXXV. Il semble que l’extermination, aux proportions cosmiques, vise l’ensemble des nations, mais l’attention se porte sur Edom60 : « C’est un jour de vengeance pour Yahvé. » (XXXIV, 8) ; « Il étendra sur elle le cordeau du néant et les fils à poids du vide. » (Ibid. 11) Suit le retour des « rachetés » dans la joie retrouvée : « Alors les yeux des aveugles se dessilleront, les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf et la langue du muet poussera des acclamations. » (XXXV, 5-6) (repris en Mt XI, 5)61

DEUTERO-ISAIE (XL-LV)

n nouveau prophète prend le relais d’Ezéchiel qui meurt en 571, sans connaître la prise de Babylone, par Cyrus II (559-529 av. J.-C.) ni les promesses de restauration d’Israël qu’il avait lui-même annoncées et que l’événement portait en germe. Ce nouvel Isaïe prophétise dans la capitale chaldéenne depuis l’installation de Cyrus le Grand, à Ecbatane, la capitale des Mèdes, jusqu’au moment où le roi perse fait son entrée victorieuse à Babylone.

L’époque illustrée par les poèmes qui ouvrent le cycle de prophéties du Deutéro-Isaïe n’est plus celle où fleurissait le prophète Isaïe. L’inauguration du règne de Cyrus à Babylone (538 av. J.-C.) ouvre la voie du retour des exilés et la restauration de Jérusalem : « Une voix clame : Frayez dans le désert la route de Yahvé ! Tracez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu ! Que tout vallon soit élevé ! Que toute montagne et toute colline soient abaissées ! Que le saillant devienne uni et que le mamelon devienne une vallée ! » (XL, 3-4)62 (repris en Mt I, 3 ; Jn I, 23)63 L’exaltation née du retour à la liberté et du rétablissement du culte de Yahvé constitue le thème majeur de ce livret qui contient également plusieurs textes messianiques. Témoin de la conquête perse et de la chute de la dynastie babylonienne (539 av. J.-C.), le prophète voit dans ces événements la volonté de Yahvé et son pardon à l’égard d’Israël : « Sa faute est payée. » (XL, 2).

En tant que créateur du monde et maître de l’histoire, le dieu d’Israël restaure son peuple comme modèle devant les nations64 : « La gloire de Yahvé se découvre et toute chair à la fois voit ; oui, la bouche de Yahvé parle. » (XL, 5) La métaphore du dieu ou du roi berger pour son peuple est un lieu commun dans les pays d’Egypte et du Levant : « Comme un pasteur, il fait paître son troupeau. » (XL, 11) Les capacités créatrices de Yahvé sont incommensurables : « Qui a toisé l’esprit de Yahvé ? Qui l’a instruit en qualité de conseiller ? » (XL, 13) (Repris en Rm XI, 34)65 L’homme ne peut imaginer Dieu, moins encore s’en faire une représentation. Les nations et les juges sont « pareils au néant ». « Il siège au-dessus du cercle de la terre. » (XL, 22) Les étoiles composent l’armée des cieux aux ordres de Yahvé. Telle est la puissance de Yahvé que nul ne peut douter qu’il donne force à qui espère en lui.

La concurrence est réelle entre Mardouk et Yahvé. Cyrus décide que son fils Cambyse sera roi de Babylone. L’investiture passe par la célébration de Mardouk, le jour du nouvel an (l’Akitu), puisque Mardouk élit les rois de Babylone. Cyrus n’en reste pas moins le serviteur d’Ahura Mazda, le dieu de la lumière qui ne possède ni temples, ni idoles et dont la puissance recouvre la totalité du monde.

Yahvé convoque les nations à un procès pour juger du mérite de leurs dieux en regard du sien. Les prophètes apportent la preuve que l’histoire est prédéterminée par Yahvé et les actions de Cyrus, le témoignage de sa puissance : « Je l’ai suscité du nord ; au soleil levant il crie mon nom. Il foule les gouvernements comme de la glaise, comme le potier pétrit l’argile. Qui l’a annoncé depuis le début, pour que nous le sachions et depuis le temps passé, pour que nous disions : « C’est vrai ! » ? » (XLI, 25-26) Le roi perse a engagé ses conquêtes vers l’orient. Il est la justice de Yahvé en marche. Israël est exhorté au courage : « Voici, ils seront honteux et confus, tous ceux qui s’enflamment contre toi. » (XLI, 11) Yahvé est celui qui « rachète » son peuple (XLI, 14)66 Il lui offrira une nature accueillante.

Le fameux poème du Serviteur de Yahvé s’ouvre au chapitre XLII : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme se complaît. Je lui ai donné mon esprit. Il fait connaître aux nations un jugement. Il ne crie pas, il n’élève pas sa voix. Il ne fait pas entendre sa parole dans les rues. Il ne brise pas le roseau ployé et n’éteint pas la mèche qui faiblit67. Il fait connaître le jugement selon la vérité. Il ne faiblit pas, il ne ploie pas avant d’avoir imposé le jugement sur la terre. Les îles attendent son enseignement. » (XLII, 1-4) (poème repris en Mt XII, 17-21)68 Le roseau évoque le peuple d’Israël exilé, réduit à l’impuissance. Le serviteur, ne profère pas d’imprécations et le jugement qu’il rendra à propos d’Israël constituera un modèle de droit pour les nations. Cet énigmatique serviteur semble fort être le roi Cyrus lui-même69. Yahvé s’adresse à lui en ces termes : « Moi, Yahvé, je t’ai appelé à la justice, je saisis ta main, je te forme et je te destine à être l’alliance du peuple, à être la lumière des nations, à ouvrir les yeux aveugles, à faire sortir le captif de la prison, les habitants des ténèbres. » (XLII, 6-7) Parce qu’il fait sortir Israël de la prison de l’exil, le serviteur est à la fois « alliance », c’est-à-dire qu’il est partie prenante dans le pacte de Yahvé, et « lumière », dans le sens où il révèle la volonté de celui-ci quant au destin significatif d’Israël. La résurrection du peuple interpelle les nations. Le monde entier est invité à célébrer l’intervention de Yahvé dans l’histoire : « Chantez à Yahvé un chant nouveau, sa louange, des extrémités de la terre. » (XLII, 10) Yahvé se manifeste tel « un homme de guerre ». La nature est bouleversée par son épiphanie. Pourtant, aussi bien le serviteur que le peuple demeurent aveugles et sourds à la cause première des événements : le péché d’Israël, le châtiment, la miséricorde, « n’est-ce pas Yahvé ? » (XLII, 18-25).

Yahvé revendique la possession du peuple qu’il a créé pour sa propre gloire, qu’il a racheté : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi. » (Is XLII, 1) Il ajoute à l’intention de ses « fils » et de ses « filles » : « Je suis Yahvé, votre roi. » (XLIIII, 15) Maître de la géopolitique, Yahvé donne l’Egypte à la Perse comme rançon pour la libération d’Israël (XLIII, 3)70. Le retour de Babylone est amplifié par le rappel du peuple des quatre points de l’horizon. Les nations et les peuples ne peuvent qu’attester l’accomplissement de la volonté de Yahvé, telle que les prophètes l’avaient annoncé. Israël devient (collectivement) le Serviteur : « Vous êtes mes témoins ! oracle de Yahvé, mon Serviteur que j’ai élu, pour que vous sachiez et croyez en moi. » (XLIII, 10). Le texte est insistant : « C’est moi [Yahvé] qui ait annoncé, sauvé ! » (XLIII, 12) Nul ne doit imaginer que des visées stratégiques, inspirées par l’universalisme d’Ahura Mazda, ont amené Cyrus à décider de libérer Israël, de rebâtir Jérusalem et de refonder le Temple. Israël a péché, Yahvé décide seul du temps de la miséricorde !

Les bénédictions que Yahvé accordera à la terre d’Israël et l’esprit qu’il répandra sur les hommes appelleront les conversions et multiplieront les professions de foi (XLIV, 3-5) La proclamation monothéiste : « Je suis le premier et je suis le dernier, hormis moi, pas de Dieu ! » (XLIV, 6) est suivie d’un développement en prose contre le polythéisme.

Ayant accepté le joug babylonien, les Judéens se sont intégrés à la société chaldéenne. Ils ont adopté l’araméen, le mode de vie chaldéen et ils adorent publiquement les dieux de Babylone.

Mais les liens solides qui unissent Yahvé et son peuple sont encore affirmés. La puissance du créateur est une nouvelle fois appuyée, jusqu’à la déclaration de toute clarté : « Moi qui dis à Cyrus : Mon berger ! tandis qu’il fait aboutir ma volonté pour dire à Jérusalem : Tu seras rebâtie, et au Temple : Tu seras fondé. » (XLIV, 28)71

Cyrus possède les qualités messianiques, il est l’oint de Yahvé72 : « Ainsi a dit Yahvé à son messie, à Cyrus que j’ai saisi par la main droite pour assujettir devant lui les nations. » (XLV, 1) (voir Rm X, 20)73 Le roi perse a pour mission de rendre les Juifs à la liberté et de révéler la puissance créatrice et agissante de Yahvé à l’ensemble des nations : « Je suis Yahvé, il n’y en a pas d’autre, le formateur de la lumière, le créateur des ténèbres, le faiseur de paix, le créateur du mal. Moi, Yahvé, l’auteur de tout cela. » (XLV, 6-7) (voir Rm I, 18-19) La disproportion est immense entre l’œuvre du créateur et les critiques qu’on lui adresse : « Malheur à quiconque récrimine contre celui qui l’a formé, vase parmi les vases de la terre ! L’argile dira-t-elle à son potier : Que fais-tu ? Ton ouvrage n’a pas d’anses ! Malheur à qui dit au père : Qu’as-tu engendré ? et à la mère : Qu’as-tu mis au monde ? » (XLV, 9-10) (comparaison reprise en Rm IX, 21-23)74 ; « On m’a demandé des signes au sujet de mes fils, au sujet de l’œuvre de mes mains, me donnez-vous des ordres ? » (XLV, 11) (voir Mc VIII, 11-12)75 Nous trouvons l’idée que, chez les nations, Yahvé est « un dieu caché » en regard des dieux représentés (XLV, 15). Le dieu d’Israël invite le monde entier à reconnaître sa divinité exclusive et à pratiquer son culte : « Tournez-vous vers moi, soyez sauvés, vous tous les confins de la terre ! Oui, c’est moi Dieu ! ( XLV, 22) ; « Tout genou ploiera devant moi, toute langue jurera en disant : C’est seulement en Yahvé qu’est la justification et la force ! Ils viennent jusqu’à lui, honteux, tous ceux qui s’étaient enflammés contre lui. Grâce à Yahvé, toute la race d’Israël triomphera et se glorifiera. » (XLV, 23-25) (repris en Rm XIV, 11)76 La gloire et la honte sont mises en opposition (voir Rm I, 16). A l’approche de Cyrus, les idoles, parmi lesquelles Bêl et Nébo77, sont mises à l’abri hors de Babylone. L’initiative annonce l’exclusivité de Yahvé (XLVI).

L’élégie du chapitre XLVII annonce le malheur de Babylone, « fille de Babel ». Elle est « fille des Chaldéens » et n’a pas compris les raisons pour lesquelles Yahvé lui avait livré son peuple. Elle n’a pas fait preuve de compassion à son égard. Les mages sont l’objet de sarcasmes : « Qu’ils se présentent donc et te sauvent, les répartiteurs du ciel, les contemplatifs des étoiles, les connaisseurs de ce qui t’arrivera chaque lunaison. » (XLVII, 13)

Le chapitre XLVIII revient sur l’épreuve annoncée d’Israël, conséquence de son endurcissement et ses pratiques idolâtres : « Voici, je t’ai épuré, non pas avec de l’argent, je t’ai éprouvé dans le creuset d’humiliation. » (XLVIII, 10) (voir 1 Co X, 13)78 Yahvé a besoin d’un peuple qui proclame son nom. C’est la raison pour laquelle Israël est racheté. Yahvé « aime » Cyrus, exécuteur de sa volonté. Le retour est imminent, l’ordre est donné : « Sortez de Babel, fuyez de chez les Chaldéens ! » (XLVIII, 20)

L’édit de Cyrus n’est pas un décret d’expulsion. Le roi perse attend aider à la renaissance de la Judée et installer un nouveau pouvoir vassal. Cyrus nomme Shénazzar79, fils du roi Joachin, gouverneur de la Judée et lui rend les objets sacrés du Temple. Le petit-fils de Joachin, Zérubabel, fils de Chaltiel organise le premier convoi sous le commandement de son oncle Shénazzar. Le prêtre Josué, fils de Josédec, a la responsabilité de rétablir le culte à Jérusalem.

Malgré tout, l’adhésion au mouvement n’est pas unanime. Les fils d’Israël qui décident de rester doivent apporter leur contribution financière, afin de permettre aux « fils de retour » de joindre les bouts pendant les premières années de restauration. Le convoi, composé essentiellement de Judéens (tribus de Juda et de Benjamin), s’élance au printemps 537.

Le deuxième poème en l’honneur du serviteur présente un personnage messianique, une représentation d’Israël, une sorte de prophète « appelé dès le ventre maternel » pour être la manifestation de Yahvé. Sa mission est de ressusciter les douze tribus et de reconduire le reste d’Israël : « Je te destine à être la lumière des nations pour être mon salut jusqu’au bout de la terre. » (XLIX, 6)80 Au passage du peuple, les rois reconnaîtront l’intervention de Yahvé et feront acte de soumission. Le rôle du Serviteur va jusqu’à attribuer les biens en déshérence (XLIX, 8) La métaphore de la mère qui attend le retour de ses enfants personnifie Jérusalem. Yahvé dialogue avec Sion, il promet un avenir radieux à la cité : « Aussi vrai que je suis vivant ! » (XLIX, 18) (repris en Rm XIV, 11) La soumission des nations est violente : les oppresseurs « s’enivreront de leur sang comme de vin nouveau. » (XLIX, 26) ; ils paieront tribu : « Des rois seront tes nourriciers et leurs princesses tes nourrices. Ils se prosterneront devant toi, la face contre terre, ils lècheront la poussière de tes pieds. » ; « Ceux qui espèrent en moi ne seront pas déçus. » (XLIX, 23)

Le Serviteur parle pour dire que, disciple de Yahvé, il reçoit de lui seul ses instructions : « Adonaï Yahvé m’a donné la langue des disciples. » (L, 4) (voir Mt XI, 27 ; Lc X, 22)81. Yahvé donne la faculté de comprendre. Le Serviteur accepte le martyre. Selon la volonté de Yahvé, il est le juste souffrant, prêt à donner son dos aux coups, à subir outrages et persécutions. Il sait qu’en toute circonstance Yahvé le justifie : « Adonaï Yahvé me secours. Qui me condamnera ? » (L, 7-9) (repris en Rm VIII, 31-34)82

Le chapitre LI entonne le refrain de la consolation et de l’espérance. Israël a été taillé dans le rocher et béni par Yahvé lui-même. Le salut lui est désormais offert pour la suite des générations. Jérusalem a connu « le ravage et la ruine, la famine et l’épée » mais le temps de la résurrection est venu : « Réveille-toi, réveille-toi, lève-toi, Jérusalem qui as bu de la main de Yahvé la coupe de sa fureur ! » (LI, 17) ; « Voici, j’ôte de ta main la coupe du vertige, le calice de la coupe de ma fureur ; tu ne recommenceras plus à en boire. Je la mets dans la main de ceux qui t’affligeaient. » (LI, 22) (voir Mc X, 38, XIV, 36 ; Jn XVIII, 11)83 Sion revêt les vêtements d’apparat pour accueillir le cortège du retour d’exil : « Qu’ils sont beaux sur les monts, les pieds du messager qui proclame la paix, qui annonce de bonnes nouvelles, qui proclame le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne ! » (LII, 7) (voir Rm X, 15) Les exilés ramènent à Jérusalem les objets du Temple pris par Nabuchodonosor. La sortie de Babylone est comparée à l’exode d’Egypte.

Quatrième poème sur le Serviteur de Yahvé (LII, 13-LIII, 12). Les versets 13-15 se présentent comme un oracle de Yahvé qui flatte Israël ; le destin merveilleux du Serviteur était ignoré des nations : « Les rois bouclent leurs bouches devant lui. Oui, ce qui ne leur avait pas été conté, ils le voient ; ce qu’ils n’avaient pas entendu, ils le discernent. » (LII, 15) (voir 1 Co II, 9). Le chapitre LIII débute sur la prise de parole d’une communauté humaine qui semble représenter la part infidèle d’Israël : « Qui a cru à ce qui nous était annoncé, à qui le bras de Yahvé a-t-il été révélé ? » (LIII, 1)84 (repris en Rm X, 16)85 Israël, dont Yahvé disait à Pharaon qu’il était son « fils premier-né » a grandi « comme un nourrisson » en cette nouvelle terre d’exil, dans l’abandon et le mépris. Le destin d’Israël, fils de Dieu, est mis en parallèle à celui d’Israël infidèle : « Ainsi, il portait nos maux, supportait nos douleurs, et nous, nous le considérions comme atteint, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était traité en impie à cause de nos forfaits, il était écrasé par nos fautes. Le châtiment qui nous vaut la paix est tombé sur lui et par ses blessures nous sommes guéris. Nous tous, nous errions comme du menu bétail et Yahvé a fait retomber sur lui nos fautes à tous. » (LIII, 4-6) (voir Mt VIII, 17 ; Rm V, 8-11)86 La personnification de la bonne part d’Israël se poursuit : « Maltraité, il a accepté ; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattage, comme une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’ouvre pas la bouche. Il a été enlevé par la détention et le jugement : qui a réfléchi à son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, il a été frappé à cause du forfait de son peuple. On a mis sa tombe avec les criminels et son sépulcre avec les riches, pour non-violence faite, pour non tromperie sur sa bouche. Yahvé a voulu l’accabler, l’endolorir : si tu [Yahvé] fais de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra une descendance, il prolongera ses jours et la volonté de Yahvé par sa main triomphera. » (LIII, 7-10) Le verset 10 annonce la réconciliation et la résurrection de l’ensemble d’Israël, grâce à cette quintessence divine, le cœur du peuple, que le poète a personnifiée. L’allégorie se poursuit : « A cause de la peine éprouvée par son âme, il verra la lumière, il sera rassasié. Par sa connaissance, mon Serviteur juste justifiera les multitudes ; lui, il portera leurs fautes. Aussi, je lui donne part parmi les multitudes ; il partage le butin avec les puissants, pour s’être dépouillé lui-même jusqu’à la mort, pour avoir été compté parmi les transgresseurs, alors qu’il a porté le péché des multitudes et qu’il s’interpose pour les transgresseurs. » (LIII, 11-12) (voir Rm III, 22-26) Le salut d’Israël consiste à avoir part aux mêmes biens que les nations.

Le chapitre LIV s’ouvre sur une personnification de Sion : « Jubile, stérile, toi qui n’a pas enfanté. » (LIV, 1) (repris en Ga IV, 26-27)87 ; « Telle une femme abandonnée dont l’esprit est affligé, Yahvé t’a appelée. » (LIV, 6) Jérusalem sera repeuplée, agrandie, épanouie, ruisselante de trésors dans une « alliance de paix » avec Yahvé. Les pensées et les voies de Yahvé ne sont pas celles que les humains révèlent par nature. De même que la pluie qui vient du ciel n’est pas sans effet, qu’elle fait germer les pousses, fournit la semence et procure le pain, de même, la parole de Yahvé accomplit sa volonté et réalise ce qu’elle profère (LV, 8-11) (repris en 2 Co IX, 10).

TRITO-ISAIE (LVI-LXVI)

e Trito-Isaïe mélange psaumes, oracles, poèmes, satires, bénédictions et malédictions. Ces différents textes sont généralement postérieurs à ceux qui composent le Deutéro-Isaïe.

Les Samaritains vivent au nord de Jérusalem, autour de Samarie, l’ancienne cité du royaume d’Israël. Ils continuent à respecter les lois mosaïques et conservent des rites semblables à ceux des Judéens. Mais ils sont rejetés par les autorités du retour d’exil. Ils ne sont pas autorisés à se joindre aux bâtisseurs du Temple.

Parmi les dizaines de milliers d’émigrés se trouvent plusieurs centaines de prosélytes et quelques eunuques qui ont servi dans les palais royaux de Babylone.

Yahvé s’adresse aux Juifs de retour de l’exil : « Observez le droit et pratiquez la justice. » (LVI, 1) Les eunuques sont intégrés à la communauté, de même que les étrangers : « Les fils de l’étranger qui se joignent à Yahvé pour le servir et pour aimer le nom de Yahvé, afin d’être pour lui des serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et s’attachent à son alliance, je les fais venir au mont de mon sanctuaire, je les réjouis dans ma maison de prière. Leurs holocaustes et leurs sacrifices sont agréés sur mon autel. Oui, ma maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. » (LVI, 6-7) (voir Mc XI, 17) Yahvé rassemble les prosélytes autour d’Israël (LVI, 8). Suit une série d’invectives qui vise les prophètes enivrés qui ne font pas leur service (LVI, 9), les infidèles qui pratiquent l’astrologie et le culte des arbres et le sacrifice des enfants, les idolâtres dont le culte voisine avec celui de Yahvé. Loin de rassembler les exilés sur le retour, les idoles seront elles-mêmes dispersées par les vents. Le petit poème LVII, 14-20 nous ramène au thème de la paix et de la réconciliation : « Je réside, haut placé et saint, mais je demeure avec celui qui est contrit et humble d’esprit, pour ranimer l’esprit des humbles, pour ranimer le cœur des contrits. » (LVII, 15)

Les prescriptions relatives à la pratique de la loi présentent le jeûne accompagné des œuvres de justice et de miséricorde : « Le jeûne que j’agrée, n’est-ce pas ceci : dénouer les liens du crime, laisser flotter les attaches de l’entrave, renvoyer libres les opprimés que vous brisiez sous les jougs ? N’est-ce pas rompre ton pain avec l’affamé, faire venir dans ta maison les miséreux sans foyer ? Et quand tu vois quelqu’un nu, le couvrir, sans te dérober devant celui qui est ta chair ? » (LVIII, 6-7) (voir Mt XXV, 34-40) Le respect du shabbat est une nouvelle fois posé comme impératif.

L’inventaire des péchés du peuple est fait sur le modèle des Psaumes : « Leurs pieds courent au mal, ils se hâtent de verser le sang innocent. Leurs pensées sont des pensées iniques : razzia et ruine sur leur chemin ! Ils ne connaissent pas la route de la paix et le droit est absent de leurs voies. » (LIX, 7-8) (repris en Rm III, 15-17)88 Il en résulte la séparation de Yahvé avec son peuple, la confusion des esprits et l’égarement des cœurs. Suit la confession des fautes. Alors, Yahvé s’arme de pied en cap pour dispenser ses châtiments : « Il revêt la justification comme une cuirasse, le casque du salut sur la tête, il revêt l’habit de la vengeance en guise de tunique, il se drape de jalousie comme d’un manteau. » (LIX, 17) Yahvé sera craint du levant à l’occident : « Celui qui rachète vient vers Sion, pour ceux qui se détournent de leur transgression en Jacob. » (LIX, 20) (repris en Rm XI, 26)89 contre ceux qui ne se convertissent pas. Le psaume se termine par une alliance solennelle : Yahvé donne son esprit en pérennité et requiert, en contrepartie, la fidélité à sa loi.

La gloire de Yahvé éclaire la ville sainte tandis que l’obscurité recouvre la terre. La lumière divine désigne Jérusalem vers laquelle convergent les exilés, les nations et les rois. Les richesses des commerces maritime et caravanier, les produits des élevages afflueront. Les fils d’Israël reviendront chargés de trésors sur les vaisseaux phéniciens. Les rois étrangers seront vassalisés et leurs sujets, réduits à l’esclavage, reconstruiront les murs de Jérusalem : « Oui, la nation et le royaume qui ne te serviront pas périront ; les nations seront vouées à la ruine. » (LX) Le règne de Yahvé bouleverse l’ordre cosmique : « Le soleil n’est plus pour toi la lumière du jour, et la lune ne t’éclaire plus la nuit par son éclat. Yahvé est pour toi une lumière perpétuelle, ton Dieu est ta splendeur. Ton soleil ne décline plus, ta lune n’est pas retirée ; oui, Yahvé est pour toi une lumière perpétuelle. Les jours de ton deuil sont révolus. Dans ton peuple, tous des justes, à jamais ils possèdent le pays ; rejetons de mes plants, œuvres de mes mains, pour que je me manifeste glorieusement. » (LX, 19-21)

Le prophète témoigne de sa propre légitimité : « L’esprit d’Adonaï Yahvé est sur moi, parce que Yahvé m’a oint ; il m’a envoyé porter d’heureuses nouvelles aux humbles, panser ceux qui ont le cœur brisé, proclamer la libération aux déportés et aux captifs le retour à la lumière ; proclamer l’année de la bienveillance de Yahvé, et le jour de vengeance de notre Dieu, réconforter tous les endeuillés, leur donner un turban à la place de la cendre, une huile de joie au lieu du deuil, la draperie de louange, au lieu d’un esprit terni. » (LXI, 1-3) (voir Lc IV 17-20)90 Les Juifs dans leur ensemble deviennent « prêtres de Yahvé », ils prélèveront la dîme sur les nations pour un culte d’ampleur universelle. Yahvé épouse Jérusalem comme un jeune homme, une vierge (LXII).

Le poème revêt la forme d’un dialogue entre Yahvé et le prophète, témoin de la défaite d’Edom91 (LXIII, 1-6). Nous retrouvons XXXIV, 1-17. Le courroux de Yahvé s’exprime par une métaphore vinicole classique : « −Pourquoi du rouge à ton vêtement, tes habits comme ceux du foulon au pressoir ? −A la cuve, j’ai foulé seul, de mon peuple personne n’était avec moi. Alors je les ai foulés dans ma colère, je les ai piétinés dans ma fureur ; leur jus a jailli sur mes habits, tous mes vêtements en sont maculés. » (LXIII, 2-3)

Le genre des psaumes reparaît avec un cantique de pénitence qui évoque les bénédictions de Yahvé et l’ingratitude d’Israël. Yahvé fut un sauveur pour « ses fils » : « Ce n’est pas un messager ni un ange, c’est lui-même qui les sauva ; dans son amour et dans sa compassion, c’est lui qui les racheta. » (LXIII, 9) La paternité d’Israël n’appartient pas aux patriarches, mais à Yahvé : « Oui, tu es notre père ! Abraham ne nous connaît pas et Israël ne nous reconnaît pas. C’est toi Yahvé, qui es notre père, celui qui nous rachète depuis toujours, c’est ton nom. » (LXIII, 16) (voir Mt VI, 9 ; Lc XI, 2)92 Prière, suite à la ruine de Jérusalem, l’an 587 av. J.-C. : « Regarde du ciel et vois… Oui, tu es notre père… Pourquoi nous fais-tu errer, Yahvé, hors de tes voies… Ton nom n’est plus proclamé… Tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes… Tu es notre père… Ne te remémore pas la faute à jamais… » (LXIII, 15-LXIV-11)

Yahvé se trouve dans le rôle du suppliant face au peuple qui refuse de l’entendre : « J’étais accessible sans qu’ils me demandent, à leur porté, sans qu’ils me cherchent. Je disais : Me voici, me voici ! à une nation qui n’invoquait pas mon nom. Je tendais mes mains tout le jour vers un peuple rebelle et dévoyé au fil de ses pensées. » (LXV, 1-2) (repris en Rm X, 20-21) Yahvé énumère les manquements à sa loi qui appellent sa vengeance. Pourtant, il n’éradiquera pas son peuple, il fera « sortir de Jacob une descendance et de Juda » les élus, les serviteurs qui possèderont le pays. Le sort des uns et des autres est jeté : « Voici, mes serviteurs se réjouiront, et vous serez honteux ! » (LXV, 13) (voir Rm I, 16) Suit le thème de la Jérusalem nouvelle, lieu de félicité et de longue vie : « Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle. » (LXV, 17) (voir Ga IV, 26)

Dans le règne de Dieu, le Temple perd son utilité : « Ainsi dit Yahvé : Le ciel est mon trône, la terre l’escabeau de mes pieds : quelle maison me bâtirez-vous donc ? Quel lieu pour mon repos ? Toutes ces choses, ma main qui les a faites. » (LXVI, 1-2) (voir Mt V, 34-35 ; XIV, 58 ; He VIII, 2 ; Ac XVII, 24) Le sacrifice sanglant est aboli : « Qui immole le bœuf abat un homme, qui sacrifie l’agneau brise la nuque d’un chien, qui fait monter une oblation, sang de porc, qui fait un mémorial d’encens bénit la malfaisance. » (LXVI, 3) (voir He IX, 1-14) Sion, une nouvelle fois personnifiée, est représentée par une femme féconde : « Avant d’avoir été en travail, elle a enfanté ; avant que les douleurs ne viennent sur elle, elle a accouché d’un mâle. » (LXVI, 7) « Une nation est-elle enfantée en une seule fois ? A peine a-t-elle été en travail, que Sion a enfanté ses fils. » (Ibid. 8) Yahvé est à l’origine de la fécondité : « Si j’enfante moi-même, si je suis celui qui enfante, me refrénerai-je ? dit ton Dieu. » (Ibid. 9) Après les bénédictions pour les serviteurs, le jugement dernier pour les ennemis : « C’est par le feu que Yahvé s’est fait juge, et par son épée, à l’égard de toute chair : nombreuses seront les victimes de Yahvé. » (LXVI, 16) Vers les nations les plus lointaines, Yahvé enverra les survivants en vue du rassemblement de la fin des temps : « Oui, comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je ferai moi-même se tiendront en face de moi, oracle de Yahvé, ainsi subsistera votre race et votre nom. » (LXVI, 22) « De néoménie en néoménie, de sabbat en sabbat, toute chair viendra se prosterner face à moi, dit Yahvé. » (Ibid. 23) « Puis ils sortiront et verront les cadavres des hommes qui m’ont trahi. Oui, leur ver ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas. Ils sont l’aversion de toute chair. » (Ibid. 24) (repris en Mc IX, 48)


1 Nous ne pouvons découvrir le véritable Isaïe qu’avec beaucoup d’attention, dans les chapitres I à XXXV. Le livre d’Isaïe est en effet un ensemble littéraire artificiel. Une première partie (Isaïe I-XXXIX) comprend une collection de prophéties et de visions suivie de récits historiques pris sur le second livre des Rois. Une deuxième partie (Deutéro-Isaïe, XL-LV) contient des poèmes relatifs à la résurrection d’Israël après l’édit de Cyrus (538 av. J.-C.). Une troisième partie (Trito-Isaïe, LVI-LXVI), aux genres littéraires divers, concerne le peuple au retour d’exil et offre des perspectives religieuses universelles.

2 Roboam ne garde sous son autorité que la tribu de Juda, qui a depuis longtemps absorbé celle de Siméon, et la petite tribu de Benjamin.

3 Nous lisons le texte selon la chronologie des événements.

4 Opposition entre les prophètes de cour qui annoncent au roi ce qu’il souhaite entendre, et le prophète de Yahvé qui proclame ce qui est vrai.

5 Paul justifie, notamment par cette référence, qu’Israël n’a pas reçu la grâce de Dieu mais un esprit de torpeur.

6 Paul prend ici argument pour appuyer la vision paradoxale du drame de la crucifixion auprès « des sages » qui la jugent stupide.

7 Matthieu apporte ainsi la preuve de l’inauguration du règne de Dieu par Jésus.

8 La volonté de puissance assyrienne était dictée par Assur, un dieu à la fois national et universel. Le roi avait pour premier devoir d’étendre son empire. Une idéologie de guerre sainte en résultait.

9 Le mâschâl, mot hébreu traduit en grec par parabolè, est une forme d’enseignement qui prend une réalité du vécu quotidien pour composer une histoire qui a un sens et contient un message.

10 Marc reprend le thème de la parabole de la vigne clôturée où est creusée une cuve et bâtie une tour. Il enseigne que les Juifs furent de mauvais vignerons pour la vigne du Seigneur, au point de tuer son fils et de le jeter hors du vignoble. (// Mt XXI, 33-41 ; Lc XX, 9-16)

11 Chez Marc, après avoir conté la parabole du semeur, Jésus justifie le langage crypté par le fait que le règne de Dieu n’est pas accessible à tous.

12 Jean utilise différemment la même référence. Il explique ainsi pourquoi la foule n’avait pas confiance en Jésus.

13 De l’hébreu ‘immânû’el : « Dieu est avec nous ». Cette fameuse prophétie est datée du temps de la campagne de Rason d’Aram et de Peqa d’Israël contre Achaz de Juda (voir 2 R XVI, 5-6).

14 Matthieu reprend la prophétie dans l’adresse de l’ange du Seigneur à Joseph, qui l’engage à épouser Marie.

15 « Père à jamais » : une qualité qui pose question à la foule lorsque le Jésus de Jean annonce sa mort prochaine en Jn XII, 34.

16 Voir note 4.

17 Le prophète évoque la menace assyrienne contre Samarie. Damas et le pays d’Aram formaient un territoire protecteur. La chute de Damas place Samarie en première ligne face à l’Assyrie.

18 Les Assyriens se rapprochent de Jérusalem (le royaume du Sud) au fur et à mesure qu’Israël (le royaume du Nord) est annexé à leurs territoires (entre 733 et 721 av. J.-C.).

19 L’oracle est donc antérieur à la chute de Samarie (721 av. J.-C.).

20 L’épisode est daté : « L’année où le Tartan vint à Ashdod, envoyé par Sargon, roi d’Assur. » Cité philistine, Ashdod cherche à constituer une coalition d’Etats voisins, avec l’appui de l’Egypte, contre l’Assyrie. La riposte assyrienne vient en deux fois : 713 et 711 av. J.-C. (date de l’épisode).

21 Après le court règne de Shoulman-asharédou (727-722 av. J.-C.), le trône de l’Assyrie passe à Sargon II (Sharrou-Ken). Le changement de souverain est exploité par un groupe araméen de Basse Mésopotamie. Mérodach-Baladan (Mardouk-apla-iddin) s’empare de Babylone. Il obtient l’appui des Elamites qui tiennent Sargon II en respect. Le roi assyrien ne reprend Babylone qu’en 709 av. J.-C.

22 Le premier chapitre s’ouvre sur un titre général : « Vision d’Isaïe, fils d’Amos, qu’il contempla sur Juda et Jérusalem, aux jours d’Ozias, de Yotam [740-736], d’Achaz [736-716] et d’Ezéchias [716-687], rois de Juda. » (I, 1) Le deuxième chapitre porte un titre semblable : « La révélation que contemplait Isaïe, fils d’Amos, sur Juda et Jérusalem. » (II, 1) Ce titre pourrait avoir appartenu à un premier recueil avant d’être inséré dans celui que nous connaissons. Il introduit un oracle commun au livre d’Isaïe et à celui de Michée (Is II, 2-4 ; Mi IV, 1-3).

23 Le Pseudo-Matthieu utilise la comparaison d’Isaïe pour construire une scène qui se veut réelle : « Or, deux jours après la naissance du Seigneur, Marie quitta la grotte, entra dans une étable et déposa l’enfant dans une crèche, et le bœuf et l’âne, fléchissant les genoux, adorèrent celui-ci. Alors furent accomplies les paroles du prophète Isaïe. » (Pseudo-Mt XIV)

24 Paul argumente à partir de l’oracle d’Isaïe pour dire aux « charismatiques » que, par les langues étrangères (charabia ou glossolalie), Dieu s’adresse aux mécréants, tandis qu’il parle aux fidèles par des prophéties claires et sensées.

25 Fréquemment nommé « le Saint d’Israël », Yahvé est comme un sanctuaire au coeur du peuple (le corps social). Jean utilise la métaphore pour dire que le corps de Jésus est le sanctuaire de l’Esprit.

26 Paul reprend la métaphore avec le même sens. Mais c’est Jésus, en non plus Yahvé, qui devient « la pierre d’achoppement ».

27 A la mort de Sargon II (705 av. J.-C.), le royaume de Juda se soulève contre l’Assyrie à l’instigation des pharaons Shabaka (716-702 av. J.-C.) et Shabataka (702-690 av. J.-C.). Sennachérib défera les égyptiens, mais il connaîtra un échec mystérieux devant les murs de Jérusalem (701 av. J.-C.).

28 Les maladies étant considérées comme la conséquence des péchés, la rémission des péchés vaut guérison. C’est en ce sens que Jésus dit au paralytique : « Fils, tes péchés te sont remis. »

29 Pharaons de la XXVe dynastie régnant à Natapa (780-656 av. J.-C.). Souverains d’un royaume nubien unifié, ils choisissent de se faire représenter comme des pharaons égyptiens à partir du règne de Kashta (760-747 av. J.-C.). Ils puisent leur légitimité dans le culte d’Amon. Piankhy (747-716 av. J.-C.) est le premier souverain de la dynastie à utiliser la titulature complète et l’iconographie du pharaon. Vers 728 av. J.-C., il envoie une armée pour asseoir son autorité sur l’ensemble de l’Egypte. Il marche lui-même sur Memphis et Héliopolis où il adore les anciens dieux et reçoit l’hommage des autres rois égyptiens.

30 A la tête de l’armée nubienne, le pharaon Piankhy défait Peftaouybastet, roi de Hiérakonpolis, et affronte Tefnakht, roi de Saïs, devant Hermopolis.

31 Marc utilise la formule pour annoncer la fin des temps.

32 Les rois régnant à Tanis constituèrent la XXIIe dynastie (945-715 av. J.-C.) Les contemporains du règne de Piankhy sont Shéshonq V (767-730 av. J.-C.) et Osorkon IV (730-715 av. J.-C.).

33 Paul justifie qu’une faible proportion du peuple témoigne sa confiance en Jésus. Dieu a déjà montré qu’il peut préserver « un reste » du peuple pour lui-même.

34 La première période de l’oracle concerne les régions occidentales du royaume du Nord, Zabulon et Nephtali, qui sont provinces assyriennes depuis 733. La seconde période ouvre le chemin de la mer, de Damas à la Méditerranée, l’au-delà du Jourdain et la Galilée.

35 Le rapprochement vient de ce que le ministère de Jésus débute en Galilée, premier territoire sensé être libéré de l’emprise assyrienne.

36 La vallée de Jérusalem dont il est question semble rappeler un événement mémorable, mais inconnu, de la vie prophétique d’Isaïe.

37 Paul offre sa vie d’apôtre persécuté en témoignage de la résurrection des morts. Si celle-ci n’était pas vraie, mieux vaudrait vivre dans l’insouciance. Mais l’histoire montre que le danger guette celui qui fait un tel choix de vie.

38 Le tombeau de Shèbnayahu (Is XXII, 15-16) semble avoir été découvert au nord de Jérusalem. Il porte l’inscription fragmentaire suivante : « …yahu, responsable de la Maison… »

39 Matthieu trouve ici son inspiration pour la composition de son récit sur l’investiture de Pierre : « Je te donne les clés du règne des cieux (de Dieu). Ce que tu lies sur la terre est lié dans les cieux. Ce que tu délies sur la terre est délié dans les cieux. ».

40 Isaï, de l’hébreu Ichaï, est l’équivalent de Jessé. Habitant de Bethléem, de la lignée du patriarche Juda, il est le père de David.

41 Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple, ce n’est pas le commerce en tant que tel qu’il vise, mais la condition animale dans le règne de Dieu (Mc XI, 15 ; Jn II, 15-16). Isaïe constitue bien souvent sa source d’inspiration et sa justification.

42 Nous préférons conserver l’hébreu « Yhwh Sabaot », plutôt que de traduire « Yhwh des armées », car le terme englobe les armées célestes et les armées terrestres.

43 Paul argumente la miséricorde de Dieu en faveur de ceux qui ont foi en Christ. De même qu’il a laissé des rescapés, protégés par les murailles de Jérusalem, dans la guerre contre Sennachérib, Dieu ne sauve que quelques-uns, parmi les Juifs et les nations, « une semence » destinée à restaurer son peuple dans la foi.

44 Le tribu payé par Ezéchias à Sennachérib a toutefois été censuré dans la reprise du récit.

45 Le frère de roi Josias se nommait Mattaniah. Nabuchodonosor lui donna le nom de Sédécias en l’intronisant à Jérusalem.

46 Le culte de Yahvé est attesté par les papyrus d’Eléphantine à l’époque Perse, notamment sous Darius II (423-405 av.J.-C.)

47 L’apocalypse de Marc reprend les mêmes termes pour décrire le Jour de Dieu.

48 Paul reprend l’expression « Jour de colère ».

49 Cyrus exile Nabonide, en Carmanie, où il meurt en 538. C’est son fils Balthazar qui tombe les armes à la main lors de la prise de Babylone.

50 Rois de Babylone (626-539 av. J.-C.) : Nabopalassar (626-605), Nabuchodonosor II (604-562), Awel-Mardouk (561-560), Nériglissar (559-556), Labashi-Mardouk (556), Nabonide (555-539).

51 Il s’agit probablement de l’ensemble le plus récent du livre d’Isaïe.

52 Le séisme évocateur se situe au pays de Moab (XXV, 10).

53 Paul trouve ici son inspiration : « Ceux qui usent de ce monde, comme s’ils n’en usaient pas, car la figure du monde passe. »

54 La ruine du Temple est ainsi prophétisée par Jésus, chez Marc.

55 Le retour à Sion et le thème de la royauté universelle signalent des interpolations introduites dans l’apocalypse d’Isaïe qui se rattachent au Deutéro-Isaïe. L’élan prophétique se traduit mieux par le présent.

56 Référence de la parole de Jésus, chez Marc : « Amen je vous le dis : Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où j’en boirai du nouveau dans le royaume de Dieu. »

57 Paul reprend la référence pour appuyer sa représentation de l’homme spirituel dans la création nouvelle : « Nous ne nous endormirons pas tous, mais nous serons tous transformés. »

58 Même sens chez Paul.

59 Même sens pour l’auteur de la lettre aux Hébreux.

60 Edom, au sud de la mer Morte, avec pour capitale Bosrah. De nombreux conflits mettent aux prises Israël et Edom dans la période après l’exil.

61 La réponse de Jésus aux envoyés de Jean, pour signifier qu’il inaugure lui-même le règne de Dieu.

62 Les théophanies sont généralement accompagnées d’un bouleversement de la nature (voir par exemple Mi I, 3-4)

63 Dans le livre d’Isaïe l’ouverture de « la route de Yahvé », au profit des exilés qui rentrent en Judée constitue un miracle analogue à celui du passage de la mer lors de la sortie d’Egypte. Marc et Jean construisent leur métaphore en donnant Jean pour le constructeur de la route qui conduit au royaume de Dieu et que Jésus empruntera dans sa gloire divine.

64 Yahvé est en concurrence avec Mardouk, le dieu créateur des babyloniens. Il a créé le ciel et la terre en divisant le corps du Chaos. L’étoile de Mardouk (Jupiter, qui s’écarte le moins de l’écliptique) règle la marche des astres. Vainqueur du Chaos, Mardouk est le dieu qui meurt et ressuscite.

65 Paul vient de révéler : « Une part d’Israël est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la plénitude des nations. » Il s’agit évidemment d’un « mystère », puisqu’il n’y a pas de logique à cette volonté divine. La question rhétorique reprend l’argument d’autorité : « Qui a connu la pensée du Seigneur ou a été son conseiller ? »

66 Le prisonnier réduit en esclavage peut être racheté par le parent le plus proche qui jouit du droit de préemption (Lv XXV, 24-25). Yahvé étant le père, c’est lui qui rachète.

67 Allusion aux instruments de la procédure judiciaire babylonienne.

68 Matthieu attribue à Jésus, serviteur de Dieu, les qualités reconnues à Cyrus, serviteur de Yahvé, dans le livre d’Isaïe.

69 Tandis que le livre d’Isaïe revendique Cyrus comme serviteur du dieu Yahvé, la chronique babylonienne témoigne du choix du dieu Mardouk en faveur du même Cyrus : « Mardouk passa en revue tous les pays. Il chercha un roi juste, à qui il pût donner son cœur : de Cyrus, roi d’Anzan, il appela le nom, il le désigna par son nom pour la royauté du monde… tous les gens du nord, il les mit à ses pieds. Tous les gens à cheveux noirs, qui avaient pris ses mains, il leur faisait sentir sa justice. Mardouk, le grand seigneur, le protecteur de son peuple, connaissant ses bonnes actions et son cœur juste, le vit avec faveur. Il lui dit d’aller à Babylone, lui en montra le chemin, il marcha à ses côtés. Ses troupes sans nombre, semblables aux eaux d’un torrent, s’avancèrent en armes. Sans bataille, le dieu l’introduisit dans Babylone, sa ville : Babylone fut préservée du dommage. Nabonide, le roi impie, fut livré en ses mains. Tous les gens de Babylone, tout le pays de Sumer et d’Akkad, les grands et les gouverneurs s’inclinèrent, saisirent ses pieds, saluèrent sa royauté avec allégresse. Le Seigneur qui rend la vie aux morts écarta la destruction et se réjouit grandement. » (Cité par G. Israël in Cyrus le Grand – Paris 1987).

70 Ce n’est pas Cyrus, mais son fils Cambyse II (530-522 av. J.-C.) qui conquiert l’Egypte en 525.

71 Edit de Cyrus le Grand : « Ainsi dit Cyrus, roi de Perse / Tous les royaumes de la terre / Il me les a donnés, l’Eternel, le Dieu du ciel / Et m’a commandé de lui construire une maison / Dans la ville de Jérusalem qui est en Judée / Qui d’entre vous est de son peuple / Que son dieu soit avec lui / Et qu’il monte à Jérusalem en Judée / Qu’il rebâtisse la maison de l’Eternel / Le dieu d’Israël, lui-même / Le dieu qui est à Jérusalem / Et que tous les autres / En quelque lieu qu’ils habitent / L’assistent, du lieu où ils sont / D’argent / D’or / De biens / De bêtes / Outre ce qu’ils offriront librement / Pour la maison du dieu / Qui est à Jérusalem. »

72 L’onction était une cérémonie d’initiation à la fonction royale ou prophétique. Pour le grand prêtre (Ex XXVIII, 41) ou le roi (1 S X, 1 ; 2 S V, 17), le rituel consistait à verser un peu d’huile sur la tête. Le mot « messie » vient de l’hébreu machiah, l’« oint » par excellence.

73 Paul argumente sur la méfiance d’Israël qui refuse sa foi à Jésus. La faute est aggravée par le fait que les païens accordent leur confiance.

74 Paul utilise différemment la métaphore des vases de terre. Le potier fabrique des vases précieux et des vases vulgaires comme il l’entend. Les uns pour témoigner de sa gloire, les autres, sa colère.

75 L’exigence des « signes » se retrouve chez Marc.

76 Paul reprend l’idée de « Tribunal du Seigneur ».

77 Bêl est le titre de Mardouk, dieu de Babylone, et Nébo, le fils de Mardouk, dieu de l’écriture, de la sagesse et des sciences.

78 Même sens de l’épreuve.

79 Le fils de Joachin avait reçu un nom babylonien, Sheshbazzar, en respect pour Babylone. Sous le règne de Nabonide, fervent adorateur du dieu lune, Sin, il avait changé son nom en Shénazzar.

80 Le choix de douze disciples pour annoncer et réaliser le règne de Dieu, procède de la même intention de ressusciter les douze tribus d’Israël (voir Mc III, 13-19 et //).

81 C’est le sens de la parole : « Tout m’a été livré par mon père… » (Source de logia)

82 Même sens chez Paul.

83 Chez Marc et Jean, le calice que Jésus voudrait voir passer loin de lui est la coupe de la colère de Dieu. La crucifixion apparaît comme le châtiment de Dieu. Mais pour quelle faute ?

84 Un groupe anonyme se repent d’avoir méconnu le Serviteur. Celui-ci peut être identifié au peuple d’Israël, après la chute de Babylone, comme dans les chapitres précédents. Le fait que certains détails semblent, par la suite, faire référence à une seule personne n’invalide pas l’hypothèse. Dans une situation semblable, Yahvé parle du peuple d’Israël à la troisième personne du singulier : « Alors tu diras à Pharaon : Ainsi a parlé Yahvé : Mon fils premier-né est Israël et je t’ai dit : Renvoie mon fils pour qu’il me serve ! » (Ex IV, 22-23) Dans le sens d’Israël, fils de Dieu et martyre, on peut interpréter la parole que Marc met dans la bouche du centurion : « Cet homme était vraiment fils de Dieu. » (Mc XV, 39)

85 Paul reprend l’interrogation qu’il applique à l’annonce de l’Evangile.

86 Le chapitre LIII du livre d’Isaïe donne la clé de l’inspiration paulinienne sur la justification (Rm V).

87 La comparaison est très osée. Paul glorifie la liberté de la nouvelle Jérusalem, en opposition à l’ancienne Jérusalem, marquée par l’esclavage de la loi du Sinaï.

88 Même sens chez Paul.

89 « Celui qui rachète [Yahvé] vient/viendra vers/pour Sion… » Paul prend la liberté d’arranger sa source : « Celui qui rachète [le Christ] viendra de Sion… » (Rm XI, 26)

90 Luc interrompt la citation de façon à éviter : « …le jour de vengeance de notre Dieu… »

91 L’écroulement d’Edom sous les coups des Nabatéens met fin à la longue animosité entre Israël et Edom.

92 Inspiration de la prière chrétienne : même référence à Dieu comme « père » et invocations semblables (source de logia).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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