La vieille bible


Le roman de Joseph, ou le fondement d'Israël


Le roman de Joseph,
ou le fondement d'Israël

Un récit édifiant qui relie les Jacobites aux Israéliens
Le texte Ex. I-XV

a tradition biblique porte l’annonce (a posteriori) d’un asservissement de « quatre cents ans » des fils d’Abraham « dans un pays qui n’est pas à eux » (Gn. XV, 13). La durée de l’immigration est réaffirmée dans le Livre de l’Exode : « Le temps que les fils d’Israël demeurèrent en Egypte fut de quatre cent trente ans. » (Ex. XII, 40). Mais que se passa-t-il durant ces quatre siècles ? La rédaction Sacerdotale propose trois petites lignes, attribuées à Moïse : « Mon père était un Araméen errant (voir l’anachronisme sous notre titre : Les patriarches) et il descendit en Egypte. Il y séjourna avec peu de gens, mais il devint une nation grande, puissante, nombreuse. Puis les Egyptiens nous maltraitèrent et nous accablèrent, ils nous imposèrent un dur labeur. Alors, nous criâmes vers Yhwh, l’Elohim de nos pères, et Yhwh entendit notre voix. » (Dt. XXVI, 5-7). Le récapitulatif sommaire de Josué (Jos. XXIV, 2-13) ne fait que confirmer l’absence de tradition biblique concernant l’installation patriarcale en Egypte.

La Genèse en reste à la tradition familiale de Jacob qui veut que les Jacobites soient appelés par Joseph (Sapnath-Panéakh) à s’installer dans le Delta (Gn. XXXVII –L). Le récit achève le Livre de la Genèse. La Torah n’a rien à dire du long séjour des Jacobites sur les rives du Nil et, par ailleurs, l’histoire de l’Egypte l’ignore totalement. L’hiatus apparaît dès les premières lignes du Livre de l’Exode : « Alors se leva sur l’Egypte un nouveau roi qui n’avait pas connu Joseph. » (Ex. I, 8). Cette façon de dire peut signifier que le temps écoulé entre la mort de Joseph et la naissance du nouveau roi fut beaucoup plus bref que les trois siècles et demi officiels (Joseph est âgé de 30 ans lorsqu’il se tient devant le roi. Il vit 110 ans. Les fils d’Israël demeurent 430 ans en Egypte, soit encore 350 ans après la mort de Joseph). Il est évident que, trois siècles et demi après que Joseph a vécu, le nouveau roi ne l’a pas connu ! Sans doute ne faut-il pas voir d’hiatus et rapprocher considérablement l’époque de Joseph de celle du fameux roi ou pharaon et de celle de Moïse.

Le rédacteur Sacerdotal crée le lien entre Exode I, 1-7 et Genèse XLVI, 8-27 : les Jacobites qui émigrent en Egypte comprennent « soixante-dix » personnes. Il ne peut rien dire des événements qui se déroulent entre l’installation des Jacobites et la sortie du peuple d’Israël, sinon que les fils d’Israël se sont multipliés au point que le pays en est « rempli ». Les Israéliens, qui sortiront d’Egypte, sont-ils les Jacobites préalablement entrés La réponse n’est pas aussi évidente que ce que l’on pourrait croire.

L’épopée, qui se déroule sous forme de roman, revêt le caractère d’un enseignement de sagesse. Il met en valeur les qualités de longanimité, de pardon, de chasteté, d’humilité, portées par Joseph, qui bénéficie, en retour, de la protection divine. Joseph craint Elohim (Gn. XLII, 18) ; ce qui pourrait signifier qu’il se soumet à la volonté divine. Nous verrons que le rédacteur Yahviste dissimule le terme Pharaon sous le terme Elohim. En ce pays d’Egypte, où le fils de Jacob nous conduit, ni Elohim ni Yhwh ne parlent. Le temps où Moïse proclamera la gloire de Yhwh reste à venir. Mais Joseph sait qu’il maîtrise les événements (il est dans les grâces du Pharaon) : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais l’Elohim » (Gn. XLV, 8) ; de telle sorte que si les frères ont pensé faire le mal en se débarrassant du fils aimé de Jacob, « Elohim (Pharaon) a médité d’en faire du bien, afin de réaliser ce qui arrive en ce jour : faire vivre une population nombreuse. » (Gn. L, 20). Elohim revêt le caractère du dieu sauveur qui, par ce destin retourné, sauve les Jacobites de la famine. Le roman s’achève par la prophétie du retour : « Elohim vous visitera et il vous fera remonter de ce pays vers le pays qu’il a promis par serment à Abraham, Isaac, Jacob. » (Gn. L, 24).

L’Egypte du haut dignitaire Sapnath-Panéakh

e nom du pharaon ne nous est pas connu. Qui l’a occulté et pour quelles raisons ? Compte tenu des bons sentiments du souverain à l’égard de Joseph et de la tribu de Jacob, nous ne voyons pas d’autre raison que l’ignorance ou la volonté de dissimuler les dates auxquelles se déroulent les événements. Le nom du pharaon peut-il être simplement censuré ? Rappelons que le terme Pharaon signifie la Grande Maison et désigne primitivement l’ensemble du palais royal. Ce n’est peut-être qu’à partir du règne de Thoutmosis III (1479 – 1425 av. JC) et probablement d’Aménophis IV (Akhenaton) que le roi lui-même est ainsi désigné. Ce qui veut dire que le récit, qui nomme le roi « Pharaon », révèle un anachronisme ou qu’il s’agit bien d’un Pharaon et, en ce cas, qu’il faut situer les événements au plus tôt à l’époque de Thoutmosis III. Nous savons qu’Aménophis IV (Akhenaton) (1344 – 1328 av JC) fut le pharaon hérétique dont le nom fut en tout lieu buriné et interdit de prononcer.

Joseph n’est pas plus connu comme Yosef que comme Sapnath-Panéakh dans l’histoire d’Egypte. La description de la charge de Joseph est imprécise. Joseph est présenté à la fois comme le maître du Palais royal (Gn. XLI, 40) et comme le gouverneur ayant autorité sur « tout le pays d’Egypte » (Gn. XLI, 41). C’est lui qui organise une réforme économique collectiviste (au profit de Pharaon), assortie d’une réforme fiscale. Il se heurte aux privilèges des prêtres (Gn. XLII, 13-26), de même qu’Akhenaton se trouve en conflit avec le clergé d’Amon. Notons que l’on a retrouvé, sur le site d’El-Amarna, la tombe d’un premier ministre d’Akhenaton, Amorrhéen du nom de Dûdu (Dôd), qui cumulait les responsabilités et les honneurs. Il jouissait d’une totale autorité et ne relevait que du pharaon. Les fresques murales représentent son élévation à l’identique de celle que connut Joseph, selon le récit biblique : « Pharaon ôta son cachet de sa main et le mit à la main de Joseph ; il le vêtit d’habits de lin fin et mit à son cou le collier d’or. Il le fit monter sur le second char qui était à lui et l’on cria devant lui : A genoux ! ce qui était le mettre au-dessus de tout le pays d’Egypte. » (Gn. XLI, 41-43). Si l’histoire de Joseph, qui porte une réelle marque égyptienne, est plausible elle demeure pourtant historiquement inconnue.

Les Jacobites sont installés au pays de Gessen ou de Goshèn (Gn. XLV, 10) qui n’apparaît pas dans l’histoire d’Egypte, alors que l’on trouve un pays du même nom dans le sud de la montagne de Juda (Jos. X, 41) où est également signalée une cité de ce nom, lors de la distribution des villes aux fils de Juda (Jos. XV, 51). Dans un souci de localisation plus explicite, la traduction des LXX précise : « Tu t’établiras dans la terre de Gessem en Arabie. » (Gn. XLV, 10). Même si la réalité géographique de l’Arabie reste toujours imprécise, la partie orientale du delta du Nil peut effectivement en faire partie. Dans le contexte de l’installation des Jacobites, elle situe probablement le territoire limitrophe à l’Egypte, de telle sorte que l’interdit fait aux Egyptiens de se mêler aux pasteurs asiatiques soit respecté. Ce qui voudrait dire que l’exclamation du Pharaon : « Le meilleur de tout le pays d’Egypte est à vous ! » (Gn. XLV, 20) est passablement exagéré.

Le récit semble indiquer que la résidence royale n’est pas très éloignée du lieu d’installation des Jacobites : « Tu habiteras au pays de Gessen, où tu seras près de moi, toi, tes fils, les fils de tes fils, ton petit bétail, et ton gros bétail, tout ce qui est à toi. » (Gn. XLV, 10). On lit également, alors que la tribu de Jacob est annoncée : « Joseph attela son char et monta à la rencontre d’Israël, son père, à Gessen. » (Gn XLVI, 29). Le fait que la dynastie hyksos, d’origine cananéenne (XVe dynastie ; 1636 – 1528 av JC), règne à Avaris, dans le delta oriental, pourrait apporter un argument en sa faveur. Mais elle ne règne jamais que sur le nord-est du pays, alors que le Pharaon de Joseph règne sur tout le pays d’Egypte. La XVIe dynastie, représentée par trente-deux rois, est trop mal connue pour que l’on sache quel est le lieu de son pouvoir. Le fait que la période soit obscure pourrait constituer l’indice de troubles qui cacheraient ce que l’on cherche. La XVIIe dynastie (1641-1539 av JC) réside à Thèbes, comme la XVIIIe dynastie (1539 – 1295 av JC), si ce n’est l’intermède d’Akhenaton (1344 – 1328 av JC) et de Néfernéférouaten (1328 – 1330 av JC) qui s’établissent dans la nouvelle cité d’Akhetaton (El- Amarna).

Cependant, la cour royale du Nouvel Empire est une institution itinérante qui réunit la famille royale, des hauts fonctionnaires, des prêtres, des courtisans et des serviteurs. Elle recouvre deux domaines distincts : le harem, dévoué au bien-être de la famille royale, et le gouvernement central. Or, nous voyons que Joseph est d’abord affecté au service du harem, puis élevé dans les hautes sphères de l’administration royale. Pour que le roi exerce son autorité sur l’ensemble du pays et qu’il exerce le culte dans chacun des temples majeurs, la cour ne passe qu’un temps limité dans tel ou tel autre palais royal. Le roi et la cour sont liés dans les rituels et l’apparat, de telle sorte que le terme qui la désigne, Per-Aa (la Grande Maison), finit par désigner le roi lui-même. Les textes bibliques, avec au premier rang le roman de Joseph, sont à l’origine du glissement rétrospectif du sens. Si le Pharaon de Joseph est le premier a être appelé par ce nom, alors, il se trouve dans la XVIIIe dynastie.

Il faut attendre Ramsès II (1279 – 1213 av JC), troisième souverain de la XIXe dynastie (1295 – 1186 av JC) pour retrouver la capitale royale dans le delta oriental. Il s’agit de Pi-Ramsès, où résident au moins les deux premiers souverains de la XXe dynastie (1186 – 1069 av JC), avant que le Palais royal ne soit transféré à Tanis.

Le songe septénaire de Joseph

t voici que du Nil montaient sept vaches belles d’aspect et grasses de chair, qui se mirent à paître dans la jonchaie. Puis voici que sept autres vaches montaient du Nil derrière elles. Elles étaient laides d’aspect et maigres de chair. Elles se tinrent à côté des vaches, sur la rive du Nil, et les vaches laides d’aspect et maigres de chair mangèrent les sept vaches belles d’aspect et grasses (...) Voici que sept épis montaient sur une seule tige. Ils étaient gras et bons. Puis voici que sept épis maigres et roussis par le vent d’est germaient après eux. Or les épis maigres avalèrent les sept épis gras et pleins. »

L’on met généralement les deux rêves de Pharaon en rapport avec les variations des crues annuelles du Nil qui, selon leur niveau, apportent plus ou moins de fertilité à la terre égyptienne. Pourtant, le symbolisme des rêves n’est pas aussi simple pour « tous les magiciens d’Egypte et tous les sages », puisque « nul ne les pouvait interpréter ». Le septénaire ne cadre pas avec l’irrégularité des crues du Nil.

Joseph propose d’expliquer les songes comme un avertissement de son dieu phénicien : « C’est Elohim qui répondra ce qui est salutaire pour Pharaon ! » La clé de l’énigme se trouve probablement dans le long poème en langue cananéenne retrouvé parmi les trésors archéologiques de l’ancienne cité d’Ougarit. Le mythe grandiose met en scène le dieu Baal, dieu sauveur qui libère le monde du monstre marin. Mais, si la puissance du mal est par lui vaincue, la mort exerce toujours son œuvre. Môt est ce dieu infernal qui souffle la sécheresse par « le vent d’est » et rend la terre désertique (en Egypte, la sécheresse vient par le vent du sud). Lorsque la déesse Anat produit un enfant mort, Baal se décide à affronter Môt. Mais il meurt dans le combat et, de fait, la vie s’arrête sur la terre. El, le lointain souverain père de Baal, ne peut qu’épancher sa douleur du haut du ciel. C’est la déesse Anat qui relève le défi et repousse Môt dans son antre. Elle cherche Baal six années durant. La septième année, Baal se révèle à nouveau. Il affronte une nouvelle fois Môt. Mais, dans la lutte, nul n’est vainqueur définitivement ; de sorte que, tous les sept ans, le combat doit être renouvelé. Lorsque Baal est vainqueur, sept années de fertilité et d’abondance sont assurées ; lorsque Môt triomphe, sept années de sécheresse et de misère enveloppent la terre.

Le songe du pharaon répond au mythe de Baal et à la croyance dans les cycles de fertilité et de sécheresse dont il témoigne. « Tous les magiciens d’Egypte et tous ses sages » ne possèdent pas cette connaissance. Joseph le Cananéen apparaît comme un initié aux mystères de Baal. Certes, le texte biblique veut que la décision appartienne à Elohim et que le mystère de la lutte de Baal contre Môt demeure occulté : « Ce que l’Elohim va faire, il l’a révélé à Pharaon. » (Gn. XLI, 25). Nous savons, précisément, que le dieu El est considéré à Ougarit comme l’inspirateur des songes. Les rêves de Pharaon sont rapportés par la source Elohiste (héritière des traditions phéniciennes) pour laquelle le dieu El (pluriel céleste Elohim) demeure « le Très-Haut », avant de se confondre avec le dieu Yhwh. D’autre part, il faut comprendre qu’au moment de la rédaction (VIe s. av JC), et depuis les terribles invectives du prophète Osée (VIIIe s. av JC), Baal n’est plus en odeur de sainteté dans les royaumes d’Israël et de Juda (qui se donnent à Yhwh). De fait, Baal n’apparaît jamais dans les légendes patriarcales. Nous pourrions penser que la dynastie hyksos (« les princes des pays étrangers » d’origine cananéenne) n’est pas encore établie, puisque le Pharaon ignore les mystères de Baal. Joseph serait donc un précurseur à l’immigration cananéenne. Pourtant, si les Egyptiens ont bien connu Baal comme dieu primordial des Hyksos, cette reconnaissance ne nous est attestée qu’après leur expulsion par Ahmosis (1539-1514 av JC), fondateur de la XVIIIe dynastie. Il semble que le dieu Baal n’apparaisse véritablement en Egypte que sous le règne d’Aménophis II (1427 – 1392 av JC) et que ce ne soit finalement qu’avec la XIXe dynastie (1295 – 1186 av JC) qu’il intègre le panthéon égyptien. Si notre explication de l’interprétation des rêves de Pharaon est exacte, Joseph apparaît comme l’éminent porteur de « l’esprit d’Elohim » et l’initiateur des mystères de Baal auprès des Egyptiens.

Après qu’il a dénoué l’énigme du songe (sept années d’abondance suivies de sept années de famine), Joseph propose à Pharaon d’engager une politique agraire préventive. Il faut, dit-il, emmagasiner chaque année un cinquième de la récolte en blé dans les entrepôts royaux. Pharaon interroge la cour : « Se trouvera-t-il un homme qui ait en lui, comme celui-ci, l’esprit d’Elohim ? » (Gn. XLI, 38). Bien sûr, le pharaon ne saurait glorifier de telle façon le dieu cananéen. Il faut comprendre que Joseph saisit plus que quiconque l’intérêt du souverain. C’est alors que celui-ci élève Joseph aux plus hautes fonctions. Les propos édificateurs et le merveilleux que le roman déploie laissent croire que Pharaon reconnaît la prééminence d’Elohim. Joseph met en œuvre la politique de précaution. Lorsque vient la famine, l’on arrive de partout pour puiser aux réserves et les Jacobites viennent du pays de Canaan pour acquérir du blé. La pénurie provoque une inflation du prix qui, n’étant pas compensée par un accroissement des métaux précieux en circulation, entraîne leur raréfaction et, finalement, « l’argent disparut du pays d’Egypte et du pays de Canaan » (Gn. XLVII, 15). La pauvreté est telle que les paysans commencent à troquer leurs troupeaux contre du blé, avant de devoir céder leurs terres. La politique de Joseph entraîne une collectivisation des terres et des troupeaux au profit du Palais royal. Paysans et pasteurs sont nourris, mais ruinés et asservis. Seules demeurent inaliénables les biens fonciers du clergé égyptien, en particulier, les propriétés des temples d’Amon, « car il s’agit d’un décret de Pharaon » (Gn. XLVII, 22). Joseph a peut-être prévu les réserves de blé, mais il n’a pas envisagé la catastrophe économique créée par la raréfaction des métaux précieux. Le clergé d’Amon, même s’il garde ses privilèges fonciers, doit subir grandement la pénurie d’argent. Seul le pharaon tire profit de la situation ; mais au détriment de son peuple.

Essai de critique littéraire

e rédacteur Sacerdotal (P) du roman de Joseph a mêlé deux récits traditionnels, qui appartiennent aux sources Elohiste (E) et Yahviste (J). En dépit de leurs différences marquées, les deux récits parviennent à donner une impression d’unité, pour créer une fabuleuse histoire dont les contradictions échappent souvent à la lecture pieuse. L’histoire de Joseph achève l’épopée patriarcale et relie habilement la mort de Jacob à la naissance d’Israël. Le rédacteur Sacerdotal parvient, tant bien que mal, à faire le lien entre la légende des patriarches et l’existence du peuple d’Israël en Egypte, dont il semble finalement tout ignorer.

A – Chapitre XXXVII

Verset 1 : (P) Le chapitre débute au verset 2 : « Voici l’histoire de Jacob (c’est le peuple d’ Israël) ». Le rédacteur sacerdotal cherche à créer une unité avec le chapitre précédent : « Voici les générations d’Esaü, c’est (le peuple d’) Edom ». Le parallèle n’est pas parfait car la précision « c’est le peuple d’Israël » viendrait créer une confusion ou le dévoilement d’une raison cachée. Dire que Jacob est le peuple d’Israël n’est pas la même chose que de dire que Jacob a changé son nom en celui d’Israël (voir Gn. XXXII).
En vérité, ce n’est pas l’histoire de Jacob qui est racontée, mais la légende de Joseph. Elle est arrangée à partir des deux récits parallèles que nous tentons de percevoir.
Le verset 1 nous semble devoir être rattaché à la fin de Gn. XXXV.

Verset 2 : (E) L’Elohiste appelle le patriarche Jacob. Le conflit de Joseph avec ses frères vient de ce qu’il rapporte au père leur « mauvaise réputation »

Versets 3-4 : (J) Le Yahviste appelle le patriarche Israël. Le conflit de Joseph avec ses frères vient de ce qu’il est le préféré du père.

Versets 5-8 : (E) Le songe des gerbes accroît la haine des frères (les songes semblent particuliers au récit Elohiste).

Verset 9-11 : (E-J) Le songe des astres entremêle les deux sources.

Verset 9 : (E) Joseph raconte le songe « à ses frères ».

Verset 10 : (E) Le père mémorise l’événement et ne dit rien.

Verset 11 : (J) Joseph raconte le songe « à son père et à ses frères » ; le père le réprimande sévèrement (dans le symbolisme : soleil/père ; lune/mère ; étoiles/frères, le rédacteur 'J' n’a pas connaissance de Gn. XXXV, 19 (attribué à E) qui rapporte la mort de Sarah).

Versets 12-20 : (J) Israël envoie Joseph chercher des nouvelles des troupeaux que font paître ses frères. Les frères de Joseph complotent « pour le faire mourir ».

Verset 21-36 : (E-J) Les frères se débarrassent de Joseph

Versets 21-24 : (E) Joseph est sauvé par Ruben qui propose de le jeter dans une citerne vide, ce qui est promptement exécuté.

Versets 28a : (E) « Vinrent à passer des hommes de Madian, des marchands. Ils retirèrent Joseph et le firent remonter de la citerne. »

Versets 29-35 : (E) Ruben est désespéré. Les frères montent un subterfuge et font croire à Jacob que Joseph a été dévoré par « une bête féroce ». A noter que la fameuse « tunique à manche » se retrouve dans les deux récits.

Verset 36 : (E) Les « hommes de Madian » vendent Joseph « à Putiphar, eunuque de Pharaon, chef des immolateurs ». Il s’agit d’une aventure banale.

Versets 25-27 : (J) Joseph est sauvé par Juda qui propose de le vendre aux Ismaélites. Ses frères l’écoutent.
Les Ismaélites viennent en caravane avec « leurs chameaux ». Or, la domestication et l’utilisation des chameaux ne sont attestées qu’à la fin du IIe millénaire av JC en Arabie méridionale et au VIe siècle av JC seulement en Egypte. Ou bien le texte Yahviste que possède le rédacteur Sacerdotal est à dater de la fin du Nouvel Empire, ou bien le rédacteur produit l’anachronisme.

Verset 28b : (P) « Puis, ils vendirent Joseph aux Ismaélites pour vingt sicles d’argent (230 gr) et ceux-ci emmenèrent Joseph en Egypte. » Le rédacteur sacerdotal tente de fusionner les deux versions : Joseph est enlevé de la citerne par ceux de Madian et revendu, dans un deuxième temps, aux Ismaélites, auxquels Juda proposait déjà de le vendre.

Pour l’Elohiste, Ruben sauve Joseph de la mort ; tandis que pour le Yahviste, c’est Juda qui a le meilleur rôle.

B – Chapitre XXXIX

Le roman de Joseph est interrompu par l’épisode de Joseph et de Tamar au chapitre XXXVIII, pour reprendre au chapitre XXXIX.

Verset 1 : (P) Nous avons vu que le récit Yahviste introduit les Ismaélites comme acquéreurs possibles de Joseph à ses frères ; tandis que le récit Elohiste fait des Madianites les vendeurs et que le rédacteur Sacerdotal fait des Ismaélites des revendeurs. Joseph est vendu à Putiphar par les Madianites (E). Joseph est vendu par les Ismaélites à un maître dénommé « l’Egyptien » (J). Le rédacteur sacerdotal fait de « l’homme égyptien » une apposition inutile à « Putiphar » ; sauf à vouloir harmoniser les récits et faire de « Putiphar » (E) et de « l’Egyptien » (J), une seule et même personne.

Versets 2-23 : (J) « La femme de son Seigneur » jette son dévolu sur Joseph et, froissée du rejet de ses avances, elle manigance, par crainte, une dénonciation calomnieuse auprès de son époux. Joseph est jeté dans la Rotonde, « lieu où étaient emprisonnés les prisonniers du roi » (verset 20).

« La femme de son Seigneur » ne peut être, bien entendu, la femme de « l’eunuque de Pharaon ». L’eunuque, quant à lui, ne peut être que chef de la garde du harem de Pharaon et certainement pas chef de la prison royale (peu importe, pour l’instant, que les eunuques appartiennent à la tradition judéenne et non à la l’histoire égyptienne ; ils signalent ici la pensée du narrateur Yahviste). Pour sa défense, Joseph plaide : « Comment donc pourrais-je faire ce grand mal et pécher contre Elohim (Pharaon) ? » Il semble que derrière Elohim, il faille en effet voir Pharaon, lui-même dieu. Le fait est que Joseph est un « prisonnier du roi » et qu’il a donc péché contre le roi. L’on ne voit pas comment Joseph invoquerait pour sa défense un dieu étranger à l’Egypte. Le terme « Egyptien » cache également le terme Pharaon (en tant que roi d’Egypte et non plus en tant que dieu). Nous voyons d’autant plus mal que Putiphar puisse être l’eunuque de Pharaon, qu’il apparaît, au chapitre suivant, comme prêtre d’On. En outre, l’on n’imagine pas Putiphar donnant sa fille Asenath à Joseph, accusé et emprisonné pour avoir cherché à séduire sa propre femme. Par contre, il est plausible que « l’eunuque » de Pharaon, chef du harem royal, soit placé sous l’autorité du prêtre d’On.

Joseph est détenu comme « prisonnier du roi ». Il devient finalement l’intendant de la maison de son Seigneur, l’Egyptien, (en qui nous voyons donc le Pharaon lui-même) qui lui accorde sa confiance, au point de le promouvoir à l’administration de la Rotonde (la prison royale).
Reprenons les personnages : L’Egyptien est Pharaon (il exerce son regard sur la prison royale) ; Putiphar est prêtre d’On ; « l’eunuque » est le chef des gardes du harem royal ; la femme du Seigneur est épouse au harem royal. Or, l’eunuque gardien de harem est inconnu dans la société égyptienne. Lors de la fameuse conspiration du harem, sous Ramsès III, et du procès qui s’en suivit, il n’est fait mention d’eunuques à aucun moment. Le Yahviste reporte, de façon erronée, les mœurs de la cour de Judée (marquée par la société assyrienne) sur celle d’Egypte.

Nous possédons un manuscrit du scribe Ennema daté du règne de Merènptah (1213 – 1203 av JC), successeur de Ramsès II. Il s’intitule Le conte des deux frères. Sa proximité avec l’histoire de Joseph et la femme de l’Egyptien est troublante. L’intrigue se passe entre un certain Bata et la femme d’Anubis. Elle s’adresse à lui dans des termes quasi identiques à ceux de la femme de l’Egyptien. Bata refuse ses avances de la même façon que Joseph le fait lui-même, faisant valoir le respect qu’il doit à son Seigneur. L’intrigante repoussée accuse Bata devant son époux, afin de se protéger. La similitude laisse penser que le Yahviste a pu utiliser le conte pour enrichir le roman de Joseph. Quoi qu’il en soit, l’intrigue n’est pas originale.

C – Chapitre XL (E)

Versets 1-4 : Nous supposons que « l’échanson » et « le panetier » sont aussi les « deux eunuques » (Il n’y a pas lieu de voir un entremêlement des récits du fait que les deux personnages sont ici chefs (verset 2) et là simples exécutants (verset 1) ; la LXX -traduction grecque de la Torah- montre la concordance). Nous comprenons que leur faute est également liée au harem royal, puisque l’Elohiste les présente comme « eunuques ». L’on peut comprendre qu’ils ont été jetés « dans la rotonde où Joseph était emprisonné » ou mis aux arrêts « dans la maison du chef des immolateurs ».

Le chef des immolateurs (souvent traduit chef des gardes) est le grand officier de bouche de la maison royale, homme de confiance fondé de larges pouvoirs.

Verset 5-6 : « L’échanson et le panetier » ont un songe. Joseph vient vers eux, au matin. Le récit laisse penser qu’il jouit d’une certaine liberté, due à son rang.

Versets 7-8 : Joseph questionne « les eunuques de Pharaon ». * Il leur dit : « N’est-ce pas à Elohim qu’appartiennent les interprétations ? » Souverain du ciel étoilé, le dieu phénicien et cananéen, El (autrement nommé Elohim, pour souligner la pluralité céleste) est l’inspirateur des songes nocturnes. Mais nous percevons la confusion possible avec le dieu Pharaon (forme métonymique également plurielle signifiant la Grande Maison). Le Pharaon sera effectivement l’exécuteur des événements préalablement rêvés.

Versets 9-23 : Le rêve de « l’échanson » est de bonne augure. Joseph lui demande de se souvenir de lui lorsque « Pharaon relèvera [sa] tête ». Car Joseph est innocemment retenu, de même qu’il n’était coupable de rien lorsqu’il fut jeté dans la citerne par ses frères. Le rêve du « panetier » est de mauvaise augure. Il sera pendu. Mais voilà que « l’échanson », une fois libéré, oublie Joseph.

D – Chapitre XLI (E)

Versets 1- 7 : Les songes du Pharaon : Les sept vaches belles et grasses, les sept vaches laides et maigres ; les sept épis gras et bons, les sept épis maigres et roussis.

Verset 8 : « Les magiciens d’Egypte et tous les sages » ne dénouent pas l’énigme.
Parmi les membres du clergé égyptien, la fonction de « magicien » était principalement attribuée au lecteur. Celui-ci était le ritualiste chargé de l’ordonnance des cérémonies religieuses et de la récitation des hymnes liturgiques. En effet, la magie n’était pas, en Egypte, le privilège d’un « magicien ». Il s’agissait d’une science codifiée. Son efficacité dépendait de l’exactitude des formules prononcées et de l’exécution minutieuse des rituels. L’interprétation des rêves relevait d’une science formelle qui procurait les clés des allégories et les exposait dans de volumineux manuscrits. Si les rêves du Pharaon ne purent être déchiffrés, c’est qu’ils n’appartenaient pas à la symbolique minutieusement répertoriée. Ils ne s’intégraient pas dans la connaissance égyptienne traditionnelle.

Versets 9-14 : « L’échanson » révèle la capacité de Joseph à interpréter les rêves allégoriques. Joseph est retiré de la prison et amené devant Pharaon.

Versets 15-32 : Pharaon raconte le songe à Joseph. Joseph explique le rêve en tant que parole divine : « Ce que l’Elohim va faire, il l’a révélé à Pharaon ». Nous avons déjà exposé (voir Dieux et déesses en pays de Canaan) que, de notre point de vue, le songe s’explique dans sa relation avec les mythes d’Ougarit et la lutte qui met aux prises les dieux Baal et Môt. L’épisode du songe correspond à l’initiation du Pharaon aux mystères de Baal. Notons, pour ceux qui situent l’histoire de Joseph lors de la domination des Hyksos (XVe dynastie – 1636-1528 av JC), qu’un roi hyksos aurait connu le septénaire d’abondance et de famine relatif à la succession des combats qui opposaient Baal (dieu de la fertilité) et Môt (dieu de la sécheresse). Les bovins, maigres et gras, sont comme la représentation de Baal, défait ou vainqueur. Dieu suprême et père de Baal, El est le dieu de l’Elohiste et de Joseph ; non celui du pharaon. Nous devons écarter l’hypothèse Hyksos, les Asiatiques du Levant qui établirent leur domination sur la partie ouest du delta du Nil et fixèrent leur capitale à Avaris. Le roi est d’ailleurs nommé l’Egyptien, avec l’article défini qui enlève toute équivoque sur la personne considérée (nous retrouverons une dénomination identique en Exode II, lorsque Moïse tue l’Egyptien).

Versets 33-36 : Joseph conseille Pharaon.
Nous avons préalablement noté que dans l’Ancien Empire l’expression Pharaon désignait le palais et la cour du roi d’Egypte. Ce n’est qu’avec Aménophis IV (Akhenaton), que l’expression désigna le roi lui-même.

Versets 37 à 44 : Joseph est élevé à deux fonctions. La première : « C’est toi qui seras au-dessus de ma Maison » (verset 40) ; la seconde : « Je t’ai mis au-dessus de tout le pays d’Egypte » (verset 41).
La première fonction, à laquelle Joseph est élevé, peut correspondre à deux commandements attestés pour la maison royale égyptienne : Principal de la Maison du Souverain d’Egypte ou Intendant en chef de la Maison du Maître du Double Pays. Le premier personnage dirige les services intérieurs du palais. Le second est l’un des plus hauts dignitaires d’Egypte, après le gouverneur. Il administre l’ensemble des biens du Pharaon. C’est cette dernière fonction qui semble avoir été attribuée à Joseph. La nature extraordinaire de la charge confiée, visant à organiser les magasins et la distribution du blé pour accroître la puissance du pharaon et prévenir la disette, est à rapprocher de la fonction de Bouche supérieure que les pharaons de la XVIIIe dynastie attribuaient parfois aux administrateurs royaux. Il s’agissait de leur confier une entreprise particulière, suffisamment importante pour nécessiter d’en libérer le gouverneur. Joseph servait le pharaon lui-même, non l’Etat égyptien.
La deuxième fonction, à laquelle Joseph est élevé est habituellement tenue pour être celle de gouverneur (premier ministre), habituellement traduite par vizir. Pharaon dit bien à Joseph : « Ce n’est que par le trône que je serai plus grand que toi. » (verset 40). La fonction est assez bien connue grâce aux inscriptions et aux représentations qui ornent le tombeau de Rekhmirê, gouverneur de Thoutmosis III et d’Aménophis II. La question s’est posée de savoir si, dans l’Egypte unifiée de la XVIIIe dynastie, il y avait toujours deux gouverneurs, l’un pour la Haute, l’autre pour la Basse Egypte. Nous ne pouvons pas dire si Rekhmirê partageait la fonction ; mais nous savons que sous les deux règnes, il y eut, à un moment donné, deux gouverneurs, ainsi que, probablement, sous le règne de Thoutmosis IV. L’unité du gouvernorat n’est formellement attestée que sous le règne de Ramsès II (1279 – 1213 av JC). Elle reste probable sous le règne d’Akhenaton (Aménophis IV) et des derniers souverains de la XVIIIe dynastie. Khaï, gouverneur sous le règne de Ramsès II est le seul, à notre connaissance, qui cumule l’ensemble des fonctions attribuées à Joseph ; c’est-à-dire : Intendant en chef de la Maison du Maître du Double Pays et gouverneur de Haute et de Basse Egypte. Si le roman de Joseph a pris forme à cette époque (dans le but de consolider le peuple de l’Exode), l’on comprend que le second personnage du royaume ait servi de modèle. Comme nous l’avons vu dans le paragraphe précédent, Joseph aurait été à la fois Intendant en chef et Bouche supérieure et non pas gouverneur.
« Pharaon ôta son cachet (sa bague) de sa main et le mit à la main de Joseph. » (verset 42). Il s’agit d’un geste symbolique fort qui ne semble pouvoir concerner que l’installation du gouverneur. La bague qui portait le sceau royal l’autorisait à authentifier les actes au nom du pharaon. « Il le vêtit d’habits de lin fin et mit à son cou le collier d’or. » (Ibid.) Lors de la cérémonie d’investiture, le gouverneur revêtait la robe qui le distinguait des autres hauts dignitaires. Sous la XIXe dynastie, la collation du collier d’or semble faire partie de l’investiture du gouverneur. « Il le fit monter sur le second char qui était à lui et l’on cria devant lui : A genoux ! » (verset 43)

Verset 45 : « Pharaon appela Joseph du nom de Sapnath -Panéakh (L’homme qui sait les choses ; c’est-à-dire : L’Initié) et lui donna pour femme Asenath (celle de la déesse Neith, dans la forme dialectale du Delta), fille de Putiphar, prêtre d’On (Héliopolis). » Il est intéressant de noter que Joseph, initié aux mystères de Baal, épouse la fille du prêtre voué au culte solaire du dieu Râ. Ce syncrétisme majeur ne peut correspondre qu’à une époque où le dieu Baal prend place dans le panthéon égyptien. Il n’est pas interdit de penser que cette union s’inscrit dans le nom même d’Israël (Is-Râ-El). Nous connaissons l’explication doctrinale de Gn. XXXII (voir notre titre : Les Patriarches) : « On ne t’appellera plus du nom de Jacob, mais Israël, car tu as combattu avec Elohim comme avec des hommes, et tu as vaincu ! » Or, voilà que, malgré l’injonction, Jacob est toujours appelé Jacob dans les versets qui suivent ! (Gn. XXXII, 29-33). Le changement de nom nous apparaît clairement comme une incise Yahviste. L’on voit bien que la source Elohiste ne connaît que Jacob, tandis que la source Yahviste connaît seulement Israël. Celui-ci tente une étymologie saugrenue en rapprochant l’hébreu Yisrâ’él et le verbe sârâh, qui signifie combattre et donne le sens : « El combattra ! ». Ce qui est loin d’être satisfaisant. Une toute autre étymologie peut être proposée, qui voit en Israël « le fils des dieux Râ et El ». Ce n’est effectivement que dans la relation avec l’Egypte qu’apparaît le terme Israël ! En épousant la fille du prêtre d’On, le serviteur du sanctuaire mythique du dieu Râ, Joseph, l’initié des mystères de Baal et le serviteur du dieu El, devient fils de Râ, autant qu’il est fils de El ; de sorte que le patriarche Jacob et le prêtre d’On constituent l’image terrestre de cette paternité ; puisque fils des dieux, Joseph l’est aussi de Jacob et du prêtre d’On (par son mariage). Mais l’intention du Yahviste est de relier Joseph aux patriarches, par le biais de la figure mythique de Jacob devenu Israël, et d’oublier le prêtre d’On.

Versets 46-57 : Joseph s’acquitte parfaitement de sa tâche « dans tout le pays d’Egypte » ; ce qui serait difficile à croire si l’on devait placer l’époque dans une période intermédiaire marquée par la division du pays entre plusieurs petits royaumes (XIIIe - XVIIe dynastie).

E – Chapitre XLII

Versets 1-4 : (E) Face à la famine, Jacob envoie ses fils chercher du blé en Egypte, à l’exception de Benjamin.

Versets 5-7 : (J) Arrivée des frères de Joseph, les « fils d’Israël », en Egypte. Joseph les reconnaît.

Versets 8-17 : (E) Joseph reconnaît ses frères et les traite d’espions. L’accusation redouble lorsqu’ils déclarent qu’ils sont « du pays de Canaan ». Ceci laisse à penser que la période est conflictuelle entre Egyptiens et Asiatiques. En bon Egyptien, Joseph, jure « par la vie de Pharaon ». Un tel serment n’est possible qu’à partir du Nouvel Empire.
L’Elohiste connaît l’étiquette égyptienne : « Les frères de Joseph arrivèrent et se prosternèrent devant lui, nez à terre. » (verset 6). Ils s’adressent à Joseph en utilisant le terme « Monseigneur » qui est de règle dans la relation avec un supérieur (verset 10) ; de même que l’expression par laquelle ils se désignent eux-mêmes : « Tes serviteurs » (verset 13).

Versets 18-21 : (E) Joseph, qui passe pour un véritable Egyptien, se fait-il reconnaître comme coreligionnaire, afin de mettre ses frères en confiance ; « Je crains Elohim », dit-il. Nous voyons une nouvelle ambiguïté du terme Elohim. Si Joseph prend la peine de dissimuler son identité en s’adressant à ses frères par l’intermédiaire d’un interprète, nous ne voyons pas pourquoi il leur avouerait une religion secrète. « Je crains Elohim » semble bien plutôt signifier : « Je crains Pharaon » (qui est également dieu). Sapnath Panéakh (Joseph) apparaît comme un conciliateur qui arrange au mieux la situation des frères.

Versets 22-26 : (E) Joseph garde Siméon en otage et renvoi ses frères chargés de blé, après avoir fait remettre leur argent du paiement avec le chargement, à leur insu. Il leur demande de revenir avec Benjamin.

Versets 27-28 : (J) L’on considère habituellement que le récit Yahviste signale la découverte de l’argent à l’étape, tandis que le récit Elohiste la signale à l’arrivée en Canaan (verset 35). L’exclamation : « Que nous à fait Elohim ! » ne doit pas nous induire en erreur. Nous retrouvons là l’ambiguïté du terme Elohim. Les frères soupçonnent, bien évidemment, Sapnath Panéakh (Joseph), qui est (un dieu) « comme Pharaon », d’être l’instigateur de la machination qui les vise.

Une difficulté semble avoir été dissimulée par le fait que « l’un des frères » découvre, à l’étape, son argent « au bord de son sac ». Ce n’est donc qu’en vidant leurs sacs à l’arrivée que les autres frères découvrent également leurs « bourses d’argent ». Or, compte tenu de « leurs cœurs défaillant et de leurs corps tremblant », nous imaginons mal qu’ils aient attendu d’arriver auprès de Jacob pour fouiller chacun son sac après la première surprise (voir XLIII, 21)

Verset 35 : (J) Chacun des frères retrouve son argent dissimulé. Ils prennent peur.

Quoi qu’il en soit de cette histoire d’argent caché, nous devons considérer que l’Egypte fonctionne toujours sur le modèle du troc, durant tout le Nouvel Empire. L’on admet généralement un début d’économie monétaire à partir de la XXe dynastie (945 – 715 av JC) régnant à Tanis. Cependant, il était d’usage de fixer le prix d’un objet selon un poids équivalent d’or, d’argent ou de cuivre. Tel objet valait tel poids de tel métal. Le sicle constituait l’unité de base des systèmes de poids sémitiques (il variait toutefois selon les lieux et les époques). Le sicle commun représentait 11,5 g. En Egypte (à partir de la Seconde période intermédiaire), le deben constituait l’unité de base. Il valait huit sicles. Avec la XIIIe dynastie apparaît le kite (1/10e de deben). Lorsque deux objets s’échangeaient, la différence était notée en compte ou faisait l’objet d’un transfert de métal frappé.

Versets 29-34 : (E) Les frères retrouvent Jacob et lui racontent l’aventure.

Versets 36-38 : (E) Jacob refuse de laisser partir Benjamin, malgré l’insistance de Ruben.

F – Chapitre XLIII

Versets 1-13 : (J) Le second voyage en Egypte sur l’argumentation de Juda qui finit par convaincre Israël.

Verset 14 : (E) Bénédiction de Jacob au nom d’El-Shaddaï.

Versets 15-34 : (J-E) Le mélange des deux récits est compliqué : « Ils se tinrent en présence de Joseph » (verset 15) ; « L’homme fit entrer les hommes dans la maison de Joseph » (verset 18) ; « L’homme introduisit les hommes dans la maison de Joseph »(verset 24) ; « Joseph entra donc dans la maison » (verset 26). Ou encore : « Joseph dit à son majordome (…) les hommes mangeront avec moi à midi. » (verset 16) ; « Or on le servit à part » (verset 32).
Nous notons que Joseph ne mange pas avec ses frères : « Or on le servit à part, on les servit à part et on servit à part les Egyptiens qui mangeaient avec lui, car les Egyptiens ne peuvent prendre un repas avec les Hébreux : ce serait une abomination pour l’Egypte ! » (verset 32). Joseph, qui se nomme Sapnath-Panéakh est devenu un Egyptien. Hébreux (terme biblique et non historique) est mis pour étrangers, car ce n’est pas particulièrement avec les Hébreux que les Egyptiens ne mangent pas, mais avec les étrangers en général. Les Jacobites ne connaissent pas encore la loi de Moïse qui leur interdira de même de manger avec les étrangers.

G – Chapitre XLIV (J)

Versets 1-5 : Joseph monte un stratagème avec son majordome qui cache le ciboire de son maître, coupe de la divination, dans le sac de Benjamin.

Versets 6-34 : Après quoi, le majordome se lance à la poursuite des frères, découvre le ciboire. Juda (J) est mis en avant, tandis que Ruben (E) n’apparaît pas. De retour devant Joseph, Juda fait un résumé pathétique de leur aventure, indique qu’il s’est porté garant du retour de Benjamin et offre de prendre sa place comme esclave.

Pourquoi cette allusion à la mantique pratiquée par Joseph ? Est-ce uniquement dans l’intention de montrer la naïveté des frères qui auraient pu imaginer n’être point découverts Il faut croire au contraire que Joseph s’inscrivait dans une tradition divinatoire qui n’appartenait pas à l’Egypte. Il s’agit probablement de l’art chaldéen qui consistait à étudier les dessins formés par de l’huile versée dans une coupe remplie d’eau. Le devin se rapportait à un manuel savant qui donnait les explications des formes observées.

H – Chapitre XLV

Versets 1-13 : (E) Nous sommes maintenant dans « la maison de Pharaon ». Joseph se fait reconnaître par ses frères : « Je suis Joseph, votre frère, moi que vous avez vendu aux Egyptiens. » (verset 4) (l’épisode des Madianites et des Ismaélites est oublié). Il témoigne sa magnanimité : « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais l’Elohim, et c’est lui qui m’a placé comme un père pour Pharaon et comme un seigneur pour toute sa maison, comme gouverneur dans tout le pays d’Egypte. » (verset 8) Joseph demande à ses frères que Jacob descende vers lui : « Tu habiteras au pays de Gessen, où tu seras près de moi, toi, tes fils, les fils de tes fils. » (verset 10) ; et qu’il sache « toute [sa] gloire d’Egypte » (verset 13).
Un lieu du nom de Gessen est inconnu dans l’histoire de l’Egypte.
L’expression « père pour Pharaon » qu’utilise Joseph lorsqu’il dit : « Elohim m’a placé comme un père pour Pharaon » (verset 8) s’explique par une transposition du titre égyptien « père du dieu » avec la signification évidente de père du roi. Cette qualité, souvent accompagnée de « l’aimé du dieu », figure dans la titulature de plusieurs gouverneurs et hauts dignitaires du Nouvel Empire. La qualité de père du roi a perdu le sens premier que l’on retrouve dans l’Ancien et le Moyen Empire et désigne un personnage d’âge avancé, à la sagesse reconnue, qui se présente comme conseiller du roi.

Versets 14-24 : (J) Ce n’est plus Joseph, mais Pharaon qui appelle à l’immigration de la tribu d’Israël. Les deux récits se mêlent : « Les Egyptiens l’entendirent et la maison de Pharaon l’entendit. » (verset 2) ; « Le bruit fut entendu dans la maison de Pharaon. » (verset 16). Les épanchements des versets 1-2 se retrouvent avec les versets 14-15. Il semble que le verset 14 reprennent la narration (J) interrompue à la fin du chapitre précédent.

Versets 25-27 : (E) Retour des frères au pays de Canaan, près de Jacob.

Verset 28 : (J) Israël (et non plus Jacob) déclare qu’il ira en Egypte voir son fils Joseph.

I – Chapitre XLVI

Verset 1 : (J) Le verset 1 suit le dernier verset du chapitre précédent : Israël décide de partir ; Israël part. Bersabée est la première étape.

Versets 2-7 : (E) Elohim parle à Jacob de même qu’il avait parlé à Abraham (Gn. XXII, 11). Le repère des deux sources est toujours constitué par le nom donné au patriarche (Jacob signale l’Elohiste ; Israël signale le Yahviste). Il est intéressant de noter l’interpellation du verset 2 : « Elohim parla à Israël, dans des visions de nuit, et il dit : Jacob, Jacob ! Il dit : Me voici ! » Dans la perspective du double récit, le rédacteur Sacerdotal n’a pas osé changer le nom Jacob répété par Elohim ; mais il a pu introduire le nom d’Israël en début de phrase pour entretenir la confusion. Si nous nous rappelons Gn XXXII, 29 : « On ne t’appellera plus du nom de Jacob, mais Israël, car tu as combattu avec Elohim comme avec des hommes, et tu as vaincu ! », nous voyons que notre verset 2 vient contredire significativement le changement de nom de Jacob en Israël, intervenu lors du combat du patriarche contre Elohim. La clé du mystère est qu’il n’y a pas de changement de nom en dehors des arrangements du rédacteur Sacerdotal qui crée l’amalgame ou la fusion des deux traditions. Lors de notre précédente étude sur Gn. XXXII, nous avons reconnu, dans le combat de Jacob contre Elohim, la rupture entre la religion d’Elohim et celle de Yhwh. Le rédacteur introduit le changement de nom, dans le but de relier la tradition de la descente en Egypte de Jacob avec la tradition du retour du peuple d’Israël, après « quatre cent trente ans » sans mémoire, il s’agit de montrer que ce sont les mêmes qui sont entrés (les fils de Jacob) et qui sont sortis (les fils d’Israël) d’Egypte. L’étymologie fantaisiste dissimule l’origine égyptienne d’Israël en la reliant maladroitement au combat de Jacob contre Elohim.

Versets 8-27 (P) : Le récit est interrompu par le rédacteur Sacerdotal qui établit la généalogie des « soixante-dix » migrants.

Versets 28-35 : (J) Israël s’installe « au pays de Gessen » avec l’autorisation de Pharaon « car tout pasteur de petit bétail est une abomination pour l’Egypte. » Il semble que Joseph donne conseil aux siens de se démarquer des bédouins Shasou (Yahvistes), qui constituaient une cause de trouble en limite du désert et auxquels ils pouvaient être facilement assimilés. Nous avons remarqué que, selon Gn. XLV, 10 (J), l’initiative revient à Joseph : « Tu habiteras au pays de Gessen » ; tandis que, selon Gn. XLV, 20-16 (E), l’initiative appartient à Pharaon : « Le meilleur de tout le pays d’Egypte est à vous ! » Le pays de Gessen (Goshèn), assimilé, par la suite, de façon anachronique au pays de Ramsès, semble se situer dans la partie orientale du delta du Nil où se situait Avaris, la capitale de la dynastie hyksos.

J – Chapitre XLVII

Versets 1-6 (J) : La tribu de Jacob arrive en Egypte. Le récit explique la largesse royale par la reconnaissance du roi envers Joseph. Pourtant, cette générosité qui a nécessairement un sens politique ou stratégique revêt le caractère d’une immigration plus ou moins contrôlée : « Ton père et tes frères sont venus vers toi. Le pays d’Egypte est à ta disposition : au meilleur endroit du pays fais habiter ton père et tes frères. Qu’ils habitent au pays de Gessen. » (versets 5-6) Nous devons penser que le « meilleur endroit du pays » est depuis longtemps cultivé et occupé par les Egyptiens et que les nouveaux arrivants doivent être loin d’être accueillis à bras ouverts par la population autochtones. Le roi ajoute : « Si tu sais qu’il y a parmi eux des hommes de valeur, tu les placeras comme chefs de troupeaux à la tête de ce qui m’appartient. » (verset 6) Cela signifie que les troupeaux royaux changent de main.

Versets 7-11 (P) : Joseph fait venir Jacob en présence de Pharaon. Le rédacteur Sacerdotal intervient dans le récit pour indiquer que le « meilleur endroit du pays » se situe « dans la terre de Ramsès ». Or, nous sommes supposés nous situer à quelques siècles de l’époque des Ramsès (XIXe dynastie – 1295 – 1186 av JC). L’anachronisme permet de relier l’immigration de la tribu de Jacob aux fils d’Israël, qui « partirent de Ramsès » (Ex. XII, 37) « quatre cent trente ans » après (Ex. I, 11 ; XII, 37).

Versets 12-22 (J) : Joseph profite de l’épuisement du « pays d’Egypte » et du « pays de Canaan » pour acquérir l’ensemble des biens et asservir les populations. « Il n’y eut que le sol appartenant aux prêtres qu’il ne put acquérir, car il s’agit d’un décret de Pharaon en faveur des prêtres. » Nous savons, en effet, que les propriétés de prêtres et, particulièrement, des prêtres d’Amon, à Thèbes, étaient inaliénables.
En tant qu’Intendant en chef de la Maison du Maître du Double Pays, Joseph administrait l’ensemble des biens du pharaon. Nous avons vu, qu’à la suite de l’interprétation du rêve de pharaon, il fut en outre élevé à la fonction de Bouche supérieure afin d’organiser les magasins, la collecte et la distribution du blé, non pour le compte de l’Etat -charge qui aurait probablement incombée au gouverneur-, mais pour le compte du pharaon lui-même. Pendant les sept années d’abondance, il édifia les magasins et acquit l’excédent de blé à bas prix. Pendant les années de famine, il le revendit au prix fort. L’immense bénéfice d’une telle spéculation permit au pharaon d’acquérir tous les biens de l’Egypte à l’exception des domaines liés aux temples. Le peuple entier entra en servitude au service du pharaon. Où l’on voit que Joseph, lui-même, contribua activement à la servitude des Jacobites, quelques années seulement après son arrivée en terre d’Egypte ! Un tel bouleversement du régime de la propriété ne peut être survenu sans laisser de trace dans l’histoire d’Egypte. Or, la seule révolution que nous connaissons et qui plaça le pharaon au plus haut du ciel égyptien est celle d’Akhenaton. Elle dura à peu près quatorze années, au terme desquelles le pharaon vit se dresser contre lui l’hostilité du peuple et celle du clergé. L’on peut comprendre que les choses tournèrent tout aussi mal pour les fils d’Israël liés au souverain !

Versets 23-26 (J) : Joseph institue le prélèvement d’un cinquième sur les récoltes au profit de Pharaon. La politique de spoliation est mise en œuvre.

Verset 27 (J) : Ce verset, provenant du récit Yahviste indique : « Israël habita au pays d’Egypte, au territoire de Gessen. Ils en prirent possession, ils y fructifièrent et ils s’y multiplièrent beaucoup. » En toute logique, si Israël prit possession du territoire de Gessen, cela signifie qu’Israël constituait une classe de prêtres, sans doute vouée au dieu Râ vénéré à On, puisque Joseph avait épousé la fille du grand prêtre.

Verset 28 (P) : Intervention du rédacteur sacerdotal que l’on reconnaît à son décompte du temps.

Versets 29-31 (J) : Israël demande à Joseph : « Quand je me coucherai avec mes pères, tu m’emporteras d’Egypte et tu m’enterreras dans leur tombe ! »


K – Chapitre XLVIII

Versets 1-2a (E) : Joseph se rend au chevet de « son père » malade, accompagné d’Ephraïm et de Manassé.

Versets 3-7 (P) : Le narrateur Sacerdotal fait le lien avec Gn. XXXV, 11 (Je suis El Shaddaï…). Jacob adopte les deux premiers fils de Joseph : Ephraïm et Manassé qui vont constituer les deux demi-tribus d’Israël.

Versets 2b et 8-14 (J) : Trace du double récit : « Israël fit un effort et s’assit sur le lit » (verset 2b). Rituel d’adoption.
Nous avons déjà remarqué que le terme Elohim pouvait parfois correspondre au dieu pharaon (voir Gn. XLV, 9). Il nous semble que ce pourrait être le cas ici : « Ce sont mes fils, qu’Elohim (Pharaon) m’a donné ici ! » (verset 9) (voir Gn. XLI, 45 : « Pharaon lui donna pour femme Asenath ») ou encore : « Je ne comptais plus revoir ta face et voici qu’Elohim m’a fait voir même ta postérité ! » (verset 11) (voir Gn. XLV, 16-20 : « Pharaon dit à Joseph… »). Il faut alors penser que le rédacteur Sacerdotal a modifié le manuscrit Yahviste, de même qu’il la fait sur d’autres points (voir Gn. XLV, 8 : « un père pour Pharaon (Dieu) »

Versets 15-20 (E) : Bénédiction de Joseph, d’Ephraïm et de Manassé.

Versets 21-22 (J) : Israël annonce qu’il va bientôt mourir. Même remarque que précédemment sur l’ambiguïté de sens du terme Elohim : « Elohim (Pharaon) sera avec vous et il vous fera retourner au pays de vos pères. » (verset 21).

L – Chapitre XLIX

Versets 1- 33 (P) : Bénédiction des fils d’Israël.

M – Chapitre L

Versets 1-3 (J) : Le patriarche meurt et son corps est embaumé et, probablement, momifié selon le rituel égyptien.

Verset 4-11 (E) : Joseph demande à Pharaon d’aller le déposer « au pays de Canaan ». Une grande procession funèbre se met en marche : « Tous les serviteurs de Pharaon, les anciens de sa maison et tous les anciens du pays d’Egypte, toute la maison de Joseph, ses frères et la maison de son père (...) Avec lui montèrent aussi chars et cavaliers. C’était une caravane très considérable » (versets 8-9). Le deuil a lieu à « l’Aire de l’Epine qui est au-delà du Jourdain. »

Versets 12-13 (P) : Le narrateur Sacerdotal intervient pour ajouter que le patriarche a bien été placé « dans la grotte du champ de Makpélah » (verset 13) afin de rétablir la conformité avec le texte Yahviste (Gn. XLVII, 30).

Versets 14-21 (J) : Réconciliation de Joseph et de ses frères. Nous retrouvons le terme Elohim (verset 20) qui semble avoir toujours désigné le dieu Pharaon, dans les textes attribués au Yahviste.

Versets 22-26 (J) : Joseph meurt âgé de « cent dix ans ». Il est embaumé selon le rituel Egyptien après avoir demandé à ses frères de ramener son cercueil en pays de Canaan « quand Elohim (Pharaon) vous sanctionnera, il vous sanctionnera » (verset 25). Compte tenu de l’âge de Joseph et du fait qu’il est le plus jeune, avec Benjamin, la demande fait à ses frères constitue un arrangement qui laisse penser que le retour intervient rapidement après la mort de Joseph.
Notons le désaccord entre le roman de Joseph et le rituel d’embaumement égyptien : « On y consacra quarante jours, car tels sont les jours de l’embaumement, puis les Egyptiens le pleurèrent soixante-dix jours. » (verset 3). Les documents de la XVIIIe dynastie indiquent une durée normale de soixante-dix jours pour la momification. Ils correspondent à la période du deuil. Le Yahviste a probablement voulu intégrer le chiffre quarante qui revêt un caractère sacré chez les Hébreux.
La mort de Joseph à « cent dix ans » répond à l’idéal de vie des Egyptiens , particulièrement attesté sous la XIXe dynastie. L’idéal de vie des Hébreux était de cent vingt ans : « Moïse était âgé de cent vingt ans quand il mourut. » (Dt. XXXIV, 7).

Moïse a pu écrire le roman de Joseph

L’histoire comme science, dans sa recherche de reconstruction du passé tel qu’il fut, n’était pas connue des narrateurs de ce récit que nous appelons « le roman de Joseph ». Les narrateurs transposaient les événements passés à leur époque. Si bien que le récit nous renseigne davantage sur le moment où il fut rédigé que sur le temps dans lequel il s’inscrit.

C’est véritablement sous le règne d’Akhenaton (1344 – 1328 av JC) que le terme Pharaon (la Grande Maison) prit valeur de titre royal. Le serment « par la vie de Pharaon » se rattache également au Nouvel Empire. Les égyptologues remarquent que le terme traduit par « jonchaie » (fourré de papyrus) (Gn. XLI, 2) n’est attesté que sous Séthi 1er (1294 – 1279 av JC) ; le terme traduit par « magiciens » (lecteur) (Gn. XLI, 8) n’est attesté que sous le rège de Ramsès III (1184 – 1153 av JC). Le nom Putiphar est d’un usage fréquent sous le Nouvel Empire.

Les officiers de bouche et, particulièrement, la Bouche supérieure prennent de l’importance au cours de la XVIIIe dynastie pour intervenir régulièrement dans les affaires publiques à partir de la XIXe dynastie. La collation du collier d’or semble correspondre au rituel de l’investiture du gouverneur sous Séthi 1er et c’est sous son successeur, Ramsès II, que l’on trouve le seul cas d’un gouverneur de Haute et de Basse Egypte qui est également intendant en chef de la Maison du Maître du Double Pays.

Compte tenu que l’histoire de Joseph se déroule nécessairement à une époque antérieure à la XIXe dynastie (les frères s’installent « dans la terre de Ramsès » (Gn. XLVII, 11) constitue un anachronisme qui n’est possible qu’avec le règne de Ramsès II), l’on comprend que les récits portent la marque de leur propre environnement. Les singularités relevées dans le domaine des institutions égyptiennes et dans celui de la langue semblent indiquer que le roman de Joseph est apparu au début de la XIXe dynastie, porté différemment par deux traditions. Le paiement en poids d’argent semble avoir existé dès la XVIIIe dynastie. C’est également à ce moment-là que l’on peut s’attendre à voir des caravanes de chameaux venant d’Arabie méridionale.

Le roman de Joseph ne donne qu’une image floue de l’Egypte. Pourtant, la réalité égyptienne semble bien présente tout au long de la narration. Le regard que nous avons porté sur le document nous laisse penser que le roman de Joseph a pu être composé au tournant de la XVIIIe et de la XIXe dynastie comme un récit idéologique visant à singulariser et à fédérer les populations asiatiques (les Hébreux) présentes en Egypte. Il peut avoir été composé en vue de soutenir le projet politique de Moïse. Le roman, d’abord porté par la tradition Yahviste (Judéenne), a par la suite été repris par la tradition Elohiste (Israélienne). C’est dans le cadre de la nouvelle fondation religieuse du VIe siècle av JC, qui fit suite au retour de Babylone, que le rédacteur Sacerdotal a fondu les deux traditions en une seule.


cathares, philosphie cathare, catharisme

Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





Cathares, catharisme, philosophie cathare