Le chemin de Damas


Dieu sauveur


La confusion entre Dieu et Satan

7 - Dieu sauveur

bire des autorités Judéennes (Php. III, 5), Paul fut un ennemi de Dieu tandis qu'il déployait son zèle pour la Torah et persécutait « la Communauté » (Ibid. 5) : « L'Ennemi se hâte de faire trébucher tous ceux qui invoquent le Seigneur. Car il sait qu'au jour où Israël se convertira (à la loi exacte), l'empire de l'Ennemi prendra fin. » (Test. Dan VI, 3-4). La Communauté nazaréenne des disciples de Jésus paraît échapper à la persécution (voir Ac. VIII, 1), tandis que la Communauté des Saints souffre le martyre (voir Ac. IX, 13). Il semble que Paul poursuive effectivement les Esséniens exilés à Damas (Ibid. 2) et non les disciples demeurés à Jérusalem.

L'apôtre opère « la conversion de sa vie » (Règle III, 1), non point à Jérusalem où il n'est retourné que « trois ans après » (Ga. I, 18) et où il se défend d'être allé chercher un quelconque enseignement (Ibid. 17). Il se convertit dans les refuges de l'Arabie et à Damas, où l'on peut penser qu'il a d'abord reçu la connaissance de la Règle avant d'entrer dans l'eau, deux ans plus tard (Ga. I, 18), « pour toucher à la purification des hommes saints » (Règle V, 13), selon le rituel de Jean et de la Communauté (Règle I, 24-II, 4 ; V, 13-14 ; VI, 17, 21) (voir Ac. XXII, 16). Devenu l'ami de Dieu, Paul devient l'ennemi de tous, au fur et à mesure que se déploie l'originalité de sa pensée.

Lors de la chute d'Adam (Rm. V, 12), la communion de l'esprit des hommes et de l'esprit de Dieu fut rompue. Nul humain n'en gardât un souvenir conscient. L’unité reste à retrouver (Rm. VIII, 16). La méconnaissance de « la vérité » et la pratique de « l'injustice » (Rm. I, 18) se comprennent comme l'effet de la rupture, l'éloignement du principe divin. Confrontés à la loi de l'incarnation ou du péché, les hommes ont oublié la loi de l'esprit. Ils se sont donnés d'autres lois ou ne s'en sont point donnés du tout (Rm. II, 12). Ils se sont désunis d'avec Dieu.
Selon les Hébreux, les hommes pieux n'ont cessé de bénéficier de la présence et de la bénédiction divine, grâce à l'observance juste de la Torah. L'esprit du Seigneur ne pouvant à la fois se trouver en la Torah et en dehors d'elle (Rm. III, 21), la vision du monde de Paul fait indubitablement appel à un nouveau (concept de) Dieu. Il rejette néanmoins l'accusation. Il ne rompt pas avec l'idée hébraïque de l'unicité de Dieu. Encore est-il besoin pour lui de l'affirmer : « Il n'y a qu'un Dieu. » (Rm. III, 30) (Hy. XII, 11). De telle sorte que l'on est amené à comprendre que l'on peut, par erreur, appeler « Dieu » celui qui ne l'est pas (voir Jn. VIII, 44).

Les Hébreux ne peuvent certes mettre en cause l'affirmation que Dieu sauve, dès lors que (leur) Dieu est l'unique sauveur : « Il n'est pas d'autre dieu en dehors de moi ! Dieu juste et sauveur, il n'en est pas hormis moi ! Tournez-vous vers moi et soyez sauvés, vous tous les confins de la terre ! Car c'est moi qui suis Dieu ; il n'en est pas d'autre ! » (Is. XLV, 21-22) (voir Os. XIII, 4). Selon la lecture de l'histoire que donne la prophétie du Livre d'Isaïe, Le Seigneur-Yhwh vient de placer la création sous le pouvoir de Cyrus, son Messie. La restauration d'Israël est indubitablement le fait de son Dieu. L'on pourrait en effet se méprendre et croire que les propres dieux de Cyrus y ont leur part. Le retour en gloire d'Israël est vu comme le prélude à la reconnaissance de leur Dieu par les nations. Ainsi, dans le passage prophétique où Yhwh est appelé « le Sauveur », le terme est lié à l'unicité proclamée du Dieu créateur.
L'idée est très présente dans le Testament des douze patriarches : « Par [Lévi] et Juda, le Seigneur se montrera aux hommes, sauvant lui même toute la race des hommes. » (Test. Lévi II, 11) ou « le genre humain. » (Test. Sim. VI, 5). Nul autre que le Seigneur ne décide en son domaine, nul autre ne peut être dit « Sauveur » (Test. Dan VI, 7). De sorte que les Hébreux peuvent seulement contester âprement à Paul que Dieu puisse voir en la Torah le nouvel esclavage duquel tirer le peuple.

En reprenant les accents pathétiques du Dieu sauveur qui libère l'homme de ses chaînes (Test. Jos. I, 6), Paul garde le Dieu créateur au centre de sa pensée. Pourtant, en l’acception paulinienne, l'on sait que Dieu n'est pas réellement maître du monde, ni grand stratège de l'histoire des nations. Depuis longtemps, l'on ne reconnaît plus en lui le Créateur de la Genèse. Le Seigneur ne peut être cause de « l'esclavage de la destruction » (Rm. VIII, 21) (1 Co. XV, 50), dont il cherche à arracher les hommes. Parce que le sceau de l'indestructibilité n'appartient qu'à lui, Dieu a la prérogative et la puissance qui sauvent de la fatalité la création malade de mort.
La réconciliation ne s'inscrit plus dans les aléas d'une dialectique passionnée qui met aux prises le dieu créateur et le peuple élu. Elle est une négation de l'histoire du monde. Elle s'affirme par le retour de l'homme, « vêtu d'indestructibilité » (1 Co. XV, 53), en l'esprit de Dieu et son règne céleste (1 Th. IV, 17). En l'homme parfait, Dieu est désormais présent au monde comme il le fut en son Fils. Il vient pour sauver l'humanité du péché d'Adam, la retirer de la terre et reprendre chacun au « corps de cette mort » (Rm. VII, 24).

Les écrits de la bibliothèque de Qoumrân placent sous le voile des « mystères de Dieu » (Règle III, 23 ; IV, 18) (Guerre III, 9 ; XVI, 11 ; XVII, 9) l'opposition que celui-ci rencontre de la part de l'esprit de perversion, de « l'Ange des ténèbres » (Règle III, 21), de Bélial. Il n'apparaît jamais aussi clairement que dans la Règle de la communauté (Règle III, 25), que Dieu est le créateur d'un antagonisme cosmique qui s'agite en l'homme et sur les champs de bataille.
Si l'endurcissement d'Israël garde sa part de mystère (Rm. XI, 25), en revanche, la création divine (nouvelle) se différencie clairement de la création satanique (ancienne), cette dernière ne serait-elle qu'une concrétisation ou un asservissement d'un préalable céleste. La dualité qu'elles expriment en leurs âpres étreintes n'est point équilibrée, puisqu'à la création de la réalité céleste ne s'oppose que le néant d'une création éphémère (Rm. VIII, 20).

Avant l'avènement du Christ, les Hellènes ne connaissaient point Dieu (Ga. IV, 8). Ou, tout au moins, en dépit de l'intuition qu'ils pouvaient avoir de son existence, ils ne le glorifiaient nullement (Rm. I, 21), Le culte des idoles caractérise cette ignorance (Ibid. 23) (Ga. IV, 8). Les Hébreux ont certes l'idée de Dieu, mais ils sont égarés par la méconnaissance de sa sagesse (1 Co. I, 21) et de sa volonté (Rm. II, 18). L'on peut dire qu'ils ne connaissent pas la profonde réalité de Dieu à laquelle seul l'esprit saint donne accès (1 Co. II, 11 ; XIII, 12). La révélation d'une autre vision du monde provoque leur animosité. Dès lors qu'ils aperçoivent le Seigneur, ils se posent en « ennemi » (Rm. V, 10). Ils le haïssent (Rm. VIII, 7).

Les membres de la Communauté des Saints ont pu croire un moment avoir gagné la miséricorde de Dieu et définitivement atteint la réconciliation : « [Et tou]s ceux qui passent dans l'Alliance feront leur confession après [les prêtres], en disant : "Nous avons été iniques, nous nous sommes révoltés, nous [avons péch]é, nous avons été impies, nous [et] nos [p]ères avant nous, en allant [à l'encontre des préceptes] de vérité. Et jus[te est Dieu, qui a accompli] son jugement contre nous et contre nos pères. Mais sa gracieuse miséricorde, il l'[exerce envers nous depuis toujours et à jamais ! » (Règle I, 24-II, 1) ; « miers de sainteté, auxquels Dieu a pardonné, et qui ont déclaré juste le juste et déclaré impie l'impie ; puis tous ceux qui sont entrés (dans l'Alliance) après eux pour agir selon la teneur exacte de la loi [voir en Mt. XX, 1-16 : les premiers et les derniers]. » (Damas IV, 6-8). Paul rompt cet ordre parfait. « Désormais » (Rm. V, 11), la réconciliation avec Dieu ne dépend que le la foi en la parole de Jésus Christ ; non d'une interprétation de la loi de Moïse qui prétendrait réaliser, ici et maintenant, la droite justice de Dieu.

L'exécution de Jésus réconcilie certains Hébreux avec Dieu (Ibid. 10). Ils constituent le nouveau « reste » (Rm. XI, 5) qui retrouve l'idée oublié d'un mode d'être spirituel. « La réconciliation » (Rm. V, 11) se découvre par les retrouvailles de l'esprit perdu dans l'assemblée de Dieu. Elle offre la garantie du retour à l'origine céleste. La vie éternelle du Christ constitue la preuve a fortiori de la miséricorde de Dieu : si par sa mort les hommes de foi retrouvent la vérité de Dieu, alors, sa vie après la mort indique qu'ils seront également sauvés de l'anéantissement promis à toute créature terrestre : « Car si, ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son fils, combien plus, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Et non seulement, mais nous nous vantons de Dieu par notre seigneur Jésus-Christ de qui nous tenons désormais la réconciliation. » (Rm. V, 10-11).

Note : Laissons place à l'enseignement de la tradition : "Voici la voie pour arriver à la Torah : mange du pain avec du sel, bois de l'eau mesurée, dors sur la terre, mène une vie dure et peine sur la Torah ; si tu agis ainsi, heureux es-tu et plein de bien ; heureux en ce monde et plein de bien pour le siècle qui vient. Ne recherche pas les grandeurs et ne convoite pas les honneurs. Que tes actes surpassent ton savoir ; ne désire pas la table des rois, car ta table est au-dessus de la leur et ta couronne au-dessus de leur couronne. Fidèle est celui qui t'a confié ta besogne, car il récompense ton travail. La Torah est au-dessus du sacerdoce et de la royauté ; car on acquiert la royauté par vingt degrés, le sacerdoce par vingt-quatre et la Torah par quarante-huit choses, à savoir : l'étude, l'audition de l'oreille, la préparation des lèvres, l'intelligence du coeur, la pénétration du coeur, effroi et crainte, modestie, joie, servir les sages, interrogation des collègues, discussion avec les disciples à l'école, étude de l'Ecriture et de la Michnah ; diminuer les affaires, le sommeil, les plaisirs, les amusements, les préoccupations terrestres ; patience, coeur bon, foi dans les sages, support des corrections." (Pirqé Avot VI, 4).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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