Le chemin de Damas


Dieu créateur

La confusion entre Dieu et Satan

2 - Dieu créateur

« Le créateur » (Rm. I, 25) se trouve effacé par des idoles qui ne recouvrent pourtant que l'image de simples créatures (voir Or. Sib. III). En tant que telles, elles ne sauraient naturellement prétendre au niveau d'être du principe divin (Jub. XII, 1-5). Qui plus est, elles provoquent le courroux de Dieu :

    « L'explication de ceci (Ha. II, 18) concerne toutes les nations qui servent la pierre et le bois. Mais, au Jour du Jugement, Dieu exterminera tous ceux qui servent les idoles, ainsi que les impies, de la terre. » (Com. Ha. XIII, 1-4)

    « La colère de Dieu en effet se dévoile du ciel contre toute impiété et injustice des hommes qui séquestrent la vérité dans l'injustice. » (Rm. I, 18)

Paul évoque l'erreur de l'idolâtrie (Rm. I, 23). Il songe aux « idoles de l'Egypte » (Guerre XIV, 1). Il pense à l'épisode du veau d'or (voir Ex. XXXII), dont il reprend le commentaire du Psaume : « Ils échangèrent leur gloire contre la figure d'un bœuf qui mange de l'herbe ! Ils oublièrent Dieu, leur sauveur. » (Ps. CVI, 20-21). Cependant, Paul efface la limite constituante qui fonde la relation d'Israël à son dieu. De l’infidélité du peuple au Seigneur que Moïse lui destine (voir Ex. XXXII, 27), il extrapole l'ignorance des Goyim, et, par conséquent, celle d'une humanité naturellement tournée vers son environnement terrestre, plutôt qu'elle n'est attirée par l'abstraction du principe spirituel qui fonde l'unique réalité de ce qui est.

    « Puisque ayant connu ce Dieu ils ne l'ont pas glorifié comme Dieu, ils ne lui ont pas rendu grâces, mais ils se sont leurrés dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s'est enténébré. » (Rm. I, 21)

Or, Dieu est présent, « depuis la création » (Rm. I, 20), à celui qui observe « ses œuvres » (Ibid. 20), « ses œuvres grandioses » (Guerre X, 8) ; à celui qui sait en percevoir la gloire, la nature invisible et l'éternelle puissance (Rm. I, 20) (Guerre X, 9). L'hymne cosmique qui célèbre le dieu de l'univers dans le Règlement de la Guerre (Ibid. X, 11-16) semble très présent dans la référence de l'apôtre aux œuvres de Dieu. L'intention est la même : « On voit par l'intelligence » (Rm. I, 20), correspond à : « Ces choses-là, nous les connaissons grâce à ton intelligence. » (Guerre X, 16). Néanmoins, les œuvres authentiquement divines revêtent pour l'apôtre une réalité essentiellement spirituelle. La nature asservie ne peut dévoiler au mieux que l'idée et non l'image de l'au-delà céleste. Tout émerveillement poétique est absent de la pensée de l'apôtre, pour qui la beauté est sans rapport avec la vérité.

Les créatures terrestres que les idolâtres élèvent pour servir à l'organisation du monde, non seulement ne sont point susceptibles de révéler la vérité de Dieu, mais encore tendent-elle à en écarter les hommes (Rm. VIII, 38-39). En tant que choses, elles séparent de Dieu l'homme qui, par elles, objective le divin. Comme prisonnière de sa destructible apparence, l’œuvre divine ne se dévoile point au premier regard porté sur les phénomènes de son asservissement (Rm. VIII, 20-21). Ce n'est nullement dans le vol des cigognes, ou l'histoire des peuples (Ibid. 20-21), que Paul cherche la présence et la puissance du créateur. Tout au contraire, il affirme la capacité de Dieu à annuler la nature des êtres et des choses. Il méprise la volonté de vivre, qui anime les hommes et les compromet en leur mort nécessaire, et le procès du monde.

« La vérité » (Ibid. 18), qui fonde les œuvres de Dieu, mesure l'adéquation du comportement de l'homme avec une loi subtile, qui sourd des profondeurs de sa conscience, dont les valeurs sont liées aux qualités divines de l'immatérialité. Il est donné à tout homme intelligent de ressentir une telle loi de l'esprit comme un impératif catégorique qui ordonne sa pensée. Dans leur aveuglement, les Hellènes idolâtres ne l'ont généralement point connue (Ibid. 26-31) ; sinon, parmi eux, les plus sages des philosophes (Rm. II, 14).

Le principe d'éternité est confronté au devoir de réhabiliter l’œuvre éternelle, désormais revêtue des voiles opaques noués par le péché d'Adam (Rm V, 12) et la faute de celui que Paul ne nomme point (Rm. VIII, 20b) ; celui qui fit que la convoitise était avant que l'homme ne fût. Quelque chose en la création oblitère en effet les qualités divines de l'invisibilité et de l'éternité, lui donne les sombres attributs de la matière et dissimule l'esprit.

Paul attend de l'homme qu'il aide Dieu à le sauver de ce monde fatal. Indubitablement créateur (Rm. I, 25), « celui qui a fait la terre par sa force, qui a fondé le monde par sa sagesse. Par son intelligence (il) a déployé les cieux » (Ps. pseudo-david. XXVI, 13-14) (Jub. II, 16), celui-ci n'est point pour Paul le faiseur d'un monde indestructible (2 Co. V, 1). Le leurre de la création seconde cache la vérité de Dieu dans les mystères de la dualité et du mélange, tel l'idole qui suspend l'intelligence, tel l'esclavage qui contrarie la liberté. Le mensonge consiste à considérer la création éphémère comme un achèvement divin, à méconnaître la réalité éternelle de l'esprit.

L'on ne peut penser que la stupidité des hommes (Rm. I, 22) ait été inscrite au plan divin de la création. Pas davantage l'on ne saurait croire que n'ayant point été prévue, elle est survenue de façon inattendue. L'absurdité de la pensée naît de l'incarnation, qui laisse accroire à l'homme que le monde phénoménal et le réseau des lois positives constituent un absolu de Dieu. Ainsi, ne sait-il penser que ce qu'il voit et entend (1 Co. II, 9). Voilà pourquoi il est incapable de franchir le mur de l'idéologie que la loi dresse autour de lui, afin de mieux briser l'élan de son esprit. L'évangile dévoile le mystère de la dualité du monde (Rm. XVI, 25), comme la tradition essénienne ne l'a jamais connu.

L'errance humaine est attachée au mode d'être psychique qui dissimule l'intelligence de la véritable voie. Tout le projet de l'apôtre consiste à arracher l'homme à cette excroissance matérielle qui efface l'esprit, afin de l'installer dans une création nouvelle aux qualités divines. Le Dieu de Jésus Christ n'est point pour lui Yhwh-Elohim, offrant à l'homme obéissant un jardin des délices (voir la situation du Jardin d'Eden dans le partage de la terre en Jub. VIII,10-20). Il est le Dieu d'esprit qui anéantit la matérialité de la création sur laquelle s'accroche le mensonge, et la mort se nourrit de la vie.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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