Le chemin de Damas


La confusion entre Dieu et Satan

La confusion entre Dieu et Satan

1 - Lumières et ténèbres

our les Hébreux, la gloire du visage de Moïse est parfaite. Elle témoigne de la présence du Seigneur-Yhwh : « Il advint ensuite, quand Moïse sut que son visage était devenu très glorieux, qu'il se fit un voile dont il couvrait son visage. » (Ant. bib. XII, 1). Pour Paul, seul l'évangile se dévoile aux hommes de foi (2 Co. IV, 3). La Torah demeure voilée à ceux qui la pratiquent (2 Co. III, 14), du voile par lequel Moïse dissimulait l'éphémère gloire (Ibid.13) comme un « secret honteux » (2 Co. IV, 2).

Le législateur a laissé accroire que la Torah trouvait en Dieu son fondement. Il a frauduleusement fondé l'absolu de son autorité. Selon Paul, la dissimulation caractérise de même la proclamation de ses adversaires. Avec « fourberie » (2 Co. IV, 2), ils altèrent la parole du Christ. Ils sont amenés à tricher avec la vérité, dans le but d'emporter l'adhésion du peuple. Paul n'a point de loi à imposer, ni de fouet du Seigneur pour faire croire et trembler. Son Dieu parle à la conscience libre des hommes. Il manifeste « la vérité » immédiate (Ibid. 2), c'est-à-dire, l'adéquation du vrai avec l'impératif de la conscience. L'on ne triche pas avec soi-même comme on peut le faire avec le texte d'une loi extérieure.

Le sens de « la parole de Dieu » (Ibid. 2) se lit clairement dans l'évangile intérieur, sans qu'il soit besoin de l'intervention d'un « médiateur » (Ga. III, 19), ni de l'interprétation des maîtres et des docteurs. L'évangile ne porte pas la légalité, mais liberté ! La conversion vient sans contrainte. La difficulté ne réside plus dans la lecture de la loi et la peur de la mal connaître ou de l'interpréter faussement. Elle se reporte dans le juste discernement de la libre conscience, sinon de la libre pensée.

Mais « le dieu de cet âge-ci » (2 Co. IV, 4) fait obstacle à la proclamation évangélique, en aveuglant l'intelligence des hommes (Rm. III, 11). Il a peur que la lumière dans le siècle ne les vienne éclairer, c'est-à-dire, ne leur dévoile la réalité destructible de sa nature et l'erreur fondamentale de leur attachement (Ibid. VII, 25).

  • « Et si notre évangile est voilé, il ne l'est que pour ceux qui se perdent, pour ces mécréants dont le dieu de cet âge-ci a aveuglé l'intelligence de peur que ne les éclaire la lumière de l'évangile de gloire du Christ qui est l'image de Dieu. » (2 Co. IV, 3-4)

Le dieu du monde craint la désobéissance à la loi qui le fait roi. Ne doit-il pas sa couronne au système du droit, des pouvoirs et des hiérarchies, qui édifie sa cour et son royaume (1 Co. II, 8) ? Il règne sur l'obscurité. Il organise le péché du monde. Il puise le fondement de son autorité dans la vanité des hommes. Au contraire, le dieu de l'évangile éclaire les ténèbres des consciences. Il donne à comprendre l'aveuglement des hommes (2 Co. IV, 6). Les hommes ont cherché ailleurs la loi qu'ils portaient en eux-mêmes. Ils se sont soumis à l'esclavage de l'institution. Ils sont tombés dans le piège de ce dieu qui ordonne la mort (2 Co. II, 7). Voici que le souffle du vrai dieu balaie leur conscience de l'empreinte de la Torah. Lui qui règne sur l'indestructible leur révèle l'espérance céleste. Il ruine l'illusion historique de la cité terrestre et rend chaque homme à lui-même.

Paul semble puiser dans le texte du premier récit de la création l'opposition de la lumière et des ténèbres : « Elohim dit : "Qu'il y ait de la lumière !" et il y eut de la lumière. Elohim vit que la lumière était bonne et Elohim sépara la lumière des ténèbres. » (Gn. I, 3-4). Si nous retenons la citation, il reste une nouvelle fois surprenant, de voir comment Paul puise un lieu commun des Ecritures pour lui donner un tout autre sens. Il fait dire au dieu des Hébreux ce que réalise son propre dieu. La logique est la suivante : 1) Dieu a dit : « Que brille la lumière dans les ténèbres ! » (2 Co. IV, 6). 2). 2) Or Dieu a lui-même brillé dans la pensée des hommes de foi (Ibid. 3). Donc l'évangile est l'authentique « parole de Dieu » (Ibid. 2). Mais la démonstration n'est point valide car la lumière phénoménale de la création terrestre n'est point réellement la lumière nouménale de Dieu à laquelle pense l'apôtre (Ga. IV, 10).

Paul continue à mesurer sa pensée à l'enseignement de la Communauté des Saints : « Dans ta gloire a resplendi ma lumière. Car la lumière, du sein des ténèbres tu l'as fait luire. » (Hy. IX, 26-27). L'idée de la lumière de gloire comme image de Dieu (2 Co. IV, 4) est à rapprocher de la transfiguration lumineuse du juste : « Je serai resplendissant de lu[mière] sept fois dans l'E[den que] tu as [c]réé pour ta gloire. Car tu es pour moi un luminaire [éter]nel. » (Hy. VII, 24-25). A rapprocher également de la transfiguration du Christ : « Et il fut transfiguré devant eux, sa face brilla comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » (Mt. XVII, 2).

  • « Il y a des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est la gloire des célestes et autre celle des terrestres ; autre est la gloire du soleil et autre la gloire de la lune. » (1 Co. XV, 40)

Le Livre d'Hénoch rapporte ainsi la transfiguration des esprits : « Et maintenant, je vais appeler les esprits des vertueux (nés dans) la génération de lumière et transfigurer ceux qui sont nés dans les ténèbres, ainsi que ceux qui n'ont pas reçu dans leur chair l'honneur digne de leur fidélité. Je ferai sortir dans une brillante lumière ceux qui ont aimé mon saint nom et je ferai asseoir chacun d'eux sur son siège de gloire. Ils resplendiront pour des temps innombrables, car juste est le jugement de Dieu : il accorde confiance aux fidèles dans la demeure (où conduisent) les voies de la rectitude. Ils verront jeter dans les ténèbres ceux qui sont nés dans les ténèbres, tandis que les justes resplendiront. » (1 Hén. CVIII, 11-14). Tout autre la source de la lumière chez Paul. L'évangile, non la justice de la loi, provoque la glorification de l'homme. La dualité dont la lumière et les ténèbres constituent l'image, surgit de la doctrine de la Communauté. Elle éclate, dès l'instant de la création (Règle III, 25), en un conflit naturel voulu par Dieu lui-même (Ibid. IV, 18) :

  • « Dans une fontaine de lumière est l'origine de la vérité et d'une source de ténèbres est l'origine de la perversion. Dans la main du Prince des lumières est l'empire sur tous les fils de justice : dans les voies de lumière ils marchent ; et dans la main de l'ange des ténèbres est tout l'empire des fils de perversion : et dans les voies de ténèbres ils marchent. » (Règle III, 19-21)

L'apôtre n'entre jamais dans le jeu du monde. Il n'est pas un maître à penser (1 Co. XV, 9-10) (Mt. XXIII, 8-9), ni aucun de ceux qui concourent à la proclamation de son évangile (2 Co. IV, 5). Imposer sa propre autorité après avoir annoncé l'abolition de toute chefferie (1 Co. II, 6), de tout pouvoir (1 Co. XV, 24), marquerait la rechute dans l'erreur dénoncée. Les adversaires, « ceux qui se perdent » (2 Co. IV, 3), « ceux qui périssent » (2 Co. II, 15), c'est-à-dire, ceux qui n'ont pas compris le langage de la croix, sont forts de l'autorité de la loi. Ce sont « les brocanteurs de la parole de Dieu » (Ibid. 17), qui n'enseignent que l'une des deux faces de l'avènement du Christ (Rm. XV, 8) (2 Co. V, 16). Ceux-là n'ont pas rompu avec la Torah à cause du « dieu de cet âge-ci » (2 Co. IV, 4). Ils demeurent fidèles à « l'esprit du monde » (1 Co. II, 12).

S' « il n'y a qu'un Dieu » (Rm. III, 30), nous devons pour le moins entendre qu'il y a deux concepts de Dieu. Car le dieu du siècle qui retient les Saints, les Nazaréens, les Pharisiens, les Sadducéens et tout Hébreu sous le joug de la Torah, est bien pour chacun Adonaï-Yhwh, le Dieu créateur du monde, le sauveur d'Israël. Celui-ci n'est plus le Dieu de Paul. « La face de Moïse » s'est assombrie (2 Co. III, 7, 13), « la face du Christ » s'est éclairée (2 Co. IV, 6).

Remarquons que le concept des deux esprits développé par la Communauté des Saints met une sorte de bémol à l'unicité de Dieu. Même si celui-ci est toujours affirmé comme le Seigneur et le Maître de la création, Bélial lui fait face. Ainsi, la tradition des sages d’Israël conseille-t-elle de répondre aux hérétiques : « "Je suis (Yhwh)" : comme il s'est révélé sous plusieurs apparences, afin de ne pas donner prétexte aux nations du monde de dire : il y a deux puissances... c'est toujours moi, dans le passé, au futur, à venir, en ce siècle, au siècle qui vient (Dt. XXXIII, 39) (Is. XLVI, 4 ; XLIV, 6 ; XLI, IV)... Rabbi Nathan : Voilà de quoi répondre aux Minim, disant qu'il y a deux puissances. » (voir Règle III, 25) (Mékhilta de R. Ismaël XX, 2).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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