Le chemin de Damas


Sauvés en espérance


L'espérance en la transcendance
de la condition humaine

8 - Sauvés en espérance

hercher à être sauvé du mal de l'incarnation, des souffrances et de la mort, constitue le projet et l'espérance du converti. Celui-ci se sauve par la foi en la parole évangélique (1 Co. I, 21 ; XV, 2) (Rm. I, 16 ; X, 9) et par l'intelligence de l'avènement du Christ (Rm. V, 10). Il est libéré de l'esclavage de la Torah (Rm. VII, 6) et de la crainte de Yhwh (Rm. VIII, 15). Il est racheté de l'injustice de la loi (Rm. III, 21), du commandement (Ibid. 9) et de la condamnation (Ibid. 1). Il est enfin épargné par la colère (Rm. V, 9). Pourtant, il ne sera jamais véritablement sauvé que dans l'au-delà céleste. Prétendre réaliser le projet ici-bas revient à reproduire le leurre de l'espérance terrestre.

Lorsque Paul dit que les convertis sont « en attente de l'adoption et du rachat du corps » (Rm. VIII, 23), il signifie que l' « esprit d'adoption » (Ibid. 15) est en eux, afin que le moment venu, ils soient reçus dans le sein du Père, comme ses « enfants » (Ibid. 16), ses « fils » (Ga. IV, 6). Le corps racheté n'est certainement pas le corps de l'incarnation. En effet, l'on a d'une part l'assertion suivante : « Si tu es fils, tu es aussi héritier par Dieu » (Ibid. 7), et l'on sait d'autre part, que « la chair et le sang ne peuvent hériter » (1 Co. XV, 50). Il est donc évident que Paul parle du rachat du corps céleste. Le « Père » (Rm. VIII, 15) (Ga. IV, 6) le rachète pour « ceux qui étaient sous la loi » (Ibid. 5), qui mettent leur foi en Jésus Christ et reçoivent « les prémices de l'esprit » (Ibid. 23). Il semble que nous devions inférer de ce procès, que les corps célestes ont préexisté à l'incarnation (Asc. Is. VIII, 14). Nous ne voyons pas autrement de raison dans l'idée de rachat. Lorsque les exilés sont rachetés de l'esclavage, c'est bien qu'il n'était pas dans leur nature d'être esclave. De même, l'incarnation et le péché ne sont point dans la nature des fils de Dieu. Quant à la préexistence du Christ, nous ne voyons pas comment Dieu aurait pu envoyer « son propre fils » (Rm. VIII, 3) si celui-ci n'avait point (déjà) l'existence. L'on sait pour le moins que tout préexiste nécessairement dans la pensée de Dieu. Et d'abord le verbe divin par lequel il crée (Hy. I, 27-31).v

L'espérance est d'abord attachée à la libération de l'homme de l'esclavage de la Torah, qui ne propose à l'individu d'autre fin que la mort. Paul différencie « ceux qui se sauvent et ceux qui périssent » (2 Co. II, 15), selon qu'ils se libèrent du joug de la Torah ou, au contraire, qu'ils ploient en dessous. L'espérance est un sentiment universellement partagé par la création qui attend d'être libérée de son asservissement aux lois de l'incarnation et de la matière destructible (Rm. VIII, 20-21). La création entrevoit que la loi naturelle (et physique) qui l'ordonne, la structure et la clôt, n'a point un caractère absolu, que ses fondements ne sont pas aussi inébranlables que l'ordre du monde a pu le faire croire. La nature est née de la transgression d'Adam.

Paul reprend le thème de la libération du Livre d'Isaïe en lequel apparaît le thème du Sauveur : « Il n'est pas d'autre dieu en dehors de moi ! Dieu juste et sauveur, il n'en est pas hormis moi ! Tournez-vous vers moi et soyez sauvés, vous tous les confins de la terre ! Car c'est moi qui suis Dieu ; il n'en est pas d'autre ! » (Is. XLV, 21-22). Le rachat d'Israël par Yhwh est scellé par l'édit de Cyrus. Le roi babylonien reçoit de Yhwh l'onction messianique au titre de son action de libération d'Israël. L'importance de l'événement, historiquement lié à la politique militaire et conquérante de Cyrus, amène le prophète à invoquer la maîtrise de Yhwh sur les nations et la création entière. Les peuples soumis par Cyrus, et donc par Yhwh (la libération d'Israël valant preuve), sont invités à reconnaître en la toute puissance du Dieu d'Israël, sa souveraineté sur la création et sa qualité de Dieu unique. Une seconde occurrence du terme « Sauveur » se trouve en Osée XIII, 4d. Yhwh est présenté comme l'unique Sauveur d'Israël.

Comme le prophète, Paul élargit la délivrance à toute la création (Rm. VIII, 21). Mais l’on sait qu’il modifie fondamentalement le sens de la réalité prophétique : « Les eaux dans le désert jailliront ainsi que le torrent dans la steppe. La contrée torride deviendra un étang et la région de la soif des jaillissements d'eau. Dans le repaire où s'accroupissaient les chacals, l'herbe deviendra roseau et papyrus. Il y aura là une chaussée, on l'appellera voie sainte. (L'impur n'y passera pas) elle sera pour lui lorsqu'il fera route et les insensés n'y divagueront pas. Il n'y aura pas de lion et le ravisseur des animaux ne la suivra pas, il ne se rencontrera pas, mais ce sont les rachetés qui iront là. » (Is. XXXV, 6-9) ; « Vous sortirez avec joie, et vous serez ramenés en paix. Montagnes et collines éclateront de joie devant vous et tous les arbres de la campagne battront des mains. Au lieu de l'épine croîtra le cyprès, au lieu de l'ortie croîtra le myrte. » (Ibid. LV, 12-13) ; « Le loup et l'agneau paîtront ensemble, le lion comme le gros bétail mangera du fourrage. Quant au serpent, la poussière sera sa nourriture. » (Ibid. LXV, 25). La prophétie annonce avec lyrisme le retour à Sion des exilés après l'édit de Cyrus et la restauration d'Israël dans l'espérance accomplie d'un nouvel âge d'or.

La perspective paulinienne n'est point la même. Pour l'apôtre, en effet, la création ne participe pas à la bénédiction du peuple retrouvé en offrant sa douceur et sa clémence, comme elle participait à sa malédiction par sa désolation et son aridité (Ibid. XXXIV, 11-15). La création (matérielle), soumise à « l'esclavage de la destruction » (Rm. VIII, 21) sera libérée de la soumission à une loi qui ne peut être que la loi de la nature, c'est-à-dire, la loi physique et biologique de l'incarnation.

L'humanité sauvée ayant retrouvé son mode d'être céleste, la création, avec ses règnes de violence et de destruction, sa chaîne trophique de vies et de morts, retournera au néant. Elle ne demeurera pas comme un espace vide d'hommes en une matérialité qui serait paradoxalement éternelle. Hors du temps et de l'espace, la création vraie ne constitue dans la vie céleste que la nécessité pour l'homme d'être là. Revêtu de la gloire éternelle, il ne peut en effet être pensé sans qu'un espace céleste en accueille l'idée.

Pourtant, nul n'est encore sauvé puisque chacun vit encore dans ce monde de l'incarnation et de la loi du péché (Php. III, 11) (Rm. VII, 24). Le propre de l'espérance est d'attendre la réalisation du projet qu'elle forme. Or le monde à venir n'est pour Paul ni de chair, ni de sang, ni de terre, ni de pain, ni d'eau. La proclamation de l'apôtre a l'accent du prophète de l'apocalypse. Il exhorte chaque converti à demeurer ferme en son engagement, parce que l'espérance édifie elle-même ce qui doit advenir, par la résistance qu'elle déploie contre une nature dont elle attend qu'elle périsse ou se transmute. Etre sauvé en espérance (Rm. VIII, 24) veut signifier que l'aboutissement du projet évangélique n'est point terrestre, même s'il n'y a d'espérance possible qu'en ce bas monde (1 Co. XIII, 13).


    « Car c'est en espérance que nous avons été sauvés. Or une espérance qui se voit n'est pas une espérance ; quand on voit, qu'espérer encore ? Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas, nous l'attendons avec persistance. » (Rm. VIII, 24-25)

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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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