Le chemin de Damas


La victoire sur la mort


L'espérance en la transcendance
de la condition humaine

6 - La victoire sur la mort

e genre littéraire de l'apocalypse donne généralement à connaître une révélation secrète des mystères de l'au-delà issue des visions de personnages de légende (Daniel, Esdras, Baruch, Hénoch). Le dévoilement, qui prend appui sur les événements terrestres, donne une image céleste de la transformation idéale et attendue de l'ordre social. Ainsi, l'on retrouve en Daniel et 1 Hénoch l'espérance d'un monde nouveau, née de l'occupation syrienne et du règne autoritaire d'Antiochus Epiphane (celui-ci devait provoquer la révolte hasmonéenne en 168 av. J.-C.). De même, la guerre romaine et la destruction de Jérusalem par Titus (en 70 ap. J.-C.) se retrouvent dans l'espérance de 4 Esdras et de 2 Baruch.

Le Livre des secrets d'Hénoch (2 Hénoch) dévoile un voyage initiatique à travers les sept cieux, dont le légendaire Hénoch fait le récit à ses fils. La connaissance ésotérique ne lui est confiée qu'après qu'il s’est dépouillé de ses vêtements terrestres pour revêtir les vêtements célestes (voir 1 Co. XIII, 12). Ainsi révélée, celle-ci ne peut être transmise qu'aux sages (voir 1 Co. II, 6-8). Paul possède véritablement les accents d'un prophète de l'apocalypse, non ceux d'un prophète qui s'inscrit dans l'histoire : « Je vais vous dire un mystère. » (1 Co. XV, 51) ; « J'en viendrai aux visions et aux dévoilements du Seigneur. » (2 Co. XII, 1). L'inspiration de l'apôtre n'est pas à rechercher dans les événements historiques, mais dans la vision du Christ en croix. L'idéal exprimé n’espère pas le salut d'Israël, mais celui de l'homme universel.

La connaissance apocalyptique se présente à Paul comme « un mystère » auquel seuls les Parfaits ont accès par l'intelligence de l'esprit (1 Co. II, 6-7). L’apôtre dévoile partiellement ce savoir (1 Co. III, 2), afin d'étayer l'espérance qu'il proclame. La participation individuelle au triomphe collectif se mérite. Elle est déjà commencée chez les convertis qui reçoivent en leurs pensées « les arrhes de l'esprit » (2 Co. I, 22 ; V, 5).

Le dévoilement du mystère de la vraie vie donne à mieux comprendre l'ampleur du dualisme paulinien. Le mode d'existence idéal est atteint par la victoire définitive de l'esprit sur la matière (1 Co. XV, 53). Le changement de nature des corps (Ibid. 42, 52), l'évaporation de leur matérialité, anéantit aussi bien la loi (positive) (Ibid. 56) que la mort (Ibid. 54). Toutes deux n'ont d'existence possible que dans le règne matériel des choses et des corps. La désincarnation des Parfaits les délie définitivement de la loi du péché, qui est intrinsèquement liée à leurs âmes-vivantes (Rm. VII, 17, 23). Elle les délivre « du corps de cette mort » (Ibid. 24). Dans le même instant, elle les dégage de la loi en laquelle Paul voit « la puissance du péché » (Ibid. 56), c'est-à-dire, l'accommodement institutionnel de l'incarnation.

  • « Quand ce destructible sera vêtu d'indestructibilité et que ce mortel sera vêtu d'immortalité, alors ce sera cette parole de l'écriture : La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton dard ? Or le dard de la mort c'est le péché, et la puissance du péché, c'est la loi. » (1 Co. XV, 54-56)

La citation du verset 1 Co. XV, 54 provient du Livre d'Isaïe : « Il détruira sur cette montagne le voile placé sur tous les peuples, le tissu tissé sur toutes les nations. Il détruira la mort à jamais. Adonaï-Yhwh effacera les larmes de dessus tous les visages et il enlèvera l'opprobre de son peuple de dessus toute la terre, car Yhwh a parlé. » (Is. XXV, 7-8). Cette vision apocalyptique semble concerner Babylone, « la cité du néant » (Ibid., XXIV, 10) (détruite par Xerxès en 485 av. J.-C.). Ce retour de l'histoire est vu par le Livre d'Isaïe comme l'annonce du jugement des nations, suivi du banquet sur le mont Sion, qui inaugure la restauration d'Israël et la royauté universelle du Seigneur-Yhwh (Mt. XXVI, 29). C'est bien entendu la mort du peuple élu qui s'éloignera à jamais et non point la mort biologique des serviteurs de Yhwh. Ces derniers accompliront leurs jours (Is. LXV, 20) sans connaître une mort avancée. Paul poursuit son interprétation libre.

Le verset 1 Co. XV, 55 fait appel au prophète Osée : « De la main du Chéol je les affranchirais ! De la mort je les rachèterais ! Où sont tes pestes, ô mort, où est ta contagion, Chéol ? » (Os. XIII, 14). L'oracle jette la malédiction à l'encontre, semble-t-il, du royaume infidèle de Samarie qui apparaît sous les noms d'Ephraïm et d'Israël. Quelle que soit son autorité envers la mort du peuple et sa tutelle sur les Chéol (que l'on voit affirmées dans le verset 14 de l'oracle), Yhwh ne peut plus sauver Ephraïm. Il n'est pas utile d'insister sur le détournement du texte et le sens des mots par Paul, pour qui la Torah produit la mort de l'homme, tandis que pour le prophète la fidélité à la même loi garantit la vie du peuple.

De même qu'il personnifie la mort (1 Co. XV, 55), l'apôtre identifie la Torah à une « puissance » (Ibid. 56), c'est-à-dire, à une entité angélique agissante (Ga. III, 19), que l'on peut entendre comme l'idée, ou l'esprit de la loi qui « provoque » le péché (Rm. VII, 5). Celui-ci est nommé le « dard de la mort » (Ibid. 56). Il appert que « la puissance » de la loi représente une entité angélique qui ne saurait appartenir qu'au mal. La trinité négative de la pensée paulinienne peut s'énoncer ainsi : Péché-Loi-Mort. Trois concepts inextricablement liés par une relation de causalité. Ils émanent d'un principe mauvais que Paul ne dévoile jamais qu'à demi-mot (Rm. VIII, 20) (2 Co. IV, 4). Il est clair cependant que la matière est son repaire. Il sera anéanti par la disparition de son domaine. Paul inscrit son projet universel dans une pensée mythique de type apocalyptique, qui crée une transformation radicale du mode d'être au monde. Il ne peut concevoir une révolution absolue dans une continuité de l'histoire vaine de l'incarnation. Le système angélique, qui enferme toutes relations au monde et dans le monde sous la puissance de la loi, ne peut être abrogé que par le surgissement d'une « création nouvelle » (2 Co. V, 17) (Rm. VIII, 21). Celle-ci n'est ni la glorification de la matière, ni l'idéalisation du système juridique positif, mais leur effondrement.

Un principe mauvais s'est emparé de la création (Rm. VIII, 20). Le mal est si profond que la victoire des fils de Dieu, contre celui-qui-a-soumis-la-création-malgré-elle (Ibid. 20) n'est envisageable que par un retour à une création revêtue de « l'indestructibilité » et de « l'immortalité » (Ibid. 53), c'est-à-dire, une création immatérielle, paisiblement angélique. La puissance de l'adversaire s'exerce, à travers la loi, sur la matière, les choses et les corps. En ce sens, la création de la matière ne peut être divine ; sauf à dire qu'elle fut une erreur de Dieu, à l'avantage du principe contraire. Mais cela ne se peut. La trinité idéale paulinienne s'énonce : Esprit-Amour-Vie (éternelle). Elle n'est point accessible en ce monde ; mais c'est bien en celui-ci que les Spirituels gagnent d'y participer. Leur espérance perçoit, en une lueur indécise, les « arrhes de l'esprit ».


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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