Le chemin de Damas


L'espérance prophétique


L'espérance en la transcendance
de la condition humaine

3 - L'espérance prophétique

l est impossible de suivre Paul lorsqu'il dit que les prophéties furent consignées pour l'édification d'une espérance (paulinienne), qui s'oppose fondamentalement à l'aspiration religieuse des Hébreux : « Or tout ce qui est écrit est écrit pour notre enseignement afin que par la résistance et par la consolation des Ecritures nous ayons l'espérance. » (Rm. XV, 4). Selon la Règle de la Communauté, Dieu a prescrit la Torah par l'intermédiaire de Moïse et des prophètes qui sont ses serviteurs (Règle I, 3). La contradiction de l'évangile avec l'espérance des Saints, amène Paul à remettre en question les interprétations authentifiées par le Maître:

  • « Le Maître de Justice à qui Dieu a fait connaître tous les Mystères des paroles de ses serviteurs les prophètes. » (Com. Ha. VII, 4-5)
  • « Paul, esclave du Christ Jésus, apôtre appelé et mis à part pour annoncer l'évangile que Dieu avait promis par ses prophètes dans les saintes Ecritures au sujet de son fils. » (Rm. 1, 1)

Les Saints reconnaissent le Maître de leur Communauté comme envoyé de Dieu pour accomplir la loi (Hy. VI, 10-11) et pour annoncer « la bonne nouvelle » (Ibid. XVIII, 14) à l'assemblée du Seigneur, Paul provoque la rupture avec l'évangile essénien. Il est lui-même envoyé pour proclamer la fin de la loi ; ce dont la loi elle-même, et les prophètes attestent ! (Rm. III, 21). S'il est vrai que l'exégèse (paulinienne) des textes partage de semblables absurdités avec celle du Maître, les commentaires s'opposent, chacun tirant à lui la preuve de l'Ecriture et la justification prophétique. Celle-ci est riche de tout et de son contraire (Mt. XXVI, 54).

A l'évidence, les prophètes proclament toujours la justice de Yhwh et appellent sans cesse Israël à se montrer fidèle à l'Alliance. Paul rencontre l'opposition des Hébreux pour qui la Torah est évidemment divine (voir Ex. XX, 1), préexistante (voir Pr. VIII, 22-31), intangible (voir Dt. IV, 2 ; XIII, 1) et éternelle (voir Ex. XXXI, 16) (Lv. III, 17). Le Livre des Antiquités bibliques affirme péremptoirement : « Dieu établit la loi de son alliance éternelle avec les fils d'Israël et donna les commandements éternels qui ne passeront pas. » (Ant. Bib XI, 5). L'activité missionnaire des Nazaréens auprès des Saints exilés (Ps. Sal. XVII, 18 et VIII, 23), des Pharisiens de la synagogue hellénisée et des Craignants-Dieu des nations, ensemence un terrain religieux déjà labouré. La pensée paulinienne n'a point de ces racines dont la vérité se mesure à l'ancienneté. L'apôtre semble isolé. Mais l'on connaît l'argument : « Chez les hommes, c'est la multitude qui l'emporte, mais chez Dieu, c'est ce qu'il a décidé. » (Ant. Bib XXVII, 12). Pour autant que ses pérégrinations l'amènent à engager la controverse, Paul forge l'authenticité évangélique sur les anciennes références.

L'herméneutique des Saints participe de la même liberté intellectuelle. Elle part d'une pétition de principe outrancière pour amener le texte à révéler ce qu'il n'affirme nullement. Ainsi en est-il du Commentaire d'Habacuc, du Commentaire de Nahum et du Commentaire du Psaume XXXVII, très partiellement conservés dans la bibliothèque de Qoumrân. L'excès des Saints ne justifie pas la liberté de Paul ; surtout lorsque les évangiles (celui du Maître de Justice, l'arrangement des Nazaréens et celui de Paul) sont proclamés en cette société grecque qui depuis des siècles enseigne la validité et l'invalidité des raisonnements.

Le retournement paulinien des Ecritures soutient « la résistance » (Rm. XV, 4). Le témoignage reprend le chant du « Serviteur souffrant ». La citation de Rm. XV, 3 se retrouve dans le recueil des Psaumes : « Dieu d'Israël ! C'est à cause de toi que je supporte l'insulte, que la confusion a couvert ma face, que je suis devenu un étranger pour mes frères et un exotique pour les fils de ma mère, car le zèle de ta Maison m'a dévoré et les insultes de tes insulteurs sont retombées sur moi ! » (Ps. LXIX, 8-10). Le Juste est serviteur du Temple. C'est précisément son zèle pour la Maison de Dieu qui lui vaut insultes et persécutions ! Pris dans la controverse, l'apôtre brandit l'oracle. Cette façon tout à fait spécieuse d'aller puiser l'argumentation dans l'adversité et de retourner les Ecritures contre elles-mêmes, n'est certainement pas recevable pour un Hébreu connaisseur de la Torah. Peut-être l'est-elle pour un Goy privé de jugement, parce qu'il n'a pas de connaissance approfondie de la religion qui l'attire.

Paul met en parallèle « la résistance » et « l'unanimité » (Rm. XV, 5) comme deux actualisations liées, de l'esprit saint de la Communauté. « Les forts », c'est-à-dire ceux qui ont l'intelligence de l'évangile (Ibid. 16), ne doivent pas se séparer des faibles, c'est-à-dire, de ceux qui demeurent pliés sous le joug de la Torah. L'on remarque que la Communauté se divise en deux partis, probablement du fait de l'apôtre (Ibid. 1 : « nous les forts »). Son vœu consiste à l'édifier complètement « dans le bien » (Ibid. 2), selon l'esprit et non selon la loi. Les forts font obstacle à la loi, à l'image du Christ (Ibid. 3). Mais celui qui résiste pour sa liberté ne doit pas se séparer de celui qui le retient (Ibid. 2 : le « proche »). Il est de son devoir de chercher à le convertir à la loi de la foi. Cet engagement vers l'unanimité enseigne que l'enjeu, pour l'apôtre, consiste à gagner la Communauté entière à son idée évangélique. Paul ne peut s'offrir la dissidence dans une Communauté nazaréenne que nous percevons déjà comme schismatique à l'égard de la Communauté essénienne. Entre le Maître de Justice et Jésus le Nazaréen, le choix de la figure messianique est arrêté. Les Memoria, mieux peut-être que l'évangile, mêlent étrangement les deux personnages dans l'accomplissement des prophéties. Pourtant, le premier est celui dont (il semble qu') on ne parle jamais.

L'apôtre affirme que la conduite mécréante et injurieuse du peuple à l'égard de Dieu, s'est manifestée par les injures que subit le Christ au nom de la loi (Ibid. 3). L'affliction que connaissent alors les convertis participe de l'identique péché contre l'esprit. Armés d'une même confiance, il leur appartient de résister. Cependant, les Nazaréens ne peuvent donner au Psaume la même interprétation que Paul. Le zèle du serviteur qui souffre pour la Torah est incompatible avec l'évangile (paulinien) (Ga. V, 4). Le fidèle (Nazaréen) de Jésus, qui devient l'adversaire de l'apôtre, ne peut que pester contre la (mauvaise) foi de l’apôtre. Celui-ci ne voit plus la mise en garde du Seigneur contre l'infidélité de son peuple à l'alliance conclue. Il ne lit dans les prophéties qu'un « enseignement » (Ibid. 4), une justification pour briser le pacte. Paul trouve sans doute dans les plus anciennes d'entre elles (renouvelées par la tradition essénienne) la conversion des nations attendue pour la fin des temps ou tout au moins la part d’entre elles qui ne sera point vouée à l'extermination (Is. II, 1-4 ; XLIX, 5a, 22-23 ; LVI, 6-7 ; LX -LXII ; LXVI, 10-24 ; LXVI, 18 ; So. III, 8-10 ; Za. VIII, 20-23 ; Ps. LXVII ; CXXXVIII). Or, il ne s'agit jamais, pour les prophètes, que d'une adhésion formelle à la Torah, suivant le rituel, le serment et les formes consacrées :

  • « Les fils de l'étranger qui se joignent à Yhwh pour le servir et pour aimer le nom de Yhwh, afin d'être pour lui des serviteurs, et tous ceux qui observent le Chabbat sans le profaner et s'attachent à son alliance, je les amènerai à ma montagne sainte et je provoquerai leur joie dans ma maison de prière. Leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma Maison sera appelée maison de prière pour tous les peuples. » (Is. LVI, 6-7)
  • « Envoyons les offrandes au Temple (ce sont les nations vaincues qui parlent) puisqu’il n’est d’autre souverain que Dieu. Méditons sur la loi du Dieu Très-Haut. » (Or. Sib. III, 718-719)

Il n'en reste pas moins que Paul ne peut fonder autrement que par l'Ecriture (Rm. XV, 4) son espérance d'une communion des esprits en dehors de la loi. Si le Seigneur-Yhwh peut dire par la voix du prophète : « Le ciel est mon trône et la terre l'escabeau de mes pieds : quelle maison me bâtirez-vous donc ? » (Is. LXVI, 1) (voir Ac. VII, 48-49), alors l'apôtre peut penser qu'à l'universalité de Dieu correspond aussi une universalité de la loi ; mais d'une loi non écrite, puisqu'il n'y a point de Temple pour l'y déposer, d'une loi qu'il découvre comme « un mystère tu de toute éternité » (Rm. XVI, 25). Tel « un signe » mis par Dieu parmi les nations (Is. LXVI, 19), l'apôtre semble conformer sa prédication à l'oracle, en projetant d'atteindre l'Espagne (Rm. XV, 24, 28), probablement « Tarsis » (Tartessos, en Espagne, sur la côte sud de l’Atlantique) (Is. LXVI, 19), au bout du monde, pour se conformer à l’oracle. Ses adversaires jugent avec effroi qu'il est en avance sur le programme de la fin des temps.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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