Le chemin de Damas


L'amour s'oppose à la légalité



Le pur amour

3 - L'amour s'oppose à la légalité

t qui nous séparera de l'amour du Christ ? » (Rm. VIII, 35). L'interrogation trouve réponse en l'absence de justification par la Torah (Ga. V, 4). Seule en effet la loi fait obstacle à l'amour du Christ. Mais qu'importe la loi, affirme Paul (Rm. VIII, 33-34), en reprenant pour le compte de Jésus Christ, l'oracle destiné au Maître de Justice : « Vous [avez eu] avec vous le Dieu du ciel (et de la terre), marchant avec les hommes en simplicité (perfection) de cœur. » (Test. Iss. VII, 7). Le Seigneur ne sera-t-il pas assis « à la droite de Dieu » (Rm. VIII, 34) (Mt. XXVI, 64), lors du jugement du monde ? (voir Ps. CX, 1). Le Livre des Bénédictions donne au Prêtre (le Maître de Justice) un rôle de justicier le jour du jugement : « [Et tu seras dans l'entourage (de Dieu), officiant dans le Palais royal et faisant tomber le sort en compagnie des anges de la Face. » (Bén. IV, 5-26) (voir Mt. XIX, 28).

Bien que les convertis soient en dehors de la Torah, nul ne « portera plainte » (Rm. VIII, 33) contre eux, nul ne les « condamnera » (Ibid. 34), et donc, nul ne les « séparera de l'amour du Christ » (Ibid. 35). Dieu n'étant nullement principe de la loi positive (Ibid. 31), nulle accusation se réclamant de celle-ci n'est recevable par lui (Ibid. 29) (1 Co. II, 14 ; IV, 3).

Toutefois, l’on sait que le Dieu de cet âge-ci n'a d'autre détermination que l'asservissement de la création (Rm. VIII, 20) et la claustration de l'homme (Rm. VII, 6). De sorte que le pouvoir légal qui lui appartient (1 Co. XV, 56) cherche à mater la rébellion. Peine perdue ! Non seulement le règne de l'amour n'est pas sous sa juridiction, mais son autorité n’a point prise en celui-ci (1 Co. XV, 24). Paul nomme les « éléments du monde » (Ga. IV, 3), qui le cherchent et contre lesquels il ancre sa résistance. Ils sont « les anges » (Ibid. 38) en tant qu'esprits des lois (Ga. III, 19), « les principautés » (Ibid. 38) comme entités tutélaires des pouvoirs établis (1 Co. XV, 24), « les puissances » (Ibid. 38) comme principes d'un pouvoir (1 Co. XV, 24) qui agit par « le sabre » (Ibid. 35) dans « le présent et l'avenir » (Ibid. 38), c'est-à-dire, dans le déroulement du siècle ou de l'histoire.

Les expressions pauliniennes se rencontrent dans le « Martyre d'Isaïe », où les visions que le roi Ezéchias confie à son fils Manassé (en présence du prophète Isaïe et de son fils Yashûb) dévoilent particulièrement « les jugements éternels, les tourments de la géhenne, ce qui concerne la principauté de ce monde, ses anges, ses dominations et ses puissances » (Mart. Is. I, 3). L'apostasie de Manassé devenu roi est ainsi présentée : « Manassé cessa de servir le Dieu de son père et servit Satan, ses anges et ses puissances (...) Manassé détourna son cœur pour servir Bélial, car l'ange d'iniquité qui est le prince de ce monde (est) Bélial. » (Ibid. II, 2, 4). Bélial (ou Béliar en 2 Co. VI, 15) signifie « le vaurien » (voir l'habitation des sept cieux en 2 Hén. III-XXII).

Le Prince de ce monde a autorité sur « ses anges, ses dominations et ses puissances » (Martyre Is. I, 3 ; II, 2) (Jub. XLIX, 2). « Les puiss[ances] de l'armée des anges » (Guerre XII, 8) engagent l'affrontement. Hénoch a pu voir « une prison pour les astres et les puissances célestes » (1 Hén. XVIII, 14). Dieu a son armée prête au combat sur la terre comme au ciel (1 Hén. XX). L'on sait en effet que, « comme il en est là-haut, ainsi en est-il sur la terre » (As. Is. VII, 10).

Le temps apparaît tel une « créature » (Ibid. 39) qui surgit à l'instant de la matérialisation de l'espace et de l'incarnation de l'homme, comme un effet de la désobéissance. Il répond à « la loi des astres » (1 Hén. LXXXII, 9). Il participe de « l'esclavage de la destruction » (Ibid. 21) (Ga. IV, 10). En lui se déroule l'existence terrestre de l'homme, la vie et la mort (Ibid. 38), l'histoire des peuples, le présent et l'avenir (Ibid. 38). L'amour réside ailleurs, en le lieu de l'éternité (1 Co. XIII, 8). L'enseignement des Saints dévoile que l'ultime bataille revêt les aspects d'une réalité historique, tout en marquant la fin (de l'histoire) du mélange des esprits : « Les fils de lumière et le lot des ténèbres combattront ensemble pour la puissance de Dieu parmi le bruit d'une immense multitude et les cris des dieux et des hommes, au Jour du malheur. » (Guerre I, 11). Elle a pour résultat « la domination d'Israël (...) sur toute chair » (Ibid. XVII, 7-8).

Les versets Rm. VIII, 33-39 appellent la référence du Jugement des « élus de Dieu » (Ibid. 33) tel qu'il se découvre dans la vision d'Hénoch :

  • « Le Seigneur des esprits aura placé l'Elu sur le trône de gloire, et il jugera toute l’œuvre des saints dans la hauteur céleste et pèsera leur œuvre à la balance [Rm. VIII, 34] (...) Elle criera aussi, toute l'armée des cieux, ainsi que tous les saints dans la hauteur, l'armée du Seigneur, les Chérubins, les Séraphins, les Ophanim, tous les anges de puissance, tous les anges des dominations, l'Elu et toutes les puissances, dans la terre et les eaux. Ce jour-là, ils élèveront ensemble la voix, pour bénir, glorifier, exalter, dans un esprit de foi, un esprit de sagesse, un esprit de patience, un esprit de clémence, un esprit de justice et de paix, un esprit de douceur. » (1 Hén. LXI, 8-11)
  • « Car je suis sûr que la mort ni la vie, les anges ni les principautés, le présent ni l'avenir, les puissances ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de cet amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm. VIII, 38-39)

L'universalisme paulinien donne la victoire sur « les éléments du monde » (Ga. IV, 3). Celle-ci est acquise, grâce à « cet amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus » (Rm. VIII, 39). L'amour apparaît comme une sorte de moyen ou de mode opératoire. Il est lié à l'esprit comme sa qualité essentielle. Il en est la puissance et la vie. Le triomphe (Ibid. 37) qu'il donne peut être considéré tel une victoire par défaut. Les Spirituels résistent ; mais ils ne livrent pas un combat à forces égales sur le champ de bataille du monde. En l'absence d'espérance terrestre, ils ne se situent déjà plus ni dans le temps, ni dans l'histoire. Les annales les ignorent ou gardent à peine leurs traces. Nulle stèle pour rappeler à Dieu le nom des valeureux sur les champs de bataille (Guerre XII, 4-5). Leur victoire se gagne dans la désobéissance irréductible, poussée jusqu'à la mort. Elle consiste en une détermination sans faille à résister à l'ordre du monde (Rm. VIII, 35) (Rm. V, 3 ; XII, 12) (2 Co. I, 6 ; VI, 4), en une fermeté indéfectible en l'amour de Dieu, en une fidélité inébranlable en l'amour du Christ (Rm. VIII, 35). L'amour manifeste l'obéissance à la loi de l'esprit, de même que la pratique légale témoigne de la soumission à la Torah. L'amour ne s'oppose pas à la haine mais à la légalité.

Le verset Rm. VIII, 36 nous donne un nouvel exemple de l'altération du sens de l'Ecriture. Pour les besoins de l'argumentation, l'apôtre reprend le psaume : « Or c'est pour toi que toujours on nous tue, qu'on nous traite en petit bétail d'abattoir ! » (Ps. XLIV, 23). Dans le contexte, il s'agit d'un appel au secours vers Yhwh, après une défaite. Par sa plaidoirie, le psalmiste assure le Seigneur de la fidélité du peuple en un sens fondamentalement opposé à la pensée paulinienne : « Nous n'avions pas trahi ton alliance. » (Ibid. 18).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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