Le chemin de Damas


L'amour de Dieu

Le pur amour

1 - L'amour de Dieu

e Seigneur Yhwh établit une relation contrastée d’amour et de détestation avec Israël : « Je ne continuerai pas de les aimer. » (Os. IX, 15). L’oracle nous amène en un moment de l'histoire où Israël et Ephraïm se sont écartés du culte de Yhwh. Leur infidélité justifie les représailles divines et la perspective d'un nouvel exil. Yhwh retire son amour parce qu'il n'est plus reconnu comme Dieu. La Torah n'est plus observée. La malédiction qu’il jette marque le retrait, la bénédiction qu'il accorde témoigne du renouvellement de l’amour après la colère (Os. XIV, 5) (So. III, 17). La haine se comprend comme le sentiment divin lié à la malédiction et à l'aridité : « Je vous ai aimé (Israël) -a dit Yhwh- et vous dites : "En quoi nous as-tu aimés ?" Esaü n'est-il pas le frère de Jacob ? -oracle de Yhwh- or j'aime Jacob et je hais Esaü : j'ai livré ses montagnes à la désolation et son héritage aux chacals du désert. » (Ml. I, 2). Le sort d'Esaü témoigne a contrario de l'affection de Yhwh pour Jacob. L'amour est donc une disposition favorable de l'affectivité de Yhwh. Elle se traduit par sa bonne volonté à l'égard du peuple élu et obéissant. Elle est liée à la paternité (Os. XI, 1 et 4). La générosité de Yhwh est réellement l'amour en acte : « Je les aimerai avec générosité. » (Os. XIV, 5).

L'amour de Dieu n'est plus, pour Paul, cette générosité divine qui distribue sa bénédiction sur la terre d'Israël, la rend belle et féconde. L'affection divine ne s'épanche plus du haut du ciel en une fine pluie printanière. L'amour emplit la pensée des convertis, comme un souffle céleste qui les arrache au monde : « Car l'amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l'esprit saint qui nous a été donné. » (Rm. V, 5). De même que la loi, l’amour s’est intériorisé.

Dans le Testament des douze patriarches, « la haine du diable » s'oppose à « l'amour de Dieu » (Test. Gad. V, 2). Il s'agit de deux penchants contraires, dont l'un est porteur de mort, tandis que l'autre assure la vie : « La haine est donc mauvaise, parce qu'elle est continuellement associée au mensonge ; elle parle contre la vérité ; de ce qui est petit, elle fait quelque chose de grand ; elle change la lumière en ténèbre [2 Co. XI, 14] ; appelle le doux "amer" ; enseigne la calomnie, la colère, la guerre, l'insolence, toute espèce de convoitise, et remplit le cœur d'un venin diabolique. » (Test. Gad. V, 1). La haine n'a pas ici la puissance radicale qu'elle revêt dans le concept paulinien (Rm. VIII, 7) ; même si elle « collabore avec Satan en toutes choses pour faire périr les hommes » (Test. Gad V, 7). Néanmoins, l'enseignement peut être repris par Paul.

La haine comme l'amour ne se comprennent, chez l'apôtre, qu'en leur rapport (intérieur) à Dieu. La relation à l'autre se désincarne en se spiritualisant. L'amour n’est plus un sentiment charnel qui connaîtrait en la haine son contraire. Il est un « état d'esprit » que la conscience dévoile. La haine est « un état d’âme » chargé de convoitise. L'apôtre ne cherche jamais à parfaire les hommes en leur nature terrestre (1 Co. VII, 29-34). Il attend toujours l'anéantissement du monde.

Le Testament des douze patriarches dote l'homme de deux penchants qui forment une dualité réduite par le droit. L’enseignement se poursuit ainsi : « La justice rejette la haine. L'humilité détruit la jalousie. En effet, l'homme juste et humble craint de commettre l'injustice, accusé qu'il est, non point par autrui, mais par son propre cœur [Rm. II, 15], car le Seigneur surveille son penchant. Il ne calomnie pas un homme pieux, puisque la crainte de Dieu habite en lui. Comme il craint d'offenser le Seigneur, il se refuse absolument à faire du tort à qui que ce soit, même en pensée [Mt. V, 28]. » (Test. Gad. V, 2-5). L'amour ne revêt pas la puissance céleste qui renverse la loi. L'amour, dans le Testament, s'attache à la parfaite justice. Il n'a point cette qualité d'éternité qui donne au concept paulinien un caractère exogène au système du monde. Il reste l'amour selon la Torah. Il « collabore à la loi de Dieu pour sauver les hommes » (Test. Gad. V, 7) (autant que la Torah peut le faire). L'amour du prochain répond au principe et aux nécessités (politiques) de la loi positive : « Et maintenant, mes enfants, je vous ordonne d'aimer Lévi, afin de subsister, et de ne pas vous dresser contre lui de peur d'être exterminés. » (Test. Lévi XXI, 1). L’amour participe d’un attachement terrestre.

« Or l’amour de Dieu pour nous, c’est que le Christ est mort pour nous quand nous étions encore pécheurs. » (Rm. V, 8). Quel sens donner à ce bien paradoxal « amour de Dieu » qui semble être la cause de la mort du Christ ? Si l'on veut entendre cet amour comme un sentiment d'affection à l'égard des hommes, il n'y a rien à comprendre. Sauf à imaginer une stratégie divine pour le moins tordue où l'amour de Dieu se donne par la cruauté de la croix. L'on a voulu retrouver ici la cruauté dont Elohim fait preuve à l'égard d'Abraham : « Prends donc ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va-t'en au pays de Moriah (que la tradition identifie à la montagne du Temple, en 2 Ch. III, 1) et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. » (Gn. XXII, 2).

Le corps crucifié rend l'homme disponible au pur amour de Dieu (Rm. VI, 6), c'est-à-dire, à l'amour céleste qui ne connaît aucune sorte de convoitise, car l'amour pur se donne sans vouloir recevoir. Qu'il soit de Dieu ou bien de l'homme, le véritable amour ne consiste pas en une disposition à vouloir le bien (terrestre) de l'autre. Les Spirituels ont reçu l'amour tel une qualité de l'esprit (Rm. V, 5). Les Psychiques n'ont pas plus l'intelligence de l'amour, qu'ils n'ont la connaissance de l'esprit (Rm. VIII, 5). Ils possèdent une affection terrestre contrastée, qui révèle une sorte d'amour (1 Co. VII, 33). Celui-ci n'est pas davantage l'amour vrai, que la vie psychique n'est la véritable vie (Rm. VII, 10 et 1 Co. XV, 19). L'amour de Dieu est autre que l'amour naturel qui surgit de la loi de l'incarnation comme un leurre. Il imprègne la volonté de vivre (éternellement) dans le monde.

Lorsque Paul dit que « le Christ est mort pour nous » (Rm. V, 8), et qu'il donne pour cause « l'amour de Dieu » (Ibid. 8), il signifie que la mort du Christ révèle, aux hommes, la vie éternelle de l'esprit qui se déploie dans la relation d'amour (céleste). La crucifixion contredit la prétention de la Torah à donner l'amour aussi bien que la vie. Désormais, la relation à Dieu et aux hommes ne peut plus revêtir une forme légale. Elle devient une communion d'amour. L'esprit s'actualise dans le contraste lumineux qui l'oppose à la loi. Il n'est qu'un unique esprit pour l'homme, pour Dieu (Rm. VIII, 9) et pour le Christ (1 Co. VI, 17) (Ga. IV, 6), Il n'est qu'un seul amour pour Dieu, pour le Christ (Rm. VIII, 39) et pour l'homme (Rm. V, 5). La justice n'est plus légale, mais aimante. L'amour s'émancipe de la crainte de Dieu et des mérites de l'obéissance qui l'autorisent. Il apparaît comme la qualité première de l'esprit (Rm. XV, 30). Il le révèle, comme la légalité manifeste la loi. L’amour en est le souffle vivant, l'inspiration et l'expiration de la relation céleste. Il partage avec l’esprit la qualité essentielle de l'éternité (1 Co. XIII, 8).

La mort du Christ, qui n'est pas une mort sinon la mort de ce qui est déjà mort (2 Co. V, 14) mais l'éclatante révélation de « la vie éternelle » (Rm. VI, 23), constitue le premier acte d'amour, c'est-à-dire, la première manifestation de l'esprit. Avant qu'il ne meure, tous étaient « encore pécheurs » (Rm. V, 8), c'est-à-dire qu'ils pratiquaient la Torah comme code de toutes les relations humaines, attachés qu'ils étaient à la génération de l'homme. Après l'exécution sur la croix, la loi de l’esprit d’amour se découvre en dehors des lois.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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