Le chemin de Damas


La loi de la foi est établie


La légalité est un principe satanique

17 - La loi de la foi est établie

lors par la foi abolissons-nous la loi ? Que non ! Au contraire, nous établissons la loi. » (Rm. III, 31). Paul joue de l'ambiguïté du terme « loi ». Il n'empêche que, tout au long de son évangile, de façon non équivoque, il proclame l'abrogation de la Torah (Rm. VI, 14 ; VII, 4, 6 ; X, 4) (Ga. II, 19 ; IV, 5, 21). En aucune manière, la loi de Moïse n'a jamais justifié l'homme devant Dieu (Rm. III, 20, 28, 30 ; VII, 5 ; IX, 31) (1 Co. XV, 56) (Ga. II, 16, 21 ; III, 10-11, 13, 24). Paul achève de dire que la justice de Dieu s'est manifestée « en dehors de la loi » (Rm. III, 21), que l'homme n'est nullement justifié par la pratique de la loi (Ibid. 26-27), que celle-ci est vaine, tant pour l'Hébreu que pour l'Hellène (Ibid. 30).

C'est alors qu'il pose la question rhétorique (Ibid. 31), en laquelle le terme « loi » doit signifier évidemment la Torah. La question appelle la réponse « oui ». Mais Paul répond lui même « non », en donnant alors au second terme « loi » le sens de « loi de l'esprit » (Rm. VIII, 2). Paul prend ses adversaires à contre-pied ; à la fois pour les dérouter, eux qui l'accusent justement de renier la Torah ; à la fois pour insister sur l'impératif de la vraie « loi de Dieu » (Rm. VII, 25), la « loi du Christ » (1 Co. IX, 21) (Ga. VI, 2), la « loi de l'esprit de vie » (Rm. VIII, 2), la « loi de la foi » (Ibid. 27). Il évite que le sol ne se dérobe sous les pieds de celui qu'il cherche à gagner. Mais s'il joue sur l'ambiguïté du terme, c'est aussi qu'il ne peut pas dire clairement le fond d'une pensée qui probablement lui retirerait d'un coup toute chance de convaincre les adhérents hébreux ou « craignants-Dieu » (1 Co. III, 1).

L'adversité produit devant Paul des textes inspirés, agite des feuillets prophétiques. La fidélité à la loi doit demeurer sans reproche jusqu'à l'accomplissement des temps ! « C'est pourquoi je vous ordonne d'écouter Lévi, car c'est lui qui connaît la loi de Dieu, règle de justice et sacrifice pour Israël jusqu'à l'achèvement des temps du grand prêtre oint dont a parlé le Seigneur. » (Test. Rub. VI, 8). Chaque Testament de chacun des douze patriarche se termine par le même leitmotiv : Gardez fidèlement la Torah ! Alors, Paul se défend d'abroger la loi ; la loi demeure ! Mais évidemment ce n'est plus la même loi. Il est clair que pour Paul, « la loi est spirituelle » (Rm. VII, 14). Or, il dit dans le même temps : « Si vous êtes menés par l'esprit, vous n'êtes pas sous la loi » (Ga. V, 18). La contradiction est patente. La conversion à la loi de la foi, c'est-à-dire, à la loi spirituelle, entraîne nécessairement le reniement de la Torah. Une interprétation différente de la signification du verset Rm. III, 31 ne peut procéder que de la volonté de refuser l'apocalypse paulinienne, de chercher à sauver, sinon la Torah que l'apôtre condamne indubitablement, tout au moins quelque loi positive qui pourrait venir s'y substituer. A l'évidence, les lois (angéliques) des nations disparaissent également dans l'interrègne paulinien.

Dans les trois versets précédents (Ibid. 27-29), Paul vient de dénoncer « l'Alliance perpétuelle » (Gn. XVII, 7), établie entre Yhwh et Abraham, renouvelée à Isaac (Gn. XVII, 19 ; XXVI, 3-5) et à Jacob (Gn. XXVIII, 13-15), codifiée par Moïse (Ex. VI, 2), dont l'on ne voit plus que les engagements contractuels gardent encore pour lui quelque valeur : « Je te donnerai, pour toi et pour ta race après toi, le pays de tes pérégrinations, tout le pays de Canaan, en propriété perpétuelle, et je deviendrai Dieu pour ceux de ta race. » (Gn. XVII, 8). Paul ouvre l'évangile à l'incirconcis dont Dieu a dit : « L'incirconcis, le mâle qui n'aura pas été circoncis quant à la chair de son prépuce, cette personne-là sera retranchée d'entre ses parents, elle a rompu mon alliance. » (Ibid. 14). Paul dénonce le privilège du traité de reconnaissance mutuelle entre Dieu et Moïse : « Je vous adopterai pour mon peuple et je deviendrai votre Dieu. » (Ex. VI, 7). Le code qui régit l'Alliance (Sinaï-Horeb : Ex. XX-XXIII, 19 ; Pays de Moab : Dt. V-XXVIII) connaît une irrémédiable profanation : la justice de Dieu est ailleurs. La Torah est vide ! Mais il ne s'agit (encore) que de la conviction de l'apôtre.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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