Le chemin de Damas


Etre à « un autre » dieu


La légalité est un principe satanique

16 - Etre à « un autre » dieu

e même vous aussi, mes frères, vous êtes morts à la loi par le corps du Christ pour être à un autre, à celui qui a été relevé d'entre les morts afin que nous portions du fruit pour Dieu. » (Rm. VII, 4)

Le premier terme de la comparaison établit que la mort du mari libère la veuve de l'obligation légale qui l'attache (Rm. VII, 2) : « Tu ne commettras pas d'adultère. » (Ex. XX, 14) (Dt. V, 18). La transgression du commandement est punie de la peine de mort par lapidation, aussi bien pour l'homme que pour la femme (Lv. XX, 10) (Dt. XXII, 22-24). Lorsque l'époux meurt, la veuve n'est pas véritablement « dégagée de la loi de l'époux » (Rm. VII, 2), comme le dit rapidement Paul. Elle peut en effet devoir se soumettre au commandement du lévirat (« Yibboum »), c'est-à-dire à l'obligation d'épouser le frère du mari mort sans enfant (Dt. XXV, 5-10). Ce commandement peut être levé par le refus du beau-frère d'épouser la veuve. L'on procède alors à la cérémonie du déchaussement (« halitsah »).

Le second terme (Rm. VII, 4) signifie que les Hébreux se trouvent également déliés de la Torah par la mort de Jésus. Ils peuvent de ce fait, tout comme la veuve, se donner « à un autre » (Ibid. 3-4).

La démonstration de Paul rappelle que la femme peut être à un autre sans adultère si le mari est mort : 1) La femme est attachée au mari par la Torah ; 2) Le mari est mort ; 3) Donc la femme n'est plus attachée au mari par la Torah. La mort du mari libère la femme de la contrainte des lois du mariage. La comparaison est bancale dans sa conclusion : « De même vous aussi, mes frères, vous êtes morts à la loi par le corps du Christ. » (Ibid. 4). Pour que la comparaison soit valide, il faut entendre : 1) L’Hébreu est attaché au Christ par la Torah ; 2) Le Christ est mort ; 3) Donc l’Hébreu n'est plus attaché au Christ par la Torah. Or, il semble que Paul veuille plutôt dire : 1) L’Hébreu est attaché à la Torah ; 2) Le Christ est mort ; 3) Donc l’Hébreu n'est plus attaché à la Torah. La logique paulinienne ne peut être rétablie que si l'on précise : 2) Le Christ est mort « à cause de la Torah ».

Il est une autre façon de comprendre la comparaison en lisant le sens : « La femme mariée est en effet liée par la loi à l'époux vivant. » (Ibid. 2). La métaphore du mariage entre Yhwh et Israël constitue un lieu commun des Ecritures : « Mais tu t'es fiée à ta beauté et, forte de ta renommée, tu t'es prostituée et tu as prodigué des prostitutions à tout passant ; tu as été à lui (...) Je t'appliquerai les sentences pour femmes adultères. » (Ez. XVI, 15ss.). La femme représente Jérusalem qui a trahi ses devoirs envers Yhwh, son époux. Citons encore : « Incriminez votre mère, incriminez-la, (car elle n'est pas ma femme et je ne suis pas son homme) pour qu'elle écarte de sa face ses prostitutions et d'entre ses seins ses adultères, de peur que je ne la déshabille toute nue. » (Os. II, 4-5). De même, la femme représente Israël dans la parabole paulinienne. C’est ainsi que les Memoria de Matthieu peuvent désigner Jésus comme « l’époux » (Mt. IX, 15).

L’Hébreu « connaisseur de la Torah » (Rm. VII, 1) peut parfaitement comprendre la métaphore du verset 2 : Israël est lié par la Torah au Seigneur (Yhwh). Si nous faisons la confusion entre Dieu et le Christ, nous devons alors déduire : 1) Israël est attaché au Seigneur par la Torah ; 2) Le Seigneur est mort ; 3) Donc Israël n'est plus attaché au Seigneur par la Torah (2 Co. V, 16). Certes, Paul ne postule pas la mort de Yhwh. Mais il affirme bien la mort de Jésus (1 Co. XV, 3), autant qu’il proclame sa divinité (Rm. VIII, 3 ; IX, 5). Le dieu de l'incarnation meurt par le paradoxe de la croix. Il emporte la Torah dans sa mort.

Quelle que soit la logique de la comparaison, relevons deux points essentiels. D'une part, c'est par l'exécution de Jésus que la Torah se trouve abrogée (Rm. VIII, 3) ; d'autre part, le converti appartient de ce fait « à un autre » (Rm. VII, 4). La mort sur le gibet de la croix invalide la loi. L'exécution de Jésus est trop criante d'injustice. Or, le tribunal a bien jugé que Jésus était passible de mort pour cause de blasphème (voir Mc XIV, 64). Non point que celui-ci se dise juste, mais qu'il s'affirme roi. Prononcé par le Grand Prêtre, le jugement constitue un acte de justice en regard de la loi, autant qu'une marque de piété au regard de Yhwh (car nul prophète n'atteste que Jésus est roi). Néanmoins, le retranchement étant le peine encourue, il n'y a ni sentence de cour, ni jugement exécuté de main d'homme au nom de Yhwh. La faute est à ce point énorme que le tribunal se déclare incompétent. L'affaire est laissée au regard du Seigneur lui-même. Par la main divine que chacun percevra dans l'acte de mise à mort, quel qu'en soit l'outil ou le moyen, Jésus sera effacé de la création et de la mémoire des hommes !

Le Sanhédrin pourrait s'être rendu coupable de forfaiture s'il avait utilisé la loi à d'autres fins que la justice. L'apôtre n'aurait pas manqué de le dire. Non, la Torah a été appliquée en toute justice. Ni Caïphe, ni Pilate ; en regard de la Torah, Yhwh porte seul la responsabilité du jugement et de l'exécution, puisque la peine du retranchement lui appartient. L'on peut ici noter à propos que la Communauté essénienne, dont la Règle n'édicte aucune autre peine que l'excommunication, qu’elle reconnaît effectivement la main de Dieu dans les violences du lot de Bélial : « Dans tous les cas où l'on aura prononcé l'anathème contre un homme, c'est par les ordres des Goyim que cet homme sera mis à mort. » (Damas IX, 1). L'on est fondé à penser que les Saints fidèles au Maître de Justice qui n'ont point reconnu en Jésus « celui qui vient » (Mt. XI, 3), n'ont probablement vu dans la crucifixion de celui-ci par les Romains que la juste exécution des ordonnances divines. Pourtant, l'exécution du Maître a dû les jeter dans le même trouble que celle de Jésus pour les Nazaréens.

L'expression « pour être à un autre » (Rm. VII, 4) ne peut demeurer sans question. Cet autre est à l'évidence le Christ paulinien qui délivre de la loi (Ibid. 4) et, par conséquent, du dieu de la Torah puisque pour les Hébreux la Torah vient de Dieu. Les convertis pauliniens ne savent plus voir que Béliar-Satan, où les Hébreux placent Adonaï-Yhwh. Il semble bien, en effet, que la loi constitue pour Paul le domaine d'action privilégié du « dieu de cet âge-ci » (2 Co. IV, 4). N'est-elle pas « la puissance du péché » (1 Co. XV, 56) ? Néanmoins, entre Yhwh, Satan et la Torah, l'apôtre semble laisser la part cachée pour l'ambiguïté d'une sombre trinité (1 Co. II, 2) (2 Co. XII, 6).

Paul exhorte les Hébreux fidèles à Jésus et toujours zélateurs de la Torah, de tirer la conséquence majeure de la mort du Christ sur la croix. La crucifixion provoque la désillusion de la loi (Ga. II, 19). Le mirage se brouille. C'est à l'autre, au Christ spirituel qu'il faut aujourd'hui convertir ses pensées et sa vie (2 Co. V, 16). Faute de quoi, l'exécution retrouve le sens premier que lui donne la Torah ; elle constitue un échec majeur du Christ devant Satan (1 Co. XV, 14) (2 Co. V, 17). Jésus a bien vécu au cœur du monde, « dans une sorte de chair de péché » (Rm. VIII, 3c) (2 Co. V, 21), en pratiquant la Torah (Rm. XV, 8) (Php. II, 7-8). Il a assumé, en son (apparente) humanité, le jugement de Yhwh comme le pseudo-jugement de Dieu ou le jugement du pseudo-Dieu. Relevé d'entre les morts, il retrouve la vérité éternelle à laquelle il n'a jamais cessé d'appartenir.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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