Le chemin de Damas


La pierre d'achoppement


La légalité est un principe satanique

13 - La pierre d'achoppement

a Torah n'est pas une loi de (vraie) justice (Rm. III, 21). En outre, s'y conformer se révèle impossible (Ga. III, 10), aussi bien pour les gardiens du droit que pour tout homme de bonne foi. Elle fait violence au fidèle en s'imposant comme une nécessité extérieure. La pratique légale n'en appelle nullement à la liberté de sa conscience, mais à la rigoureuse conformité de chaque geste et de chaque mot. Le fidèle s'en remet aux préceptes de la Torah dont il ne saurait jamais contester ni la justice, ni la pertinence. Bref, la Torah est une loi que l'on inculque pour asservir l'homme en ses pensées avant de le contraindre en ses actes.

Le point de vue de la Tradition est évidemment contraire à celui de l’apôtre. Elle enseigne que l’étude de la Torah donne la liberté à l'homme en l'élevant au sein du peuple, en lui donnant le pouvoir que confère le savoir : « Rabbi Meïr disait : Quiconque étudie la Torah pour elle-même obtient bien des choses ; bien plus, il s'égale au monde entier : il est appelé collègue, ami, aimant le Lieu, aimant les créatures, réjouissant le Lieu, réjouissant les créatures. On le revêt de modestie et de crainte ; on le rend capable de devenir juste et pieux, droit et fidèle ; on l'éloigne du péché et on l'approche d'une vie pleine de mérites. Il fera bénéficier autrui du conseil de prudence, d'intelligence et de force (...) La Torah lui donne royauté, domination et jugement pénétrant. On lui révèle les mystères de la Torah. Il devient comme une source intarissable et comme un fleuve au cours toujours plus puissant. Il est modeste, patient, indulgent aux insultes. On le grandit et l'élève au-dessus de tout. » (Pirqé Avot VI, 1).

La pratique zélée de la Torah a conduit les Judéens jusqu'à la plus dramatique des absurdités. La peine de retranchement prononcée à l'encontre de Jésus, le « il-est-passible-de-mort » (Mt. XXVI, 66) est une œuvre du Grand Sanhédrin, un magnifique « fruit pour la mort » (Rm. VII, 5). Il est le grand œuvre, dont la survenue invalide la Torah du premier au dernier de ses articles et bouleverse l'ordre du monde. Dieu (le dieu paulinien) les a vus venir, « les chefs de ce siècle » (1 Co. II, 8), ces experts de la loi (Rm. II, 17-20), ces sages, ces scribes, ces « disputeurs de ce siècle » (1 Co. I, 20), Sadducéens et Pharisiens, casuistes éprouvés, proclamant le jugement de leur délibéré. Ils ne se sont point trompés. Ils sont si scrupuleux, si tatillons, si pieux ! Dieu leur a mis entre les mains celui qu'il ne fallait surtout pas condamner. Paul dit qu'il le leur a mis par les pieds (Rm. IX, 32). Ce fut un jugement de trop !

L'image de la pierre d'achoppement se trouve dans le Livre d'Isaïe : « C'est Yhwh des armées que vous tiendrez pour saint : c'est lui que vous avez lieu de craindre, c'est lui que vous avez lieu de redouter. Il deviendra un sanctuaire, une pierre que l'on heurte et un roc d'achoppement pour les deux maisons d'Israël, un filet et un piège pour l'habitant de Jérusalem. Beaucoup y trébucheront, ils tomberont et se briseront, ils seront pris au piège et seront attrapés. » (Is. VIII, 13-16). Dans le contexte, le pays de Juda est menacé par le roi d'Assur. Le peuple infidèle se heurte à l'incontournable puissance de Yhwh sur la montagne de Sion. Son inconstance constitue le faux pas. Assur en est la conséquence. Lorsque Paul utilise l'oracle d'Isaïe, il veut méconnaître qu'il porte sur la présence jalouse et péremptoire de Yhwh dans le sanctuaire ; alors que l'avènement de Jésus Christ signifie pour lui l'effondrement de ce même sanctuaire. Tout porte à croire que l’apôtre a repris l'image de la « pierre d'achoppement » (Hy. IX, 21) (Rm. IX, 32) à la tradition essénienne. La Communauté y voit l’annonce prophétique de la persécution du Maître de Justice :

  • « Et je fus un piège pour les pécheurs, mais la guérison pour tous ceux qui se convertissent du péché, la prudence pour les simples, et le ferme penchant de tous ceux dont le cœur est troublé. Et tu as fait de moi un objet de honte et de moquerie pour les traîtres, (mais) le fondement de vérité et d'intelligence pour ceux dont la voie est droite. Et je fus en butte aux offenses des impies (...) Mais tu as fait de moi une bannière pour les élus de justice et un interprète (plein) de connaissance concernant les mystères merveilleux pour éprouver [les hommes] de vérité et pour mettre à l'épreuve ceux qui aiment l'instruction. Et je fus un homme de querelle pour les interprètes d'égarement [mais un homme] [de pa]ix pour tous ceux qui voient les choses vraies. Et je devins un esprit de jalousie envers tous ceux qui cherchent les choses flat[teuses]. [Et tous] les hommes de tromperie grondaient contre moi (...) et les ruses de Bélial étaient [toutes] leurs [pe]nsées, et ils ont renversé vers la Fosse la vie de l'homme par la bouche duquel tu as fondé la doctrine. » (Hy. II, 6-19)
  • « Ils ont choppé contre la pierre d'achoppement comme il est écrit : Voici, je mets en Sion une pierre d'achoppement, une roche d'embûche, mais celui qui s'y fie n'aura pas honte. » (Rm. IX, 32b-33)

L'on rapproche parfois l'image de la pierre d'achoppement à celle de la pierre angulaire : « Ainsi a dit Adonaï Yhwh : Voici que moi, je pose à Sion une pierre, une pierre de granit, une coûteuse pierre angulaire de fondement, bien fondée. Celui qui croit ne témoignera pas d'impatience. Je ferai du jugement un cordeau, de la justice un niveau, mais la grêle emportera l'abri du mensonge et les eaux inonderont la cache. Votre alliance avec la mort sera annulée et votre pacte avec le Chéol ne tiendra pas. » (Is. XXVIII, 16-18). Le sens voulu par l'image de la pierre d'achoppement et celle de la pierre angulaire est voisin en Isaïe. Il s'agit pour Yhwh de constituer son peuple autour du sanctuaire, dans le périmètre de la Torah. La tentation d'Assur provoque la mort du peuple tandis que la Torah lui donne l'existence.

Dans la Règle de la Communauté, nous voyons que le Conseil des Saints se substitue au Temple. Il est « la Maison de sainteté pour Israël (...) le mur éprouvé, la pierre d'angle précieuse [dont les] fondements ne trembleront pas » (Règle VII, 5-7). Le Conseil constitue « les témoins de vérité en vue du jugement » (Ibid. 6). Les élus qui le composent sont « chargés d'expier pour la terre et de faire retomber les sanctions sur les impies » (Ibid. 6). Ainsi, le Conseil de la Communauté possède-t-il la résistance du roc pour défendre l'authentique Torah face à l'adversité (voir Mt. XVI, 18). Composé de douze hommes et de trois prêtres (Règle VIII, 1), le Conseil peut être précisément rapproché du cercle des douze Nazaréens avec parmi eux les trois « colonnes » (Jacques, Képhas et Jean).

La signification paulinienne de l'image de « la pierre d’achoppement » ne s'accommode raisonnablement d'aucune des références citées. Certes, l'apôtre voit en la pierre d'achoppement l'obstacle inattendu qui provoque la chute, « le piège » (Hy. II, 6) que les Judéens ne voient pas. Mais cette chausse-trappe leur fut d'autant plus difficile à éviter, qu'ils ne pouvaient la connaître que par une infidélité à la Torah et par le renversement de tout enseignement prophétique. L'on peut ajouter que la métaphore de la pierre angulaire n'est pas reprise par Paul, parce que son sens appelait à une construction terrestre (voir 1 P. II, 4-5).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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