Le chemin de Damas


De l'Hébreu ou de l'Hellène, nul ne juge l'autre


La légalité est un principe satanique

12 - De l'Hébreu ou de l'Hellène, nul ne juge l'autre

es Hébreux ou des Hellènes, qui vaut le mieux ? Telle est la question, en forme de jugement, posée dans les versets suivants : « Or nous savons que tout ce que dit la loi, elle le dit à ceux qui sont sous la loi, en sorte que toute bouche soit close et le monde entier justiciable de Dieu ; parce que par les œuvres de la loi nulle chair ne sera justifiée devant lui, car la connaissance du péché vient par la loi. » (Rm. III, 19-20).

Comment comprendre que l'acte qui allait donner à voir au monde entier « la justice de Dieu » (Ibid. 5), appelle l'injustice des Judéens ? Comment ceux qui, conformément à l'injustice légale, « ont tué le Seigneur » (1 Th. II, 15), et, par conséquent, participé au dessein de Dieu et au dévoilement de la vraie loi, pourraient-ils se voir infliger la colère divine ? Paul poursuit : « Mais si mon mensonge donne plus de gloire à la vérité de Dieu, pourquoi suis-je encore jugé pécheur ? » (Rm. III, 7) (Rm. V, 20 ; VI, 1). Il est d'ailleurs bien connu (du fait des calomniateurs) que les Judéens savent pratiquer la politique du pire (Rm. III, 8). Que les choses soient claires : l'injustice de l’Hébreu n'est pas pire que l'injustice du Goy. Ils « sont tous dans le péché. » (Ibid. 9). Le rejet de Jésus n'est pas d'ordre absolu. Il n'est pas le résultat d'une manipulation divine, mais tout bêtement la conséquence de la stupidité judéenne qui n'a d'égale que l'idiotie hellène : « Il n'y a pas de juste, pas un, il n'y a pas d'intelligent, il n'y en a pas qui cherche Dieu. » (Ibid. 10-11) (Jub. XXII, 18) (voir Ps. XIV, 1-3 ; LIII, 2).

Jetons encore un regard sur l'argumentation de Paul : le psaume de référence vitupère la folie de l'athée qui dit en son cœur : « Il n'y a pas de Dieu ! » (Ps. XIV, 1). Cependant, Paul modifie l'identité de « l'insensé » ou de l'inintelligent (Rm. III, 10-11) (voir Ps. V, 6 ; LXXIII, 3). Il n'est plus l'athée, mais l’Hébreu zélé pour Dieu ! (Rm. X, 2). « Esprits de l'Aspic », dit l'auteur des Hymnes (Hy. III, 18) (voir Ps. V, 10 ; CXL, 4). « Tombeau béant que leur gosier, leurs langues ourdissent la ruse, un venin d'aspic est sur leurs lèvres. » (Rm. III, 13), répond Paul. L’apôtre poursuit l'amalgame du Judéen et du méchant athée : « Leur bouche est pleine d'imprécation et d'âcreté. » (Rm. III, 14) (voir Ps. X, 7). Pour le psalmiste, il ne fait pas de doute que le méchant est l'athée : « Le méchant, le nez en l'air, est sans souci : "Pas de Dieu !", telles sont toutes ses pensées. » (Ps. X, 4). Paul fait encore un détour par le Livre d'Isaïe dont il tronque le passage choisi à bon escient (Rm. III, 15-17) : « Le chemin de la paix ils ne le connaissent pas » (Ibid. 17) se continue en effet dans le Livre : « Et le droit est absent de leurs voies. » (Is. LIX, 8). Paul revient au Livre des Psaumes (Ibid. 18) (voir Ps. XXXVI, 2), pour lequel l'on a remarqué que l'athée est le méchant, nullement l’Hébreu zélé pour Dieu.

Le Livre d'Isaïe, comme le Livre des Psaumes, constitue les sources argumentaires incontournables. Notons l'information de Flavius Josèphe à ce sujet : « Il y en a parmi [les Esséniens] qui se vantent de connaître les choses à venir, tant par l'étude qu'ils font des livres saints et des anciennes prophéties que par le soin qu'ils prennent à se sanctifier, et il arrive rarement qu'ils se trompent dans leurs prédictions. » (La guerre des Juifs contre les Romains II, 12). Paul utilise les Prophètes d'une façon si libre que l'on y reconnaîtrait l'art du sophiste, si Paul eût été Grec, non celui de l'exégète ni même de l'allégoriste.

Que les Hébreux s'apaisent, dit l'apôtre, et qu'ils comprennent que du temps des prophéties à celui du rejet de Jésus, ils plient sous « le joug de la Torah » (Rm. III, 19 -tr. Chouraqui-). En ce lieu de la référence légale, les Goyim calomniateurs (Ibid. 8) n'ont point accès. « Que toute bouche soit close » (Ibid. 19) (Ant. Bib XXXII, 4) signifie, d'une part que les Goyim ne sont pas fondés à juger de la faute des Hébreux selon la Torah, d'autre part que ces derniers doivent cesser leurs vains bavardages (Mt. XII, 34). Que chacun se taise puisque la loi devient une parole intérieure ! Nul homme, quel qu'il soit, n'est plus fondé à dire la loi. Hébreux et Hellènes, sont désormais « justiciables de Dieu » seul (Rm. III, 19). Le Judéen n'a donc pas à porter en son cœur la culpabilité de son trébuchement et de l'ignorance du Christ, car il était alors soumis à la pratique de la Torah. L'on peut même penser qu'il y fut assujetti malgré lui, comme par ruse (2 Co. III, 13). Néanmoins, il doit maintenant comprendre que la Torah constitue son erreur (Ibid. 13). Elle ne porte ni les lumières de l'évangile (Ibid. 15-16), ni l'universalité de la loi de l'esprit révélée à tout homme intelligent, Hébreu ou bien Hellène.

« La connaissance du péché vient par la loi » (Rm. III, 20), ajoute Paul. L'on est tenté de penser que l'apôtre évoque le discernement que donne la « loi de l'esprit » (Rm. II, 15). Cependant, le contexte de Rm. III, 20-21 laisse clairement comprendre qu'il s'agit ici de la Torah. Si cette loi donnait à connaître le péché d'une façon positive, l'on pourrait penser qu'elle constitue une aide à la justification. Mais nul n'étant jamais justifié par la Torah, nous devons comprendre qu'en suscitant le péché, elle le donne à connaître négativement (Ibid. 20). La loi qui condamne Jésus, dévoile l'ampleur de la faute contre la loi de l'esprit (Mt. XII, 31). Elle amène à reconnaître que la loi positive « provoque » le péché (Rm. VII, 5). Car le péché, ce sont proprement les actes de la loi. La condamnation de Jésus n'est pas une erreur judiciaire qui mettrait en cause le jugement des hommes. Les juges appliquent la loi. Ils sont infaillibles. La Torah n'est pas une loi de l'intime conviction, le jugement ne relève pas de la conscience de chacun, serait-elle touchée par l'esprit ; mais du texte sacré qui dit le droit : « C'est à Dieu qu'appartient le jugement. » (Dt. I, 17).

La Torah est une loi objective qui nomme des juges, qui érige des tribunaux, qui condamne des hommes à recevoir des pierres jusqu'à en mourir. Elle favorise la culture de la haine et du péché qui se déploie dans une « nomocratie » où la pieuse et rigoureuse praxis devient l'unique source de justification, le cadre de vie du maître et de l'esclave.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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