Le chemin de Damas


Les éléments du monde


La légalité est un principe satanique

11 - Les éléments du monde

uand nous étions enfants, nous étions asservis aux éléments du monde ; et quand est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son fils, né d'une femme, né sous la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi, pour que nous recevions l'adoption. » (Ga. IV, 3-5).

Le verset 3 prend appui sur le rappel, par le prophète Osée, de l'asservissement d'Israël en terre d'Egypte : « Quand Israël était un jeune homme, je l'aimai et d'Egypte j'appelai mon fils. » (Os. XI, 1). « Mon fils premier-né est Israël. » (Ex. IV, 22). Comme le Seigneur a pu rappeler son fils (le peuple d'Israël) de l’esclavage égyptien, il peut aussi décider d'envoyer son fils Jésus Christ libérer (de la Torah) ce même peuple d'Israël, une nouvelle fois soumis à l'esclavage. Néanmoins, le second fils de Dieu procède d'une autre filiation. Il est individualisé, « né d'une femme » (Ga. IV, 4), précise l'apôtre. L'idée paulinienne du salut ne concerne plus le peuple en sa collectivité, mais chaque homme en sa personnalité. L'envoyé préposé au rachat est lui-même fils d'Israël, soumis à la Torah (Rm. XV, 8) (Php. II, 7), dont il a pour mission de délivrer l'homme.

Paul vient de comparer les « éléments du monde » (Ga. IV, 3) à « des régisseurs et à des intendants » (Ibid. 2). Ils sont en effet les maîtres de la création terrestre. En son exil égyptien, Israël leur fut soumis : « (Pharaon) conçut le coupable projet d'opprimer les enfants d'Israël (...) Il les mit sous les ordres de ses contremaîtres pour les réduire en esclavage, il leur fit bâtir des villes fortes pour Pharaon, Pithom et Ramsès, et ils rebâtirent toutes les murailles et toutes les fortifications qui s'étaient écroulées dans les villes d'Egypte. (Les Egyptiens) leur imposèrent un dur esclavage. » (Jub. XLVI, 12-15).

Paul ajoute que structurer le temps en des obligations rituelles et légales est un retour à l'asservissement (Ga. IV, 10). L'Ascension d'Isaïe nous donne à cet égard une idée du lien qui peut être fait entre les puissances astrales et les pouvoirs dans le monde : « Et comme il en est là-haut, ainsi en est-il sur la terre : car ici, sur la terre, il y a la ressemblance de ce qui est dans le firmament. » (Asc. Is. VII, 10). Une lecture attentive de ce texte nous permet, en outre, de retrouver la tripartition de l'univers telle que Paul semble l'avoir pensée (2 Co. XII, 2). La critique du texte laisse voir les trois cieux dans une première mouture du Testament de Lévi (Test. Lévi II, 7-III, 10). La part satanique comprend la terre et le firmament. Vient au-delà une part mélangée qui demeure fidèle à Dieu, bien que caractérisée par une droite et une gauche. Enfin se trouve au-delà encore le « troisième ciel » parfaitement divin (2 Co. XII, 2). Ainsi, en ce bas monde, dont le firmament marque la limite, les anges déchus et les hommes incarnés sont animés d'un même esprit de convoitise. Ils se battent, s'oppressent, s'exploitent. En sa première enfance chaldéenne, en son exil égyptien, Israël a connu la connivence de ses maîtres et des astres du firmament. En son exode babylonien, il l'a un moment retrouvée (voir Ex. XXXII, 8).

L’apôtre s'adresse aux Saints de la Communauté, probablement aux Nazaréens, qui sacralisent le temps en observant les astres (Règle X, 1-8) : « Le Seigneur a mis le soleil au-dessus de la terre comme un grand signal pour les jours, les chabbats, les mois, les fêtes, les années, les semaines d'années, les jubilés et toutes les saisons des années. » (Jub. II, 9). Qui plus est, comme Pharaon personnalisait l'astre du jour, le Maître de Justice représente l'étoile de Jacob : « Et l'Etoile, c'est le Chercheur de la loi qui est venu à Damas. » (Damas VII, 18) (Mt. II, 2, 7, 9-10) (voir l'oracle de Balaam : Nb. XXIV, 17).

Le discours de l'apôtre peut aussi être entendu par les Pharisiens qui épient le lever de la nouvelle lune (Ga. IV, 10) (voir la légalité des témoignages pour preuve de la nouvelle lune : M. Roch ha-chanah I, 5). Si l’on nous permet de sourire avec les farceurs : « Jadis on recevait sur la nouvelle lune le témoignage de quiconque ; mais depuis que les hérétiques ont corrompu (les témoins), on décréta qu'on ne recevrait que les témoins connus. Jadis on allumait des feux ; mais depuis que les Samaritains ont corrompu ce moyen, on décréta qu'on enverrait des messagers. » (Ibid. II, 1).

La polémique est vive entre Esséniens et Pharisiens : « Il y en aura qui observeront attentivement la lune, mais elle trouble les saisons, elle a dix jours d'avance sur chaque année. C'est pourquoi il leur arrivera des années troublées par eux-mêmes, ils feront d'un jour prescrit un jour réprouvé et d'un jour impur une fête, et ils confondront tout, des jours sacrés (avec) des jours impurs et un jour impur avec un jour sacré, car ils se trompent au sujet des mois, des chabbats, des fêtes et du jubilé. » (Jub. VI, 36-37).

Croire que les éléments du monde ne sont pour Paul que des anges ou des divinités astrales consiste à évacuer ce qui constitue le cœur de la pensée paulinienne : la soumission de l'homme inconscient, aux forces de la nature terrestre. Paul n'est point magicien. Il reprend l'idée des dieux anciens (Ga. IV, 8) pour dire que l'asservissement au calendrier et aux obligations de la loi qui s'y rattachent n'aboutit finalement qu'à justifier l'assujettissement aux puissances du monde, dont les rois, les princes et les chefs sont les représentations. La méprise ou la superstition devient alors fatale pour l'homme qui se livre en esclavage. Il est aussi irrationnel de sacraliser la loi et de ritualiser les jours conformément à une règle astrale, ajoute Paul, que de se prosterner devant des idoles (voir Ap. Abr. VII, 4-5).

Paul rejette la légalité du temps. Il voit la puissance astrale dans le classement des jours en temps sacrés et temps profanes. Elle inscrit dans la loi la connivence des « éléments du monde » (Ga. IV, 3). L'homme que l'esprit libère ne saurait demeurer l'esclave de la lune ou du soleil, d'une marque du temps qui lui demande, au jour donné, de se conformer à la décision des astres et à l'autorité des hommes (Ga. IV, 9). La Torah commence par compter les jours. Elle punit de mort celui qui ne sacralise pas le septième parce qu'il est tel. Toute loi positive s'empare du temps pour asservir les hommes. La vie éternelle, en laquelle le converti entre déjà, ne se comprend qu'en dehors du temps. Comme les astres découpent le temps, les régisseurs et les intendants partagent l'espace. Ils administrent « le monde » et constituent la norme (Ga. IV, 3). Ils sont les nœuds du réseau des lois qui irradie depuis le temple.

La chute de la société est la conséquence inévitable de la révolte paulinienne. La désacralisation de la loi provoque indubitablement l'effondrement du système mondain qui s'empare des hommes en limitant l'espace et en comptant le temps.
Si « l'adoption » (Ga. IV, 5) résulte de la libération de la loi, alors, les hommes esclaves de la Torah ne peuvent aucunement être fils de Dieu ; tout au moins, tant qu'ils demeurent en leur état d'esclavage (Rm. VIII, 15). Sachant que seul le père rachète, s'ils ne sont point parmi les rachetés, ils ne sont pas les fils. En effet, seul le racheté peut crier « Abba ! Père » (Ibid. 15), parce que l'esprit de Dieu est en lui (Ibid. 16). Le zélateur de la Torah ne le peut (voir Jub. I, 24-25). Israël, néanmoins, revendique toujours la filiation.

Rappelons que « les fils d'Elohim » (Gn. VI, 1-4) sont de mystérieuses entités. Nous ne les connaissons que par les rapports qu'ils ont avec les filles des hommes. Parce qu'ils participent de la nature divine, ils sont identifiés à des anges. Après que Jacob eut lutté avec Elohim, celui-ci le bénit et lui donna le nom d'Israël (Gn. XXXII, 25-30). Osée explique que Jacob a combattu contre un ange d'Elohim (Os. XII, 5). De ce jour-là Israël est fils adoptif de Yhwh-Elohim. Cette adoption prend donc un sens collectif : « Alors tu diras à Pharaon : Ainsi a parlé Yhwh : Mon fils premier-né est Israël et je t'ai dit : Renvoie mon fils pour qu'il me serve ! Mais tu as refusé de le renvoyer, voici donc que, moi, je vais tuer ton fils premier-né ! » (Ex. IV, 22-23) (voir Os. XI, 1). Moïse rappelle cette filiation : « Vous êtes des fils pour Yhwh, votre Dieu ! » (Dt. XIV, 1). Notons qu’Ephraïm est aussi fils de Yhwh (Jr. XXXI, 20).
L'on ne peut raisonnablement sortir de la contradiction de la filiation du peuple d’Israël ou de la filiation du Christ qu'en prenant acte que le Dieu du Christ (selon Paul) ne peut plus être le Dieu d'Israël.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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