Le chemin de Damas


La circoncision


La légalité est un principe satanique

09 - La circoncision

ertes la circoncision est utile si tu pratiques la loi ; mais si tu es transgresseur de la loi ta circoncision devient prépuce. Si donc le prépucé garde la justice de la loi, son prépuce ne sera-t-il pas compté comme circoncision ? » (Rm. II, 25-26).

Les deux occurrences de la traduction « loi », dans le verset 25, rendent bien évidemment le terme Torah. Par contre, lorsque l'apôtre pose l'hypothèse du prépucé qui observe la loi, il ne s'agit plus de la loi de Moïse. En effet, la circoncision est le signe de l'obéissance à l'alliance de Yhwh et la condition sine qua non pour l'observance de la Torah (Ex. XII, 48). Paul (ou le secrétaire) est souvent ambigu dans l'acception du terme loi, qu’il rend invariablement par le grec « nomos ». Dès lors que le Goy a accès à la connaissance de la loi inscrite en sa conscience (Rm. II, 14), nous pouvons affirmer que le terme loi dans le verset 26 signifie la loi de l'esprit. L'ambiguïté que perçoit le lecteur naît de l'utilisation, sur un mode rhétorique, de l'intersection de la loi spirituelle et de la Torah, ou encore de ce que, pour faciliter autant qu'il le peut une rupture aussi radicale, l'apôtre s'attarde sur le mot.

Lorsque le circoncis n'observe pas la Torah, le signe de la circoncision, qui est le sceau de l'Alliance, devient le signe accusateur porteur de la malédiction. La circoncision devient aussi fatale que l'est le prépuce au regard du circoncis (Jub. XV, 26). L'on ne peut pas déduire qu'il est possible d'observer la Torah suivant le bon penchant de l'homme, sans être circoncis, ou que la fidélité à la Torah vaut en soi circoncision. En effet, observer la Torah, c'est la pratiquer en la totalité de ses préceptes, de ses commandements et de ses sentences, en ses fêtes et rituels, « selon la teneur exacte de la loi » (Damas VI, 14). L'avertissement est clair : « Minutieusement » et selon « le détail exact » (Ibid. XVI, 2), sans qu'il ne manque « un yod » (un signe graphique), un point sur le i ! (Mt. V, 18). Les Goyim prépucés, pour lesquels plaide l'apôtre (Rm. II, 26), n'ont évidemment ni cette connaissance, ni cette pratique.

Paul cherche à réduire l'obligation de la circoncision. Il poursuit le but d'exonérer les convertis de la Torah, en leur évitant la marque de l'esclavage (1 Co. VII, 21, -tr. Chouraqui-) (Ga. IV, 7) (Php. II, 7). Il tente alors d'en briser la signification (Rm. II, 25). La circoncision constitue, en effet, l'acte juridique d'assujettissement, la signature du contrat dans le sang. Elle répond à un impératif divin. Le signe de l'alliance d'Abraham est clair : « Elohim dit à Abraham : "Tu garderas mon alliance, toi et ta race après toi, suivant les générations. Voici mon alliance que vous garderez entre moi et vous, et ta race après toi : tout mâle d'entre vous sera circoncis. Vous serez circoncis quant à la chair de votre prépuce et cela deviendra le signe de l'alliance entre moi et vous (...) L'incirconcis, le mâle qui n'aura pas été circoncis quant à la chair de son prépuce, cette personne-là sera retranchée d'entre ses parents, elle a rompu mon alliance". » (Gn. XVII, 10-11, 14). Le circoncis devient authentiquement justiciable (Rm. II, 27). Il porte « le signe [du] pacte éternel » avec le Seigneur (Jub. XV, 11). Voilà la raison pour laquelle l'apôtre déploie tous ces efforts. Il veut à tout prix empêcher que les convertis n'entrent dans le système légal qu'il refuse (Ga. V, 4 ; VI, 15).

Paul cherche à appuyer son argumentation par une interprétation biaisée du sens des Ecritures : « La circoncision est du cœur, en esprit et non à la lettre. » (Rm. II, 29). Il tire argument de l'expression qui se retrouve en la Torah : « Leur cœur incirconcis s'humiliera et ils paieront pour leur faute. » (Lv. XXVI, 41). Il s'agit alors d'un avertissement de Yhwh en forme de malédiction. Il s'introduit ainsi : « Si vous ne m'écoutez pas et si vous ne mettez pas en pratique tous ces commandements, si vous méprisez mes préceptes et si votre âme se dégoûte de mes sentences, en ne mettant pas en pratique tous mes commandements, afin de rompre mon alliance, c'est moi-même qui vous ferai ceci... » (Ibid. 14-16). Le transgresseur de la Torah est, au regard de Yhwh, un incirconcis de cœur.

En Deutéronome : « Vous circoncirez donc le prépuce de votre cœur et vous ne raidirez plus votre cou. » (Dt. X, 16). Il s'agit d'une demande de Yhwh faite à Moïse, comme juste retour de l'attachement de Dieu à son peuple. Elle s'explique ainsi : « Et maintenant, Israël, que demande de toi Yhwh, ton Dieu, sinon de craindre Yhwh, ton Dieu, en marchant dans toutes ses voies, en l'aimant et en servant Yhwh, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, en observant les commandements de Yhwh et ses préceptes que je te commande aujourd'hui, pour qu'il t'arrive du bien. » (Ibid. 12-13). La circoncision du cœur ne répond jamais qu'au respect absolu de la Torah et des commandements du Seigneur. Elle exige une obéissance qui prend la forme d'une adhésion totale.

En Deutéronome encore : « Yhwh ton Dieu, circoncira ton cœur et le cœur de ta race, pour aimer Yhwh, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme, afin que tu vives. » (Ibid. XXX, 6). Cette bénédiction de Yhwh est assujettie à une même condition : « Si tu reviens vers Yhwh, ton Dieu, et que tu écoutes sa voix, suivant tout ce que je te commande aujourd'hui, toi avec tes fils, de tout ton cœur et de toute ton âme. » (Ibid. 2). Nous sommes toujours dans le même schéma, où l'adhésion du cœur à la loi est appelée « circoncision du cœur ». Le cœur acquiert la richesse, qui répond à la fertilité dont la circoncision témoigne (voir Jr. VI, 10 ; IX, 25). Mais il est fondamental de comprendre que la circoncision « quant à la chair [du] prépuce » (Gn. XVII, 11) ne peut nullement se remettre en question sans que l'Alliance ne soit rompue, sans que le sceau ne soit brisé (Jub. XV, 25). La circoncision du cœur accomplit la circoncision de la chair. Le Goy converti à l'évangile n'a pas à être marqué du signe d'Abraham. L'apôtre tire argument du Lévitique et du Deutéronome pour justifier l'injustifiable au regard de la Torah (Jub. XV, 34). Paul se situe délibérément hors de l'alliance d’Abraham !


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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