Le chemin de Damas


Le système clos de la Torah


La légalité est un principe satanique

07 - Le système clos de la Torah

'irrationnelle causalité qui ne répond qu'au mystère de Dieu se retrouve dans la Lettre aux Romains : « la loi était intervenue pour que la faute abonde. » (Rm. V, 20). De même dans la Lettre aux Galates : « Avant que vienne la foi, la loi nous gardait enfermés jusqu'à la foi qui allait se dévoiler. » (Ga. III, 23). Néanmoins, le dévoilement de la volonté divine oblige à comprendre (Rm. XVI, 25).

Principalement, la Torah brandie par Moïse, institue les commandements qui fondent la domination de Yhwh. Il est le Seigneur-Dieu qui dicte sa volonté à ses sujets, par des ordres, des interdictions et des autorisations. Certes, l'homme a le choix de la transgression, quelle que soit la prescience de Dieu (1 Hén. LXXXI, 2). Mais son acte de liberté le conduit à une mort annoncée ! Yhwh attend une conduite obéissante en échange de la vie. Les Hébreux répondent par la soumission à la lecture par Moïse du Livre de l'Alliance : « Tout ce qu'à dit Yhwh, nous le ferons et l'écouterons ! » (Ex. XXIV, 7). Le pacte établi entre le Seigneur et ses sujets constitue une loi positivement fixée « sur les tables » (Ibid. XXXIV, 28).

La relation qui naît entre le peuple et Dieu crée une dialectique de l'asservissement et de la libération. La condition première est source de bénédiction, la seconde, de malédiction. La restauration de Yhwh, c'est-à-dire la réformation du peuple par le prêtre Esdras après l’exil (458 av. J.C.), passait inéluctablement par un retour à la pratique de la Torah et l'engagement, « par écrit » (Né. X, 1), « de marcher selon la loi de Dieu qui [avait] été donnée par l'intermédiaire de Moïse, serviteur de Dieu, et de garder et d'exécuter toutes les ordonnances de Yhwh [son] Dieu, ses commandements et ses lois » (Ibid. 30). Autant la tradition a tenu Esdras pour un égal de Moïse, par ses œuvres aussi bien que par sa connaissance de la Torah (voir T.B. Sanhédrin 21b), autant Paul ne peut apparaître que tel le plus grand renégat que la terre d'Israël ait jamais porté. Il annonce un évangile qui relègue Moïse dans une vaine gloire (2 Co. III, 11) : « [Les Judéens] voulaient être maudits si jamais ils mangeaient ou buvaient avant d’avoir tué Paul. » (Ac. XXIII, 12).

Celui-ci déclare : « De sorte que la loi est devenue notre pédagogue jusqu'au Christ, pour que nous soyons justifiés en fonction de la foi. » (Ga. III, 24). Comment la Torah qui donne sa force au péché (1 Co. XV, 56), dont le service est la mort (2 Co. III, 7), peut-elle avoir été une sorte de propédeutique pour la justification par la foi ? Elle constitue sans doute une expérience de vie (si nous osons le contresens), un enseignement a contrario dont il faut parvenir à se dégager pour saisir l'injustice (Rm. VII, 6). Paul enseigne que la Torah enferme le pratiquant en un système clos (Ga. III, 23) (Rm. VII, 6).

D'une part, le pharisaïsme érige une loi orale (« Torah chè-be-al peh ») autour de la loi de Moïse, telle une haie de précédents jurisprudentiels et de décrets d'application. Le but avoué consiste à protéger l'absolu divin que constitue l'essence de la Torah et à marquer la séparation du peuple élu écarté des nations de la terre (voir Sifra XX, 24). D'autre part, les Saints verrouillent la liberté d'exister, par une règle coercitive, mais volontaire, qui prend valeur légale (Règle IX, 9-10). La loi écrite (« Torah chè-bi-khtav ») des Sadducéens, à laquelle les Pharisiens ajoutent donc la loi orale reçue par les membres de la Grande Assemblée (Pirqé Avot I, 1), et les Esséniens, la Règle issue des révélations de Sadoq (Règle V, 9), se présente finalement comme un ensemble d'institutions, de rituels, de préjugés et de postulats qui forment un maillage de lois, de règlements, de décrets et de normes si serré que nul Hébreu en sa vie quotidienne ne peut de lui-même en échapper.

Chacun se trouve en effet sous le jugement de son prochain autant que sous le regard de Dieu. De son lever à son coucher et jusqu'au cœur de la nuit, l'Hébreu est accompagné de la Torah et de la crainte (Rm. VIII, 15). Nul n'est sensé ignorer la loi (Ant. Bib XI, 2), nul ne peut prétendre à la sagesse sans d'abord connaître la loi. A la mémoire des textes appris « par cœur », Paul oppose l'intelligence de la pensée consciente.

Les Pharisiens appellent Adonaï-Yhwh : « le Lieu ». Comme s'il fallait entendre qu'il est en lui-même cet espace clos que recouvre le système de la Torah (devrait-il prendre la dimension de la création). Le Christ (paulinien) ouvre le ciel. Il dévoile l’universalité vraie qui efface le Lieu et les Torot. Il ruine le système clos édifié par une tradition millénaire, qui revendique le créateur et l'objet de sa création : « [la Torah est] l'instrument par lequel a été créé le monde. » (Pirqé Avot III, 14) ; « Les cieux et la terre n'ont été créés que pour la gloire d'Israël (...) La Torah n'a été créée que pour la gloire d'Israël. » (Sifré Dt. XI, 21).

Révolution copernicienne : « le mont Sion (n') est (plus) le milieu du nombril de la terre. » (Jub. VIII, 19). Elohim-Yhwh voulut le monde par la Torah, pour son peuple (Test. Moïse I, 12). Le Dieu paulinien le recrée dans la pensée de chaque homme. Il déstructure la société (1 Co. I, 20). Il dématérialise la terre (Rm. VIII, 20-21). Il désincarne l'homme (1 Co. XV, 49-50). Il crée un autre monde en l'esprit, bref, « une création nouvelle » (2 Co. V, 17) qui répond nécessairement à la puissance d'un autre créateur. La sagesse de Dieu (d’un dieu unique) ne peut faire, défaire et refaire le monde ! (1 Co. II, 6-10).

L'universalité se trouve logée en la réplique que tout homme éclairé donne de la loi de Dieu. La conscience libre s'ouvre à l'impératif spirituel qui la guide. L'esprit ne maille pas l'espace et n'enferme pas l'homme en des rets. Il offre, pour chacun, une relation nouvelle aux autres et à Dieu. Probablement fallait-il que l'homme, esclave de l'incarnation par nature, se fasse plus encore l'esclave des autres hommes et d'une loi extérieure à lui-même, afin de connaître l'espérance et d'aspirer à la liberté. En cela, la Torah, comme puissance du péché (1 Co. XV, 56), devient, a posteriori, une propédeutique pour celui qui cherche la vérité en Christ (Rm. V, 20).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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