Le chemin de Damas


La malédiction de la Torah


La légalité est un principe satanique

05 - La malédiction de la Torah

'apôtre prévient ceux qui convertissent leur vie en ralliant la Torah, et les pratiquants qui s'en réclament encore. Ils se trouvent irrémédiablement sous le coup de la malédiction prononcée par les Lévites au nom de Yhwh : « Quant à ceux qui se réclament de la loi, ils sont sous la malédiction, car il est écrit : Maudit soit quiconque ne demeure pas dans la pratique de tout ce qui est écrit dans le livre de la loi. » (Ga. III, 10). Au terme de l'énumération des commandements, le recueil du Lévitique conclut en effet par une série de bénédictions et de malédictions (Lv. XXVI, 3-46). Les bénédictions favorisent ceux qui observent la Torah, les malédictions condamnent au malheur ceux qui la transgressent. La malédiction signifie le châtiment (« tokhéhah »). Le livre XXVIII du Deutéronome décrit une cérémonie des malédictions, sous l'autorité de Moïse. Six tribus devaient se tenir sur le mont Garizim pour y prononcer les bénédictions, six autres sur le mont Ebal pour entendre les malédictions proclamées par les Lévites. Les malédictions « qelalah » provoquaient une grande crainte. Nous savons que la Torah punit de mort quiconque prononce une malédiction à l'encontre d'Elohim, du prince de la nation, de son père ou de sa mère (Ex. XXI, 17, XXII, 27) (Lv. XX, 9, XXIV, 23).

Cette façon paulinienne de prendre l'argument et de le renvoyer, nous semble constituer une indication sur la qualité lévitique de l'adversité. Or, nous savons que la revendication sacerdotale caractérise profondément l'enseignement de la Communauté des Saints : « Les prêtres, ce sont les convertis d'Israël, qui sont sortis du pays de Juda ; et ceux qui se joignent à eux ; et les fils de Sadoq, ce sont les élus d'Israël. » (Damas III, 3 ; V, 5).

Remarquons maintenant que pour que la malédiction produise ses effets, il faudrait que les uns et les autres transgressent précisément les commandements que renforce la malédiction qui leur est attachée. La lecture des paroles des Lévites (voir Dt. XXVII, 14-25) ne permet pas de dire que tout justiciable transgressera nécessairement les commandements concernés, et sera de ce fait frappé par la malédiction. D'ailleurs, l'on ne voit pas que ces interdits soient, en leur objet, incompatibles avec les impératifs de la conscience paulinienne (Ibid. 14-25) (voir Ex. XXII, 18 ; XXIII, 8) (voir Dt. IV, 3, 16-25 ; XVI, 19 ; XIX, 14) (voir Lv. XVIII, 9, 17, 23 ; XIX, 14 ; XX, 11, 17 ; XXIV, 17, 19, 21).

Paul se réfère à la douzième malédiction qui généralise les précédentes imprécations : « Maudit qui ne maintient pas les paroles de cette loi, en les pratiquant ! » (Dt. XXVII, 26) (Ga. III, 10). De ce fait, il la tourne en un argument qui crée la confusion. Il étend la malédiction à la transgression de l'un quelconque des commandements de toute la Torah, alors que la malédiction proclamée ne porte que sur l'un ou l'autre des onze commandements édictés par les Lévites. La malédiction projette la crainte de Yhwh sur l'homme qui adhère à la loi. Elle le rend esclave de sa colère (Rm. IV, 15). L'apôtre joue de l'amalgame. Il laisse entendre que la Torah entière est une malédiction pour celui qui s'en réclame.

Il se peut qu’au cœur de la dispute, Paul ne reprenne pas immédiatement la malédiction lévitique. Peut-être a-t-il à l’esprit l’usage essénien de la malédiction. L'on sait en effet que le serment « par la malédiction de l'Alliance » (Damas XV, 3-4) était autorisé devant les juges, parce qu'en cas de violation, les conséquences légales étaient bien moins redoutables qu'après un serment qui eût été prononcé par les initiales d'Elohim ou par la Torah (Ibid. 1-2) (Mt. XXIII, 16-22). Mais nous ne connaissons pas les termes de cette malédiction (voir l'imprécation contre les pécheurs en 1 Hé. XCIV, 6-XCVIII, 3 et les menaces en 1 Hén. XCVIII, 9-C, 13).

L'on peut ne pas croire au blasphème, l'on peut encore accuser le tribunal de forfaiture, l'on ne peut douter que Jésus Christ ait été « pendu au bois ». Le fait est suffisant pour affirmer qu'il fut l'objet de la malédiction divine : « Le Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi en devenant, pour nous, malédiction, car il est écrit : Maudit soit quiconque est pendu au bois. » (Ga. III, 13). « Si un homme a en lui un péché passible de mort et a été mis à mort, tu le pendras à un arbre. Tu ne laisseras pas son cadavre passer la nuit sur l'arbre, mais tu devras le mettre au tombeau ce jour-là, car un pendu est une malédiction de Dieu. Ainsi tu ne rendras pas impur ton sol que Yhwh, ton Dieu, te donne en héritage. » (Dt. XXI, 22-23). L'exposition du corps du supplicié est propre à inspirer la crainte de Yhwh. L'on trouve dans la Tossefta l'enseignement suivant (qui semble un jugement porté sur la crucifixion de Jésus) : « R. Meïr : Pourquoi est-il enseigné en ces termes "Le pendu au bois est une malédiction" ? De deux jumeaux qui se ressemblaient l'un l'autre, l'un devint roi du monde entier et l'autre se livra au brigandage ; après quelque temps celui-ci fut appréhendé et on le crucifia et tous ceux qui passaient disaient : on dirait que le roi a été crucifié ; aussi est-il dit : "Maudit...". » (Tf. Sanhédrin IX, 7).

La pendaison est ainsi codifiée dans la Michnah : « Suivant R. Eliézer, tous les lapidés sont pendus ; mais les docteurs disent qu'on pend seulement les blasphémateurs et les idolâtres. On pend l'homme face au peuple et la femme face au bois, suivant R. Eliézer ; mais les docteurs disent qu'on pend l'homme et pas la femme (...) Comment le pend-on ? On enfonce une poutre en terre, le bois ressortant, on joint les mains du condamné l'une sur l'autre et on le pend. R. Yosé dit que la poutre est appuyée sur un mur et qu'on le pend comme font les bouchers ; puis on le détache aussitôt, sinon on violerait l'interdiction "de ne pas laisser pendue la malédiction de Dieu". Comme pour dire : celui-ci est pendu parce qu'il a béni (maudit) le nom et le nom du ciel est profané. » (M. Sanhédrin VI, 3).

La malédiction de la loi appartient à un tout autre domaine qu'à celui de l'évangile. Elle se proclame comme une parole extérieure à l’homme.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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