Le chemin de Damas


La Torah n'a plus autorité


La légalité est un principe satanique

04 - La Torah n'a plus autorité

e concept hébraïque de péché reste très légaliste, quelle que soit « la honte » (Ha. II, 10) qu'il provoque dans la conscience morale du Juif zélé. Le péché est une infraction à la Torah. La transgression ou le manquement d'un commandement en constitue le fait. L'Hébreu est responsable devant Yhwh de l'observance de la loi. Le péché peut consister en une transgression involontaire d'une loi rituelle (« het ») ou bien en une infraction délibérée aux lois sociales (« avon ») qui se traduit par une faute envers le prochain. D'une gravité beaucoup plus grande, le « pècha » consiste en un acte délibéré de transgression de la Torah. Il caractérise un acte de rébellion contre Yhwh. De fait, l'enseignement de l'apôtre conduit aux outrages les plus graves envers la Torah. L'on ne peut même plus parler de transgression puisque la Torah est abrogée. Le point extrême de la rébellion contre Yhwh est atteint. Paul est hors-la-loi : « Le péché en effet n'aura pas autorité sur vous, car vous n'êtes plus sous la loi mais sous la grâce. » (Rm. VI, 14). Paul n’a pas « honte » de sa conduite (Rm. I, 16).

La malédiction (« qelalah ») est prononcée au nom de Yhwh, soit pour une transgression déjà commise, soit comme avertissement à l'éventuel transgresseur (voir Dt. XXVII, 11-26). La transgression des commandements est passible de différentes peines proportionnelles au poids qui lui est attribué. La peine de mort est requise pour l'infidélité à Yhwh (Dt. XIII), le blasphème (« giddouf, hérouf ») (Lv. XXIV, 15-16), le non-respect du « chabbat » (Ex. XXXI, 13-15) (Nb. XV, 32-36), l'idolâtrie (« avodah zarah ») (Ex. XXXII, 26-29), le meurtre (Lv. XXIV, 17), l'adultère (« niouf ») (Lv. XX, 10 ; Dt. XXII, 22-24), l'inceste (Lv. XX, 11-12, 14,17, 19-21), l'homosexualité (Lv. XX, 13), la zoophilie (Lv. XX, 15-16). La flagellation (voir Dt. XXV, 1-3). Le condamné est généralement soumis à la lapidation soit après un « juste » procès, soit spontanément selon la colère des hommes. Après l'exécution, le corps du supplicié est pendu afin d'être exposé au public (Dt. XXI, 22) (voir la peine du bûcher Lv. XX, 14 ; XXI, 9). La peine du retranchement (« Karet ») est infligée par Yhwh lui-même et non par les hommes. Elle est perçue comme la raison d'une mort prématurée quelle qu'en soit la cause immédiate (voir Michnah, Keritot).

L'autorité inscrit le péché dans le lieu de la légalité. La violation de la loi, la crainte de la malédiction ou de l'inévitable châtiment trouvent leurs mesures dans le concept de péché cultivé par l’autorité légale. A la Torah est inéluctablement liée la transgression. Non seulement parce que s'y conformer appelle une impossible vigilance (Ga. III, 10), mais surtout, pour Paul, parce que l'obéissance à la loi de l'esprit appelle la désobéissance à la Torah (Rm. VII, 6). Revêtu de son environnement judiciaire, le péché n’existe que par référence à la loi extérieure. Libéré de l'idéologie dont la Torah constitue le sommet, l'homme libre n'est plus pécheur, parce qu'il n'est plus justiciable.

Paul poursuit son enseignement. Il modifie le sens du terme péché dans le verset suivant : « Quoi donc ? Pécherons-nous parce que nous ne sommes plus sous la loi (Torah) mais sous la grâce ? Que non ! » (Rm. VI, 15). Paul nous a déjà habitués au double sens des mots ; comme s'il codait son message face au méchant légalisme de l'adversité qu'il combat (1 Co. III, 2). L'apôtre cherche à renverser les valeurs de la société religieuse qui l'entoure ou le poursuit. Il le fait sans jamais écarter les termes consacrés par la tradition, en convertissant leurs acceptions en une valeur nouvelle. Ainsi les mots prennent-ils un double sens, selon qu'on les entend selon la culture hébraïque ou qu'on les revêt de la connaissance paulinienne.

Il ne s'agit plus, pour le converti, d'observer la Torah comme un Hébreu zélé qui a peur de la faute. Chacun doit éviter le seul péché véritable, celui qui naît de la désobéissance à l'impératif de sa propre conscience, c'est-à-dire, celui qui enfreint la loi universelle de l'esprit. Le péché résulte alors, non point de l'insoumission à la loi extérieure, mais de la flagrante contradiction entre l'acte et l'impératif de la conscience de celui qui agit (Test. Juda XX, 4). A moins qu'il ne découle de l'absence de discernement. Le Spirituel découvre « son » péché en conscience, nul autre que lui ne devrait pouvoir en juger (1 Co. II, 15). Au péché contre la loi positive se substitue le péché contre le Christ (1 Co. VIII, 12), c'est-à-dire, contre l'esprit et la volonté vraie de Dieu. Hors-la-loi irréductible, le converti n'est assujetti à nulle autre autorité que celle qui se déploie en son for intérieur (Rm. II, 14). Il lui revient d'éveiller et de cultiver en lui-même l'intelligence du discernement, afin de vivre en conformité avec la volonté de Dieu qui se révèle en sa propre conscience.

La doctrine de la Communauté enseigne que la grâce dispense le pardon de Dieu au volontaire qui rejoint « l’Alliance » (Damas IV, 10). Le Seigneur efface du livre les forfaits accomplis dans l'engeance judéenne (1 Hén. XCVII, 8). Il finit par accorder « [ses] grâces pour l'homme [pécheur] [et] l'abondance de [sa] miséricorde envers celui dont le cœur est perverti » (Hy. VII, 27). Dieu considère la foi de celui qui se sanctifie. Néanmoins, jamais il n'accorde sa grâce que contre l'engagement d'obéir à l'avenir à toute la loi de Moïse et de se conformer à la Règle de la Communauté. Différemment dans la pensée de Paul, la grâce libère « pour la liberté » (Ga. V, 1), non pour la promesse d'un nouvel asservissement à la Torah, serait-ce en un esprit nouveau.

C'est ainsi que Paul peut affirmer que le converti, qui n'est plus justiciable de la Torah, se soustrait à la légalité du péché et, plus encore, à l'incitation au péché que la légalité provoque. En sa liberté retrouvée, il ne connaît plus le même manquement irrépressible que la loi condamne. Néanmoins, en sa marche sur la voie de la perfection, il demeure encore réduit au péché inhérent à sa condition d'homme incarné. La convoitise violente toujours sa conscience, imprègne sa vie terrestre. Après qu'il se sera débarrassé de la loi extérieure, il restera encore à l'homme à élimer son « vêtement de peau » (Jub. III, 26). Mais, en dehors de la loi, le péché s’affaiblit. Il laisse sa superbe en perdant sa puissance.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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