Le chemin de Damas


La Torah attise la convoitise


La légalité est un principe satanique

03 - La Torah attise la convoitise

ue dirons-nous donc ? La loi est-elle péché ? Que non ! Mais je n'ai connu le péché que par la loi. Je n'aurais pas su la convoitise si la loi n'avait dit : tu ne convoiteras pas (7). Mais le péché a pris occasion du commandement pour produire en moi toute convoitise, car sans la loi le péché est mort (8). Moi je vivais sans loi autrefois ; mais quand le commandement est venu, le péché a pris vie (9). Moi, je suis mort et je me suis trouvé avec un commandement de vie qui m'a été une mort (10). En effet le péché a pris occasion du commandement pour me séduire et par lui me tuer (11). De sorte que la loi est sainte et le commandement saint, juste et bon (12). Un bien a-t-il donc été ma mort ? Que non ! Mais le péché afin de se montrer péché m'a donné la mort au moyen d'un bien, afin qu'au moyen du commandement le péché soit par excellence pécheur. » (Rm. VII, 13)

Paul vient de dire que dans l'existence terrestre magnifiée par les zélateurs de la Torah, la loi extérieure constitue une puissante incitation au péché (Rm. VII, 5) (1 Co. XV, 56). Elle donne aux hommes d'accomplir des œuvres qui ne sont que « du fruit pour la mort » (Rm. VII, 5). Ceux qui ont édifié en eux un mode d'être spirituel sont « dégagés de la loi » (Ibid. 6) qui les « séquestrait » (Ibid. 6).
L'apôtre glisse d'une adresse aux Hébreux (Ibid. 5) à une considération sur lui-même. Il met le poids de son propre témoignage dans l'argumentation qu'il défend. Parce qu'elle flatte la considération de soi et justifie le mépris des autres, la loi « provoque » les péchés (Ibid. 5), c'est-à-dire qu'elle excite « la loi du péché » qui habite naturellement en l'homme incarné (Ibid. 23). La loi donne l'autorité, la puissance et le jugement, aussi bien que le droit.

« Si ton frère, fils de ta mère, ton fils ou ta fille, la femme qui est sur ton sein, ton ami qui est un autre toi-même, voulaient te séduire en cachette, en disant "Allons et servons d'autres dieux !" (...) tu devras le tuer, ta main sera d'abord contre lui, pour le mettre à mort, et ensuite la main de tout le peuple, tu le lapideras avec des pierres et il mourra, parce qu'il a cherché à t'écarter de Yhwh, ton Dieu (...) Si tu entends qu'en l'une des villes que Yhwh, ton Dieu, te donne pour y habiter, on dit : "Des hommes, des vauriens, sont sortis de ton sein et égarent les habitants de leur ville en disant : "Allons et servons d'autres dieux !" que vous ne connaissez pas, tu consulteras, tu enquêteras, tu questionneras bien, et si c'est vrai, si la chose est constatée, à savoir que cette abomination a été commise en ton sein, alors tu devras frapper au fil de l'épée les habitants de cette ville, tu la voueras à l'anathème, avec tout ce qui est en elle, et même son bétail [tu le passeras] au fil de l'épée. Toutes ses dépouilles, tu les rassembleras au milieu de sa place et tu brûleras par le feu la ville avec toutes ses dépouilles, le tout pour Yhwh, ton Dieu. » (Dt. XIII)

Paul a lui-même porté « du fruit pour la mort ». Persécuteur de la Communauté des Saints et des fidèles de Jésus Christ (Ga. I, 13) (Php. III, 6), il obéissait aux commandements formels de la Torah ! Il accomplissait une œuvre pour la gloire de Yhwh ! En son retournement, l'apôtre proclame que le « fruit pour Dieu » (Rm. VII, 4) se cultive en dehors de la loi (Rm. III, 21). Il n'empêche que, pour les Hébreux, la Torah est la parole même de Yhwh, le signe de sa présence. Yhwh a pris la précaution d'introduire ses commandements par un avertissement : « Toute chose que je vous commande, vous veillerez à la faire : tu n'y ajouteras rien et tu n'en retrancheras rien. » (Dt. XIII, 1). Paul ne s'extrait pas du paradoxe auquel semble le réduire son ambiguïté : « se dégager » de la Torah sans renier le dieu d’Israël. C'est malgré tout un nouveau dieu que l'évangile annonce, vers une autre fidélité qu'il se tourne.

Paul concède que la Torah n'est pas, en tant que telle, « le péché » (Rm. VII, 7). Celui-ci entre dans le monde à cause de la désobéissance d'Adam, avant que la Torah ne soit proclamée (Rm. V, 13). Néanmoins, celle-ci devient « la puissance du péché » (1 Co. XV, 56). Elle le suscite (Rm. VII, 5). En outre, elle occulte la vraie parole de Dieu à l'intérieur de l'homme. Par son objectivité la légalité devient l'instrument de malheur, le moyen de coercition, l'amplificateur des passions, l'arme dans la main des légistes, des légalistes, des délateurs et des concupiscents. L'arme absolue qui serre l'entrave, dépouille et donne « justement » la mort. Non seulement elle dissimule la voie céleste de la vie éternelle, mais elle ajoute la condamnation immédiate.

La loi donne à connaître le péché, dit Paul (Ibid. 7). Nous ne devons pas comprendre que la Torah est une prise de conscience du péché pour celui qui la pratique en vue du bien (Rm. II, 17-22). Ce serait inverser le sens de la révélation. Celle-ci dévoile au contraire le rôle majeur de la loi dans la vigueur du péché. Paul n'a jamais connu ses fautes et ses mérites que par « l'esprit de Dieu et non [par] les tables de pierre » (2 Co. III, 3). Il juge négativement la connaissance du péché que donne la loi extérieure. Au point de proclamer que la cause même de l'injustice de cette loi réside dans l'erreur qu'elle enseigne à celui qui a dû rompre pour pouvoir en juger (Rm. III, 20). L'injustice de la loi qu'il pratiquait avec zèle (Ga. I, 14) (Php. III, 6) ne lui est apparue que par la manifestation de « la justice de Dieu », « en dehors de la Torah » (Rm. III, 21). Ce qu'il croyait « juste » ne lui apparaît que péché au regard de sa conscience nouvellement éclairée. Paul n'a connu le péché « que par la loi » (Rm. VII, 7), parce que la loi a véritablement activé le péché en lui-même (Ibid. 9). Mais il n'eut connaissance de cet état qu'en découvrant « le langage de la croix » (1 Co. I, 18).

« Le péché a pris occasion du commandement » (Rm. VII, 8) dit Paul. Le commandement dit : « Tu ne convoiteras pas. » (Ex. XX, 17 et Dt. V, 21). La loi institue à la fois la chose à convoiter et l'interdit de la convoitise. Le péché est déjà inscrit dans le commandement ! La loi nourrit le péché. Que serait la convoitise sans la loi ? Rien, répond Paul : « car sans la loi le péché est mort. » (Rm. VII, 8). Que convoiterais-je sans que la loi ne me donne quelque chose à convoiter ? La loi n'est-elle pas responsable de la convoitise ? N'est-ce pas elle-même qui l'organise ? Les « pauvres de Jérusalem » (Rm. XV, 26) demeurent la référence de l'apôtre. Au point que tout au long de sa mission, il quête pour eux et pour eux il retourne à Jérusalem au péril de sa vie. En abandonnant leurs biens, ils ont en quelque sorte abandonné la loi. « Tout ce qui est à ton prochain » (Ex. XX, 17 et Dt. V, 21), précise l'article de loi qui défend la convoitise. « Le pauvre » et le proche du pauvre n'ont plus rien à convoiter, « le péché est mort ». Le rejet des titres et des contrats vaut aussi bien pour les êtres, sur lesquels ils donnent des droits, que sur les choses. Plus de femme ou d'homme, plus d'esclave à convoiter (1 Co. VII, 8). Recevons le témoignage de Flavius Josèphe : « [Les Esséniens] possèdent tous leurs biens en commun, sans que les riches y aient plus de part que les pauvres (...) Ils n'ont ni femmes ni serviteurs, parce qu'ils sont persuadés que les femmes ne contribuent pas au repos de la vie ; et que pour le regard des serviteurs c'est offenser la nature, qui rend tous les hommes égaux, que de les vouloir assujettir ; ils se servent les uns des autres et choisissent des gens de bien de l'ordre des sacrificateurs, qui reçoivent tout ce qu'ils recueillent de leur travail et prennent soin de les nourrir tous. » (Histoire ancienne des Juifs, Livre XVIII).

La communauté des biens constitue l'un des principes fondamentaux de la Règle : « Et tous les volontaires attachés à sa vérité apporteront toute leur intelligence et toutes leurs forces et tous leurs biens dans la Communauté de Dieu, afin de purifier leur intelligence dans la vérité des préceptes de Dieu et d'ordonner leurs forces selon la perfection de ses voies et tous leurs biens selon son juste conseil. » (Règle I, 11-13) (Comm. Ps. III, 10). Les Memoria de Matthieu rapportent : « Jésus lui dit : Si tu veux être parfait, va-t'en, vends tes biens et donnes-en le prix aux pauvres ; tu auras un trésor dans les cieux. Et viens ici, suis-moi. » (Mt. XIX, 21). L'apôtre partage cette même existence des Parfaits où la convoitise a perdu son sens (Rm. VII, 8) (2 Co. VI, 10).
Les Saints de l'Alliance sont des « Pauvres » (Guerre XI, 9). Le Prêtre impie, le garant de la loi, peut être accusé d'avoir « volé le bien des Pauvres » (Comm. Ha. XII, 10). Paul témoigne que le service de la Torah l'a mis également en situation de convoiter (Rm. VII, 9). C'est véritablement le fait d'observer le commandement en sa parfaite exigence, en son extrême légalité qui a fait de lui un pécheur (Php. III, 5). L’Hébreu zélé porte sur l'autre le regard de la Torah et la colère de Yhwh, car « la loi produit la colère » (Rm. IV, 15). Le précepte revêt l'habit de l'autorité. Il porte la haine, le jugement, la torture et la mort. Armé du commandement, Paul a spolié, fouetté, emprisonné, lapidé. Sans doute s'est-il parfois vengé ou encore a-t-il libéré ses jalousies. La force de la loi se donne elle-même comme objet de convoitise.

L'on retrouve dans la Règle de la Communauté l'idée exprimée par l'apôtre, selon laquelle la convoitise et la violence sont étroitement liées : « Mon âme ne convoitera pas les richesses de la violence. » (Règle X, 19). Lorsqu'il vivait « sans loi » (Rm. VII, 9), Paul était assurément meilleur.

Sans chercher l'interpolation, le sens de Rm. VII, 12 s'éclaire de lui-même. Nous savons que la Torah n'est pas amendable, que les convertis sont « morts à la loi » (Rm. VII, 4), qu'ils sont « dégagés de la loi » (Ibid. 6). Le paradoxe réside en l'assertion : « la loi est sainte » ; accentuée par : « le commandement saint, juste et bon. » Il semble absurdement que nous ayons une loi saine et sacrée, qui soit abrogée ; un commandement bon, qui donne vie au péché (Ibid. 9). Dans le contexte, le verset ne prend sens que si nous comprenons que l'apôtre nous parle à ce moment-là de « la loi de la foi » (Rm. III, 27), la loi primordiale inscrite au cœur des hommes et que l'esprit saint donne à connaître aux nouveaux convertis. Cette loi est « spirituelle » (Ibid. 14), elle est la loi qui « fait vivre » par opposition à la Torah qui « tue » (2 Co. III, 6). De là sa qualification de sainte, la sainteté étant, chez l'apôtre, liée à l'esprit (Rm. I, 4), non à la Torah. L'appel de la foi ne se positive jamais sans se pervertir. L'impératif du commandement que la conscience perçoit, est « juste ». Et c'est bien là, en dehors de la Torah, que se manifeste la « justice » du Seigneur (Rm. III, 21). Oui, la loi est juste, mais le principe de la « loi de Dieu » (Rm. VIII, 7) n'est plus celui de la loi positive. Il est vrai que l'apôtre n'évite pas l'ambiguïté. Nous pouvons même être assurés qu'il la cultive souvent tout au long de ses lettres. C'est la part de mystère qu'il revendique, et l'appel à l'intelligence de l'homme. A la limite de la rupture avec son auditoire, il laisse à chacun son bout de chemin à accomplir (1 Co. III, 2).

Le péché ne peut apparaître tel qu'à l'intelligence de la conscience (Rm. XII, 2) touchée par la loi de l'esprit. Le discernement seul le dévoile, autant qu’il indique « ce qu'il faut faire » (Php. I, 10). Cette faculté de se conduire n'appartient pas au zélateur de la Torah (Rm. II, 17-20). La loi de Moïse ordonne la lapidation d'Etienne, pour la gloire de Dieu ! Nous retrouvons la logique de Rm. VII, 12 : le bien est en dehors de la Torah. En ordonnant à Saül (Paul) de persécuter les Saints, la Torah l'amène à la plus absurde des fautes, au plus mortel des péchés. Il pèche « contre l'esprit » (Mt. XII, 31) (Damas V, 11-13). La mort des autres témoigne de sa confusion (Rm. VII, 10). Elle constate la mort de sa propre conscience.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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