Le chemin de Damas


La libération est d'ordre absolu


La loi universelle de la conscience

18 - La libération est d'ordre absolu

'homme psychique est asservi à la loi du péché (Rm. VII, 25), loi de l'incarnation qui réside nécessairement en l’âme vivante (Ibid. 17, 23). En devenant « pareil aux hommes » (Php. II, 7), néanmoins en « une sorte de chair » (Rm. VIII, 3), le Christ a pris « forme d'esclave » (Php. II, 17). Issu de la génération d'Adam, le Psychique est d'abord l'esclave de sa propre nature. « La convoitise » guide ses pensées et ses actes. Elle constitue l'essence de son être-au-monde, la mesure de ses passions et de ses élans naturels.

L’homme incarné se rend en outre « esclave des hommes » (1 Co. VII, 23). Il s'asservit « aux éléments du monde » (Ga. IV, 3), aux « régisseurs » et aux « intendants » (Ibid. 2), à ceux qui détiennent le pouvoir que donne la loi. Conformément à sa nature, il possède « un esprit d'esclavage » (Rm. VIII, 15). C’est-à-dire, une propension à « craindre » (Ibid. 15), une disposition à glisser le col sous le joug du droit. Le Christ devait se faire homme pour révéler l’illusion de la chair. Il fallait qu’il se rende esclave de la circoncision afin de dévoiler l’erreur de la Torah (Rm. XV, 8).

Paul apostrophe ses interlocuteurs : « Vous qui voulez être sous la loi » ! (Ga. IV, 21). Sans ambages, il désigne l'esclavage de la Torah dans l'allégorie de la servante Hagar (l'Arabe). Celle-ci figure le mont Sinaï (en Arabie) et, par conséquent, le lieu de la loi et de l'esclavage (Ibid. 21-25). Rappelons qu’Ismaël est né de Hagar l'Egyptienne, la servante d'Abraham (Gn. XVI). Isaac est l'enfant de l’épouse libre, Sarah ("Princesse") (Gn. XXI, 1-7). Tout est dit ! La Torah est étrangère à la vérité de la promesse. Paul ne relie plus la Torah à la libération d’Israël. De même que Hagar, la Torah porte la malédiction de la terre. L'apôtre implore les adhérents de ne point se laisser réduire en esclavage (2 Co. XI, 20) (Ga. II, 4). Car l'Hébreu sous la loi « ne diffère en rien de l'esclave » (Ga. IV, 1). Esclave du péché, il est aussi l'esclave des pouvoirs. Paul témoigne que lui-même résiste et ne se soumet point (Ga. II, 5). Alors, dit-il, si tu es Hébreu ou Prosélyte, si tu es « esclave lors de ton appel » (1 Co. VII, 21), « profites-en ! » (Ibid. 20 -tr. Chouraqui-). Tu étais « sous la loi » (Ga. IV, 5), tu es racheté gratuitement par la grâce du Christ (Rm. III, 24), « tu n'es plus esclave » (Ibid. 7).

Le justiciable devient « un affranchi du Seigneur » (1 Co. VII, 22). Mais Paul, qui nous a habitués à l'ambiguïté de tous les mots clés de sa pensée, retourne la valeur du terme « esclave ». « Libéré du péché » (Rm. VI, 18, 22), l'affranchi s'asservit à Dieu. Il devient « esclave du Christ » (Rm. I, 1 ; XII, 11 ; XIV, 18) (Ga. I, 10) (Php. I, 1), esclave de la justice (Rm. VI, 18, 19) ; il se soumet à l'évangile (2 Co. IX, 13) (Php. II, 22) ; il s'asservit à tous (1 Co. IX, 19a ; XVI, 16) (2 Co. IV, 5) (Ga. V, 13). Celui qui était libre, c'est-à-dire le « sans loi » (1 Co. IX, 21), devient de même l’esclave du Christ (1 Co. VII, 22). Libre, sans doute l'était-il vis-à-vis de la Torah. Pourtant, il demeurait asservi à des dieux qui n'en sont point (Ga. IV, 8) (par conséquent à quelque système légal), à l'impureté et à l'iniquité. Car l'idolâtrie est aussi la puissance du péché (Rm. VI, 19) (Jub. XI, 4-6).

Le choix de l'homme est entre l'esclavage du péché et la libération absolue. L'obéissance à « la loi de Dieu » (Rm. VII, 25) qui sourd de la conscience de chacun, peut être appelée « esclavage » de façon équivoque. L’hyperbole témoigne du lien qui attache l'homme à l'esprit. Paradoxalement, elle signifie que l’on obéit aussi à la liberté. L'adhésion à la « Règle d'enseignement » (Rm. VI, 17) (en laquelle nous devinons la Règle de la Communauté) n'est qu'une étape dans la voie de la libération parfaite. Celle-ci vise à l'intelligence du discernement et à l'obéissance à la loi de l'esprit (voir Mt. III, 3). D'un « esprit d'esclavage », l'homme vient à un « esprit d'adoption » (Rm. VIII, 15). Par l'intelligence, il s'asservit à la loi de Dieu ; il « mate [son] corps » (1 Co. IX, 27), il l'abolit en crucifiant « le vieil homme » (Rm. VI, 6) ; il se dégage de la Torah (Rm. VII, 6). L'homme spirituel se trouve libéré de tous les esclavages qui le dominaient. Ils se résument en « l'esclavage de la destruction » (Rm. VIII, 21), c'est-à-dire en l'enfermement de la création dans le monde de la matière.

Nous relevons que le service de l'esclave répond à un droit du travail inscrit dans la Règle de la Communauté comme dans la Torah (voir Ex. XXI, 1-21 et Dt. XV, 12-18. La distinction entre l'esclave acquis à prix d'argent et l'esclave de la maison se trouve en Gn. XVII, 12-13, 23, 27). Le système de mise en commun des biens interdit cependant la propriété privée de l'esclave. Les Esséniens ne s'autorisent pas à revendre l'esclave Goy converti, en dehors de la Communauté (Damas XII, 10-11). Quant à Paul, il n'est plus tenu par la loi de Moïse qui normalise l'esclavage. Le rejet de la Torah ou de toute autre loi positive rend impossible le contrat qui lie un homme à un autre. Pour l'apôtre, seul l'amour établit et entretien la relation humaine. Paul n'a point d'esclave, puisqu’il n’accepte aucune « justice légale » (Php. III, 9). En effet, si le contrat de l'esclave est toujours léonin, il n'en constitue pas moins un acte légal. Que chacun fasse sienne la révolte de l'apôtre ! (Ibid. 17).

Le seul « esclavage » auquel le converti se soumet est d'ordre spirituel. Il répond à sa propre subjectivité. La volonté éclairée, qui vient en réponse à l'impératif de la conscience, est certes un acte d'obéissance. Mais c'est précisément en cette faculté nouvelle de n'obéir qu'à soi-même que se fonde la liberté. L'homme psychique n'a pas le choix. Il est soumis à la loi du péché qui lie sa propre existence au monde de l’incarnation. Il est subjugué par la loi du monde qui l'aiguillonne et le manipule. L'esprit de discernement donne à l'homme le choix de sa liberté. La libération que propose le Christ est une libération absolue.

« Le Christ nous a libérés pour la liberté. Debout, donc ! et qu'on ne vous retienne plus sous le joug de l'esclavage ! » (Ga. V, 1)

« Quand un esclave a été emmené en captivité, si on l'a racheté à titre d'esclave, il reste en servitude, si on l'a racheté à titre d'homme libre, il n'est plus en servitude. » (M. Gittin IV, 4).


Peut-être pouvons nous noter que, selon la Michnah, R. Gamaliel ne partageait pas le point de vue qui est celui de Paul (voir Ac. XXII, 3). Pour le Rabbi, l’esclave Goy conserve toujours son état.

Le Christ ne libère pas l'homme de la Torah pour l'enfermer de nouveau dans un code de lois. Le converti n'est pas racheté à titre d'esclave, mais à titre d'homme libre (Ga. V, 1). L'image du « joug » (Ga. V, 1) ne figure pas la seule contrainte de la Torah, mais toute aliénation de l'homme par quelque système normatif que la légalité impose (Php. III, 9). Citons à ce propos l’enseignement suivant : « R. Nehounya b. Ha-Qanah disait : quiconque reçoit le joug de la Torah est débarrassé du joug de l'empire et du joug des préoccupations terrestres ; et quiconque rejette le joug de la Torah se voit imposer le joug de l'empire et des préoccupations terrestres. » (Pirqé Avot, III, 6). Cette sentence du Rabbi Tanna nous aide à comprendre qu'il peut être parlé du « joug de l'empire » autant que du « joug de la Torah ». Il est évident que dans la pensée paulinienne un joug ne saurait être supporté en lieu et place d'un autre joug.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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