Le chemin de Damas


Le signe de l'esprit n'est point attaché au sexe


La loi universelle de la conscience

14 - Le signe de l'esprit n'est point attaché au sexe

'appel est une sollicitation au mouvement : « Que chacun marche tel que le Seigneur lui a fait sa part, chacun tel que Dieu l'a appelé. » (1 Co. VII, 17). Hébreux et Hellènes ont été appelés sans distinction à répondre à la proclamation et à se convertir à l'évangile. La circoncision est une mauvaise question. L’acte signe l’engagement à pratiquer la Torah (Ibid. 18-19) (Rm. II, 25-29). Dès l’instant où l' « Ancienne Alliance » est dénoncée (2 Co. III, 14), la circoncision perd son sens (Ga. V, 6) (1 Co. VII, 18).

Effacer la marque dans la chair n'est pas plus indispensable aux Hébreux que de se faire circoncire pour les Hellènes (Ibid. 18). Paul ne voit aucune raison à martyriser le sexe des convertis, d'une façon ou de l'autre, au risque de s’attirer un supplément de haine. L'allusion à la pratique qui consiste à masquer la circoncision par un étirement de la peau se retrouve dans le Premier livre des Maccabées : « Ils construisirent un gymnase à Jérusalem, suivant les coutumes des Gentils ; ils se firent des prépuces, s'éloignèrent de l'Alliance sainte, se mirent tous sous un même joug avec les Gentils et se vendirent pour faire le mal. » (1 M. I, 14-15). L'on peut lire également dans le Testament de Moïse : « Et leurs jeunes garçons seront opérés par des médecins d'enfants qui leur referont des prépuces. » (Test. Moïse VIII, 3).

Lorsque Paul affirme que l'essentiel réside dans l'obéissance aux « commandements de Dieu » (1 Co. VII, 19), il ne s'agit évidemment pas d'une référence à la Torah (2 Co. III, 6-7), mais à la loi de Dieu qui est la loi de l'esprit (Php. III, 3). La circoncision est en effet le premier de tous les commandements positifs, sans lequel point de Torah. Ne pas opérer la circoncision constitue le premier acte de rébellion contre Yhwh.

Relevons quelques lignes du Livre des Jubilés qui nous donnent une idée du jugement que les Hébreux ont pu porter sur la question de la circoncision, dans un environnement propice à l’apostasie : « Tous les fils de Bélial laisseront leurs fils incirconcis, comme ils sont nés. Il y aura une grande colère du Seigneur contre les fils d'Israël parce qu'ils auront abandonné son alliance, négligé sa parole, provoqué sa colère et blasphémé en n'exécutant pas la disposition de cette loi. En effet, ils se seront rendus pareils aux Gentils et (voués) à la disparition et à l'extermination. Il n'y aura jamais pour eux ni pardon ni rémission pour qu'on fasse remise et qu'on pardonne tout le crime de cet égarement. » (Jub. XV, 33-34).

« Que chacun reste dans l'appel où il a été appelé ! » (1 Co. VII, 20). L’apostrophe vient en conclusion de la mise au point sur la circoncision (Ibid. 18-19). Chacun garde son sexe en l'état. Il n’empêche que le circoncis est engagé à « apostasier », bien qu’il porte le signe de l'alliance et de la soumission à la Torah (Gn. XVII, 10-11) : « si tu peux devenir libre, profites-en » (1 Co. VII, 20 -tr. Chouraqui-). Evade-toi de la loi qui te retient !

L'Hébreu est en effet esclave de la Torah (Rm. VIII, 15) (Ga. II, 4 ; IV, 24). Mais « celui qui était esclave lors de son appel par le Seigneur est un affranchi du Seigneur » (I Co. VII, 22). Un sens identique se retrouve dans la Lettre aux Galates : « Le Christ nous a libérés pour la liberté. Debout, donc ! et qu'on ne vous retienne plus sous le joug de l'esclavage. » (Ga. V, 1). Il s'agit d'une liberté totale et non point d'un changement de maître. Paul demande à l'Hébreu de se laisser libérer sans crainte du joug oppressif. D'esclave qu'il est, il devient l' « affranchi du Seigneur ». Bien entendu, il ne peut demeurer, après l'appel, en l'état social où celui-ci le surprend (1 Co. VII, 13). Sinon, la conversion ne serait qu’un vain mot ! Son rapport au monde et à Dieu se trouve absolument bouleversé. Paul lui-même constitue le modèle. Il a jeté cul par-dessus tête la tradition de ses ancêtres (Php. III, 5-6). Il a quitté Jérusalem et court maintenant les voies de l'Empire « tel que le Seigneur lui a fait sa part » (1 Co. VII, 17). « De même celui qui était libre lors de son appel est un esclave du Christ. » (Ibid. 22). Ainsi, le Goy, naturellement libre de l'esclavage de la Torah, lui « qui n'[a] pas de loi » (Rm. II, 14), doit maintenant se soumettre à cette loi du Christ qu'est la loi de sa conscience éclairée.

L'apôtre demande vivement aux Hébreux convertis comme aux Hellènes, de ne pas répondre aux sollicitations de l’adversité qui réclame la pratique de la Torah et la circoncision pour tout Prosélyte. Aux uns, il demande de se ranger sous la loi du Christ, parce qu'ils sont « libres » (Ibid. 22). Aux autres, « esclave[s] » de la Torah lors de leur appel (1 Co. VII, 21), il clame de profiter de la liberté. « Achetés comptant » (Ibid. 23) par le Christ, ils ne courent pas le risque du retour des choses nanties. Ils ne sont pas acquis par un autre maître d'esclaves, mais pour être rendus à la liberté (Ga. V, 1). Qu'ils ne se laissent pas mener ou ramener dans les rets de la loi, quand le Christ leur offre la liberté !

Que chacun cesse d'en juger par le sexe ! Le pacte de Moïse est caduc, la fin des temps n'oblige plus à la séparation des Hébreux et des Hellènes (Ga. III, 28). Paul conclut de la façon dont il introduit (1 Co. VII, 18) sa mise au point : « Que chacun demeure devant Dieu tel qu'il était lors de son appel » (Ibid. 24). Entendre ici une allégeance à l'ordre établi et une reconnaissance (spirituelle !) de la qualité d'esclave, au lieu d'y voir simplement la question du signe de la circoncision, relève d'une incompréhension totale du message paulinien de libération et de son rejet absolu de toute légalité. L’esclavage, c’est encore la loi ! La péricope, 1 Co. VII, 17-24, n'est pas à sa place. Elle coupe l'enseignement paulinien sur le mariage qui s'interrompt au verset 16 et reprend au verset 25. Cette situation peut favoriser le contresens.

Ceux qui pervertissent l'esprit paulinien en vue de laisser ouvertes les portes des assemblées pour de nouvelles législatures et veillent à sauvegarder le droit d'esclavage pour faire bonne mesure, devraient comprendre que celui qui proclame : « Il n'y a pas d'esclave ni d'homme libre » (Ga. III, 28) ne peut être plus légaliste que celui qui écrit : « Il n'a pas été déterminé qu'une esclave devait être esclave ; cela ne vient pas d'en haut, mais résulte d'une oppression. » (1 Hén. XCVIII, 5). La tradition du Livre des Jubilés, si présente dans l'organisation de la pensée paulinienne, dénonce l'esclavage comme le résultat de la perversion du monde par les fils de Noé : « On (commença) à s'élever au-dessus du peuple, à poser le principe de royauté et à aller en guerre peuple contre peuple, nation contre nation, ville contre ville. Tous (commencèrent) à faire le mal, à acquérir des armes et à enseigner la guerre à leurs fils. Ils commencèrent à conquérir des villes et à vendre des esclaves mâles et femelles. » (Jub. XI, 2) (Test. Jud. XXI, 7). Il est clair que chez l'apôtre également, les « exploiteurs (...) n'hériteront (pas) du règne de Dieu », leur exploitation serait-elle fraternelle ! (1 Co. VI, 10).

La Première Epître à Timothée forme l’un de ces écrits pseudépigraphes qui contribuent à la falsification de l’œuvre paulinienne : « Que tous ceux qui sont sous le joug comme esclaves estiment leurs maîtres dignes de tout honneur, pour que le nom de Dieu et l'enseignement ne soient pas blasphémés. Et que ceux qui ont des maîtres croyants ne les méprisent pas d'être des frères. Qu'ils ne soient que meilleurs esclaves, puisque ceux qui bénéficient de leur travail sont croyants et chers. » (1 Tm. VI, 1-2). Paul ne peut s'adresser à ceux qui sont sous le joug de la loi pour leur demander de mieux courber l'échine, alors qu'il s’écrie : « Debout, donc ! » (Ga. V, 1). L'Epître à Timothée domestique l'évangile paulinien, afin de le mettre en accord avec les perspectives temporelles et sociales d'un christianisme naissant.


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