Le chemin de Damas


Le Christ et la Torah sont contradictoires


La loi universelle de la conscience

13 - Le Christ et la Torah sont contradictoires

ébreu issu d’Hébreux » (Php. III, 5) (Ga. II, 15), Paul est fondé à connaître la Torah. Il déclare l'incompatibilité de celle-ci avec « la foi au Christ » (Ga. II, 16). Les Goyim qui se laissent circonvenir et circoncire, n'ont pour en juger, ni la connaissance approfondie des Ecritures, ni l'expérience quotidienne du joug. Se faire Prosélyte, c'est-à-dire se soumettre à la Torah et s'intégrer à Israël dans le but de marcher sur la voie du Christ, est un contresens. Aucun homme en effet n'est justifié par la pratique de la Torah (Ibid. 16). La confiance que le converti témoigne à Jésus Christ, fils unique de Dieu, doit lui donner les ressources spirituelles de la justification vraie.

La Règle de la Communauté place le choix de l'homme sous le regard de Dieu : « Car moi, c'est à Dieu qu'appartient ma justification, et c'est en sa main qu'est la perfection de ma voie, de même que la droiture de mon cœur ; et c'est par ses justices qu'il efface mes rébellions. Car de la source de sa connaissance il a fait jaillir la lumière qui m'éclaire. » (Règle XI, 2-3). Dès lors que la vérité (de la loi) est révélée au converti (essénien) par l'esprit de Dieu, et que celui-ci est le principe de « tout ce qui est et sera » (Règle III, 15), la prédétermination s'introduit dans le raisonnement : « Car l'homme est-il maître de sa voie ? Non, les humains ne peuvent affermir leurs pas. » (Règle XI, 10). Or, il est sûr que « la perfection de la voie » consiste à ne pas transgresser « un point quelconque de la loi de Moïse » (Règle VIII, 21-22) (Mt. V, 18). Dieu assiste le fidèle dans l'observance des préceptes et des sentences : « Par sa miséricorde » et « par ses grâces », il le conduit à la justification par la loi, en dépit des contradictions de l'esprit de perversion qui agitent ses pensées (Ibid. IX, 13-14) (Mt. XIX, 26).

La contrariété de la pratique de la Torah avec l'adhésion à la foi est affirmée (Ga. II, 19-21). Chercher à être justifié par la loi de Moïse en même temps que par le Christ signifie que l'évangile n'est pas entendu. L'argumentation de l'apôtre est la suivante : le Christ ne peut avoir part au péché ; or, l'homme sous la Torah est inéluctablement jugé pécheur (Ga. II, 17) (Ga. III, 10) (Ant. Bib XIX, 9). Telle est la vocation du justiciable, puisque la Torah « a tout enfermé sous le péché » (Ga. III, 22), et qu'avec perversité, elle provoque le péché, l'entretien et l’active (Rm. VII, 5) (1 Co. XV, 56) (Test. Lévi XIV, 6).

L'enseignement de Paul semble se conformer un moment à celui du Maître de Justice :

« Car nul n'est juste en ton jugement, ni [innocent en] ton procès. L'être humain peut-il être juste ? Et l'homme issu de l'homme peut-il être intelligent ? Et la chair issue du penchant co[upable] peut-elle être glorieuse ? Et l'esprit peut-il être puissant ? Non, à sa pui[ssance] il n'y a rien de comparable en vigueur, et ta gloire n'a pas [de prix], [et] ta sagesse est sans mesure. Et aux ho[mmes de ton Alliance] appartient [la vie] ; mais à tous ceux qui sont abandonnés loin d'elle appartient [la mort]. » (Hy. IX, 14-18).


La contradiction éclate dans la dernière phrase dont Paul inverse le sens : « Car la loi de l'esprit de vie dans le Christ Jésus t'a libéré de la loi du péché et de la mort. » (Rm. VIII, 2). Certes, la loi du péché n'est point la Torah, mais la loi de l'incarnation. Néanmoins, la Torah participe de cette même loi dont nous savons qu’elle en constitue « la puissance » (1 Co. XV, 56). Le Christ échappe au système parce qu'il vient dans le monde en « une sorte de chair » (Rm. VIII, 3) (Asc. Is. IX, 13). Le Maître de Justice récuse certes ses juges. Paradoxalement, il déclare « juste » le jugement dont il fait l'objet de la part des impies. Devant Dieu, en effet, toute chair est nécessairement coupable (Hy. IX, 9). Le parallèle avec l'avènement du Juste éclaire toujours l'enseignement de l'apôtre.

La vérité paulinienne se dévoile dans la conscience de tout homme libéré par la foi. « L'évangile » des Saints (Hy. XVIII, 14) témoigne au contraire que la lumière de Dieu révèle la véritable interprétation de la Torah à tout homme qui se convertit « de tout son cœur et de toute son âme » (Règle V, 9). Paul rejette la perspective nazaréenne d'une fusion des principes. Le volontaire pour « la Nouvelle Alliance » (1 Co. XI, 25) (2 Co. III, 6) (Com. Ha. II, 3) qui ne brise pas les chaînes de la loi extérieure, refuse ipso facto la liberté du Christ. Il témoigne de son peu de foi en la parole qui annonce « la fin de la loi » (Rm. X, 4). La propagande de l' « autre évangile » (Ga. I, 6-8) semble bien la suivante :

« J'ai écrit tout ce récit (Yhwh) à ton intention (Moïse) et je t'ai ordonné de dire aux enfants d'Israël de ne pas commettre de péché, de ne pas transgresser l'ordonnance, de ne pas rompre l'Alliance qui a été instituée pour eux, mais de l'accomplir, et ils seront inscrits en qualité d'amis (de Dieu). S'ils transgressent [l'Alliance] et agissent selon toutes les méthodes de l'impureté, ils seront inscrits sur les tables célestes en qualité d'ennemis. Ils seront effacés du livre de vie et inscrits dans le livre de ceux qui périront et avec ceux qui seront extirpés de la terre. » (Jub. XXX, 21-22)

« Ne croyez pas que je (Jésus) sois venu défaire la loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu défaire mais remplir (...) Celui donc qui délie l'un des moindres des commandements et qui enseigne ainsi les hommes sera appelé le moindre dans le règne des cieux, mais celui qui le pratique et l'enseigne sera appelé grand dans le règne des cieux. » (Mt. V, 17-19)


Confirmer le joug de la Torah revient à rallier le système loi-péché-jugement-châtiment. Il n'est pas possible, pour l'apôtre, d'impliquer le Christ en cette constitution du monde. Il en pâtit terriblement, afin qu’elle soit à jamais abolie par le scandale de sa mort (Ga. II, 21). L'adhérent qui retourne à la Torah, un moment évacuée par la conversion à la foi, rétablit fatalement sa condition initiale de pécheur. Au demeurant, celle-ci se trouve aggravée au regard de la loi de la foi, par le renoncement à la grâce qui s'offrait à lui (Ibid. 18). Son erreur apparaît d'autant plus stupide qu'il se rend librement à l'esclavage.

Le sens profond que l'apôtre donne à la crucifixion se révèle : « Car par la loi (la Torah) je suis mort à la loi (la Torah) afin de vivre pour Dieu. Je suis crucifié avec le Christ » (Ga. II, 19). Le Christ a été condamné à être pendu au bois. En mourant par la Torah, il est mort à la Torah (Rm. XV, 8). L'homme de foi partage la conviction. Le sens de cette mort appelle à une invalidation universelle de la loi extérieure, des hommes ou des anges. Certes, le jugement initial portant sur l'accusation de blasphème ne procède que de la Torah. Le « il-est-passible-de-mort » (Mc. XIV, 64) est un jugement de couloir dans l'attente de la confirmation divine. Mais l'exécution (Pilate s'en serait-il lavé les mains n'y changerait rien) a été expédiée et légalement ordonnée par le préfet de Judée, selon la procédure romaine. Pour le converti paulinien, sinon pour le fidèle de Jésus Christ, la loi de l'Empire est au moins aussi injuste et haïssable que la loi d'Israël. Tant de coups de triques et de pierres ont borné sa voie, tant de portes de prisons se sont refermées sur l'apôtre à l'étape, qu'il serait difficile d'être aveugle au sens de son évangile. Pour Paul, l'injustice de la loi positive est universelle. Néanmoins, la Torah pose le problème majeur parce qu'elle laisse accroire qu'une loi positive peut être divine : « Méditons tous la loi du Dieu Très-Haut, qui de toutes les lois de la terre, est la plus juste. » (Or. Sib. III, 719).

La mission que Paul s'est donné ne se comprend que dans l'idée qu'il vit la fin des temps (1 Co. VII, 29 ; XV, 51) (Mt. X, 7 ; XVI, 28 ; XXIV, 34). Israël est outragé, Jérusalem salie, les zélateurs fondamentalistes s'agitent, la haine s'épaissit, la violence sourd, l'on entend « parler de guerre et de bruits de guerre » (Mt. XXIV, 6), « [le] Jour de la gran[de] bataille » (Guerre XIII, 14) vient. La conversion est annoncée par les oracles (voir Is. XLIX, 22-23 ; LXVI, 18). Tous les Hébreux l'espèrent. Mais en tant que soumission des nations vaincues à la Torah de Yhwh et glorification du dieu d'Israël en son règne terrestre (Mt. XXIV, 14). Paul attend la conversion des nations à une loi de Dieu qui n'est point celle de Moïse. L'histoire montrera la victoire de Rome ! Les fils des ténèbres ne seront point exterminés et la lumière messianique ne s'élèvera pas pour éclipser le soleil (Ibid. 15-16).

L'homme spirituel partage le destin de Jésus Christ. En son incarnation, il se veut lui-même crucifié (Ga. II, 19), rebelle à la loi jusqu'où elle ne peut plus aller. L'apôtre proclame certes un évangile de la libération (Rm. VI, 6). Ce serait néanmoins retourner son sens que de conclure qu'il projette de bâtir un quelconque système mondain qui édicterait de nouvelles lois (positives) prétendument plus justes ou plus vraies. Les enjeux de pouvoir ne sont jamais pauliniens. Le Christ qui vit dans la pensée du Parfait le libère du péché, de la crainte et de la loi. Il occupe l'homme intérieur, le seul véritable (Rm. VIII, 10). En bon rhéteur, l'apôtre garde l'argument indiscutable pour la conclusion. S'il y a une justice en la Torah, il faut croire que le Christ n'était que « ce prophète ou ce songeur de songe » (Dt. XIII, 2) dont Yhwh demande la mort. Il faut dire qu’il fut justement exécuté pour son blasphème et sa folle impiété : « Car s’il y a une justice par la loi, le Christ est donc mort pour rien. » (Ga. II, 21).

« S'il surgit en ton sein un prophète ou un songeur de songe et qu'il te propose un signe ou un prodige, même si se réalise le signe ou le prodige qu'il t'a prédit, en disant : "Allons à la suite d'autres dieux (que tu n'as pas connus) et servons-les !", tu n'écouteras pas les paroles de ce prophète ou de ce songeur de songe, car ce serait Yhwh, votre Dieu, qui vous aurait éprouvés, pour savoir si vous aimez Yhwh, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme ! A la suite de Yhwh votre Dieu, vous irez et vous le craindrez, vous garderez ses commandements et vous écouterez sa voix, vous le servirez et vous vous attacherez à lui. Ce prophète ou ce songeur de songe sera mis à mort, car il a prêché la révolte contre Yhwh, votre Dieu, qui vous a fait sortir d'Egypte et qui t'a libéré de la maison des esclaves, pour t'écarter de la voie dans laquelle Yhwh, ton Dieu, t'a commandé de marcher. Ainsi tu ôteras le mal du milieu de toi. » (Dt. XIII, 2-6)


cathares, philosphie cathare, catharisme