Le chemin de Damas


La loi de l'esprit libère de la loi du péché


La loi universelle de la conscience

9 - La loi de l'esprit libère de la loi du péché

présent il n'y a donc plus de condamnation pour ceux qui sont dans le christ Jésus, car la loi de l'esprit de vie dans le christ Jésus t'a libéré de la loi du péché et de la mort. En effet, Dieu a fait ce dont la loi affaiblie par la chair était incapable : en envoyant contre le péché son propre fils dans une sorte de chair de péché il a condamné le péché dans la chair. » (Rm. VIII, 1-3)

Nous devons noter l'alignement clair des trois concepts de « loi » : 1) La loi de l'esprit (que le Christ révèle en la conscience libre du converti) ; 2) La loi du péché (qui appartient au règne terrestre de l'incarnation) ; 3) La Torah ou loi positive (qui ne se départit pas de la loi du péché). Pour les Hébreux, il n'est évidemment d'autre loi que la seule Torah, à la fois loi de la création (loi naturelle) et loi sociale (conforme à la volonté de divine). Elle porte en elle la sagesse du Seigneur Yhwh.

Dans la pensée de Paul, la loi de Moïse participe au mode d’être terrestre. Elle ne peut prétendre élever l’homme vers un devenir céleste. Elle revêt l'habit d'une hypocrite sagesse (1 Co. I, 20 ; III, 19) qui satisfait l'esprit du monde (1 Co. II, 12). Cette qualité mondaine la rend inefficace lorsqu'il s'agit d'arracher l'homme à son incarnation (Rm. V, 12). Loin de vaincre la mort, la Torah la sert (2 Co. III, 7). Elle croit la maîtriser par les peines capitales qu'elle ordonne à l'encontre de ceux dont la liberté signe le blasphème. La loi de l'esprit revêt de tout autres qualités. Elle conduit l'homme au détachement de « ce mauvais âge présent » (Ga. I, 4). Elle lui donne en partage la puissance de vie éternelle (Rm. VIII, 2). Ruinant les valeurs du monde qui trouvent leur principe dans la volonté égarée de survivre (Rm. VI, 12), la loi de l'esprit libère le converti de son exil terrestre. Le Seigneur le rachète de l'esclavage de l'incarnation.

Dans les écrits prophétiques, l'exil (« galout ») se rattache au péché. Il constitue le châtiment (Is. V, 11-13) (Os. VI, 7-11 ; IX, 3) (Am. III, 9-15 ; VI, 3-8) (Mi. I, 5-7) (voir Jr. III, 19-20 ; V, 19 ; VII, 3-7 ; XXV, 3-9 ; XXXVI, 1-7). Dans les Hymnes, l'exil de la Communauté essénienne se trouve justifié. Il n'est nullement la cause d'une faute. Il signifie, au contraire, le secours de Dieu : « [Car ce n'est pas] selon ma faute que tu m'as jugé, et tu ne m'as pas abandonné à cause des infamies de mon penchant ; mais tu as secouru ma vie (en la préservant) de la Fosse. » (Hy. I, 6). Chez Paul, l'idée d'un exil vers les nations perd tout son sens. L'espérance n'est point en un retour en terre promise, au centre du monde, mais dans les lieux célestes de l'esprit.

Puisque Dieu a fait ce que la Torah était incapable de faire (Rm. VII, 3), l'on peut raisonnablement inférer que la Torah n'a jamais constitué un bon moyen pour sauver l’homme. Dieu n’ayant pu se tromper, la Torah n’est point de Dieu. L'idée de « main de Dieu » n'a aucun sens chez Paul. L'histoire du monde qui se déroule dans la création asservie n'est nullement dirigée par Dieu. Si le Christ entre un moment en ce monde de chair et de sang, ce n'est que pour montrer la sortie. L'expression se retrouve dans les écrits de la bibliothèque de Qoumrân. Par exemple : « Et sur les trompettes de la tuerie on inscrira : "Main puissante de Dieu dans le combat". » (Guerre III, 8).

L'inefficacité de la Torah vient de ce qu'elle est une loi de l'incarnation, affaiblie par la chair (Rm. VII, 3). Elle échappe à Dieu autant que la loi de l'esprit actualise sa toute puissance (2 Co. IV, 7). La Torah ne répond de la sauvegarde de l'homme qu'au sein du peuple qu'elle constitue (Lv. XVIII, 5). La vie éternelle se compte en un nombre infini de générations (Com. Ps. XXXVII, III, 1). Que chacun pratique la loi, assure l'unité et la vie d'Israël, par conséquent, la vie de l'homme en son sein. La Torah condamne à mort l'Hébreu infidèle pour sauvegarder la vie du peuple. L’évangile affirmant que l'éternité de l'homme ne s'inscrit plus dans la continuité du flot des générations, mais dans la confection de son vêtement céleste, la Torah perd sa raison, la loi de l'esprit trouve sa justification.

En ouvrant aux hommes la loi de leur conscience, Jésus Christ provoque l'effondrement de la Torah. Comme toute loi dont elle constitue le modèle (voir Or Sib. III, 720), la Torah perd sa raison si l'homme est libéré de la faute. Quelle loi ne tomberait-elle en désuétude en l'absence de prévenu ? Parce que le Christ a partagé la condition d'homme (quelle que soit la restriction qu'introduit Paul en Rm. VIII, 3), son avènement a pris valeur de repère. En provoquant à son encontre le jugement positif des serviteurs de la loi, Jésus a révélé à tout homme intelligent que le péché, non point la vertu, structure la loi. Il constitue l'architecture même du droit.

Au nom de la Torah, ce jugement a éclaté comme un coup de tonnerre, une injustice faite à Dieu, en son nom, pour que soit dévoilée l'autorité du mal et le présupposé de haine qu'il renferme (Rm. VIII, 7). Par cette sorte de machination cosmique, que le péché entraîne, le concept de justice s'est éclairé. La conformité à la Torah apparaît comme une injustice, tandis que la justice vraie se dévoile « en dehors de la loi » (Rm. III, 21), dans la loi de l'esprit qui est la loi de Dieu.

Les Parfaits (pauliniens) savent qu'ils ne sont plus justiciables de la Torah. Elle est l'erreur dont le mal se nourrit, la cause seconde du péché de l'homme (Rm. V, 12). La Torah lui donne la « puissance » (1 Co. XV, 56) en ordonnant, normalisant et justifiant la convoitise des hommes et la perversion du monde. Lorsque l'apôtre dit qu'il n'y a « plus de condamnation » (Rm. VIII, 1), nous devons également l'entendre au sens fort : il n'y a plus ni précepte ni sentence. La loi du péché est privée du soutien de la Torah au nom de laquelle se proclament les peines et les malédictions. Elle perd le moyen d’un déploiement arachnéen qui enferme tout homme en la toile de la légalité que la tradition tisse de ses jurisprudences.

La loi du péché condamne nécessairement l'homme à la mort, et toute la génération d'Adam : « Je vois mon fils, dit Abraham, combien les actes des humains sont coupables et mauvais. Leurs actes ne sont qu'impureté, bassesse, souillure, et il n'y a pas de justice auprès d'eux. » (Jub. XXI, 21). Parce qu'il s’est fait homme, le Christ a montré la voie de l'autre vie. Il n'a point alloué un supplément de vie à celle-ci, comme une bénédiction du Seigneur. Il a établi le pont, de la vie de mort à la vie éternelle. La croix forme l'instrument qui débarrasse le Christ de son corps d'emprunt. Cette mort acceptée, cette mort recherchée expose un corps supplicié, sans vie, dont il faut bien comprendre que l'esprit qu'il portait est ailleurs. La volonté de mourir a condamné « le péché dans la chair » (Rm. VIII, 3). En lui ôtant son mode d'être, le péché est mort. La façon de mourir a damné la loi.

Les Hébreux se trouvent divisés entre ceux qui restent justiciables de la Torah et marchent « selon la chair » et les convertis qui marchent « selon l'esprit » (Rm. VIII, 4). Le principe de la rébellion universelle n'est pas clairement posé, mais il coule sous le sens. Les Hébreux convertis (si peu nombreux qu'ils soient) ne reconnaissent plus la validité de la Torah. Les Hellènes peuvent-ils davantage reconnaître la loi de l'Empire ? La Lex Romana, comme la loi d'Israël, dissimule l'état de péché dans l'état de droit. L'une et l'autre révèlent la même injustice légale. Ensemble, elles condamnent Jésus.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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