Le chemin de Damas


La Règle de l'enseignement


La loi universelle de la conscience

6 - La Règle de l'enseignement

epuis la faute d'Adam, l’homme se trouve revêtu d’une « peau » terrestre. « La loi du péché », principe vivant de la nature, le tient en esclavage (Rm. VI. 19 ; VII, 17, 23). Les Hébreux ont aggravé cet état d'asservissement en pliant le col sous le joug de la Torah (1 Co. VII, 21 -tr. Chouraqui-) (Ga. IV, 7) (Php. II, 7). Pire encore, la loi de Moïse apparaît à l’apôtre comme un instrument de mort (1 Co. XV, 56). Elle rajoute à la convoitise naturelle et à la disposition de l'homme à fomenter le péché (Rm. VII, 5, 8). L'esclave obéit à une loi qui ne lui appartient pas, une loi extérieure à lui-même (Rm. VI, 16) (Ga. I, 10). Le Psychique ignore sa soumission à la loi de l'incarnation. Il n'a pas l'intelligence qui la lui ferait connaître (1 Co. II, 14). Il se complaît en son propre égarement et en la perversion sociale. De même, le Zélateur de la loi, tel un homme de somme, n'a point de regard pour un destin sans joug. La liberté est enfouie dans les ténèbres de son inconscience. Il est prisonnier du mur invisible de l'idéologie des lois. Il n'appartient pourtant qu'à lui (à Dieu en lui) de franchir le pas. L'enseignement de la Torah aggrave l'ignorance de l'homme. Elle lui donne l'illusion de connaître la réalité et la volonté de Dieu (Rm. II, 17-20). La sombre lumière d'une loi qu'il croit divine (2 Co. III, 13) le fascine et l'attache au principe souverain du monde, par l'intermédiaire d'un « médiateur » (Ga. III, 19) (Test. Moïse I, 14, III, 12), ou d'un « législateur » (Damas VI, 9). Celui-ci s'impose plus qu'il ne s'interpose.

Par contraste, l'obéissance à la loi du Christ se définit comme une relation vraie à l'esprit en soi ou à Dieu, puisque l'esprit est un (Rm. VIII, 16). L'homme devient véritablement libre « en dehors de la loi » (Rm. III, 21). En sa maturité, il accède à la spiritualité (1 Co. III, 1-2). Cette liberté retrouvée annule l'état d'âme de l'être incarné (Rm. VI, 22). Elle fait retour à la création primordiale, celle de l'homme avant la chute. Elle a valeur de « création nouvelle » (2 Co. V, 17) (Ga. VI, 15). Ce qui signifie que l'ancienne s'annule. Le Christ n'est pas seulement « la fin de la loi » (Rm. X, 4), il est aussi la fin de la création (1 Co. XV, 45). L'apôtre puise toujours à la source de l'enseignement essénien. Pourtant, s'il reprend les termes, il bouscule les concepts. La Règle de la Communauté dit que les deux esprits contraires qui luttent dans le cœur de chaque homme, ont été disposés en parts égales « jusqu'au terme décisif du renouvellement » (Règle IV, 25). Les Hymnes proposent cette même idée de renouvellement qui s'attache à « l'Alliance Nouvelle » (Damas VI, 19) : « Car tu leur as fait voir ce qu'[ils] n'[avaient] pas [connu] [en supprimant les choses] antérieures et en créant des choses nouvelles, en annulant les pactes antérieurs et en [inst]aurant ce qui existera éternellement. » (Hy. XIII, 11-12). Le Maître de Justice, « le bâton », « le Chercheur de la loi » (Damas VI, 7) apparaît comme le nouveau Moïse envoyé par Dieu pour Sauver Israël une seconde fois (Damas V, 19). Rappelons que l’idée de renouvellement apparaît d’abord dans le Livre d’Isaïe (Is. XLIII, 19, XLVIII, 6-7).

« Or, Dieu merci, vous qui étiez esclaves du péché, vous avez obéi de tout cœur à la règle de doctrine qui vous a été transmise ; et, libérés du péché, vous vous êtes asservis à la justice. » (Rm. VI, 17-18)

Le verset 17 revêt une importance capitale dans la compréhension que nous pouvons avoir de la pensée de Paul. L'apôtre adresse sa correspondance à des convertis qui furent incontestablement esclaves du péché. Ceux-ci se sont détournés de la loi de nature qui structure et organise leur incarnation d'homme. Il leur reste à renier la Torah ! Pour les Saints (Hébreux et Prosélytes) gagnés au parti nazaréen, que Paul cherche à convertir radicalement et auxquels nous pensons qu'il s’adresse ici, il est évident que la loi de Moïse prescrit « ce qui est bon et droit devant [Dieu] » (Règle I, 2). Ils considèrent cependant que la Torah est la vraie loi de Dieu, pervertie par « le gouvernement de ceux qui recherchent les choses flatteuses » (Com Nahum II, 4) (Mt. XXIII), par les autorités du Temple qui l'utilisent à leurs propres fins. Ce sont eux « qui égarent Ephraïm, qui, par leur enseignement trompeur et leur langue de mensonge et leur lèvre de fausseté, en égarent un grand nombre, rois, princes, prêtres et laïcs, en même temps que les prosélytes qui se sont joints (à Israël) » (Com Nahum III, 8-9). Paul lui-même fut cet esclave du péché (Rm. VII, 9), persécuteur de la Communauté « [exilée] au pays de Damas » (Damas VI, 5) (Php. III, 6).

D'esclaves du péché, les auditeurs de Paul se sont soumis à l'obéissance de « la Règle » (Rm. VI, 17). Ils sont « les convertis d'Israël » (Damas IV, 2 ; VI, 5 ; VIII, 16) qui « se sont écartés de la voie du peuple à cause de l'amour de Dieu » (Ibid. 16). Nous ne voyons point de quelle « règle de doctrine » il pourrait être question hors « La Règle de la Communauté » (Rm. VI, 17) :

« Et voici la règle pour les membres de la Communauté, ceux qui sont volontaires pour se convertir de tout mal et pour s'attacher à tout ce qu'il a prescrit selon sa volonté ; pour se séparer de la congrégation des hommes pervers, pour devenir une communauté dans la loi et quant au bien et au sous l'autorité des fils de Sadoq, les prêtres qui gardent l'Alliance, et sous l'autorité de la majorité des membres de la Communauté, ceux qui se sont attachés à l'Alliance. C'est sous leur autorité que sortira l'arrêt du sort en toute chose, qu'il s'agisse de la loi ou des biens ou du droit. Ils pratiqueront la vérité en commun et l'humilité, la justice et le droit et l'affectueuse charité, et la modestie de conduite en toutes leurs voies. » (Règle V, 1-4)

Indiquons que l’on rapproche de la Règle de la Communauté, deux textes lui sont reliés. L’on intitule parfois Règle de la Congrégation la Règle annexe de la Communauté. Le groupe dont il est question ne s’identifie pas à « la Communauté ». La Congrégation n'est plus seulement la société des cénobites, mais l'ensemble d'Israël qui a rejoint la « Nouvelle Alliance » avec femmes et enfants. La Règle annexe codifie la préparation religieuse du peuple et son gouvernement pour la fin des temps, lorsque le Messie sacerdotal et le Messie Royal auront imposé le Règne de Dieu au monde.

L'intention de l'apôtre est de gagner à « son » évangile (Rm. II, 16) ceux-là même qui reçoivent un autre évangile (Hy. XVIII, 14) (Mt. X, 6) lequel ne libère pas de l'esclavage de la loi. Ils ont rompu avec ceux qui souillent le Sanctuaire (Damas IV, 18), avec « ceux qui recherchent les choses flatteuses, dont le conseil périra et dont la synagogue sera dissoute » (Com. Nahum IV, 6-7). Mais ils n'ont point rompu avec la Torah. Bien au contraire, la Règle institue « une Communauté dans la loi » (Règle V, 2) (Mt. V, 19), en vue de l’accomplir. Paul rencontre là l’embarras majeur de la mission qu'il s'est donnée.

L'effondrement d'un cadre légal excessif, la difficulté de l'apprentissage de la liberté pour des hommes brusquement sans loi (positive), amènent l'apôtre à composer avec l'enseignement (préalable) de la Règle, lorsque celui-ci s'accorde avec l'impératif de la conscience que l'esprit de Dieu révèle en chaque homme. Ceux que l'apôtre cherche à (re)convertir se sont écartés de la loi du péché (Mt. III, 2), c'est-à-dire, de la loi de l'incarnation (Mt. XIX, 10-12). Il leur reste à parfaire leur conversion en se libérant de la Torah, afin d'écouter la vraie loi que Dieu met en leurs cœurs (2 Co. III, 3). Paul ne donne jamais une règle de doctrine pour suppléer la Règle de la Communauté. Il demande plutôt que, dans l'incertitude ou le manque de discernement, l'on observe sa propre façon d'être (1 Co. IV, 16 ; XI, 1) (Php. III, 17) comme modèle pour se conduire, manière d'agir et de penser en dehors de la loi. Pourtant, le choix des actes n'appartient qu'à l'homme qui agit en conscience. Du dedans de lui-même, il connaît le « bien » comme un don de l'esprit (Rm. VII, 18) et le « mal » comme une nécessité ou une perversion de la vie incarnée (Ibid. 20-21). Il doit apprendre à discerner seul « ce qu'il faut faire » (Php. I, 10). Les Nazaréens légalistes perturbent la mission de l'apôtre.

L'esclavage de l'homme, c'est-à-dire son enchaînement à la loi du péché et à la Torah, le dégage de la vraie justice (Rm. VI, 20). Paul inverse la valeur des mots. Comme il y a deux sortes d'esclavage, l'un pour le bien, l'autre pour le mal, il y a aussi deux sortes de liberté.

Il n'y a point d'homme sans loi puisqu'en son incarnation, tout homme répond à la loi du péché. Le Psychique n'est pas libre de ses actes (Rm. VII, 19). Il est le sujet (et l'objet) de la convoitise. Le Spirituel prétend à la liberté parce que lui seul, en conscience, acquiert la maîtrise de ses actes. Selon un impératif, certes, mais qui est le sien, puisque l'esprit de Dieu est aussi son propre esprit (Rm. VIII, 16). Comprenons que l'âme vivante n'est pas l'homme véritable dès lors qu'elle est mortelle. Obéir à la loi qui l'habite revient à répondre à un autre que soi-même. L'impératif de la conscience ne peut aucunement constituer un code général de bonne conduite (2 Co. III 6) qui laisserait accroire à l'introduction d'une nouvelle loi subreptice. Il constitue une manière d'appréhender la relation aux autres sans se conformer aux lois du monde (Rm. XII, 1-2), de « tendre au bon sens » (Ibid. 3). Paul donne ainsi des conseils tout au long de sa correspondance ; il pose son action en exemple. Jamais nulle règle ne doit contrarier la juste liberté de chacun. La Règle de la Communauté ne peut être considérée autrement que telle une propédeutique dont il faut maintenant savoir se libérer.


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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