Le chemin de Damas


Justiciable devant la loi de l'esprit


La loi universelle de la conscience

3 - Justiciable devant la loi de l'esprit

n effet ceux qui ont péché sans loi périront aussi sans loi ; ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi car devant Dieu, ce ne sont pas ceux qui entendent la loi qui sont justes ; ce sont ceux qui pratiquent la loi qui seront justifiés. » (Rm. II, 12-13).

Ceux d'entre les Hellènes qui n'ont pas eu l'intelligence de percevoir la réalité de Dieu (Rm. I, 19-20), ceux d’entre eux qui n'ont pas donné du « fruit de sanctification » (Rm. VI, 22) (Ga. V, 22) ou se sont gardés d’accomplir la loi spirituelle présente en leur cœur (Rm. II, 15), ceux-là n'ont point de part à la vie éternelle. Les Hébreux qui participent au même mensonge partagent le même sort : « Il n'y a pas de partialité en Dieu » (Ibid. 11). Le jugement du Goy est clair, dès lors qu'il n'a obéi à aucune loi. Le jugement de l'Hébreu semble différent, puisqu'il a cru obéir à Dieu en pratiquant la Torah. Pourtant, ce n'est point selon cette loi (Ga. II, 16), mais selon la loi de l'esprit que le jugement tombera. L'on verra alors si la pratique de la Torah s'est trouvée en accord avec les impératifs de la vraie loi de Dieu. L'apôtre en doute grandement (Rm. II, 13).

Le jugement porte sur l'injustice et l'impiété. Elles naissent de l'ignorance de la réalité de Dieu. Si la Torah conservait quelque validité (Ga. III, 21), il suffirait d'en donner une nouvelle « interprétation » (Damas B I, 6) juste et bonne pour tous. Les deux principes de lois ne coïncident pas. La Torah n'est pas fondée sur la liberté de l'homme, mais sur la fidélité au pacte de l’ancienne Alliance. L'on ne peut affirmer, par exemple, que la circoncision ou le Chabbat sont connaissables par l’esprit (Jub. II, 26). Affirmer que le Seigneur a deux lois contraires en sa main de justice, la Torah et la loi de l'esprit, contrevient à l'idée de « puissance de Dieu » (1 Co. I, 18). La Torah ne se transcende ni ne s’accomplit. Elle s'abroge ! (Rm. X, 4). Elle ne saurait se présenter comme une concession, une sorte de droit acquis pour les Hébreux (Ga. II, 21). Face à l'incontournable Torah, l’apôtre se débarrasse du dilemme : il sera bien trouvé dans cette loi punitive un châtiment à l’encontre de celui qui contrevient (aussi) à la loi de l'esprit (Rm. II, 12). D'autant que nul n'étant jamais conforme à la Torah, tout hébreux s'expose irrémédiablement à la malédiction de Yhwh (Ga. III, 10). Hénoch n’a-t-il pas vu « l’œuvre des hommes pesée à la balance » ? (1 Hen. XLI, 1).

Le mélange des sens que revêt le terme « loi » 1 (Rm. II, 13) dans la correspondance paulinienne, ne doit pas nous égarer. Parmi les Hellènes, comme parmi les Hébreux, ceux qui pratiquent la loi de l'esprit sont justes. Leur justice se vérifie dans l'adéquation de leurs actes avec la loi universelle inscrite en leur cœur. Ils ne connaissent d'autre juridiction que « le tribunal de Dieu » (Rm. XIV, 10). Les Hébreux qui pratiquent la Torah sont nécessairement appelés à être jugés en dernière instance en regard de la loi de l'esprit. L'appel invalide le jugement de première instance.

L'idée suivant laquelle la justice émane de Dieu par l'esprit saint est affirmée tout au long du recueil des Hymnes : « A toi, à toi appartient la justice ! Car c'est toi qui as fait tou[t esprit] [avec ta force] et avec ton intelligence ; car c'est toi qui as assigné l'esprit du juste. » (Hy. XVI, 9-10). Cependant, l'auteur proclame qu'il n'est point d'autre justice que celle de Dieu, comme il n'est point de loi hors la Torah et la règle de l'Alliance (Ibid. 14-15) :

« Et je sais que nul n'est juste en dehors de toi ; et j'ai apaisé ta face grâce à l'esprit que tu as mis [en moi] afin d'accomplir tes [grâ]ces envers [ton] serviteur à [jamais] en me purifiant par ton esprit saint et en me faisant progresser dans ta volonté selon la grandeur de tes grâces. » (Hy. XVI, 11-12).

Dans la tradition essénienne, la justice de l'homme dépend en effet du bon partage de l'esprit dont Dieu l'a doté. Néanmoins, cette dernière faveur ne le dispense jamais de l'obéissance à la loi positive. Au contraire, elle l'incline vers la juste interprétation et la pratique sainte (Règle XI, 2-9). Paul s'adresse à une Communauté qui reconnaît en elle l'action de l'esprit saint, mais dans le but de mieux reconnaître la vérité de Dieu dans la loi de Moïse. Ici, l'esprit est garant de la fidélité. Chez l'apôtre, il provoque la rupture. Il n'incline pas vers la Torah, mais dispense, par la grâce, une loi d'une toute autre nature.

1 Joseph Michael Winger : By What Law ? The Meaning of "nomos" in the Letters of Paul (Dissertation series / Society of Biblical Literature N° 128, Scholars Press, Atlanta 1992).


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Yves Maris, philosophe cathare
Yves MARIS
8 mai 1950 - 29 juillet 2009
Biographie


RESURGENCE CATHARE


Le Manifeste
Ouvrage présenté et recommandé
aux auditeurs de France Culture
par Michel Cazenave, producteur de
l'émission «Les Vivants et les Dieux»

Ouvrage sélectionné par la bibliothèque
de l'Université de Navarre (Espagne)
LE MANIFESTE CATHARE - Publications de Yves Maris



THESE DE DOCTORAT


En quête de Paul
L’affrontement de deux conceptions opposées
du monde au moment de l’émergence de
l’idée chrétienne fondatrice de la culture
et de la pensée occidentale, tel est l’objet
de cette quête

En Quête de Paul - Thèse de doctorat de Yves Maris





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